PETIT: MAL
du grand mal, de symptômes variés, constituant ce qu'on appelle le petit mal; 2° Par addition de éroubles cérébraux d'autre genre. Ces deux faits majeurs en l'espèce (surtout le se: cond) vont exiger de nous quelques développements,
1° Association aux crises convulsives de symplômes varés, communément rangés sous le vocable de petit mal.
Ainsi que nous l’avons dit précédemment, l'épilepsie syphilitique affecte dé préférence à son début la forme convulsive, la forme du grand mal. Ilest bien plus rare qu'elle s'annonce d'emblée par les symptômes du petit mal.
Mais, après avoir duré un certain temps sous la forme de grand mal, souvent, très-souvent, elle se complique, à une époque ultérieure, de troubles variés d'un genre différent, du genre de ceux qui constituent le petit mal. C'est alors qu'on voit prendre place dans l'intervalle des attaques convulsives divers phénomènes tels que les suivants : |
1°Crises d’épilepsie circonscrite et consciente, consistant en des convulsions localisées de certains muscles, en des secousses, des ébranlements, des spasmes, des trépidations musculaires, des accès de tremblement, ete. Je ne ferai pour l'instant que mentionner ces troubles spéciaux, sur lesquels nous devons bientôt revenir en détail.
2° Phénomènes de vertige épileptique, d'absence, de stupeur soudaine el passagère, complétement identiques aux phénomènes correspondants du petit mal vulgaire, et qu'il suffira en conséquence de signaler ici sans les décrire.
Un type du genre nous à été offert par un malade que nous observions récemment dans nos salles. Plusieurs fois vous avez vu cet homme, au milieu d'une conversation, s'arrêter soudain, l'œil fixe, la face pâle, et rester absolument étranger à ce qui l'entourait, comme frappé de stupeur. L'accès durait ainsi quelques secondes ; après quoi, le malade, un instant encore hébété, ahuri, revenait à l'entretien suspendu ou reprenait l'occupation momentanément abandonnée (1).
Ces deux premières formes de petit mal syphilitique sont assez communes dans la syphilis cérébrale. I n'en est pas de même de quelques autres, dont il importe cc= pendant que je vous dise un mot.
3° Ainsi, chez quelques malades, la erise de petit mal se traduit par des accès soudains de défaillance, de pàmoison, avec pàleur étrange du visage, angoisse respiratoire, sensation d'anéantissement; tous phénomènes accompagnés ou non de spasmes musculaires, d'hallucinations sensorielles, ete.
4° Chez d'autres , elle affecte surtout le caractère douloureux. C’est ce qui a lieu pour l’un de nos malades actuels de la salle Saint-Louis, chez lequel alternent avec des attaques d'épilepsie commune des crises prin-. cipalement constituées par une sorte de « crispation atrocement douloureuse » qui, partant du mollet gauche, sirradie ensuite à toute la moitié correspondante du corps. De même, le D' Buzzard a relaté l'observation d'un malade qui présentait des crises de divers genres, consistant les unes en des attaques comitiales vul-
(1) Voir un cas semblable relaté par M. Charcot (Progrès médical, 187, BOX
DÉLIRE COMITIAL 173 gaires, d'autres en des attaques d’épilepsie partielle et consciente, d’autres enfin en des accès douloureux à la lois remarquables et par leur soudaineté d'apparition, et par leur intensité caractéristique, et par leur disparition rapide (1).
5° En certains cas infiniment plus rares, les crises du petit mal ont pu revêtir des formes plus étranges encore et bien propres à frapper l'attention.
Tel était le fait d'un malade dont je vous ai déjà parlé. Dans les intervalles de ses crises convulsives, il était fréquemment sujet à des absences extatiques fort singulières, se caractérisant de la facon suivante. Tout d'abord, il entendait résonner à ses oreilles une « sonnerie intermittente, précipitée, métallique, de timbre », qu'il comparait à celle d’un télégraphe électrique; puis il assistait à une sorte de « vision étonnante, féerique, apocalyptique », se prolongeant quelques minutes, toujours identique à chaque crise, et toujours oubliée dès le retour à la vie réelle. Vainement faisait-il d’incroyables efforts, comme il me l’a raconté cent fois, pour fixer cette merveilleuse vision dans sa mémoire et la traduire après coup; invariablement elle s’effaçait de son souvenir, dès la fin de l'attaque, pour ne laisser après elle qu'une impression des plus confuses.
6° Enfin, en quelques cas non moins exceptionuels, on à vu la crise de petit mal prendre la forme d’impulsions soudaines, irrésistibles, d'accès inconscients de fureur, de violence, ete., exactement comme dans l'épilepsie vulgaire.
Vous avez pu lire, dans les journaux d'hier, le triste
(1) Ouvrage cité.
procès de ce collégien, enfant de quinze ans, qui, dans un accès de vertige épileptique, frappa d’un poignard et tua sans motif une jeune servante que, cependant, il aimait beaucoup ; puis qui, le crime achevé, resta ahuri, stupide, « comme sortant d'un rève », et finalement, saisi de remords, essaya de se tuer à sontour. L'expert commis à l'examen de l’état mental de l'accusé n'eut pas de peine à constater chez lui l'existence d’antécédents épileptiques et à démontrer que le crime, nullement prémédité, devait ètre attribué à un de ces accès d’impulsion irrésistible que détermine parfois l’épilepsie. Aussi les jurés et la cour, Comprenant bien qu'ils étaient en présence d’un être irresponsable qu'aucune condamnation ne pouvait frapper, ont-ils fait la seule chose qui füt à faire, à savoir acquitter ce malade et le.renvoyer aux médecins.
Eh bien! Messieurs, ce que produit l’épilepsie vulgaire dans cet ordre de phénomènes, l’épilepsie syphilitique le réalise aussi quelquefois, et je vais vous en donner un exemple.
Un malade, que plusieurs de mes collègues ont examiné avee moi, a présenté, consécutivement à des crises convulsives d'origine manifestement spécifique, plusieurs accès d’impulsion irrésistible, absolument analogues à celui dont je viens de vous parler. Un jour, par exemple, il sort brusquement de chez lui, sans mot dire, l'œil fixe, le visage égaré, et se met à parcourir les rues au hasard, à la facon d'un homme en délire. Ilentre dans un hôtel, où, sur l'intervention d’un domestique qui le suivait, on lui donne une chambre: 11 se couche et s'endort plusieurs heures d’un sommeil profond. Puis il se réveille étonné, et rentre chez
DÉLIRE COMITIAL 175
lui sans conserver le moindre souvenir de la série d'actes bizarres qu'il venait d'accomplir.
Un autre jour, ce même malade se précipita soudainement, sans le moindre motif, sur une personne qui était venue lui rendre visite et avec laquelle il conversait tranquillement; il la maltraita et faillit mème la tuer.
Dans un autre accès, il prit pour un braconnier un de ses domestiques qui, par hasard, avait un fusil en main; 1l se jeta sur lui, s’'empara de son arme et fit feu sur cet homme, sans l’atteindre fort heureusement.
Les faits de cet ordre constituent une forme des plus curieuses du délire comitial.
2° Association aux crises épileptiques de troubles cérébraux d'un autre genre.
Le second ordre de phénomènes dont il me reste à vous parler consiste dans l'invasion de troubles cérébraux variés, qui, à un moment donné, viennent. s'ajouter aux accidents initiaux de forme épileptique. Ce groupe morbide est bien plus important, bien plus essentiel que le précédent, car il constitue la terminaison habituelle, constante même, puis-je dire, à laquelle aboutit l'épilepsie syphilitique, alors du moins qu'elle est abandonnée à son évolution propre.
Ne croyez pas en effet, Messieurs, que l’épilepsie syphilitique reste longtemps épilepsie pure et simple. Le malade que je vous ai présenté jusqu'ici avec des crises de grand ou de petit mal, ce malade plus ou moins assimilable comme physionomie générale à un épileptique vulgaire, ne demeurera pas indéfiniment un épuleptique. Bientôt: ce sera «un cérébral », comme on
dit en langage technique; etce sera «un cérébral » de par les phénomènes nouveaux qui vont survir, phénomènes au milieu desquels l’épilepsie, jusqu alors prédominante, ne figurera plus qu'au titre effacé d'élément secondaire, L’épilepsie, originairement, tenait le premier rôle sur la scène morbide. Elle va descendre au rang de simple élément d’un ensemble symptomatologique plus complexe.
J'insiste, car telle est en réalité la marche usuelle qu'affecte la forme épileptique de la syphilis cérébrale et sur laquelle il convient que vous soyez pleinement édifiés. Cette forme débute par des manifestations exclusivement épileptiques ; — elle conserve un certain temps l'allure purement comitiale ; — puis elle s’adjoint des symptômes nouveaux, au milieu desquels l'élément épileptique s’efface progressivement comme importance morbide et dont quelques-uns même prennent bientôt le premier rang. Si bien qu'à un moment donné l’épilepsie initiale, au lieu de rester l'expression dominante
d'une situation pathologique, n’y apparait plus que :
comme élément subordonné, au même titre et sur la mème ligne que toute autre mamfestation contemporaine. C’est à ce moment que nous voici arrivés.
Mais un exemple pris sur nature vous montrera mieux que je ne pourrais vous les dépeindre la succession et la progression de phénomènes dont il s’agit.
À la suite de crises violentes de céphalée, un malade syphilitique commence par présenter, pendant plusieurs mois, des accès d'épilepsie convulsive, aussi nets, aussi francs que possible. Puis se manifestent, alternant avec ces accès, divers accidents de petit mal (vertiges, spasmes musculaires, phénomènes d’épilepsie partielle, ete.).