‹ La syphilis du cerveauChapitre 81 sur 151 · FORME PARALYTIQUE. — NERF FACIAL · texte numérisé non relu

FORME PARALYTIQUE. — NERF FACIAL

Car c’est là le seul moyen de ne jamais laisser échapper les indications diagnostiques qui peuvent résulter de l'exploration oculaire.

Supposez que, grâce à l’ophthalmoscope, une lésion cérébrale soit découverte de bonne heure, quel service rendu au malade, et quelle condition propice au traitement |

Done, la règle pratique est ici formelle, absolue. Je la recommande à vos souvenirs.

3° Nerf facial. — Dans un certain nombre de cas, l’hémiplégie faciale vient prendre place parmi les symptômes qui marquent le début ou les premiers temps de la syphilis cérébrale.

Soudaine ou rapide d’invasion, elle consiste presque toujours en une paralysie partielle, qui notamment a pour caractère de laisser indemne l’orbiculaire palpébral.

Quelquefois intense ou même complète, elle affecte plus souvent une forme légère, ébauchée, simplement parétique, quitte à se confirmer et à s'aggraver plus tard, si elle n'est pas combattue à temps par un traitement approprié.

Tantôtelle est éphémère, comme lorsqu'elle succède à une crise épileptique. Tantôt, au contraire, elle est persistante ; et, alors, elle ne tarde guère généralement, si elle est abandonnée à son évolution propre, à se compliquer d’autres phénomènes de mème ordre, surtout de paralysies oculaires où d’hémiplégie des membres, Le plus souvent, en effet, cette hémiplégie faciale n'est, à vrai dire, que l'expression préalable d'une hémiplégie totale; c'est, en termes techniques, un segment d’'hémi-

plégie dissociée.

NERF GRAND HYPOGLOSSE. 103 À ütre de particularité exceptionnelle, signalons la possibilité de paralysies Himitées à une branche du facial. J'ai vu, dans un cas, l’orbiculaire palpébral être seul affecté. Sur une autre malade, dont je vous parlerai bientôt, le voile palatin était seul intéressé (et intéressé d'une facon intense), toutes les autres branches du nerf restant indemnes. Dans ce dernier cas, la paralysie du voile s'était produite subitement, en coïncidence avec une glossoplégie et une monoplégie brachiale, l’une el l’autre très-fortement accentuées.

4° Grand hypoglosse.— Rappelons d’abordces parésies passagères de la langue que nous avons déjà décrites à propos de la forme congestive et qui s’accusent par des embarras subits de la parole, du balbutiement, du bégaiement transitoire ou peu durable ; phénomènes parfois imputables à un trouble psychique, mais parfois aussi se reliant de toute évidence à un trouble moteur.

En second lieu, des parésies linguales ont été observées plus d’une fois en connexion avec l’aphasie. C’est là un point que nous avons suffisamment établi dans une de nos conférences précédentes (1) pour n'avoir pas à y revenir.

Troisièmement, dans les cas d’hémiplégie un peu intense, la parésie latérale de la langue est un fait trèshabituel.

Enfin, exceptionnellement, on à vu des paralysies complètes, absolues, de la langue, se produire à la suite d’un ictus violent. Tel a été précisément le cas de la malade dont je vous parlais en dernier lieu, Chez cette

(1) V. page 252.

femme, la langue était paralysée à ce point que non-seulement elle ne pouvait plus être tirée hors de la bouche, mais qu'elle était incapable du plus léger mouvement; elle était littéralement ämmobilisée sur le plancher buc-

cal.

Je pourrai être bref sur ce qui concerne les localisations relatives aux autres paires crâniennes; car ce ne sont plus là que des phénomènes exceptionnels, surtout en tant que symptômes d'ordre initial.

Des troubles de la cinquième paire ont été signalés en quelques cas, et l’on en a parfois trouvé l'explication nécroscopique dans une compression subie par le nerf au voisinage d’une gomme cérébrale où méningée.

Sur l’un de mes malades, une syphilis cérébrale procéda de la façon suivante : d’abord, paralysie de la tro1isième paire; — quelque temps après, anesthésie d’une moitié de la face ; — plus tard, troubles intellectuels, hébétude progressive et démence.

Un client de M. Ricord commença par éprouver de violentes douleurs dans une moitié de la face; — puis à ces phénomènes névralgiques succéda bientôt une anesthésie complète des mêmes parties ; — consécutivement survint une hémiplégie. Traitement par l'iodure de potassium, et guérison.

Un cas bien plus curieux encore, relaté par Moxon (1), nous montre le nerf de la cinquième paire affecté à la fois dans ses filets sensitifs etses filets moteurs. « Après des crises de céphalée violente, un malade fut pris d’une paralysie dela troisième paire gauche, puis d’une paralysie

M) Transactions of the clinical Society of London, novembre 1871,

NERF PNEUMOGASTRIQUE. 405 de la cinquième paire du même côté, avec engourdissement de la main droite... Lors de son entrée à l'hôpital, il avait perdu la sensibilité au contact sur toute la moitié gauche de la face ; 1l ne sentait pas le goût d’un grain de sel déposé sur la moitié gauche de la langue ; il ne pouvait faire usage de ses muscles masticateurs gauches, ete... » Soumis à l’iodure de potassium, il guérit rapidement.

Quant aux troubles de l’odorat, autant 1ls sont fréquents dans les syphilis osseuses, affectant le squelette des fosses nasales, autant ils sont rares dans la syphilis intra-crânienne. On ne les trouve guère signalés que dans un très-petit nombre d'observations, comme conséquence de compressions exercées sur le nerf olfactif par des tumeurs. Je n’en ai pas encore observé d'exemple pour ma part, du moins dans les premières étapes de la maladie.

Enfin une de mes malades, affectée d’exostoses crâniennes et de gommes cutanées, présenta comme phénomènes initiaux d’une syphilis cérébrale divers phénomènes semblant bien se rattacher à un trouble de fonctions du preumogastrique, à savoir : vomissements répétés, opiniâtres, incoercibles, et se produisant d’une facon spéciale, sans efforts, « par fusées » ; — anxiété respiratoire continue et intense; — ralentissement trèsnotable du pouls. — De même, sur un malade affecté de syphilis cérébrale, M. Broadbent a cru pouvoir rapporter

à une irritation du pneumogastrique un hoquet d’une persistance singulière (1).

(4) V. The Lancet, 1876.

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MonoPLÉGIEs.

Les monoplégies sont très-communes dans la syphilis cérébrale, et très-souvent aussi elles en constituent des symptômes initiaux. Elles devraient donc trouver 1c1 une large place, si, pour la plupart, leur histoire ne se confondait avec celle de l'hémiplégie qui nous occupera très-prochainement. Le plus souvent, en effet, ces monoplégies ne sont que des hémiplégies momentanément dissociées, qui se complètent dans une étape ultérieure de la maladie. |

Elles figurent dans les premiers temps de la syphilis cérébrale sous ‘deux formes très-inégales comme fréquence, à savoir :

Sous forme de parésies transitoires, fugaces, tout au moins peu durables ;

Et sous forme de paralysies vraies, fixes, persistantes.

1° La première forme est aussi commune que la seconde est rare. C’est ainsi qu'en nombre de cas (je vous en ai déjà cité plusieurs exemples), on voit prendre place au nombre des premiers symptômes de la syphilis cérébrale des engourdissements passagers dans les membres, des parésies générales ou partielles d’un bras, d’une jambe, d'un côté du visage. Rappelez-vous, comme exemple, l'observation de ce jeune homme qui,

MONOPLÉGIES. 407

un jour, s'aperçoit en chassant qu'il ne peut plus soutenir son fusil de la main gauche; cette main est devenue subitement «commeengourdie, comme à moitié morte »; elle ne peut plus serrer, tenir un objet, le manier avec sûreté. Le membre inférieur du même côté et la face restent d'ailleurs indemnes. Effrayé de cet accident, le malade s’empresse de rentrer chez lui, se couche, s’endort, et se réveille quelques heures plus tard absolument guéri. é Des faits identiquës ou analogues se trouvent reproduits, je le répète, dans un grand nombre d’observations.

2° La seconde forme (monoplégie paralytique, monoplégie à paralysie vraie)est relativement exceptionnelle,

Il se peut qu'elle apparaisse absolument isolée, c'està-dire à l’état de paralysie exclusivement limitée à un segment d'une moitié du corps, au bras ou à la jambe par exemple. Cela esttrès-rare, et, pour ma part, je n'ai observé jusqu’à ce jour qu’un seul cas bien authentique de ce genre. Ce cas est relatif à un malade (actuellement couché au numéro 38 de la salle Saint-Louis) quicommença une syphilis cérébrale par les trois ordres de phénomènes suivants : hésitations de la parole, amnésie, et paralysie du bras gauche. Chez ce malade, les phénomènes paralytiques se localisèrent d'emblée dans le bras gauche, alors que le membre inférieur et la face restaient absolument indemnes ; et depuis lors ils ne se sont pas irradiés hors de leur siége primitif, en l'absence même de toute médication répressive (1).

(1) Mon collègue et ami le docteur Besnier m'a communiqué un fait du même genre. Un de ses clients, anciennement syphilitique, a été

Ce qui est plus habituel, au contraire, c'est que la monoplégie succède à une ou plusieurs tentatives d’hémiplégie généralisée, mais transitoire, éphémère. Tout d’abord, le processus paralytique paraît tendre à constituer une hémiplégie ; mais cette hémiplégie se dissipe, s’efface, et, si je puis ainsi parler, se concentre sur un segment du corps où apparaît une monoplégie durable, persistante, voire définitive, si le traitement n’en fait pas justice.

Exemple du genre : un de mes malades commence par éprouver à trois reprises, dans le courant de juin 1870, un engourdissement de la main gauche et de la langue. Il ne se traite pas ou ne se traite que d’une façon insignfiante. En octobre, ilest frappépendant trois ou quatre heures « d’une sorte de paralysie légère qui occupe toute la moitié gauche du corps ». Finalement, en novembre, sa jambe gauche se paralyse complétement. Et, quand je le vois pour la première fois à cette époque, je constate ceci purement et simplement : une monoplégie affectant le membre inférieur gauche, avec intégrité absolue du bras et de la face du côté correspondant. — Traitement spécifique, et guérison.

Enfin, comme dernier détail, spécifions qu'en certains Cas, plus rares encore, On à vu ces monoplégies se circonscrire d'une facon singulière, au point de ne plus affecter qu'une étendue minime. C’est ainsique vous trouverez quelques observations relatives à des para-

frappé, consécutivement à une sorte d’ictus épileptiforme, d'une monoplégie du bras gauche, Cette monoplégie était complète, absolue, mais elle respectait la sensibilité. Elle résista au traitement spécifique, ainsi qu'à l'électricité, et devint définitive.

MONOPLÉGIES. 409

lysies partielles n'intéressant qu'un segment d’un membre, la main, quelques doigts, voire un doigt seul, etc. Un malade que je traite actuellement et qui a été sujet plusieurs fois à des hémiplégies post-épileptiques de forme tout à fait passagère, conserve dans le pouce du côté affecté une faiblesse permanente, avec engourdissement notable de la sensibilité. Et c’est là le seul. l'unique phénomène qu'aient laissé après elles plusieurs crises hémiplégiques.

Ces derniers faits sont assurément curieux et méritent d’être cités ; car, ainsi que je vous l'ai dit plusieurs fois et que j'aurai encore à vous le répéter, la bizarrerie des localisations paralytiques est une particularité remarquable dans la syphilis cérébrale. Mais ne perdez pas de vue que ce sont là des faits relativement rares, par rapport aux grands phénomènes qui nous ont occupés jusqu'ici, par rapport surtout à l'hémiplégie qui se présente actuellement à notre étude et dont nous aborderons l’histoire dans notre prochaine réunion.

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