CHANCRES EXTRA-GÉNITAUX
meut, dans l’espace de quelques jours, souvent à la suite d’une excoriation que le malade connaissait depuis un certain temps et qui s’est « envenimée » rapidement, l’éversion de la lèvre, l’induration delà base, le développement considérable des ganglions' satellites ne permettent guère la confusion avec les ulcérations cancéreuses ou autres de la région. Seules des lésions banales, enflammées sous l’influence d’irritations locales et surtout de pansements mal faits, pourraient en imposer, mais elles ont rarement une forme aussi régulière que le chancre, ne s’accompagnent ni d’induration nette de leur base ni d’adénopathies volumineuses.
L’examen microscopique des produits de grattage n’a guere d’utilité ici pour le diagnostic du chancre syphilitique, les lèvres servant de support à un grand nombre de parasites divers, et spécialement de spirilles qui dissimulent la présence du tréponème, ou qui risquent d’être confondus avec lui.
Chancre de l’amygdale. — Le chancre amygdalien est rare, mais expose à des erreurs de diagnostic si habituelles que la syphilis à laquelle il sert d’exorde n’est généralement reconnue qu’à l’apparition des accidents secondaires.
Occupant une seule amygdale, il la recouvre presque toujours entièrement, mais la déborde rarement. Son étendue est habituellement celle d’une pièce de 20 ou de 30 centimes ; sa configuration est arrondie ou plus généralement ovalaire, quelquefois irrégulière. Parfois représenté par une érosion de coloration grisâtre, opaline ou rouge, à fond égal et lisse ou rendu inégal par les anfractuosités de la surface amygdalienne, il est d’autres fois ulcéreux, même profondément ulcéreux, anfractueux, de coloration rouge brun ou grisâtre, souvent multicolore ; d’autres fois encore, il est recouvert d’un exsudât pseudomembraneux, blanc, épais, adhérent, rappelant dans certains cas d’une façon frappante celui de la diphthérie^.
Quelle que soit la forme clinique, le chancre amygdalien présente toujours deux caractères de premier ordre :
t° L’induration de sa base, appréciable avec le doigt (recouvert, par mesure indispensable de précaution, dun doigtier de caoutchouc) ou avec un instrument rigide, stylet, abaisse-langue, etc., manié sans raideur et porté non pas sur son pourtour
comme dans l'examen du chancre des organes génitaux, mais sur sa surface même.
2“ La tuméfaction et l’induration des ganglions lymphaticpies de la région de l’angle de la mâchoire, appréciables à la vue le plus souvent, à la palpation toujours.
, Contrairement à la plupart des autres localisations du chancre syphilitique, le chancre amygdalien s’accompagne fréquemment de phénomènes douloureux, lesquels sont fonction à ta fois de son siège sur une région mobile et des infections secondaires de sa surface. Souvent peu intenses à leur début, les douleurs deviennent en quelques jours assez vives pour faire croire à une angine et persistent pendant plusieurs semaines.
Le diagnostic du chancre amygdalien repose bien plus sur l’induration de sa base et sur l’adénopathie sous-maxillaire que sur les caractères même de l’ulcération, caractères variables d’un cas à l’autre, et qui peuvent simuler les affections les plus diverses : angines simples, angine herpétique, angine de Vincent, angine diphthérique, phlegmon amygdalien, syphilides tertiaires, ulcérations tuberculeuses, voire épithélioma de l’amygdale et gangrène du pharynx.
11 est impossible d'entrer ici dans l’exposé du diagnostic différentiel de ces diverses affections, diagnostic qui est souvent embarrassant même pour des spécialistes exercés, syphiligraphes ou laryngologistes. J’estime que toutes les fois que le médecin sera amené à soupçonner, même à suspecter un chancre de l’amygdale, il devra soumettre le malade sans délai à l’examen de médecins d’un centre dermatosyphiligraphique ou laryngologique. Je ne saurais mettre trop en garde contre les difficultés de l’examen bactériologique de telles lésions : le tréponème est pour ainsi dire impossible à découvrir dans les frottis de chancre amygdalien ; par contre, de nombreux spirilles peuvent lui ressembler et en imposer à un observateur insuffisamment prévenu ; enfin l’existence dans les frottis de microorganismes nettement différenciés, voire même du bacille de Loffler, ne peut suffire à éliminer la possibilité d’un chancre évoluant en même temps qu’une autre infection araygdalienne.