‹ La syphilis du cerveauChapitre 60 sur 151 · AFFAISSEMENT DE L'INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

AFFAISSEMENT DE L'INTELLIGENCE

sommairement en une série de phénomènes attestant une débilité intellectuelle relative, un affaissement des facultés psychiques, mais un affaissement simple, sans perversion mentale, sans incohérence, sans délire, L'individu affecté de la sorte, à ce degré, est deveriu inférieur à lui-même comme intelligence ; mais ce n'est pas encore un incohérent, un délirant.

Déjà, en vous parlant des manifestations psychiques consécutives à l’épilepsie, j'ai eu l’occasion de vous dépeindre la dépression intellectuelle en question iei. Inutile donc de répéter le tableau ; je me borneraiï à vous le rappeler suceinctement.

Ce qu’on observe est ceer : sorte d'alourdissement, d'engourdissement de l'intellect; — lenteur et paresse de lidéation ; — conceptions moinsfaciles, moins nettes, moims lucides ; — faculté d'attention diminuée ; — faiblesse de mémoire, phénomène des plus communs et des plus remarquables, auquel nous consacrerons quelques remarques spéciales dans un instant ; — défaut de suite dans les idées, les projets, les paroles, les actions; — inaptitude relative pour toute occupation exigeant une certaine tension d'esprit, — fatigue cérébrale rapide à se produire à la suite d’un travail tant soit peu prolongé: —- oublis, contre-sens, maladresses, bévues, gaucheries, dans les affaires, les relations, les actes les plus simples de la vie courante, ete,. ete; — en un mot, tous phénomènes attestant une véritable asthénie intellectuelle, tous phénomènes témoignant d’une dépression évidente des facultés psychiques.

Les malades se rendent-ils compte d'un tel état? Oui et non tout à la fois. Je m'explique, et prètez-moi votre

attention, Messieurs, car il est ici une nuance difficile à préciser, que je voudrais cependant bien mettre en lumière. Oui, les malades ont conscience assurément de leur défaillance intellectuelle ; ils s'en aperçoivent à la difficulté qu'ils éprouvent au travail, qu'ils éprouvent à s'acquitter de leurs occupations habituelles ; ils la signalent, ils l’accusent à leur entourage. Mais ils ne s’en rendent compte (sinon toujours, au moins le plus souvent) que d’une façon insuffisante, d’une façon distraite, inattentive, presque indifférente même en certains cas. Ils sentent bien, suivant leur expression habituelle, qu'ils « ne sont plus les mêmes, qu'ils ne sont plus ce qu'ils étaient autrefois »; mais ils ne le sentent que vaguement, confusément; ils ne se jugent, ils ne se voient — passezmoi l'expression — qu'à travers le brouillard de leur intelligence obscurcie, qu’à travers une sorte d’obnubilation cérébrale qui leur enlève l’exacte appréciation des choses.

De là même résulte, soit dit incidemment, que nombre d’entre eux, toutense croyant, en se disant malades, ne prennent pas souci de leur état, ne songent pas à consulter un médecin, et, finalement, n'arrivent à nous qu à une époque plus ou moins tardive.

Cette forme de syphilis cérébrale qui s'inaugure de la sorte par des troubles intellectuels ne laisse pas d’être assez commune. Vous en avez deux exemples actuellement dans nos salles.

Le premier vous est fourni par un jeune homme couché au n°38 dela salle Saint-Louis. Chez ce malade, la syphilis cérébrale s’est accusée exclusivement, comme début, par de la dépression d'intelligence et du balbutie-

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