DIFFICULTÉS DE PRATIQUE
les voient pas ceux-là seulement qui ne veulent pas les voir; — que l'aliénation n’est pas une arche sainte, inaccessible au contact de la vérole, bien loin de là; —qu'il serait, certes, parfaitement ridicule de prescrire le mercure ou l'iodure indistinctement, de parti pris, à tous les aliénés; mais qu'en revanche il serait non moins étrange, non moins abusif dans un sens opposé, de priver du mercure ou de l’iodure ceux des aliénés que les remèdes de ce genre pourraient guérir (1).
(1) Comme exemple, lire une observation de Zambaco (ouvrage cité, page 525), observation très-curieuse et très-instructive en l'espèce, se résumant en ceci, relativement à la discussion actuelle :
X..., âgé de 31 ans. — Syphilis en février 1857 : chancre, avec bubon non suppuré; dans les mois suivants, plaques muqueusèês gutturales, éruption du cuir chevelu, alopécie, adénopathie cervicale, etc. — Plus tard, insomnie opiniâtre, étourdissements, amaigrissement. — L'année suivante, céphulée intense, à exacerbations nocturnes; ulcérations à la verge. — Récidive des douleurs de tête. Un traitement spécifique prescrit à cette époque produit une atténuation « considérable » de ces douleurs; malheureusement il n’est continué que cinq semaines environ. — En 1859, nouveaux accès de céphalée qui deviennent atroces comme intensité de douleurs, à ce point qu'une nuit le malade essaie de se tuer. Depuis lors, chaque accès s'accompagne d'une perte de la raison et de divagation absolue. On est forcé de placer le malade dans une maison d’aliénés.--Là, mêmes phénomènes. Accès de violence : «une nuit, dans une de ces crises de cruelle céphalée, le malade se précipita sur son gardien et faillit le tuer». Néanmoins, «bien que X... eût obtenu de si bons résultats du traitement spécifique, malgré les antécédents éloquemment syphilitiques du malade, on n'eut pas la pensée de revenir aux mercuriaux non plus qu'à l'iodure de potassium ! Ce n'est que plus tard que X.. fut de nouveau soumis aux antisyphilitiques, grâce au conseil d'un ami. Deux mois de ce traitement suffirent pour dissiper les maux de tête et pour faire revenir la raison. » Ete., etc.
D'autres cas du même genre pourraient être cités. Mais le précédent suffira, je pense, à condamner l'aveuglement de certains médecins qui se refusent à croire que la syphilis puisse déterminer des troubles psychiques semblables à ceux de l’aliénation, et qui, forts de cette conviction, omettent ou négligent le seul traitement capable d'être utile eu certains cas.
Au surplus, laissons ces querelles inuules ou, pour mieux dire, ces divergences, bien naturelles d’ailleurs entre hommes ayant leurs champs d’études sur des théàtres si différents, si éloignés ; et terminons en disant simplement ceci, comme conclusion dernière :
Les succès du traitement antisyphilitique dans certains cas de troubles intellectuels d’origine syphilitique sont aujourd'hui incontestables, sont désormais acquis à la science. De là pour nous des exemples à suivre ; de là des indications formelles à observer.
sl
Nous venons d'assister à lanaissance et au développement des troubles intellectuels de la syphilis cérébrale. Ultérieurement, que deviennent ces troubles, une fois établis et confirmés de la sorte? C’est là ce que nous aurons à préciser bientôt avec détail.
Sans anticiper sur ce qui doit suivre, je puis néanmoins vous dire d’un seul mot dès à présent que, non traités ou réfractaires au traitement, les divers phénomènes en question ne feront plus au delà que persister en s'aggravant, suivre une marche progressive, se compliquer de divers accidents, notamment de symptômes paralytiques, et aboutir enfin, comme étape ultime presque invarlable, à la démence.
Cette évolution est toujours assez lente. Elle exige au minimum plusieurs mois pour se compléter, et, plus habituellement mème, une, deux, trois années. Mais là n'est pas la question pour l'instant. Un autre point doit