TROUBLES CIRCULATOIRES
exactement à un autre ordre de symptômes que je signalerai seulement d’un mot, vu leur caractère absolument exceptionnel. Je veux parler des paralysies laryngées, qu'on a observées deux ou trois fois, à ma connaissance, dans le cours de la syphilis cérébrale.— Sur l’un de mes malades, une paralysie de la corde vocale gauche coïneidait avee une paralysie de la troisième paire droite et avec d’autres phénomènes cérébraux.
VI.— Le vomissement est un phénomène assez commun dans la syphilis cérébrale, comme dans les encéphalopathies de tout genre. Habituellement aussi, c’est un symptôme de second ordre, presque effacé comme importance et comme durée. Mais, en quelques cas (très-peu fréquents, à la vérité), il s'élève au rang d’un symptôme principal, en raison de sa répétition fréquente, presque incessante; — en raison de sa résistance aux agents thérapeutiques ; — en raison enfin de son caractère de vomissement spontané, se produisant sans efforts, « par fusées, » comme on dit vulgairement, sans souffrances ni troubles gastriques. On l’a vu mème chez certains malades se répéter pour un temps avec une insistance siformelle et dans des conditions telles qu'on a pu lui appliquer l’épithète de « vomissement incoercible ».
Sous cette forme, le vomissement ne serait-il pas en relation avec des lésions de siége spécial? Ne serait-il pas l'effet d'une localisation anatomique particulière ? Nous sommes admis tout au moins à le supposer.
VII — Divers troubles circulatoires (palpitations, irrégularités cardiaques, faiblesse, accélération ou ralen-
500 TROUBLES CIRCULATOIRES tissement du pouls, etc.) ont été signalés en connexion avec la syphilis du cerveau.
Ce sont là tous phénomènes rares, voire exception nels, par rapport à la quantité de malades sur lesquels les fonctions cireulatoires restent absolument indemnes en dépit des accidents cérébraux les plus graves.
Cependant, sur quelques malades, j'ai constaté d'une facon non douteuse une atonie circulatoire véritable, s'accusant par ces deux caractères : faiblesse et ralentissement du pouls. Des phénomènes de même genre ont été relatés par divers observateurs, notamment par M. le D' Broadbent (1).
Ce dernier médecin a même publié un cas des plus intéressants, dans lequel les troubles circulatoires paraissent s'être restreints à une moitié du corps hémiplégiée. Le pouls droit, dit-il, correspondant au côté du corps paralysé, était «plus petit et moins distinct que le pouls gauche ». De plus, les membres étaient refroidis de ce côté. Et, enfin, toujours de ce même côté, existait une perversion sensorielle qui « produisait une sensation de chaleur alors que la main était plongée dans l’eau froide ». Tous ces phénomènes, ajoute l'auteur, attestaient bien évidemment « un spasme artériel généralisé dans la moitié droite du corps ».
Les symptômes de dépression cardio-vasculaire qui se manifestent chez certains malades ont été parfois assez accentués pour donner lieu à des craintes sérieuses. Je ne sache pas que ces craintes aient été légitimées. Toutefois il ne faut pas oublier qu’on a vu, dans la syphilis
(1) V. The Lancet, 1816.
MULTIP LICITÉ DE SYMPTOMES 501 cérébrale, la mortse produire d'unefaconsoudaine, instantanée, qui ne pouvait guère être rapportée qu'à une syncope. Êt, théoriquement, il ne serait pas irrationnel de supposer que, dans les cas de ce genre, la syncope eût été le résultat de ces troubles d’atonie circulatoire.
VIII. — Enfin, comme dernière conséquence de localisation, se présente cette multiplicité singulière de symptômes qu'il n’est pas rare d'observer dans la syphilis cérébrale.
Il est certains malades, en effet, sur lesquels s’entasse et s'accumule toute une série de symptômes, souvent bizarrement associés : troubles moteurs, troubles de sensibilité générale et spéciale, troubles intellectuels, manifestations diverses disséminées sur divers systèmes, divers organes, etc.
À ne parler que des paralysies, par exemple, quoi de plus commun, de plus habituel, dans la syphilis cérébrale, que la réunion sur un même malade de plusieurs types paralytiques différents ? C’est ainsi que l'hémiplégie syphilitique, comme nous l'avons vu précédemment, coexiste d’une façon très-fréquente avec telle ou telle localisation paralytique, avec une paralysie oculaire, avec une paralysie crânienne quelconque, voire quelquefois avec une autre hémiplégie. — C’est ainsi que les paralysies motrices des yeuxsont très-souvent multiples. — C'est ainsi, qu'une paralysie motrice quelconque a souvent pour compagne une paralysie sensorielle, ete, — Ü y a plus encore. On a cité des cas (ceux-ci tout à fait exceptionnels, il n’est pas besoin de le dire) où une véritable pléiade de paralysies diverses était venue s’abattre sur un malheureux patient. Telle est une eu-
rieuse observation du D’ Buzzard, relative à un malade qui présentait au même moment la terrifiante collection de symptômes que voici : « paralysie presque complète des quatre membres ; — double paralysie faciale ; — diplopie légère; — anesthésie du tronc, des membres et de la face; — paralysie incomplète de la déglutition et de la respiration; — difficulté d’articulation ; — faiblesse de vessie, ete. » (4). Incidemment laissez-moi vous dire, car la chose en vaut la peine, que ce malade trouva moyen de guérir de tout cela! Et ce fut au traitement spécifique qu'il dut son étonnante QuérisOn.
Multiplicité de symptômes ‘implique multiplicité de lésions. Et, en effet, dans les cas de ce genre, les autopsies n'ont jamais manqué de donner la raison de cette complexité de phénomènes, en révélant une complexité corrélative d’altérations anatomiques disséminées sur différents points de l’encéphale.
Je viens, Messieurs, de passer en revue devant vous les divers symptômes et les diverses formes morbides qui constituent la syphilis cérébrale.
Pour compléter le tableau, un seul et dernier point me reste à étudier. Celui-ei est relatif à l'état général, à la santé des malades, durant le cours de ces accidents cérébraux. |
Que sont et comment se présentent les malades à cerveau affecté de la sorte par la syphilis?
(1) Ouvrage cité, p. 104.
DÉNUTRITION, ANÉMIE 503
Tous ne ressentent pas d’une façon égale le retentissement des lésions encéphaliques sur l’ensemble de l'économie.
Il en est d'abord qui, même gravement atteints, n'en conservent pas moins un état général assez satisfaisant. Il en est qui, en dépit d'accidents cérébraux sérieux, restent — ou peu s'en faut — ce qu'ils étaient antérieurement, qui ne maigrissent pas, qui ne pälissent pas, au moins d'une façon bien notable, qui sont à peine éprouvés, en un mot, au point de vue des fonctions nutritives, de l'habitus extérieur, de la santé générale.
C'est là, disons-le aussitôt, le cas de beaucoup le moins habituel.
Presque toujours, au contraire, la santé recoit et traduit le contre-coup des troubles cérébraux.
Seulement, elle le recoit et le traduit à des degrés divers.
Dans la plupart des cas, l'invasion ‘et le développement des symptômes cérébraux ont pour phénomènes connexes un déclin parallèle des fonctions de nutrition. une altération progressive de l'état général. Les malades commencent par pâlir; c’est là le premier phénomène remarqué el souvent le plus remarquable pendant toute la durée de l'affection. Puis ils perdent leurs forces, leur activité physique, leur énergie musculaire. Leur appétit s’affaisse ; et, mangeant moins, ils ne tardent pas à maigrir. Leurs fonctions digestives deviennent languissantes ; fréquemment d'ailleurs elles sont troublées par des accidents dyspeptiques ou par une constipation opiniâtre.
L'atteinte portée à la santé n’est que moyenne en général et ne dépasse pas les limites d'un état anémique
ordinaire. Il faut savoir cependant que parfois elle s’accentue d’une facon bien plus sérieuse, voire presque menaçante en quelques cas. Ainsi, il est certains sujets qui sont profondément touchés dans leur santé, dans tout leur être, par l'invasion d’une syphilis cérébrale, et cela dès les premiers temps de l'affection. C’est là un point sur lequel j'ai eu l’occasion déjà d'appeler votre attention plusieurs fois, et je ne crains pas d'y revenir encore. On voit ces malades, tout d’abord, pàlr, se décolorer d’une facon aussi rapide qu’inexplicable; leur teint devient d’une blancheur anémique surprenante , qui coexiste souvent avec un certain aspect de bouffissure brightique du visage. Bientôt ils s’affaiblissent et s'émacient. Leurs traits s’effilent etse tirent. Leur physionomie s’altère et prend l'expression de la fatigue, de la langueur, du dépérissement. Un changement considérable, surprenant, s'opère dans leur habitus en moins de quelques mois.
C'est ainsi (laissez-moi vous citer un exemple) que la femme d'un malade actuellement affecté d'accidents graves de syphilis cérébrale (épilepsie, troubles intel lectuels, hémiplégie) me disait ceci en propres termes, ces jours derniers : « Ce qui m'a le plus surprise dans la maladie de mon mari, c’est le changement prodigieux qui s’est opéré en lui dès ses premières attaques d’épilepsie. Ce n’était plus le même homme. Habituellement coloré de visage, il est devenu pâle et blème dans l’espace de quelques semaines. Il a maigri étonnamment: il s’est cassé... Avant mème d'être paralysé, déjà il ne se soutenait plus sur ses jambes... Ses cheveux ont erisonné tout à coup. // a vieilli de dix ans en trois mois. À ce point qu'un de nos amis, qui ne l'avait pas vu
DÉNUTRITION, ANÉMIE 505
depuis un certain temps, ne l’a pas reconnu tout d’a- Lord:'ete,.. »
. Ajoutons par avance que, dans une étape ultérieure de la maladie, ces troubles de l’état général ne font que s'accentuer davantage, à mesure que progressent les accidents cérébraux.
Les fonctions nutritives s’altèrent alors de plus en plus. L’appétit se perd. Les digestions deviennent difficiles, languissantes. La maigreur s'accentue. La peau n'est plus: seulement blanche; elle prend une teinte terreuse, fanée, jaunâtre. Les yeux s’excavent, le visage se ride, les cheveux s’éclaircissent. La physionomie revêt le masque de l’accablement et de la consomption.
Il est même des cas (en petit nombre, à la vérité) où l'expression de cachexie n'aurait rien d’exagéré pour dépeindre l’état des patients dans la période ultime de l'affection. |
Mais le plus souvent, à la vérité, les accidents cérébraux ne laissent pas le temps aux malades de descendre jusqu'au bout la pente du dépérissement progressif; et la mort abrége cette partie du tableau.