‹ La syphilis du cerveauChapitre 51 sur 151 · SYMPTÔMES CONCOMITANTS · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES CONCOMITANTS

De ce fait et d’autres analogues, il ressort donc que l’aphasie peut être primative, tout à fait initiale, en tant que symptôme de syphilis cérébrale. Mais, je le répète, c'est là un cas assez rare.

Bien plus souvent, l’aphasie prend place dans la syphilis cérébrale en compagnie d'autres phénomènes, qui tantôt la précèdent à peu de distance, tantôt se produisent simultanément avec elle, ou enfin se manifestent à sa suite.

Ces phénomènes sont variables. De là diverses associations symptomatologiques qu'il ne sera pas sans intérèt de spécifier. Il en est quatre surtout qui méritent une mention particulière.

I. L'une des plus communes est celle où l’aphasie se trouve combinée avec divers accidents de la forme précédemment décrite sous le nom de forme congestive. Elle coexiste alors avec tels ou tels des symptômes suivants : céphalée ; — vertiges ; — troubles passagers des sens et de la motilité ; — troubles intellectuels, encore à l’état d'ébauche ; — ictus résolutifs ou apoplectiformes, etc.

Et, dans cet ordre de cas, ou bien elle succède à certains phénomènes déjà plus ou moins intenses, témoignages non équivoques d’une lésion cérébrale grave (de cela nous verrons nombre d'exemples par la suite); — ou bien, précédée seulement de quelques symptômes transitoires, légers d'apparence ou peu significatifs, elle apparaît sur la scène morbide comme premier phénomène important.

Comme exemple du genre, je vous citerai une curieuse observation du professeur Tarnowsky (de Saint- Pétersbourg) auquel nous devons une monographie des plus intéressantes et des plus complètes sur la question qui nous occupe (1).

Une femme d’une quarantaine d'années, syphilitique depuis huit ans, commence par éprouver des crises violentes de céphalée pendant quatre mois. Elle ne suit aucun traitement. Un jour elle s'aperçoit que « quelque chose d’étrange se passe en elle »; puis elle se met à confondre le genre des substantifs, et finit par ne plus parler qu’au féminin. Elle emploie tous les substantifs au féminin, disant parexemple : «ma fils, » pour mon fils; «ma verre », pour mon verre. Cela dure trois jours. — Le troisième jour, elle perd en plus la mémoire des noms propres et appelle toutes les personnes qu'elle voit du nom de son fils, Alexandre. — Le quatrième jour, dans la nuit, crise apoplectiforme avec perte passagère de connaissance, mais sans paralysie.— Enfin, à dater de ce moment, la malade devient complétement et absolument aphasique, ne pouvant plus prononcer qu'un seul mot, le nom de son fils. Elle perd également la faculté d'écrire et la faculté de lire. Elle ne peut plus tracer une seule lettre; elle ne peut plus lire ni à haute voix ni même des yeux. « Il était évident, dit l’habile clinicien à qui nous empruntons cette observa-

(1) De l'aphasie syphilitique, par le Dr Benjamin Tarnowsky, professeur à l'hôpital de Kalinkine (hôpital des vénériens), agrégé à l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg. Paris, A. Delahaye, 1870. — Je ne saurais assez recommander la lecture de ce remarquable mémoire, riche de faits cliniques, et marqué au coin de la plus judicieuse observation. C’est à coup sûr le meilleur travail qui ait été publié sur le sujet.

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