‹ La syphilis du cerveauChapitre 97 sur 151 · PARALYSIE LABIO-GLOSSO-LARYNGÉE · texte numérisé non relu

PARALYSIE LABIO-GLOSSO-LARYNGÉE

taire vers le pharynx ; — régurgitation nasale des boissons ; — paralysie du voile palatin ; — luxation fréquente de la mâchoire, par prédominance d'action des muscles abaisseurs sur les muscles élévateurs, etc., ete.

Or, vous avez été témoins des heureux résultats produits 1e1 par la médication spécifique, résultats d'autant plus surprenants que la paralysie labio-glosso-laryngée constitue, comme vous le savez, une affection presque invariablement progressive, extensive et fatale, Sous l'influence d’un traitement énergique, vous avez vu tous les symptômes précédents s’atténuer, s’amender. au point que la situation du malade est aujourd’hui complétement différente de ce qu'elle était il y a trois mois. Vous venez à l'instant d'entendre cet homme ébaucher non pas seulement quelques mots, mais de véritables phrases ; 1l prononce nettement son nom, le millésime de l’année, le numéro de son lit, ete. La lèvre inférieure n’est plus pendante, la bouche se ferme, la langue peut être tirée hors des arcades dentaires. Le mastication et la déglutition s’opèrent d’une façon encore un-peu lente, mais bien moins laborieuse, bien plus régulière; les boissons ne sont plus rejetées par le nez, etc. Bref, le : malade, dès à présent, peut être dit à moitié guéri (1); et

(1) La fin de cette intéressante observation m'a échappé, bien malheureusement. Le malade élait tellement satisfait du changement survenu dans sa situation qu'il sejugeait guéri, et nous n'avons pas réussi, malgré de vives instances, à le retenir près de nous. Qu'’est-ildevenu depuis lors? Je l’ignore absolument, n'ayant puobtenir de renseignements ultérieurs.

Un cas analogue, suivi de guérison complète, a été relaté par le Dr W. B. Cheadle (Saint-George’s hospital Reports, vol. V. — Analyse dans les Annales de dermatologie et syphiligraphie, publiées par Doyon, t. III, 1870-71.)

Dans un autre cas, dû à mon collègue et ami le Dr Féréol, le traitement spécifique fut suivi d’un amendement considérable dans les phé-

496 FORMES VARIÉES c'est là, à coup sûr, un témoignage irrécusable de la spécificité des lésions d’où dérivaientde tels phénomènes.

IV. — D'autres incidents de localisation se traduisent par divers phénomènes qu'on voit parfois s'ajouter à la symptomatologie usuelle de la syphilis cérébrale, à savoir : polydipsie et polyurie; — boulimie ; — albuminurie; — diabète.

Ces symptômes sont tous rares; mais ils le sont à des degrés inégaux.

Le moins rare est la polydipsie, avec sa compagne naturelle, la polyurie . Je trouve six cas dans mes notes où une exagération notable de la soif, avec surabondance des urines, est intervenue au milieu de divers phénomènes de syphilis cérébrale (accidents congestifs, épilepsie, paralysies oculaires, hémiplégie faciale, troubles intellectuels, etc.).

Deux de ces cas nous présentent la boulimie associée à la polydipsie, et persistant avec les autres symptômes morbides pendant une durée de plusieurs mois. — Dans l’un et l’autre de ces cas, les urines, analysées avec ‘soin, n'offraient pas trace de glycose (1).

Quant au diabète et à l'albuminurie, leur apparition dans un groupe de troubles fonctionnels reliés à une lésion de l'encéphale n'aurait non plus rien de surprenant. Et cependant, ce sont là des symptômes que je

nomènes morbides. Malheureusement encore, le malade quitta l'hôpital d'une façon prématurée (V. Essai clinique sur l'hémiplégie syphilitique, par le Dr P. Hellet, Paris, 1878.).

(1) V. une intéressante observation du Dr Broadbent, dans laquelle une boulimie intense coïncidait avec divers symptômes de syphilis cérébrale, notamment avec un hoquet persistant, un flux abondant de salive, etc. (The Lancet, 1876.)

POLYDIPSIE; POLYURIYE 497

puis dire tout à fait exceptionnels. Je suis bien loin d’en contester l'authenticité, dûment démontrée par quelques observations précises (1), et je m'étonne même qu'ils ne figurent pas plus souvent au nombre des accidents de la syphilis cérébrale. Mais je ne puis m'empêcher de constater un fait, c’est que jusqu'à ce jour je ne les ai rencontrés sur aucun de mes malades.

Lorsque des phénomènes relevant de ce groupe morbide viennent à se produire, nous sommes autorisés par analogie à les considérer comme traduisant des localisations anatomiques particulières. Nous pouvons même avoir le soupçon qu'ils se rattachent à quelque altération intéressant ou avoisinant le quatrième ventricule, dont la lésion expérimentale est susceptible, comme la démontré Cl. Bernard, de provoquer des symptômes de ce genre. Une observation très-remarquable, due à M. Perroud (de Lyon), témoigne en ce sens d’une façon très-précise et mérite d'être citée.

Une femme de 43 ans commence par éprouver assez brusquement et sans cause appréciable une s02/ des plus intenses; elle va jusqu’à boire « dix litres par jour », et naturellement elle rend une quantité proportionnelle d'urine, urine claire et limpide, ne contenant pas trace de glycose. Plus tard, elle devient sujette à des crises intermittentes de céphalalgie occipitale, à des vertiges, à des bourdonnements del’oreille gauche, à des troubles de la vue. On méconnaît la syphilis, sur laquelle d’ailleurs la malade n’appelait en rien l'attention, ni par ses

(4) V. Leudet, Moniteur des sciences médicales, 1860, p.1189 ; — Lancereaux, Traité de la syphilis, Paris, 1873, 2e édition, p. 364; — Servantie, Des rapports du diabète et de la syphilis (Thèses de Paris, 1876); — ete.

498 POLYDIPSIE; POLYURIE

réponses ni par aucun symptôme antécédent ou actuel. Puis, six mois après le début de l'invasion morbide, ictus apoplectique soudain, hémiplégie gauche, troubles intellectuels, coma, et mort rapide en douze jours. — À l’autopsie, diverses lésions, témoignages non équivoques de la spécificité syphilitique des accidents : d’abord, lésions caractéristiques du foie, inutiles à

reproduire ici; — en outre, lésions méningées, non moins significatives; — lésions de ramollissement

cérébral; — et cinq tumeurs èncéphaliques, que leur aspect physique, non moins que les données fournies par le microscope, autorise à considérer comme des gommes. Or, de ces tumeurs, l’une et la plus importante, du volume d'un pois, occupait précisément la face inférieure du cervelet et se trouvait en rapport avec la face postérieure du bulbe, c’est-à-dire avec le plancher du quatrième ventricule, dans la moitié gauche duquel elle avait creusé une dépression très-manifeste (1).

N’est-il pas rationnel de croire que cette tumeur avait agi sur le quatrième ventricule en y déterminant une irritation semblable à celle qu'y excitent les piqüres expérimentales ? La polydipsie n’était donc, dans le cas précité, qu'une conséquence du siége spécial des lésions anatomiques, qu'un incident pur et simple de localisation (2).

Page 1