INVASION SOUS FORME ASSOCIÉE
eressive de l'intelligence, hébétude, amnésie, troubles oculaires et retours intermittents d'accès maniaques, précédés d'hallucinations de la vue. Dans le cours de ce délire, le malade se livre à une foule d'actes des plus extravagants ; il crie, il vocifère ; il veut se déshabiller ; il s'irrite, menace, et déploie une telle force musculaire que quatre hommes ont peine à le contenir pour l’empêcher de briser les meubles et de frapper les assistants. D'autres fois, 1l prend le garçon de service « pour un bourreau qui vient lui couper la tête » ; 1l voit même le couteau que cet homme tient à la main, et appelle à son secours, etc. À la suite de ces accès, il redevient calme, mais reste de plus en plus bizarre, méfiant, hébété, stupide. Ainsi 1l se couche dans le lit des ses voisins ; il se promène sans but, sans savoir ni où il veut aller ni ce qu'il se propose de faire ; il ne se rend pas compte des lieux où 1l se trouve ; 1l verse son potage dans ses draps, il se barbouille la figure de noir de fumée, etc.
Dans ces deux cas et dans tant d’autres semblables que je pourrais citer, les désordres intellectuels ne font qu'accompagner ou suivre divers symptômes d'autre genre : céphalée, crises épileptiques, ictus comateux, paralysies, etc. Ils se présentent donc associés chronologiquement à ces derniers phénomènes; ils sont partie d’un tout, éléments d’un ensemble, et je n'ai pas à dire s'ils reçoivent de cette combinaison, au point de vue diagnostique, la plus utile [lumière. Immédiatement le médecin les prend pour ce qu'ils sont, à savoir pour des symptômes d’une lésion cérébrale, et il ne songe pas un seul instant à les confondre-avec les manifestations d’une folie essentielle, d’une aliénation proprement dite.
Mais, en d’autres cas, — bien moins communs, il est vrai, — les choses ne se passent plus ainsi. Chez certains malades, les troubles intellectuels ne sont plus ni précédés ni accompagnés d’autres troubles cérébraux, au moins d’autres troubles saillants, importants. Tout au contraire, ils se produisent seu/s, et, pour un certain temps, restent isolés.
C’est ainsi que parfois des phénomènes d’excitation cérébrale ouvrent la scène morbide et servent de préludes aux autres symptômes. De cela je vous ai cité déjà quelques exemples: je n'ai plus à y revenir.
On a mème vu — mais d’une façon tout à fait exceptionnelle, il est vrai — de véritables accès de manie ou d'incohérence maniaque inaugurer brutalement le début d'une syphilis cérébrale; et cela, j'ai besoin de le répéter encore, sans avoir été précédés d’autres phénomènes, au moins de phénomènes majeurs, remarquables et remarqués. Tel est un cas que je me rappelle avoir entendu raconter plusieurs fois par M. Rayer, cas fort intéressant et relatif à un homme politique bien connu.
Cet homme sortait de la Chambre, où il venait, détail intéressant, de soutenir avec son talent habituel une importante discussion. Rentrant chez lui en voiture, il commence à divaguer devant son secrétaire qui l’accompagnait. Sur la place Vendôme, il aperçoit quelques, personnes arrêtées devant la colonne, et 1l les prend pour « des revenants, des fantômes ». Tous les passants qu'il rencontre alors sont de même des « morts sortis de leurs tombeaux ». À dater de ce moment, il déraisonne d’une façon constante et devient absolument fou. Divers médecins sont consultés ; diverses médications