APHASIE INITIALE
Tout d’abord, à quelle époque de la syphilis cérébrale se montre l’aphasie?
Il est possible qu'elle se produise à une époque jeune de l’affection, au début même ou dans les premiers temps des accidents cérébraux. Il est possible aussi qu'elle n’apparaisse qu'à une époque plus tardive, consécutivement à des manifestations d'autre genre et de durée plus ou moins longue.
En d’autres termes, 1l est des cas où l’aphasie apparaît comme symptôme de syphilis cérébrale soit d'emblée, soit dans les premiers mois de la maladie. Et il en est d’autres où l’affection cérébrale s’est annoncée et conlirmée depuis longtemps par divers symptômes, alors que l'aphasie entre en scène pour la première fois.
A ne l’envisager actuellement qu'au titre de phénomène précoce, on la voit intervenir dans la syphilis cérébrale de deux facons, sous deux modes différents : soit comme phénomène 2so/é, constituant seul au début l'expression d'un état cérébral; — soit, au contraire, comme phénomène associé, associé à d’autres symptômes contemporains, c'est-à-dire faisant partie d’un ensemble pathologique composé d'éléments divers.
Il n’est pas habituel que l’aphasie se montre tout à fait au début de la syphilis cérébrale comme premier phénomène et surtout comme phénomène isolé, sans autres symptômes préalables ou concomitants. Cepen-
dant on a cité quelques exemples d'une telle évolution morbide ; et, pour ma seule part, je trouve dans mes notes quatre cas où la syphilis cérébrale a débuté de la sorte par des phénomènes aphasiques, purement et exclusivement aphasiques.
L'aphasie qui se produit dans ces conditions particulières, c’est-à-dire comme phénomène tout à fait in1tial, est presque toujours éphémère, transitoire. Elle dure quelques heures tout au plus, plus souvent moins encore, une heure, une demi-heure, ou même quelques minutes seulement, à la façon d’un phénomène d'ordre épileptique. Aussi bien n’y aurait-il pas exagération, au moins pour certains cas, à la taxer d’aphasie comntiale.
En revanche, cette aphasie fugace est particulièrement sujette à répétitions. Souvent elle se reproduit à intervalles plus ou moins rapprochés, et toujours sous forme de crises identiques, à la durée près. C’est ainsi qu'un de mes malades a présenté, au début mème d'une syphilis cérébrale, cng crises d’aphasie en quatre mois, crises dont la durée varia de quelques instants à plusieurs heures. Dans chacune de ces attaques, le malade perdait presque totalement la parole. À peine conservait-l quelques mots, et il était forcé d'écrire ce qu'il voulait exprimer; encore n'y parvenalt-1l pas toujours. Une de ces attaques le prit d’une façon assez singulière pour être citée. Il arrètait une voiture, dans la rue, pour faire une course. Au moment de donner l'adresse où 1l voulait aller, subitement il perdit la parole et resta muet devant le cocher. Celui-ci le prit pour un fou ou pour un mauvais plaisant, linjuria, le malmena, et finit par le conduire au poste, où la parole lui revint au bout d'un quart
d'heure.