DIXIÈME LEÇON
Relation indéniable de certains cas d’aphasie avec la syphilis. — Faits cliniques. — Preuves anatomo-pathologiques.
A quelle époque de la syphilis cérébrale apparaissent les phénomènes aphasiques? — Aphasie précoce. — Aphasie tardive,
APHASIE PRÉCOCE. — Elle se montre rarement isolée; plus souvent elle figure en compagnie d’autres accidents cérébraux. — Quels sont ces accidents ? — Quatre formes principales :
19 Aphasie associée à divers phénomènes d'ordre congestif.
20 Aphasie associée à des paralysies motrices droites. — Fréquence et raison anatomique de cette combinaison de symptômes.— Variétés nombreuses, comme localisation et comme intensité, de ces paralysies droites. — Coexistence possible de l’aphasie avec des paralysies d'autre siége. — Interprétation de ces cas exceptionnels.
30 Aphasie associée à des symptômes épileptiques.
40 Aphasie associée à des troubles de motilité vers la langue (glossoplégie)."— Raison probable de cette combinaison de symptômes.
Symptômes. — Identité, comme expression clinique, entre l’aphasie syphilitique et l’aphasie vulgaire. — Absence de tout phénomène propre, spécial, pouvant éclairer le diagnostic différentiel.
Apparition soudaine ou progressive, — Degrés variables d'intensité. — Aphasie incomplète ou dysphasie, — Aphasie complète, — Formes intermédiaires. — Modalités pathogéniques variées : aphasie par
amnésie verbale ; aphasie avec ou sans conservation de la faculté d'écrire, du langage mimique, etc, — Troubles habituels de l'intelligence coïncidant avec l’aphasie.
Évolution, durée. — Aphasie éphémère; aphasie plus durabie; aphasie permanente, définitive.
Résumé,
Messieurs,
La suite naturelle de notre sujet m'amène à vous parler aujourd’hui de l’aphasie, comme expression possible de syphilis cérébrale.
La forme de syphilis cérébrale que nous qualifions du nom d’aphasique reconnait comme phénomène constituuf, essentiel, le symptôme aphaste, c'est-à-dire cette curieuse et bizarre altération de la faculté du langage qui n'est due ni à une lésion de l'intelligence ni à l'incapacité fonctionnelle des organes périphériques servant à l'articulation des sons.
Que la liaison de l’aphasie avec la syphilis soit de connaissance récente, cela est presque superflu à dire. Gest par nos contemporains seulement, vous le savez, que les troubles propres de la faculté du langage ont été distingués nettement soit des troubles de l’intelli= gence entravant ou abolissant l'expression de la pensée, soit.des troubles dérivant d'une altération quelconque des organes phonateurs, Et, tout naturellement, ce n’est qu'après la constitution de la science sur ce point spécial de la physiologie du cerveau que l'aphasie syphilitique à pu Ôtre reconnue et décrite.
Cependant, Messieurs, si jeune encore que soit cé fait d'une aphasie d'origine syphilitique, il n'est pas moins des mieux avérés, des plus authentiques, comme vous allez le voir.
La relation pathogénique de certains cas d'aphasie
avec la syphilisest formellement démontrée aujourd'hui: démontrée d'abord par quantité d'observations cliniques qui ont été publiées dans ces dernières années ; démontrée plus péremptoirement encore par des faits anatomiques déjà assez nombreux, parmi lesquels je vous citerai le suivant, dû à deux internes de nos hôpitaux, MM. Bourceret et Cossy.
Un malade présente toute une série d'accidents dont voici l’'énumération sommaire : en 1872, premier accès d'aphasie; — quelques mois après, paralysie passagère du bras droit; — puis, nouvelle attaque d’aphasie, dans laquelle lestroubles de la parole s’accentuent davantage; — en janvier 1873, troisième attaque d'aphasie, celle-ci plus complète, avec hémiplégie faciale droite et engourdissement dans les membres du même côté; — céphalée; — crises épileptiformes répétées; — affaissement progressif ; finalement, coma, et mort au mois de mai. — Que fait constater l’autopsie? Une énorme gomme sphérique, de trois centimètres de diamètre, occupant la partie postérieure des deuxième et troisième circonvolutions frontales gauches, ainsi qu'une parte de la circonvolution pariétale adjacente (1).
Ce fait et d’autres analogues que je pourrais citer établissent d'une façon formelle la relation possible du phénomène aphasie avec des lésions syphilitiques de l'encéphale,
N'insistons donc pas davantage sur une démonslation inutile, et voyons comment se présentent les phénomènes aphasiques dans la syphilis du cerveau.
(1) V, Bulletins de la Société anatomique de Paris, séance du 9 mai 1873, 5e série, t. VIIL, p. 346.