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CÉPHALÉE PRÉMONITOIRE

c’est qu'elle s'établit parfois et se confirme d’une façon très-rapide, très-précoce, par rapport aux symptômes d’un autre genre. De la sorte, il n’est pas étonnant qu’elle précède parfois les phénomènes d’épilepsie.

Souvent encore, notons ceci, elle est plus manifeste, plus appréciable pour les personnes qui entourent le malade que pour le malade lui-même. Celui-ci ne s’en aperçoit pas, ne s’en plaint pas, ne l’accuse même pas à une époque où d'autres troubles le conduisent à consulter, tandis que ses parents, ses amis en avertissent le médecin, en disant que depuis un certain temps déjà le malade « a changé, qu'il n’est plus le même, qu'il a pâli et maigri, que sa physionomie s’est altérée, etc. »

Dans plusieurs cas sur lesquels j'ai conservé des notes très-précises, je vois que cette apparence de langueur et d’anémie avait vivement frappé l'entourage des malades avant l'invasion des phénomènes d'épilepsie. A ce propos, par exemple, le frère d’un de mes clients actuels m écrivait ceci récemment : «Plusieurs semaines, plusieurs mois peut-être, avant la première crise convulsive qu a éprouvée mon frère, j'avais remarqué une modification notable dans sa physionomie, son teint, ses allures, ses manières. Il ne se disait pas malade, et cependant je sentais bien déjà qu'il couvait quelque chose. »

Mais, de tous les prodromes des accidents épileptiques, le plus commun, le plus marqué, le plus significatf, celui qui devrait le mieux tenir en garde les malades contre une imminence morbide, c'est à coup sûr la céphalée.

La céphalée figure dans un très-grand nombre de cas comme antécédent de l’épilepsie syphilitique.

Elle la précède souvent de plusieurs semaines, de plusieurs mois, voire d’une année.

Cette céphalée prémonitoire est remarquable à plusieurs titres. Elle est remarquable d’abord par sa persistance ou par ses retours fréquents; — en second lieu, par son intensité, souvent extrème et presque caractéristique; — par sa tendance fréquente aux exacerbations vespérines ou nocturnes ; — quelquefois encore par sa circonscription, sa localisation en un point limité, fixe, spécialement vers l’une des régions temporo-pariétales (nous aurons l’occasion de revenir plus tard sur cette dernière particularité).

Malheureusement, en dépit de ces caractères, certes bien faits pour attirer l'attention, la céphalée prodromique dont nous parlons ici est souvent méconnue, méconnue soit comme nature, soit comme importance. En nombre de cas elle est taxée de simple «migraine » ou de « névralgie » par les malades, qui n’y prêtent pas alors l'attention qu'elle mérite et ne s’en préoccupent qu'au titre d’un symptôme nerveux plus ou moins importun, mais sans gravité. De cela vous jugez le résultat ultérieur. D’autres fois, la céphalée est reconnue comme nature, mais soumise seulement à de faibles doses de mercure et d’iodure, doses suffisantes pour soulager, pour dissiper même le symptôme douleur, insuffisantes pour réprimer les lésions épileptogènes en élaboration. Et alors qu'arrivet-11? C'est que, le mal de tête disparu, l’épilepsie ne se produit pas moins, en pleine période de santé apparente et de sécurité. Ce dernier point est trop essentiel, il a une importance pratique trop considérable, pour que je

CÉPHALÉE PRÉMONITOIRE 161 ne le signale pas immédiatement à toute votre attention. Au surplus, en voici un exemple clinique qui pourra, mieux que toutes paroles, le graver dans vos esprits.

Un malade, que je traite actuellement avec M. le professeur Charcot pour des accidents intenses d'épilepsie syphiltique, est resté sujet, pendant toute l’année qui a précédé ces accidents, à des crises de céphalée. Ces crises, d’après son dire, « ne faisaient qu'aller et venir, apparaitre et disparaître ». Parfois, vers le milieu de la nuit, elles atteignaient une violence extrème. Conscient de son état et sachant fort bien à quoi rapporter ces maux de tète, le malade avait pour habitude, dès qu'il se sentait « pris », de se soumettre à l'usage de l’iodure de potassium, sans même consulter un médecin. Il s’administrait ainsi une faible dose de ce remède, soit un gramme en moyenne, quotidiennement. Cette petite dose suffisait à le soulager aussitôt. Puis, le mal disparu, le traitement était abandonné. Alors, réapparition de la céphalée, à quelque temps d'intervalle; nouveau recours à l'iodure, nouvelle guérison ; puis, rechute; et ainsi de suite, jusqu'à ce que, en l'absence même des douleurs de tête qui s'étaient absolument calmées depuis plusieurs semaines, l’épilepsie fit brusquement invasion par des crises convulsives de la plus haute intensité.

Eh bien! Messieurs, sachez-le,voilà ce que font ou plutôt ce que laissent faire les petites doses, les lraitements timides, en pareil cas. Cela, je l'ai vu tant et tant de fois pour ma part que je suis pleinement édifié à ce sujet et autorisé à vous dire : Méfiez-vous toujours de la céphalée tertiaire. Gette céphalée est toujours un phénomène :

FourNtER. {11

162 FORME ÉPILEPTIQUE grave, moins par elle-même, en tant que symptôme, qu'à titre de présage, à titre d'avant-coureur. Il faut, en toute circonstance, qu'elle soit combattue, réprimée, avec la dernière énergie. Si l’on se contente de la soumettre au traitement usuel, banal, c’est-à-dire à de légères doses des remèdes spécifiques, on aboutit à la soulager, à l’effacer même, mais on aboutit aussi à laisser se produire après elle les manifestations graves auxquelles elle sert souvent de prodrome.

Tel a été précisément le cas du malade dont je viens de vous entretenir. Des doses moyennes d'iodure le soulageaient toujours, le soulageaient assez pour qu'il pût "se croire à l’abri de tout accident, et vous savez ce qui est advenu. Un traitement autre, plus énergique, auraitil réussi à prévenir les symptômes ultérieurs? Nous sommes autorisés à le croire, car ce même traitement, bien que prescrit après coup, parvint heureusement à guérir ce qu'une médication insuffisante n'avait pu conjurer.

Donc, comme conclusion, pas de demi-mesure, pas de demi-traitement avec la céphalée tertiaire. C'est là un point des plus essentiels à établir, et sur lequel j'ai cru utile d'insister dès à présent, puisque l’occasion m'en était offerte. Les petites doses, les médications parcimonieuses, ne sont pas de saison ici, car elles laissent le champ fibre à des manifestations graves, parfois irrémédiables. L'indication formelle, urgente, est celle d’un traitement vigoureux, énergiquement répressif, et capable d'attaquer de front une lésion cérébrale en voie d’élaboration; l'indication, enun mot, est celle d’un traitement spéclal, particulièrement actif, dont j'aurai plus tard à vous formuler les règles et le mode d'application.

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