FORMES VAGUES
connus de son médecin et de moi, ce malade fut soumis au traitement spécifique, qui dissipa comme par enchantement ces divers phénomènes.
En second lieu, vous ai-je dit, d’autres cas se rencontrent où l'indécision de la forme morbide résulte moins de la pénurie que de la multiplicité même des symptômes, mais de symptômes superliciels, ébauchés plutôt que confirmés, et de valeur relative à peu près uniforme.
Il en est ainsi de certains malades qui se présentent avec toute une série de mamifestations morbides, mais sans prédominance d'aucune d'elles. Ils ont « de tout un peu », passez-moi l'expression, sans avoir rien de bien précis, de nettement accentué. On dirait que, chez eux, l’action de la diathèse s éparpille sur le cerveau, sans se fixer nulle part, sans déterminer ici ou ailleurs une lésion plus particulièrement importante.
Tel était le cas d’un jeune homme que j'ai eu l’occasion de traiter avec M. Charcot, et sur lequel le savant professeur formula, comme moi, Le diagnostic de syphilis cérébrale « à forme vaque ». Ce malade, dont les troubles cérébraux ne remontaient pas à moins de cinq années, offrait un véritable pèle-mèle de symptômes qui s'étaient succédé depuis lors et dont la plupart persistaient encore au moment de notre examen, à savoir : accès intermittents de céphalée ; — insomnie, cauchemars; — crises fréquentes de vertiges intenses; — troubles sensoriels : bourdonnements d'oreilles; amblyopie ; — troubles moteurs : faiblesses passagères dans les membres inférieurs; légère incertitude dans la marche, et, par moments, propulsion latérale ; — trou-
FORMES COMPLIQUÉES 183 bles intellectuels : état habituel d’excitation cérébrale. d’exaltation, mais sans délire véritable: absences éphémères ; affaiblissement de la mémoire: — diminution de la puissance virile, avec éjaculations immédiates : — vomissements de temps à autre; — polydipsie et polyurie; — boulimie, etc., ete.
Que de symptômes divers réunis sur un même malade, et que de symptômes effleurant simplement les modalités fonctionnelles de l’encéphale sans en léser aucune profondément, d'une façon prédominante! Quelle forme vague par excellence, à la fois complexe et indécise comme expression morbide, comme physionomie générale !
Eh bien ! les types de ce genre ne sont pas rares, Messieurs. Pour ma seule part, j'en ai rencontré déjà un certain nombre. Je dirai même que cette indécision de forme morbide, cette multiplicité confuse de phénomènes, cette absence de symptômes prédominants vers une fonction encéphalique particulière, constituent pour moi des caractères diagnostiques d'une certaine valeur. Assurément, la syphilis cérébrale n’est pas seule à se présenter sous ces allures complexes, en même temps que désordonnées, indéfinies, équivoques, ambiguës. Mais à coup sûr, aussi, elle affecte ces formes vagues avec une prédilection non douteuse, et elle les alfecte plus souvent que nombre d’autres maladies cérébrales d'autre nature. C’est donc là une particularité dont le diagnostic peut, à l’occasion, tirer utile profit.
À côté des formes vagues prennent naturellement place les formes compliquées.