ÉVOLUTION
Mais laissons cette digression à laquelle l’intérèt
pratique servira d’exeuse, je l'espère, et revenons à notre sujet.
Nous avons vu comment l'épilepsie syphilitique se prépare et fait invasion. La voici née: que va-t-elle devenir au delà ?
Trois points principaux résument son évolution ultérieure. |
LE — Le premier et le plus général consiste simplement en ceci : succession, à intervalles variés, d’accidents identiques où analoques.
Une première crise épileptique vient de se produire : soyez assurés que, sauf intervention immédiate et énergique du traitement spécifique, une seconde crise se produira d’un jour à l’autre, puis que celle-ci sera suivie, à échéance variable, d’une troisième, et ainsi de suite,
Et, en effet, cette première crise n’est pas un accident isolé, éventuel, un accident destiné à n'apparaître que pour une fois, par hasard, à la façon d’un accès fébrile, susceptible ou non de retour. Non; cette crise, bien au contraire, est le symptôme d'une lésion permanente, laquelle, par le fait même de sa permanencé, déterminera fatalement, dans un avenir prochain, une série d'attaques du même genre. Nul doute à ce sujet, de par une expérience malheureusement {rop commune.
Donc, à la suite d'une premicre crise, attendez-vous
à une autre, puis à d’autres encore; et soyez convaincus que, en général tout au moins, ces crises ultérieures ne se feront guère attendre.
Mais comment et à quelles échéances relatives ces attaques subséquentes vont-elles se produire ?
Ici, grandes variétés. Rien de fixe absolument. Tout est possible, comme mode de succession lent ou hàtif des accidents ultérieurs.
Le fait le plus habituel, cependant, est que les premières crises convulsives (1) de l'épilepsie syphilitique soient assez largement espacées les unes des autres. Ainsi la seconde ne succède guère à la première avant un délai de six semaines en moyenne, parfois même plus tardivement. Puis les suivantes sont ordinairement séparées par des stades intercalaires de quelques semaines, d’une quinzaine tout au moins.
D’autres fois, mais ceci est plus rare, les premières crises sont immédiatement plus rapprochées. Aïnsi, chez un de mes malades, elles se sont succédé, dès le début, de la façon suivante, aux dates précises que VOICI :
Les 6, 11 et 24 janvier:
Les 4, 12 ct 11 février ; Les 5 et 23 mars;
Les 7, 46, 20’et 22 avril.
(Ce dernier jour, même, il s’est produit trois crises coup sur coup.)
C'est-à-dire que les stades intercalaires des douze premières crises ont été de 5, 13, 11, 8, 5, 16, LS, 14,
(1) Ce sont les crises de cet ordre que j'ai plus spécialement en vue ici, parce quelles sont plus communes que les crises du petit mal au début même de l'affection.
ÉVOLUTION 165 9, # et 2 jours ; ce qui donne une moyenne de 9 jours et demi, exactement. — Remarquez même que la seconde crise na été distante de la première que d’un intervalle de cinq jours.
Je le répète, les cas de ce genre, à crises immédiatement rapprochées, sont bien moins communs que ceux dont 1l a été question tout d’abord.
Un fait moins sujet à variétés est le rapprochement des crises à mesure qu'on s'éloigne de la période uahiale. En d'autres termes, plus ou moins largement espacées au début, les crises ont tendance à se répéter plus tard à intervalles moindres, et d'autant moindres que l'affection est plus ancienne. Dans une période ultérieure, elles arrivent même à se rapprocher au point de se produire toutes les semaines, plusieurs fois par semaine, voire presque chaque jour, et même (ceci, 1l est vrai, n'est plus qu'exceptionnel ou ne s’observe qu'à une époque voisine d’une terminaison fatale) plusieurs fois dans l’espace de vingt-quatre heures (1).
Mais laissons de côté ces derniers cas dont nous retrouverons l’occasion de parler à leur place, et bornons-
(4) Voir, comme type du genre, une observation citée dans la thèse de M, Gamel (Essai sur les tumeurs gommeuses du cerveau, Montpellier, 4875) et relative à une jeune malade qui, après avoir présenté des attaques épileptiques d’abord largement espacées, en arriva vers la fin de sa vie à Ôtre affectée de crises subintrantes, constituant un éfat de mal permanent. La mort ne se fit pas attendre, et l’autopsie révéla, avec des lésions de méningite, l'existence de plusieurs tumeurs gommeuses, à savoir : trois petites, deux à gauche et une à droite, occupant les couches superficielles des lobes frontaux; — et une quatrième très-volumineuse, de la grosseur d'un petit œuf de poule, située à la partie médiane, au-dessus de l’espace sous-arachnoïdien antérieur.
nous pour l'instant, en ce qui concerne le mode d’évolution habituelle de l’épilepsie syphilitique, à enregistrer les deux points que voici :
1° L’épilepsie syphilitique est toujours ou presque toujours, à ses débuts, une épilepsie à crises assez rares, assez largement espacées ;
2° Dans une étape ultérieure, ces crises tendent à se rapprocher et cela d'autant plus que l'affection s'éloigne davantage, chronologiquement, de son point de départ. |
Ces crises successives de l’épilepsie syphilitique présentent-elles quelque phénomène précurseur qui en annonce l'invasion, qui permette aux malades d’en prévoir l’imminence plus ou moins rapprochée ?
Distinguons 1c1, Messieurs, deux choses très-différentes, à savoir les prodromes prochains et les prodromes 2rnédiats des crises. J’appelle prodromes prochains ceux qui présagent la crise à certaine distance, par exemple à distance de quelques jours; j'appelle prodromes immédiats ceux qui ne la précèdent que de quelques instants.
I. Les prodromes prochains font défaut dans la plupart des cas, car ce qui caractérise habituellement la crise, c'est son invasion inattendue, imprévue, soudaine, en dehors de tout phénomène propre à donner l'éveil, à servir de présage.
En quelques cas seulement, l’imminence prochaine d’une attaque est attestée par certains phénomènes tels que : malaise général, vague, mal défini; état d'ugacement nerveux, d'irritabilité insolite; et, plus sûrement encore, redoublement ou apparition nouvelle de la céphalée