‹ La syphilis du cerveauChapitre 82 sur 151 · SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME LECONS · texte numérisé non relu

SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME LECONS

(SUITE

1. Fréquence de l'hémiplégie dans la syphilis cérébrale. — Époque d'apparition. — Hémiplégie secondaire. —-Hémiplégie tertiaire. — Variétés. — Causes anatomiques : lésions d'ordre spécifique et lésions d'ordre commun. De là deux classes d'hémiplégies : hémiplégie syphilitique proprement dite, et hémiplégie syphilitique indirecte. — Intérêt majeur se rattachant à cette division.

I. Étude clinique. — Prodromes. — Absence possible, mais exceptionnelle, de tout phénomène précurseur.— Prodromes divers : 15 Céphalée. — La céphalée constitue un prodrome très-habituel, mais non constant. — Variétés comme caractères cliniques, comme échéance, comme durée, etc. — Importance excessive de la céphalée en tant que symptôme prémonitoire. — 2° Troubles d'ordre congestif. — 3° Troubles de motilité : faiblesses passagères des membres: embarras de la langue; parésies etparalysies durables.— 40 Troubles de la sensibilité générale, — 5° Hémiplégies prodromiques fugaces, préludant à l'hémiplégie permanente.

III. Modes d'invasion. — Deux modes : invasion soudaine ou pro-

gressive.

19 Hémiplégie soudaine. — Deux yariétés : forme exceptionnelle à début apoplectique; — forme commune à début caractérisé par un ictus purement résolutif, sans perte de connaissance.

20 Hémiplégie progressive; — progressive soit comme intensité

croissante, soit comme extension croissante de troubles paralytiques. — Association fréquente de ces deux types.

+ IV, Symptômes de l'hémiplégie confirmée.

19 Troubles de motilité : Hémiplégie presque toujours incomplète, souvent même constituée par une simple parésie. — Hémiplégie fréquemment partielle où inégale d’un membre à l’autre. — Exemples.

20 Troubles de sensibilité. — Une erreur à combattre. — La qualité syphilitique de la lésion cérébrale n’exerce aucune influence sur la production et la non-production des troubles sensitifs. — État habituel de la sensibilité dans l’hémiplégie syphilitique. — Cas exceptionnels d’hémianesthésie générale et sensorielle, d'hyperesthésie, de perversion de sensibilité thermique, etc.

39 Intelligence, — Deux types très-différents : hémiplégie indemne de tous troubles psychiques; — hémiplégie associée à des troubles intellectuels, variables de forme et de degré. — Très-souvent l'attaque hémiplégique marque le début d’'invasion d’une déchéance intellecfuelle progressive.

Symptômes divers, susceptibles de s'ajouter aux phénomènes d’hémiplégie : aphasie ; — amnésie ; — paralysies oculaires ; — troubles sensoriels ; — contractures, etc.

V, Formes particulières. — Hémiplégie alterne. — Hémiplégie combinée à des symptômes d'ordre médullaire. — Hémiplégie intermittente, à répétition. — Exemple clinique : quinze accès d'hémiplégie passagère dans l’espace de deux mois. — Hémiplégie double, — Ses caractères habituels ; ses causes anatomiques.

VI. Dragnosric. — Absence de tout signe pathognomonique appartenant d'une facon exclusive à l'hémiplégie de la syphilis. — Rien autre qu’un certain nombre de particularités propres à éveiller le soupeon de spécificité : comme prodromes, céphalée, paralysies fugaces, accès épileptiques ; — comme symptômes, absence d’ictus apoplectique ; caractère d'hémiplégie se produisant souvent d’une facon lente, prooressive ou successive ; caractère d'hémiplégie fréquemment incomplète et partielle. — L'hémiplégie de la syphilis est »oins pure comme type paralytique que la plupart des hémiplégies vulgaires. — Des associations insolites de paralysies de divers siéges constituent une présomption de spécificité. — Autres éléments diagnostiques : coïncidence possible d'accidents syphilitiques de siége différent; — con. sidération majeure tirée de l’âge des malades. — Statistique. — Toute hémiplégie survenue avant quarante-cinq ans, à fortiori toute hémiplégie survenue sur un sujet jeune, a de nombreuses chances pour dériver d’une origine syphilitique. — Critérium diagnostique fourni par le traitement.

Conclusion pratique : l’art n’aboutit, relativement à l'hémiplégie syphilitique, qu'à un diagnostic de probabilité. — Nécessité de

régler l'intervention thérapeutique sur les seules données rationnelles dont nous puissions disposer.

Résumé,

Messieurs:

L'hémiplégie est le dernier type paralvtique que nous ayons à étudier, et c’est à coup sûr le plus important de tous à divers égards : le plus important, en raison . de sa fréquence, de l'étendue des parties qu'il affecte, de la gravité des symptômes qui l’accompagnent le plus souvent, et des lésions qu'il traduit. Il réclame donc de nous une attention minutieuse et va exiger de longs développements.

1. — Au point de vue de la fréquence, l'hémiplégie se présente comme une des paralysies les plus communes de la syphilis. Elle figure dans un très-grand nombre d'observations d'encéphalopathies spécifiques, comme vous pourrez vous en convaincre en parcourant les monographies déjà publiées sur la matière. Pour ma seule part, j'en ai recueilli plus d’une soixantaine de cas depuis une douzaine d'années, à ne parler même que de ceux sur lesquels j'ai conservé des notes précises, qui serviront de base à l'exposé suivant.

IL. — À quelle époque de la syphilis appartient l'hémiplégie ? |

L’hémiplégie appartient essentiellement à la période tertiaire de la diathèse. Cela est indéniable ; cela résulte

HÉMIPLÉGIE. 113 d'une foule d'observations qu'il serait vraiment superflu de produire ie.

Est-ce à dire cependant que l’hémiplégie ne se rencontre que dans la période tertiaire exclusivement? Non pas: On l’a observée d’une façon très-positive, très-authentique, dans la période secondaire. Déjà, en 1873, je Jelatais six cas d’Aémaipléqie secondaire, s'étant produits du sixième au dix-neuvième mois de la maladie(1), et de-

(1) I ne sera peut-être pas inutile de reproduire ici les quelques considérations suivantes, relatives à l’hémiplégie secondaire. Je les emprunterai à l’une de mes publications antérieures :

«.. J'ai déjà vu pour ma part une demi-douzaine de jeunes sujets syphilitiques être pris d’hémiplégie dans le cours de la période secon- daire, à une époque même peu avancée de cette période, telle que le sixième mois par exemple. Or les conditions dans lesquelles ces hémiplégies s'étaient produites ne pouvaient guère en laisser douteuse la nature spécifique. D'une part, les sujets affectés étaient tous jeunes, à la fleur de l’âge ; ils ne présentaient aucune lésion du cœur ou des vaisseaux, aucune prédisposition héréditaire, personnelle, professionnelle ou autre, aux maladies du cerveau. D'autre part, ils avaient été frappés eu plein état de santé, sans la moindre cause incidente, à la suite d'accès violents de céphalée, et presque toujours coïncidemment avec des poussées plus ou moins intenses de la diathèse. Enfin, dans tous les cas, ces hémiplégies guérirent d'une facon complète et rapide sous l'influence du traitement mixte, concurremment avec les autres manifestations de la maladie, et ne furent suivies d'aucun trouble cérébral. Je ne saurais donc, quaht à moi, conserver la moindre arrière-pensée sur la spécificité de leur origine, sur leur nature syphilitique.

«Ils’en faut, Messieurs, que l’hémiplégie secondaire soitadmise par nos classiques, et longtemps encore elle sera discutée. Son histoire d’ailleurs ne peut qu'être ébauchée actuellement. Ce que j'en sais, pour ina part, se résume à ceci:

«D’abord, elle se produit sans attaque, c’est-à-dire sans cette espèce de sidération subite à laquelle on donne vulgairement le nom d’apoplexie, de coup de sang. Les malades, au moment où ils sont frappés, ne tombent pas, ne perdent pas connaissance, ne passent pas soudainement de l’état de santé à l’état de collapsus, de résolution générale. Tout se passe au contraire sans fracas, sans ic{us, lentement, sourdement, de la facon suivante. Dansles jours qui précèdent la paralysie, les malades sont généralement obsédés par un mal de tête violent, gravatif, continu, « absorbant ». Ils sont comme engourdis, hébétés; ils éprouvent des

puis lors j'en ai recueilli deux autres semblables. On a même vu, dit-on, l'hémiplégie apparaître comme symptome d'infection jusque dans le quatrième mois de la diathèse. Rien de bien étonnant à cela, du reste. Car,

vertiges, des éblouissements. Quand ils marchent, ons’aperçoit, comme ils le disent eux-mêmes du reste, qu'ils ne sont plus «solides sur leurs jambes ». Puis, la sensation de vertige devient plus intense; — une des jambes commence à traîner dans la marche; des faux pas, des heurts, des chutes se produisent ; — le bras du même côté s’alourdit, ne se meut qu'au prix d’un certain effort, n’est plus soulevé qu'avec peine; la bouche se dévie, insensiblement d’abord, puis d’une facon de plus en plus marquée. Tout cela se fait sans secousse, tout cela s’accomplit graduellement en l’espace d’un ou de deux jours, en l’espace de quelques heures même parfois, sans autres phénomènes qu'un état de malaise général et de torpeur plus ou moins accentuée.

« Ces troubles de motilité continuant à s'accroître , l'hémiplégie se : trouve bientôt confirmée. Elle n’est jamais complète, absolue. Ainsi, le membre inférieur, bien qu'incapable de soutenir le poids du corps, reste susceptible de certains mouvements; — le supérieur, très-diminué comme force, peut encore se soulever; — impuissants à serrer, à saisir un objet, les doigts conservent quelque motilité; — la paralysie faciale n’est également que partielle ; l'œil (comme dans les hémiplégies d’origine cérébrale) peut se fermer; la parole n’est embarrassée que pour l'articulation des consonnes labiales, etc. La bouche, en revanche, est toujours fortement déviée, et la distorsion des traits, surtout dans le rire ou les grands mouvements de la face, est des plus marquées.

« Je n'ai pas trouvé que la sensibilité fût compromise parallèlement à la motilité.

« Quant aux autres fonctions, elles restent à peu près indetnnes ou ne sont influencées sympathiquement que d’une facon légère et sans intérêt,

«En ce qui concerne l'évolution ultérieure, j'ai toujours vu l’hémiplégie secondaire, sous l'influence du traitement spécifique, s'amender et se dissiper complétement en quelques semaines.

«Dès le premier ou le second septénaire, l’action de ce traitement sc traduit par une amélioration notable et rapide dans les nrouvements des membres, tandis que relativement la déviation de la bouche n'est que peu modifiée. Au delà, l'influence thérapeutique ne s'exerce plus

que d’une facon relativement lente. La distorsion labiale est le dernier phénomène à disparaitre, »

(Leçons sur la syphilis étudiée plus particulièrement chez la femme, Paris, 1873, p. 808 et suivantes.)

HÉMIPLÉGIE. 5 de notoriété commune, il est certains cas où les accidents de la syphilis devancent plus ou moins leur échéance usuelle, Chacun sait qu'on voit parfois des manifestations de forme éminemment tertiaire, telles que des syphilides ulcéreuses où des gommes, faire invasion à une époque peu distante du début de la contasion. De même, pour des raisons identiques, les localisations cérébrales de la diathèse ont bien le droit de se produire d’une façon plus ou moins prématurée. H est une syphilis cutanée précoce ; pourquoi n'existerait-il pas aussi, parallèlement, une syphilis cérébrale précoce?

Mais les cas de ce genre, hâtons-nous de le dire, ne se présentent que rarement à l'observation. On lesremarque d'autant plus qu'ils sont rares, voilà tout.

La règle, au contraire, c’est que l’hémiplégie ne se manifeste qu'à une étape plus avancée de la diathèse, en pleine période tertiaire. Ainsi :

1° D'après mes statistiques personnelles, ce serait de la troisième à la dix-huitième année qu’elle s’observe le plus habituellement. Les deux tiers des cas recueillis par moi se rangent, en effet, dans ces limites.

2° De plus.— toujours d’après les mêmes statistiques, — ce serait entre la sixième et la dixième année que l'hémiplégie se présente avec son maximum de fréquence.

3° Au delà de la dixième année, sa fréquence est encore assez notable jusqu'à la quinzième. Passé ce terme, elle décroit, et cela d'autant plus qu'on s'éloigne davantage du début de l'infection.

4° Enfin l'hémiplégie peut se rencontrér encore à une étape très-reculée de la diathèse, On l'a signalée après

20, 25,27, voire 30 ans d'infection. Mais ce ne sont plus là que des cas très-clair-semés, tout à fait exception-

nels.

IL. — L'hémiplégie est loin d’apparaître dans la syphilis cérébrale au titre de phénomène toujours identique comme importance, comme durée, comme échéance chronologique, etc.

Tantôt, en effet, nous la verrons constituer le symptôme principal, prédominant, de la scène morbide (c’est là, par excellence, l’ordre de cas composant ce qu'on peut appeler la forme hémiplégique de la syphilis cérébrale); — et tantôt nous la trouverons reléguée au second plan, subordonnée à d'autres symptômes d’imporlance plus considérable, presque effacée comme phénomène chnique.

D'autre part, tantôt elle se présente comme symptôme stable, fixe, durable, trop souvent même définitif à des degrés divers ; — et tantôt, inversement, elle se réduit au rôle d’un accident passager, transitoire, fugace, purement épisodique, si je puis ainsi parler. Exemple, cette hémiplégie post-épileptique dont il a été déjà quesion précédemment.

Mèêmes variétés relatives à la date d'invasion. Ici l’hémiplégie entre en scène d'emblée, comme l’un des premiers phénomènes, où même comme le phénomène absolument #tial d'une syphilis encéphalique. — Là elle n'apparaît plus qu'au titre de symptôme consécutif, chronologiquement #oyen, par rapport à l'ensemble morbide. — Ailleurs, enfin, elle ne sert plus que de dénouement; c'est un symptôme wltime en quelque sorte, qui termine une situation pathologique

HÉMIPLÉ GIE #17 Telles sont les diverses formes sous lesquelles nous aurons à envisager successivement l’hémiplégie.

IV.— Quelles causes anatomiques préparent et déterminent l’hémiplégie ?

L'hémiplégie, cela va sans dire, résulte de la lésion d’un centre ou d'un tractus moteur encéphalique.

Mais cette lésion du parenchyme cérébral d’où dérive l’hémiplégie est variable comme nature; et c’est là le seul point sur lequel je désire revenir actuellement, après les notions d'anatomie pathologique qui ont trouvé leur place naturelle au début de ces conférences.

Elle varie, dis-je, comme nature en ce sens qu'elle est tantôt d'ordre spécifique, et tantôt d'ordre non spécifique, vulgaire. Précisons.

Les hémiplégies qui se produisent chez les sujets syphilitiques — et du fait mème de la syphilis, bien entendu — reconnaissent comme causes anatomiques deux ordres de lésions très-différentes, à savoir :

Soit des lésions d'essence spécifique, syphilitique ;

Soit des lésions d'essence commune ou vulgaire.

De là suit que, relativement à leurs lésions déterminantes, les hémiplégies de la syphilis doivent être divisées en deux classes, de la facon suivante :

1° HémipLéGies SYPHILITIQUES proprement dites ;

2° HÉMIPLÉGIES SYPHILITIQUES INDIRECTES.

Je m'explique, car ceci doit ètre bien compris et ne le serait peut-être pas suffisamment sans un commentaire nouveau.

L'hémiplégie syphilitique vraie, proprement dite, est celle quirésulte directement, immédiatement, de lé-

sions syphilitiques survenues dans le parenchyme cérébral. Le |

Aiünsi: une production syphilitique quelconque —

scléreuse ou gommeuse, peu importe — occupe un point du cerveau, et détermine de son fait une hémiplégie. Voilà une hémiplégie syphilhitique par excellence, une hémiplégie syphiliique incontestable, indémiable. Comment voudriez-vous la qualifier autrement, si vous lui refusiez ce nom ?

Au contraire, je suppose une tumeur syphilitique. une gomme par exemple, située au voisinage d'une artère importante, et comprimant, oblitérant cette artère. Comme résultat de cette compression, de cette oblitération vasculaire, un département cérébral s’ischémie, s’altère, se désorganise, se ramollit. Et alors, comme conséquence de cette conséquence, apparaît une hémiplégie. Est-ce là une hémiplégie syphiitique? Est-on autorisé à qualifier de syphilitique une hémiplégie qui s’est produite par ce mécanisme ? Non, évidemment,

Sans doute la syphilis est bien la cause première, fa cause originelle de cette hémiplégie. Car, s'il n’y avait pas eu syphilis, 1l n'y aurait pas eu tumeur pour comprimer une artère ; et, s'il n'y avait pas eu compression artérielle, le ramollissement et l'hémiplégie à sa suite n'auraient pas eu occasion de se produire. Mais qui ne voit que, dans cette cascade de phénomènes successifs, l'influence syphilitique s'efface et disparait? Dans une saine interprétation des choses, le ramollissement d'où procède ici l'hémiplégie n'est plus une lésion syphilitique; c'est une lésion commune, une lésion vulgaire, déterminée par une oblhtération artérielle, et complétement

HÉMIPLÉGIE | #19 identique en fait à tout ramollissement ischémique, quelle qu'en soit la cause. Or, simple effet, simple traduction clinique de ce ramollissement, l’hémiplégie ne dérive plus de la syphilis, dans de telles conditions, que d'une facon endirecte, médiate. Elle ne saurait done plus être taxée d'hémiplégie syphilitique, dans une nomenclature exacte, puisque, à vrai dire, la syphilis n’en est plus que la raison éloignée.

Autre exemple. Soit une de ces méningites scléreuses que je vous ai décrites précédemment comme susceptibles d'aboutir à atrophier, à supprimer cette circulation eapillaire si fine, si délicate, que tamise la pie-mère avant de la distribuer à la substance grise des circonvolutions. De cet état anatomique résulte une ischémie, une dénutrition progressive, une désorganisation de cette substance grise. Conséquence clinique : troubles fonctionnels variés du cerveau, etmème, si un centre moteur corticalse trouve affecté, hémipléqie. Or, est-ce là encore unehémi- plégiesyphilitique? Pas davantage. Car, pour les mêmes raisons queje viens de dire, lasyphilis en pareil cas n'est, comme dans l'exemple précédent, que la cause éloignée de cette hémiplégie, dont la véritable cause, la raison anatomique directe, réside dans une lésion vulgaire, dans une lésion commune, à savoir : un ramollissement ischémique pur et simple, servant de trait d'union entre la syphilis et l’hémiplégie.

Ainsi doivent être interprétées et envisagées cer'taines hémiplégies des sujets syphilitiques, hémiplégies dérivant bien de la syphilis comme cause première, mais reconnaissant comme cause anatomique une lésion d'ordre commun, d'ordre non spécifique, une lésion vulgaire en un mot.

Eh bien! c’est à cet ordre d'hémiplégies que je donne le nom d'hémipléqies syplulitiques indirectes. Et 11 convient, je crois, de leur appliquer ce nom, cette désignation spéciale, pour bien les différencier des hémiplégies syphilitiques vraies, de celles qui ont à la fois et leur origine causale et leur raison anatomique dans une lésion syphilitique du parenchyme nerveux.

N'est-ce là qu'une question de mots ? Gardez-vous de le croire, Messieurs. Si j'ai insisté sur cette distinction comme je viens de le faire, c’est qu'elle comporte un intérêt véritable, un intérêt sérieux. La différence des noms répond ici à une différence capitale dans les choses, Très-inégales, en effet, comme pronostic et comme curabilité se présentent les deux formes d'hémiplégie que je viens de spécilier. L'une, l’hémiplégie syphilitique vraie, est ou peut être justiciable du traitement de la vérole, parce qu'elle résulte directement de lésions syphilitiques, exelusivementsyphilitiques. L'autre, inversement, n'obéit plus à ce traitement, parce qu'elle résulte de lésions cérébrales n’ayantrien de syphilitique, n'ayant plus rien à voir avec la vérole, et sur lesquelles en conséquence le traitement de la vérole n’exerce aucune action. Que voulez-vous attendre de ce traitement contre une oblitération vasculaire, contre un ramollissement ischémique? Donc, en somme, si nous pouvons avoir espoir de guérir la première de ces hémiplégies, parce que nous disposons contre elle de ressources puissantes, nous n'avons pas les mêmes armes contre la seconde ; et la différence, vous le voyez, mérite bien à coup sûr d'être signalée (1).

(1) Je ne dis pas, certes, qué l'hémiplégie syplulitique èxdirecte n'ait rien à attendre du traitement spécifique, Si ce traitement intervient

HÉMIPLÉGTE 421 Cette différence, d’ailleurs, est tellement vraie, tellement légitime, qu’elle peut servir parfois d’'élément diagnostique et permettre de préjuger l’ordre de lésions productrices d’une hémiplégie. C’est ainsi que plusieurs fois déjà, en présence d’hémiplégies réfractaires au traitement spécifique, j'ai émis l'opinion qu'elles devaient, suivant toutes probabilités, dériver de lésions vulgaires, conséeutives à des lésions syphilitiques, qu’elles constituaient en un mot des hémiplégies 2ndirectes par syphilis ; et les résultats de l’autopsie sont toujours venus

confirmer mes prévisions.

Cela posé, hâtons-nous actuellement d'aborder le sujet qui nous intéresse le plus, nous cliniciens, ét voyons tout d’abord quels symptômes composent la forme hémiplégique de la syphilis cérébrale.

JI

Pour l'instant, nous avons à déterminer eeci : quels prodromes préludent à Phémiplégie spécifique ; — comment débute l'accès hémiplégique ; — quels symptômes constituent lhémiplégie confirmée, Plus tard, à propos

assez tôt, il peut être fort utile, en résorbant, en effacant les lésions d’où procède médiatement l’hémiplégie, Mais notez que le fait même de l'hémiplégie implique dans le cerveau l'existence de lésions secondaires déjà plus ou moins avancées et de lésions d'ordre vulgaire sur lesquelles la médication spécifique n'a pas d'action, Forcément, donc, on est toujours en retard avec une hémiplégie indirecte, produite par le mécanisme que je viens de dire. Si l’oblitération vasculaire est acquise, si la désorganisation cérébrale qui constitue le ramollissement est accomplie, on aura beau guérir les lésions spécifiques qui ont déterminé ces lésions secondaires; celles-ci n’en persisteront pas moins, et avec elles persisteront les troubles fonctionnels qui en sont la conséquence.

122 FORME PARALYTIQUE | des formes ultérieures, nous verrons ce que devient au delà et comment se termine cette hémiplégie.

EL. — Premier point, très-essentiel, très-pratique : l'hémiplégie de la syphilis cérébrale est-elle ou non précédée de phénomènes prodromiques ?

Il se peut que l'hémiplégie fasse invasion d'emblée, sans le moindre prodrome. Ilse peut qu'elle surprenne un sujet en parfait état de santé actuelle, un sujet indemne du moindre trouble,indemne de tous les divers accidents dont je vais avoir à vous entretenir comme avant-coureurs habituels des hémiplégies syphilitiques.

C’est ainsi qu'un de mes malades, syphilitique depuis cinq ans, fut pris un beau jour, sans le moindre phénomène précurseur, d'une sorte d'ictus résolutif avec parésie hémiplégique de tout le côté droit, embarras de la langue, engourdissement de la sensibilité, etc.

De même pour un autre malade dont je vous ai déjà parlé (1). Ge jeune homme se rend, dans un état de santé parfaite, à un bal de noces où il danse une partie de la nuit. Subitement, au milieu d'un quadrille, il est pris « d'une faiblesse extraordinaire, avec impossibilité d’articuler un seul mot ». Il est sur le point de tomber, et c'est sa danseuse qui le soutient. On le rapporte chez lui aphasique et hémiplégique du côté droit.

Mais, si les cas de ce genre sont possibles et bien authentiques, ils sont extrèmementrares et ne constituent qu'une exception minime. Je n’en trouve guère plus de deux ou trois cas dans mes notes sur une soixantaine de malades bien observés à ce point de vue.

(1) V. page 246,

Et la règle, tout au contraire, le fait usuel, c'est que l'hémiplégie de la syphilis soit précédée de troubles divers, qui lui servent d'avant-coureurs, de prodromes.

Or, quels sont ces prodromes? Voilà, Messieurs, un point majeur, un point qui réclame de nous une étude minutieuse; car vous comprenez, sans que j'aie besoin de le dire, quel intérêt se rattache à la connaissance de ces phénomènes précurseurs, lesquels, reconnus et traités 4 temps, pourraient servir de sauvegarde, et cela en suscitant une médication capable d'en conjurer les conséquences ultérieures,

Ces prodromes sont ou peuvent être de plusieurs ordres. [ls se catégorisent naturellement, à ne parler que des principaux ou des plus fréquents, sous les quatre chefs que voici : céphalée; —- troubles congestifs; — troubles moteurs ; — troubles sensoriels,

Venons aux détails,

1°, De ces divers phénomènes prodromiques, le plus commun et le plus frappant à la fois, c'est la céphalée ; — la céphalée sous telle ou telle des formes que nous fui avons reconnues précédemment, que je vous ai déerites tout au long, et qu'il serait par conséquent superflu de reproduire à nouveau.

La céphalée est extrémement commune en tant que symptôme précurseur de l’hémiplégie syphilitique. Il ne faudrait pas cependant la donner pour « constante », comme l'ont avancé quelques auteurs; car de nombreuses observalions, accompagnées d’autopsies, protesteraient contre cette affirmation trop générale, en témoignantde l'absence possible de toute céphalée dansles cas les plus authentiques de syphilis cérébrale etd'hémi-

plégie. Mais, sans crainte d’exagération, on peut aflirmer que la céphalée est pour le moins très-habituelle comme prodrome, au point de figurer à peu près dans les rois quarts des cas. Tel est le chiffre exact qui m'est fourni

par ma statistique personnelle.

Cette céphalée est d’ailleurs assez variable comme caractère et comme degré de douleur, comme localisation ou généralisation, comme durée, etc., ete. Dans les cas les plus usuels, elie ne laisse pas d’être souvent remarquable par tel ou tel des caractères suivants, qu'il n'est pas rare non plus de rencontrer associés, à savoir:

Intensité notable, et parfois violence extraordinaire, presque significative, de la douleur de tête;

Exacerbations nocturnes plus ou moins marquées, parfois très-marquées :

Résistance aux agents anti-nerveux, aux narcotiques, aux «calmants » vulgaires (sulfate de quinine, opium, chloral, etc.) ;

Souvent encore, persistance singulière, ténacité ; longue, très-longue durée.

Cette céphalée prodromique précède de plus ou moins loin l'accès d’hémiplégie. Parfois elle n’y prélude qu'à brève échéance, pendant quelques jours seulement. Plus habituellement, elle anticipe sur elle de plusieurs semaines, de deux à trois mois, voire davantage.

n'est pas rare encore que des crises intermittentes de céphalée figurent dans les antécédents de l'hémiplégie pendant une durée plus longue, c’est-à-dire pendant 6, 8 et 10 mois. Exemple : une de mes clientes de la ville, actuellement affectée d'hémiplégie, a souffert, pendant

IÉMIPLÉGIE 425 les six mois antérieurs à son accès paralytique, d'une céphalée violente, à exacerbations nocturnes bien marquées, avec « abasourdissement continu » et somnolence insurmontable.

Signalons enfin un certain ordre de cas beaucoup moins communs, mais non moirs remarquables, dans lesquels on a vu la céphalée précéder l’hémiplégie à très-longue échéance, pendant une année, deux années, voire « quatre ans et demi », comme sur une malade qui se trouve actuellement dans nos salles et dont je vous ai entretenus précédemment. Interrogez cette femme; elle vous racontera que « pendant quatre ans et demi elle n'a pas cessé de souffrir de violents maux de tête, lesquels, déjà fort intenses dans les trois premières années, ont pris une acuité extrème dans les quinze à dix-huit mois qui ont précédé la paralysie ».

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