QUINZIÈME LEÇON
(SUITE)
PARALYSIES DES NERFS CRANIENS (suite). — Second groupe.
10 Nerf auditif. — Troubles divers de l'audition susceptibles de marquer le début de la syphilis cérébrale. — Leur gravité comme symptômes précurseurs.
20 Nerf optique. — Troubles visuels symptomatiques. — Leurs caractères. — Trois degrés : amblyopie légère ; amblyopie vraie ; cécité. — Les troubles visuels peuvent constituer le symptôme unique qui traduit l'invasion de la maladie (forme oculaire de la syphilis cérébrale). — Plus souvent ils se présentent associés à d’autres phénomènes cérébraux. — Combinaisons symptomatologiques diverses. — Type particulier, comportant une signification diagnostique précise.
Application de l’'ophthalmoscope à l'analyse de ces troubles oculaires. — Névrite optique et atrophie papillaire. — Caractères objectifs de ces deux lésions. — Elles ne constituent pas deux affections distinctes, mais bien deux étapes successives d’un seul et même processus morbide.
Double signification des données ophthalmoscopiques. — D'une part, elles rendent compte des troubles oculaires ; — d’autre part, et surtout, elles témoignent d’une lésion intra-cränienne. — Importance considérable se rattachant à cette dernière indication. — Conséquence pratique : nécessité du recours à l’ophthalmoscope dans tous les cas où un malade syphilitique vient à présenter quelque symptôme d'ordre cérébral. — Pourquoi l'examen ophthalmoscopique est indispensable même en l'absence de troubles visuels. — Intégrité possible de la vision avec coïncidence d’une double névrite optique.
30 Nerf facial. — Hémiplégie faciale. — Paralysies circonscerites du facial.
40 Nerf grand hypoglosse. — Parésies linguales éphémères. — Leur fréquence au début de la syphilis cérébrale. — Paralysies linguales.
Troisième groupe. — Troubles ressortissant à la cinquième paire. — Hémianesthésie faciale. — Troubles de l’odorat. — Troubles paraissant se relier à une lésion du preumogastrique.
IT. MoxopLéGies. — Très-communes au début de la maladie sous forme de parésies transitoires. — Beaucoup plus rares sous forme de paralysies vraies, persistantes. — Le plus souvent, dans ce cas, elles sont consécutives à des hémiplégies en quelque sorte avortées. — Exemple clinique.
Monoplégies circonscrites, de forme exceptionnelle.
Messieurs,
Nous allons continuer aujourd’hui l'étude des paralysies crâniennes qui peuvent marquer le début ou les premiers temps de la syphilis cérébrale.
Avant d'entrer en matière, je dois vous rappeler que ce mot de « paralysies crâniennes » ne comporte ici qu'une acception purement clinique. Il ne signifie pas que les paralysies dont il va être question reconnaissent . pour origine des lésions propres aux cordons nerveux,aux paires cräniennes proprement dites, à l'exclusion de lésions situées dans le cerveau au delà de l'émergence apparente de ces nerfs. Il n'a d'autre sens pour nous, quant à présent, que celui-ci :troubles paralytiques oceupant le territoire de distribution d’un nerf encéphalique.
Cela convenu, reprenons le sujet commencé dans notre dernière conférence.
Après les nerfs oculaires, qui nous ont longuement occupés, se présente un second groupe de nerfs que la
TROUBLES DE L'OUIE 387 syphilis cérébrale n’aflecte qu'avec une fréquence bien moindre, mais qui pourtant ne laissent pas d'être intéressés dans un certain nombre de cas.
Ce second groupe comprend, vous le savez, deux paires nerveuses de sensibilité spéciale et deux paires motrices, à savoir : d'une part, le nerf auditif et le nerf optique; — d'autre part, le facial et l'hypoglosse. Voyons sous quelles formes cliniques se révèle la syphilis cérébrale, alors qu'elle trouble les fonctions dévolues à tel ou tel de ces nerfs.
1° Nerf auditif. — Déjà, dans ce qui précède, nous avons vu la syphuilis cérébrale préluder à diverses formes d'ordre plus où moins grave par des troubles de l’ouie. Ces troubles se manifestent sous deux modes différents que voici : | |
Tantôt ils consistent en des phénomènes de bourdonnements, de sifflements, de tintements, de murmures auriculaires variés de tonalité; — phénomènes soit limités à une oreille, soit bilatéraux : — et phénomènes généralement continus avec exacerbations intermittentes. | .
Tantôt ils s'accusent par un affaiblissement progressif ou rapide de la faculté auditive : obtusion réelle de l’ouïe à des degrés divers, demi-surdité, voire surdité presque complète.
En tant que symptôme prodromique ou précoce de syphilis cérébrale, la perte relative ou absolué de l'audition n’est jamais qu'unilatérale, Du moins n’ai-je pas encore, pour ma part, rencontré un seul cas où elle affectät d'emblée, du premier coup, les deux oreilles.
Légère, moyenne ou intense, elle constitue toujours un présage alarmant. Fort souvent, en effet, on l’a vue suivie, à échéance plus ou moins rapprochée, d'accidents sérieux, voire immédiatement graves. De cela je vous dois la preuve; elle vous sera fournie par le cas suivant.
Un malade d’une quarantaine d'années, syphilitique depuis six ans, commença par être pris d’une demi-surdité de l'oreille gauche. Cette surdité, qui, d’après le diagnostic d’un spécialiste étranger, « ne pouvait être expliquée par aucune lésion appréciable, » guérit rapidement sous l'influence d’un traitement mercuriel. — Quelques mois plus tard, récidive du même accident, et alors surdité gauche presque absolue. Nouveau traitement par les frictions mercurielles ; guérison. — Puis, bientôt après, céphalée, vertiges, et kémiplégie gauche. Même traitement, avec addition d'iodure; et, cette fois encore, guérison. — Mais, tout récemment, récidive des vertiges, paralysie de la troisième paire, et troubles cérébraux des plus graves; vie plus que menacée en ce moment.
Il se peut (vous venez précisément d'en avoir un exemple) que les troubles auditifs constituent, au début mème de la syphilis cérébrale, le seul, l'unique symptôme de la maladie. Cela est rare, exceptionnel même, dirai-je. Presque toujours ces troubles se montrent en compagnie d’autres phénomènes cérébraux, parmi lesquels les plus fréquents sont la céphalée, l’affaiblissement de la vue, la diminution de mémoire, les vertiges, et généralement tous phénomènes d'ordre congestif.
2° Nerf optique. — Les (troubles de la vue sont assu-