‹ La syphilis du cerveauChapitre 52 sur 151 · SYMPTOMES CONCOMITANTS · texte numérisé non relu

SYMPTOMES CONCOMITANTS

tion, que la malade avait oublié la forme même des lettres, puisque, tout en fixant les yeux sur les pages d'un livre qu'on lui présentait ouvert et tourné de haut en bas, elle ne paraissait pas s’en apercevoir et ne faisait que branler la tête négativement, comme pour exprimer son entière impuissance de lire ». De même aussi, son attention et son intelligence étaient assez débiles pour ne pas résister à une fatigue prolongée au delà de quelques instants. « Venait-on par exemple à interroger cette femme, en la priant de répondre par un mouvement affirmatif ou négatif de la tête, elle répondait raisonnablement aux cinq ou six premières questions ; puis au delà elle ne répondait plus ou ne répondait qu'à contre-sens, semblant ne plus comprendre ce qu'on lui demandait. » Etc , etc.

De tels phénomènes pouvaient-ils se rattacher à la syphilis comme origine ? Cela était rendu plus que vraisemblable en l’espèce par diverses raisons, notamment par la coïncidence actuelle d’autres manifestations de nature évidemment spécifique (gommes du cuir chevelu, exostose, lésion du foie, etc.). La démonstration, d’ailleurs, ne se fit guère attendre; car le traitement antisyphilitique, prescrit par M. Tarnowsky en vue d’une lésion spécifique du cerveau, ne tarda pas à produire les meilleurs résultats pour aboutir finalement à une complète guérison.

Dans ce cas, vous le voyez, un seul phénomène, la céphalée, avait servi de prélude à l’aphasie ; et l'aphasie elle-même avait précédé de quelques jours l’ictus apoplectiforme. Donc, ici, aphasie précoce, d'une part: et, d'autre part, aphasie associée à des symptômes d'ordre congestif.

IT. Une seconde association de phénomènes est constituée par la coïncidence avec l’aphasie d’une ou de plusieurs paralysies motrices du côté droit.

Les cas de cet ordre sont extrêmement fréquents. Vous en trouverez de signalés partout. Au hasard, j'en prends un dans mes notes comme exemple, et j'en pourrais citer beaucoup d’autres.

Un jeune homme de vingt-trois ans, affecté depuis six ans d'une syphilis toujours très-négligemment traitée, se trouvait en parfait état de santé, quand il se rend à un bal où il danse une partie de la nuit avec l’entrain de son âge. Tout à coup, au milieu d’un quadrille, il se sent pris soudainement, « comme si un éclair leût frappé, » d’une faiblesse extraordinaire, avec impossibilité d’articuler un seul mot. Il est sur Je point de tomber, et c’est sa danseuse qui le soutient. On l'emporte chez lui, sans qu'il puisse durant le trajet articuler autre chose que des monosyllabes dépourvus de sens. On le couche, et il s'endort d’un sommeil profond qui dure neuf à dix heures. Le lendemain, il se réveille « comme abruti », incapable de parler, aphasique dans toute la force du terme, et de plus hémiplégique (à un degré incomplet) de fout le côté droit. Sa jambe droite ne le soutient pas; sa main droite tient à peine une plume et ne peut écrire.

Ici donc, accès aphasique débutant d’une facon subite en même temps qu'une hémiplégie droite.

Je le répète à dessein, Messieurs, cette coexistence de l’aphasie et des paralysies motrices droites est des plus communes. Elle est si commune qu'on peut la dire presque Aabituelle.

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