‹ La syphilis et l'arméeChapitre 18 sur 54 · L’ARSENIC · texte numérisé non relu

L’ARSENIC

L arsenic est depuis longtemps employé dans le traitement de la syphilis à titre de médication accessoire ; la liqueur de Donovan, qui date de 1839, en renferme associé à l’iodure de potassium et au mercure; de nombreux médecins adjoignaient l’arsenic soit au mercure soit à l’iodure de potassium et l’employaient pour combattre l’anémie et l’asthénie des syphilitiques, ou prescrivaient à ceux-ci des cures aux stations thermales dont les eaux renferment de l’arsenic, spécialement à la Bourboule.

Depuis qu’Armand Gautier a introduit dans la thérapeutique les dérivés arsenicaux à hase organique, ceux-ci ont été employés largement dans la thérapeutique antisyphilitique : le cacodylate iodo-hydrargyrique a donné à Brocq de beaux succès, l’arrhénate de mercure, le salicylarsinate de mercure, ont été préconisés et surtout l’anilarsinate de soude, qui, découvert par Béchamp en 1863, est revenu d’Allemagne en 1907 sous le nom d’atoxyl, et a joui d’une vogue éphémère bientôt arrêtée par les nombreux et graves accidents (cécité, mort) qu’il a provoqués.

En 1909, le benzo-sulfone-pai’a-aminopliénylarsinate de soude, découvert par Mouneyrat et spécialisé sous le nom d’hectine a donné à Balzer de bons résultats ; associé au mercure dans une préparation spécialisée sous le nom d’hectargyre, il a eu une certaine vogue qu’a bientôt diminuée l’apparition de Farsénobenzol.

L’arsénobenzol

Découvert en 1909 par Ehrlich, qui poursuivait l’étude des composés arsenicaux en s’aidant de l’expérimentation sur les spirilloses, le dichlorhydrate de dioxydiamido-arsenobenzol. et connu vulgairement sous le n” de 606 qui indique son rang dans la série des expériences d’Ehrlich, a été spécialisé sous le nom de salyarsan par la fabrique de produits chimiques Fabvverke vorms Meister, Lucius u. Bruning de Hoescht. Le nom farsénobenzol,

L’ARSÉNOBENZOL

simplification de sa dénomination chimique, sous lequel il peut être fabriqué et vendu par tous, doit seul être employé.

L’arsénobenzol est une poudre de couleur jaune serin, impalpable au toucher, de saveur astringente et acide, dégageant une légère odeur sulfureuse; elle s’altère au contact de l’air et doit être conservée dans des flacons scellés à la lampe et dans une atmosphère d’azote.

Elle donne dans l’eau une solution limpide de réaction acide.

D’abord employé en injections intra-musculaires sous forme de suspension huileuse acide, mode d'emploi rapidement abandonné à cause des douleurs souvent violentes qu'il provoquait, l’arsénobeuzol a été ensuite presque exclusivement administré en injections intra-veineuses : sa solution aqueuse, étant acide, a été abandonnée en raison des réactions veineuses douloureuses qu'elle provoque ; on a eu recours aux solutions neutralisées ou rendues alcalines par l’addition de solution de soude.

La quantité de solution de soude à ajouter varie suivant les doses d’arsénobenzol injectées.

L’addition de solution de soude à la solution aqueuse d’arsénobenzol provoque la production d'un précipité qui se dissout si on continue à ajouter la solution alcaline.

La solution d’arsénobenzol, alcalinisée par la so.ude, ne peut être injectée que diluée dans une certaine quantité de sérum physiologique, de sorte que le volume de la masse à injecter atteint de 150 à 200 centimètres cubes.

Le mode de préparation de la solution, rinstrumentation nécessaire à l’injection ont été l’objet de modifications multiples; chaque opérateur a tenu à avoir sa méthode spéciale. Il est impossible d’entrer ici dans le détail de ces diverses techniques, d’autant que, ainsi que je le dirai plus loin, je ne considère pas l’arsénobenzol comme utilisable dans la syphilithérapie de guerre.

L’arsénobenzol a, au début de son emploi, fait naître les plus grands espoirs. Ehrlich n’a pas hésité à dire qu’il permettait de réaliser, au moyen d’un petit nombre d’injections, la « sterilisatio magna '» de la syphilis. L’expérience n’a pas tardé à montrer que, si ces injections pratiquées au début de la syphilis étaient, en effet, suivies à courte échéance de la cicatrisation du chancre, si les accidents secondaires ne paraissaient pas à leur date

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

ordinaire, ces derniers étaient simplement retardés et on les voyait fréquemment apparaître plus tard. Pour tenter d’enrayer les manifestations secondaires, il fallut augmenter le nombre des injections. A une période plus avancée de la maladie, les accidents en activité s’effacaient bien, de façon merveilleuse le plus souvent, mais aussi reparaissaient facilement au bout de quelques semaines et pai’fois alors résistaient à l’arsénobenzol, même employé à doses élevées et répétées.

Il fallut donc déchanter de l’enthousiasme initial, multiplier les injections, augmenter les doses du médicament.

En outre, des accidents apparurent, des morts même furent signalées. De ces accidents, beaucoup étaient dus à des erreurs de technique, à l’emploi de doses excessives, et ne pouvaient être retenus au passif du médicament. De ces morts, la plupart étaient dues aux conditions générales de santé des malades. Ehrlich ne tarda pas à faire savoir qu’il existait des contre-indications à l’emploi de l’arsénobenzol, qu’il le déconseillait formellement dans les affections cardiaques, les anévi-ysmes de l’aorte, la paralysie générale.

Cependant on observait encore parfois des faits malheureux ; il fallut bien reconnaître que, s’ils étaient plus fréquents chez les sujets âgés, chez les cardiaques, les albuminuriques, les hépatiques, les cachectiques, ils s’observaient aussi chez des sujets jeunes paraissant bien portants, et on s’aperçut bientôt qu’ils se produisaient rarement à la première injection, le plus souvent à la deuxième injection, pour diminuer de fréquence à la troisième et aux suivantes.

En outre, des accidents nerveux, des paralysies des nerfs crâniens se produisaient parfois chez les sujets traités par l’arsénobenzol; leur fréquence mit en méfiance contre le médicament.

Je reviendrai plus loin sur la question des accidents.

L’arsénobenzol provoquait des accidents, indépendants des doses de médicament injectées, indépendants de la technique ; il nécessitait une technique compliquée et, malgré les perfectionnements de cette technique, peu de médecins pouvaient se résoudre à l’employer.

La découverte par Ehrlich d’un corps de composition chimique voisine, de toxicité sensiblement moindre, donnant facilement

LE NOVARSÉNOBENZOL

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dans l’eau une solution parfaite, de réaction neutre, rendit pratique la médication arsenicale de la syphilis.

Le novarsénobenzol

Le dioxydiamîdo arsériobenzolmonométhylène sulfoxylate de soude a été, d’après son rang dans les essais d’Ehrlich, appelé ’« 914 » ; il a été spécialisé par la lirme Meister, Lucius et Bruning sous le nom de néosalvarsan. Par analogie avec l’arsénobenzol, il est couramment désigné sous le nom de novarsénobenzol. Il peut, comme l’arsénobenzol, être préparé et vendu pai’ tous les fabricants de produits chimiques.

Il se présente sous la forme d’une poudre, de coloration jaune clair (1), de consistance impalpable ; mise en contact avec l’eau,

' elle surnage, mais se dissout avec une extrême rapidité, donnant une solution limpide, de réaction neutre, directement injectable dans les veines.

La solubilité parfaite et rapide en toute proportion du novarsénobenzol dans l’eau ou dans le sérum physiologique a fait la vogue, très méritée d’ailleurs, de cette substance.

Le novarsénobenzol s’altère rapidement au contact de l’air : aussi, comme l’arsénobenzol, doit-il être conservé en flacons scellés à la lampe, dans le vide. C’est sous cette forme qu’il est livré par le commerce et fourni aux formations sanitaires par la Pharmacie centrale des hôpitaux militaires et les pharmacies régionales, en flacons renfermant des doses de 0 gr. 15, 0 gr. 30, O gr. 43, 0 gr. 60, 0 gr. 75, O gr. 90, doses habituellement employées pour le traitement de la syphilis. Les flacons sont d’une contenance uniforme de 4 à 5 centimètres cubes.

L’activité du novarsénobenzol est inférieure à celle de l’arséno-

(1) Lorsque le novarsénobenzol s’altère, sa coloration se modifie et il devient brun. On devra toujours, avant de faire la solution, s’assurer que le produit a conservé sa couleur normale. Il est bon d’être prévenu que la densité du novarsénobenzol n'est pas toujours identique à elle-même, de sorte que le volume occupé dans l’ampoule par une même dose dn médicament peut varier assez notablement.

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

benzol ; on peut la considérer, tant au point de vue de la toxicité que des effets thérapeutiques, comme égale aux deux tiers de celle de l’arsénobenzol. Aussi les doses peuvent-elles et doiventelles être de moitié plus élevées que celles de ce dernier médicament.

La solution de novarsénobenzol doit être préparée au moment même de son emploi : elle s’altère en effet, au contact de l’air, et cela d’autant plus vite que la température est plus élevée. Aussi doit-on se servir poui’ ces solutions A’eau froide.

Le véhicule des injections de novarsénobenzol

Parmi .les causes des accidents dus à l'emploi de l’arsénobenzol, on a attribué une très grande importance aux liquides servant à la préparation des solutions ; la question de Veau a été l’objet de travaux nombreux et on a incriminé dans la production des accidents toxiques toutes les impuretés de-l’eau, impuretés chimiques et impuretés microbiennes : sels de plomb provenant du cristal des serpentins, silicates alcalins, bicarbonate de chaux, magnésie, provenant du verre des serpentins, cuivre si ceux-ci étaient en métal ; chlorure de sodium si l’injection était faite dans du sérum physiologique ; il ne suffisait plus que l’eau fût distillée, il fallait qu’elle fût distillée deux fois au moins, la dernière le jour même ou au plus la veille de son emploi ; bien plus il fallait qu’elle fût distillée dans des appareils faits d'un verre spécial.

Lors des premiers essais du novarsénobenzol, les mêmes conditions parurent exigibles, et, comme pour l’arsénobenzol, on le dissolvait dans 150 à 200 centimètres cubes de liquide.

Ravaut (1) a réalisé un gi-and progrès dans la technique du traitement par le novarsénobenzol en montrant que la question de l’eau pouvait être résolue d’une façon très simple, en réduisant la quantité de véhicule : en injectant moins de liquide, on

(1) Ravaut. Nouveau procédé d’injection intra-veineuse du néosalvarsan. Bulletin de la Société française de Dermatologie,

7 février 1913, p. 118. Ravaut et Scheikevitch. Etude sur un nouveau procédé d’injection du néosalvarsan en solutions concentrées. Annales de Dermatologie, avril 1913, p. 206.

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injecte également une moins grande quantité des substances toxique qu’elle peut renfermer.

Mais, lorsqu’on injecte un liquide dans les veines, il faut qu’il n’altère pas les globules sanguins et ne provoque pas d’hémolyse.

Par tradition, pour éviter l’hémolyse, on avait l’habitude de dissoudre le novarsénobenzol dans du sérum physiologique. Ravaut a démontré que les solutions de novarsénobenzol respectent l’intégrité des globules sanguins à la condition d’atteindre une certaine teneur en arsénobenzol : cette teneur est, d’après ses expériences, de 0 gr. 45 pour 10 centimètres cubes d’eau distillée. On peut donc, pour l’injection de toute dose de novarsénobenzol égale ou supérieure à O gr. 45, n’employer que 10 centimètres cubes d’eau distillée, pour les doses inférieures un volume proportionnel, soit 3 centimètres cubes pour 0 gr. 15 de novarsénobenzol.

Ultérieurement, Ravaut (1) a montré qu’on pouvait encore diminuer la quantité de liquide injecté. La solubilité du novarsénobenzol dans l’eau est telle que deux centimètres cubes d’eau distillée peuvent en dissoudre 0 gr. 90. Ces solutions concentrées n’altèrent pas le sang ; elles n’ont d’autre inconvénient que d’être douloureuses lorsque, par accident, le liquide est injecté en dehors de la veine (voir la technique des injections intra-veineuses, p. 150). Il est prudent, seulement, de faire l’injection plus lentement qu’avec les solutions étendues.

Le problème de l’eau est résolu par la méthode des injections concentrées. Il est résolu à tel point qu’il n’est même plus besoin de se servir d’eau distillée pour ces injections. Ravaut a pu, dans un hôpital du front, faire sans provoquer d’accidents des injections avec de l’eau simplement bouillie, filtrée par passage à travers un flocon d’ouate hydrophile.

Je me suis moi-même assuré à plusieurs reprises que des injections de novarsénobenzol dissous dans de l’eau ordinaire, stérilisée par ébullition pendant quelques minutes, ne provoquaient pas d’accidents d’aucune sorte, ne donnaient pas plus de

(t) Ravaut. Nouvelle simplification de la technique des injections intra-veineuses concentrées A'Avsénohmzol. Presse médicale, It octobre 1918, p. 398.

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réaction fébrile que celles faites avec de l’eau iTaîcIiemenl distillée.

On ne doit cependant pas employer pour les injections une eau trop cliai’gée de sels calcaires, qui réagiraient sur le novarsénobenzol. En cas de nécessité et s’il était impossible de disposer d'autre eau, on pourrait cependant utiliser l’eau calcaire en ayant soin de la faire bouillir longuement pour précipiter les sels de chaux et de la stériliser à nouveau par ébullition api’ès décantation.

En résumé, les injections de novarsénobenzol peuvent être faites en se servant de sérum physiologique, d’eau distillée préparée depuis moins de 3 mois, conservée aseptiquement ou bouillie depuis peu, à la rigueur avec de l’eau ordinaire bouillié et fdtrée au coton, à raison de deux centimètres cubes de liquide par injection, quelle que soit la dose de novarsénobenzol.

Cette méthode des injections très concentrées se recommande par sa simplicité, par la facilité avec laquelle le médecin peut se procurer partout te matériel nécessaire et en particulier les seringues appropriées ; elle se recommande aussi par son innocuité, par la réduction au minimum des accidents dus à la médication. Elle est ta seule que j’emploie dans mon service d’hôpital depuis plus d’un an ; elle répond mieux que toute autre aux exigences de la thérapeutique antisyphititique aux armées et dans les formations sanitaires.

Balzer et Dumouthiers ont préconisé les injections intramusculaires de novarsénobenzol. Cette méthode, qui peut être comparée aux injections de préparations mercurielles insolubles, a l’avantage de ne pas introduire dans la circulation une dose élevée d’arsenic ; elle serait donc moins dangereuse que la méthode des injections intraveineuses.

Les injections à dose de Ogr. 25 sont faites 2 fois par semaine.

Elles sont le plus habituellement indolores, mais peuvent donner lieu à des douleurs plus ou moins vives.

De même que pour les injections mercurielles intramusculaires, la possibilité de réactions douloureuses locales empêche d’adopter dans l’armée cette méthode. Son action thérapeutique paraît d’ailleurs moins intense et moins rapide que celle des injections intraveineuses.

EFFETS DU NOVARSÉNOBENZOL

Effets du novarsénobenzol sur les manifestations syphilitiques.

Gomme l’arséiiobenzol, mais à doses plus élevées que celui-ci, le novarsénobenzol a une action très rapide sur la cicatrisation du chancre syphilitique, même à une époque peu éloignée du début de celui-ci et quelle que soit son étendue : dès les premiers jours, le chancre prend une coloration plus pâle, ses limites sont moins accusées, l’induration de sa base diminue, son aspect se rapproche de celui d’une ulcération simple, sa surface se rétrécit et, dans l’espace de 6 à 12 jours, il est complètement cicatrisé ; les ganglions satellites, une fois le traitement institué, cessent d’augmenter de volume, deviennent moins durs et en peu de jours reprennent à peu près leurs dimensions normales.

Sur les accidents secondaires, les effets ne sont pas moins remarquables. Les plaques muqueuses des organes génitaux, de l’anus, de la bouche sont très rapidement influencées par la médication : si elles revêtent la forme érosive, elles ,se détergent, se cicatrisent en à 6 jours ; les plaques hypertrophiques, même les plus volumineuses, s’affaissent dès les 2 ou 3 premiers jours qui suivent la première injection, perdent leu. aspect papillomateux ; en 12 à 15 jours, c’est-à-dire après la deuxième injection, elles ont complètement disparu, sans l’adjùvance d’aucun traitement local.

Les lésions cutanées sont également influencées rapidement par le novarsénobenzol : comme avec tous les traitements actifs, le mercure aussi bien que les arsenicaux, elles sont souvent le siège, dans les premières heures qui suivent l’injection, d’une congestion locale plus ou moins vive connue sous le nom de réaction de Herxheimer. Après cette congestion passagère, elles s’effacent progressivement, puis disparaissent, la roséole en 5 à 8 jours, les syphilides papuleuses à grosses papules dans l’espace de 6 à 10 jours, les plaques syphilitiques de la peau un peu plus rapidement; les syphilides papuleuses à petites papules résistent davantage au traitement et n’ont pas toujours disparu après une 3= et même une 4® injection ; les syphilides ulcéreuses guérissent assez vite et leur cicatrisation peut être complète, même lorsqu’elles sont étendues et profondes, en 8 à 15 jours.

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

L’influence rapide de Farsénobenzol sur les lésions cutanées de la syphilis, surtout sur les syphllides ulcéreuses, a fait penser à quelques auteurs que ce médicament avait pour effet principal d’activer la cicatrisation, et certains lui ont dénié tout autre rôle.

n est incontestable cependant qu’il a sur les diverses manifes- ■ tâtions viscérales de la syphilis une action non moins rapide que sur les lésions cutanées.

La céphalée syphilitique secondaire est presque toujours influencée par lui. Il n’est pas rare que des malades atteints de violentes douleurs de tête et, de ce fait, souffrant depuis plusieurs jours d’insomnie recouvrent le sommeil le soir même de la première injection ou le lendemain. Il en est de même pour les algies des membres qui sont parfois si pénibles chez les syphilitiques secondaires.

Les troubles plus graves, hémiplégie faciale, hémiplégie des membres, lésions médullaires de la syphilis secondaire sont également influencés en bien et rapidement.

L’iVîVîs, l'irido-ehoroïdite sont très vite modifiées par le novarsénobenzol : les douleurs péri orbitaires cèdent en quelques jours, parfois quelques heures, l’iris reprend sa contractilité et sa coloration ; il ne se produit plus d’adhérences et, en 15 à 20 jours, l’iris a repris son aspect normal, sauf une légère paresse, un peu de tendance à la dilatation et, bien entendu, les résidus cicatriciels des adhérences antérieures au traitement.

h’état général du malade subit très rapidement l’influence de la médication arsénicale : l’état fébrile habituel dans la syphilis secondaire cède en 2 ou 3 jours, la faiblesse, la sensation de courbature si fréquente au début des accidents, la pâleur ou la bouffissure du visap, sa teinte terreuse ne tardent pas à faire place à une sensation de mieux être, à une coloration normale des téguments, à une vigueur nouvelle. Bien des syphilitiques déclarent que le traitement par Farsénobenzol leur a rendu une santé meilleure qu’avant le début de la syphilis ; ils engraissent en peu de jours dans des proportions notables, leur appétit revient, souvent leur chevelure pousse plus abondante qu’auparavant. Ce sont là, au maximum d’intensité et de rapidité et en raison de la richesse du médicament en arsenic, les effets de toute médication arsenicale active.

Chez les sujets soumis précédemment à la médication mercu-

effets DU NOVARSÉNOBENZOL 119

rielle et chez lesquels cette médication a retenti sur la muqueuse Wccale, il faut ajouter à ces effets favorables une modification très rapide de la gingivite mercurielle : les ulcérations se déterg!nt, se comblent, la salivation cesse et, ultérieurement, le traitement mercuriel peut être repris sans amener le retour de la sttmatite. f

Çln résumé, dans l’immense majorité des cas et saut les laits très rares d’intolérance ou de résistance à la médication, le novarsénobenzol, comme l’arsénobenzol, fait disparaître rapidement les accidents des périodes primaire et secondaire de la syphilis, en même temps qu’il relève l’état général du malade à un point que le mercure ne peut atteindre.

Gela est incontestable et il faudrait nier l’évidence pour ne pas l’admettre.

ilais s’agit-il d’une simple influence, particulièrement rapide et énergique sur les accidents en activité, ou bien est ce une action de fond, une action curative sur la maladie elle-même ? El un mot, le novarsénobenzol blanchit-il les syphilitiques ou guêrit-il la syphilis ?

J’ai déjà dit que la sierüisaiio magna annoncée par Ehrhcli n’avait pas été réalisée par un petit nombre d’injections d’arsénobenzol. Peut-on arriver à ce résultat en multipliant les injectims, en employant des doses plus élevées du médicament ?

Les opinions sont partagées. Pour certains, il suffit de mettre dans le traitement une énergie suffisante pour guérir radicalement et définitivement la syphilis. Pour d’autres, on n’atteindrait jimais ce résultat.

Un point paraît établi aujourd’hui, c’est que, pour pouvoir espérer stériliser la syphilis par l’arsénobenzol ou par le novarsénobenzol, il faut l’attaquer dès la période du chancre, ou mieux dès les 2 ou 3 premières semaines du chancre, et que, une fois apparus les accidents secondaires, on ne peut plus se targuer d’un tel espoir.

Dans quelles proportions a-t-on réalisé cette stérilisation dans les syphilis traitées dès le début ? C’est là ce qu’il est difficile de savoir. Certains auteurs accusent des proportions de succès vraiment merveilleuses. Mais, leurs statistiques se basent, généralement, sui’ une expérience de quelques mois et leur affirma-

120 TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

•tion que la syphilis a été stérilisée repose sur ce qu’il n’est nas apparu d accidents pendant le temps de l’observation et sur ce' que la reaction de Wassermann est devenue et restée négative

Ce dernier argument est insuffisant, quoiqu’on en ait dit, poupei mettre d affirmer la guérison de la syphilis. Seule l’observatien prolongée pendant de nombreuses années autoriserait cette exclusion. On a vu en effet, les syphilis traitées par le mercure bu même non traitées demeurer pendant de longues années suis aucune manifestation extérieure et se révéler au bout de 12 15 ans et plus - j’ai même vu 54 ans — par des accidents plis ou moins graves. ^

Un argument plus sérieux, en apparence tout au moins, a âé fourni par les observations, assez nombreuses dans la pratime de certaips médecins de malades qui, traités par l’arsénoben?)! pour un chancre syphilitique, auraient vu se développer ultériairement un nouveau chancre syphilitique. En vertu de cet axione quune maladie infectieuse qui récidive est une maladie dontla première atteinte a été guérie, on en a conclu que la première syphilis devait être guérie. ^ preinieie

J’ai déjà montré, à propos du diagnostic du chancre syphiliique (voir p. 65), ce qu il fallait penser d’un grand nombre-,1a glande majonte selon moi — des lésions regardées comme des chancres de remfection chez les malades traités par l’arsénobenzol.

Le pseudo-chancre de réinfection mis à part on voit fréquemment apparaître chez les syphilitiques traités par l’arsénjbenzol des manifestations syphilitiques ultérieures.

Après une période de latence de plusieurs mois, survienneifc des lésions des muqueuses, plaques simples ou hypertrophiques, souvent accompagnées d’une éruption érythémateuse dreinée, ï de retour (voir p. 73) qui, traitée à nou¬

veau pai 1 arsenobenzol ou par le mercure, cède, pour parfois se reproduire à nouveau au bout d’un temps variable.

apparaître également d’autres manifestatioœ syphilitiques d ordres divers, de localisations variées, en particulier des accidents nerveux, sur lesquels je reviendrai Ce qu’il y a de remarquable, c’est que les accidents les phs caractéristiques de la période secondaire font ordinairemeat la roseole sous le type qu’elle revêt à sa première appaution ne s observe pas chez les sujets traités par l’arsénD-

EFFETS DU NOVARSÉNOBENSOL 121

benzol, c’est aussi que les accidents tai'difs, de type tertiaire, apparaissent souvent à une époque où, dans une syphilis non traitée ou traitée par le mercure, ils n’auraient pas eu le temps d’apparaîlre. La médication arsenicale paraît à la fois retarder ou empêcher l’apparition des accidents précoces et hâter l’échéance des manifestations plus tardives de la syphilis.

Les détracteurs de la médication arsenicale ont fait état de l’apparition de ces accidents à type tardif pour la combattre et ont cité des observations dans lesquelles ils étaient apparus.après des traitements arsenicaux d’intensité et de durée variables.

Il est donc impossible de nier que des malades, traités par des doses élevées et répétées d’arsénobenzol et traités dès les premiers jours du chancre ont présenté, au bout de peu de mois, des accidents syphilitiques indubitables et plus ou moins graves.

Mais, d’autre part, des observateurs dignes de foi ont cité des faits dans lesquels des malades, soignés dès les premiers jours du chancre par l’arsénobenzol, et chez lesquels la réaction de Wassermann est devenue négative, est restée telle sans qu’il soit apparu, pendant deux ou trois ans, aucun accident syphilitique.

On est donc en droit de conclure que l’arsénobenzol peut guérir définitivement la syphilis quand il est employé à la période initiale (1 }, mais aussi que les guérisons définitives obtenues par cette médication, instituée à quelque époque que ce soit de la syphilis et à quelque dose que ce soit, sont rares.

En ce qui concerne la médecine d’armée, cette conclusion doit amener le médecin à régler l’emploi de la médication arsenicale dans l’espoir d’atténuer la syphilis, de la guérir si possible, mais ne peut l’autoriser à chercher, par une médication extrêmement énergique et très prolongée qui entraverait l’accomplissement des devoirs militaires et réduirait les effectifs, à obtenir un effet qui restera toujours une exception.

Cette considération a d’autant plus de valeur qu’il n’est peutêtre pas certain que les doses très élevées et l’emploi très prolongé de la médication arsénobenzolique soient sans effets nuisibles : depuis 6 ans que nous connaissons l’arsénobenzol, nous ne

(1) Voir en particulier le mémoire de Brocq, (Gomment administrer le salvarsan, Annales de Dermatologie, décembre 1912, p. 669), qui a traité cette question avec une grande prudence.

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

pouvons avoir la prétention d’en connaîü-e encore toutes les répercussions à longue échéance. Alors que le système nerveux répond assez fréquemment à l’arsénobenzol par une réaction qui aboutit à des troubles graves, il est possible que ses atteintes initiales trop violentes aient pour effets ultérieurs tardifs des états inflammatoires plus ou moins accusés et prédisposent peut-être aux localisations terminales du tréponème sur la substance grise.

C’est courir un risque, dont le médecin civil doit avertir son client lorsqu’il lui propose une médication abortive énergique, mais que le médecin militaire ne me paraît pas avoir le droit d’imposer aux hommes qui lui sont confiés.

A quelles doses injecter le novarsénobenzol?

Les opinions les plus variées et les plus contradictoires ont été émises sur les doses de composé arsenical qu’il convenait d’injecter.

Ehrlich, se basant sur ses recherches expérimentales, avait fixé à î centigramme par kilogramme de poids corporel la dose d’arsénobenzol qui ne doit jamais être dépassée pour une injection ; en admettant que la toxicité du novarsénobenzol soit les deux tiers de celle de l’arsénobenzol, la dose maxima pour un homme de poids moyen du nouveau composé est donc de t centigr. 5 par kilogramme.

La grande majorité des auteurs admettent qu’il n’y a jamais lieu d’atteindre cette dose et surtout aucun ne conseille de l’atteindre dès la première injection.

Tous admettent, en effet, que les premières injections — ou au moins la première - doivent être faites à des doses inférieures à celles des injections suivantes : par une injection massive d’emblée, on détruit d’un seul coup un trop grand nombre de tréponèmes dont les produits de bactériolyse ajoutent leur action nocive à celle du médicament et provoquent des réactions intenses, souvent graves ; en outre, il y a, l’expérience l’a dès longtemps prouvé, accoutumance de l’organisme à la toxicité de l’arsenic, de sorte qu’une dose qui, à la première injection, provoquerait des accidents toxiques, n’en détermine plus si le terrain a été préparé par des injections antérieures : cette tolérance disparaît ou au moins s’atténue avec le temps, de sorte que quand on

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reprend, après une période de repos, la médication par l’arsénobenzol ou le novarsénobenzol, la première injection doit être faite à une dose plus faible que la dernière de la série précédente.

Enfin, il semble bien que la susceptibilité de tous les sujets à la toxicité de l’arsénobenzol ne soit pas la même : la première injection permet de la tâter et la réduction de son dosage réduit les dangers du médicament chez les sujets intolérants.

Pour toutes ces raisons, il est rationnel, et l’expérience a démontré qu’il était nécessaire, de ne pas atteindre d’emblée la dose optima du médicament.

Mais par quelles doses commencer ? Un certain nombre d’auteurs, émus par les accidents observés, ont proposé de débuter par des doses très faibles : 0 gr. 30 ou même 0 gr. 15 de novarsénobenzol, et d’augmenter progressivement de 0 gr. 15 à chaque injection.

D’autres, non moins experts en matière de thérapeutique, débutent par 0 gr. 60 de novarsénobenzol, pour atteindre 0 gr. 75 à la deuxième injection et souvent rester à cette dose pour les suivantes, et ne semblent pas avoir eu par cette méthode plus d’accidents que bien d’autres plus timorés.

' Chacun a été dirigé dans l’établissement de sa ligne de conduite par des idées théoriques et par les faits qu’il a observés.

En ce qui me concerne, j’ai été frappé par deux cas de mort survenus chez deux jeunes femmes après l’injection de doses faibles de novarsénobenzol. Chez l’une, la première injection avait été faite à la dose de 0 gr. 20 et la deuxième, interrompue par un incident banal, de 0 gr. 15 seulement ; chez l’autre, les injectious avaient été respectivement de 0 gr. 30 et de 0 gr. 45. Gomme j’emploie couramment sans accidents des doses plus élevées, j’estime que les doses initiales faibles ne mettent pas à l’abri de tout danger et qu'il n’y a pas péril à commencer les injections de novarsénobenzol par une dose de Ogr. 45 chez les hommes bien portants, sans tare apparente ; j’abaisse le plus souvent la dose initiale à 0 gr. 30 chez les femmes ; même chez l’homme, lorsque je me trouve en présence de sujets fatigués, anémiés, très nerveux, émotionnés par l'idée du danger de l’arsénobenzol ou présentant quelque tare ou quelque ^antécédent suspect (albuminurie, éréthisme cardiaque facile, etc.), je débute également par une injection de 0 gr. 30.

TRAITEMENT RE LA SYPHILIS

Chez les sujets jeunes bien portants, que sont en général les hommes servant à l’armée, la dose initiale de 0 gr. 45 ne souffre pour ainsi dire jamais de contre indication. On a, en débutant par une dose déjà active, l’avantage de réduire la durée du traitement et de l’hospitalisation, avantage qui, en temps de guerre, doit être recherché toutes les fois qu’il n’est acheté par aucun danger.

Lorsque la première injection a été mal supportée et a provoqué plus qu’une réaction fébi’ile, on doit s’attendre à une intolérance pour l’arsenic, redouter des accidents plus graves. Il est donc prudent de suspendre l’emploi du médicament, au moins pendant un certain temps, et, si la reprise s’en impose, de l’administrer à doses plus faibles, 0 gr. 15 par exemple, tout en surveillant ses effets.

Aux injections suivantes, la dose doit être augmentée et peut être portée à 0 gr. 60 et 0 gr. 75. Dans la plupart des cas, les accidents contagieux sont cicatrisés à la suite de la deuxième injection, faite à la dose de Ogr. 60, et on peut à la rigueur s’en tenir à ces deux injections, à la condition, ainsi que je le montrerai plus loin, de continuer le traitement par le mercure; un grand nombre de mes malades, qui ont reçu ces deux seulés injections avant d’être soumis au traitement mercuriel, n’ont ultérieurement présenté aucun accident syphilitique.

Cependant je crois que l’attaque brusque par la dose, déjà élevée, de 0 gr. 45;estplus efficace; l’effet thérapeutique de deux doses successives de 0 gr. 45 et 0 gr. 60 est au moins égal à celui de ces deux doses précédées d’une injection de 0 gr. 15 ou de 0 gr. 30.

Si la guérison des accidents contagieux tarde, une nouvelle injection en vient presque toujours à bout.

Pour un certain nombre d’auteurs, la guérison est plus sûre, plus durable, les chances de reproductipn de ces accidents syphilitiques sont éloignées si on continue el traitement. Aussi conseillent-ils de poursuivre les injections jusqu’à ce qu’elles aient atteint une dose totale d’environ 3 grammes, ce qui représente une injection de 0 gr. 45, et quatre injections de 0 gr. 60, ou une injection de 0 gr. 45, une de 0 gr. 60, une de 0 gr. 75 et une de 0 gr. 90.

L’utilité de telles doses, ne me paraît pas démontrée : je ne

EFFETS DU NOVARSÉNOBENZOL iz 5

pense pas qu’elles aient une action préventive absolue contre les accidents ultérieurs et j’estime que cette action est encore plus sûrement obtenue par l’association du mercure.

Périodicité des injections.

Il est nécessaire d’espacer les injections pour permettre à l’organisme d’éliminer le médicament, élimination qui demande 4 à b jours, et de se remettre de la secousse qu’il a produite, des troubles humoraux et viscéraux qu’il a provoqués. On admet, d’un accord presque unanime, que l’espace entre deux injections doit être d’une semaine. Même lorsqu’on injecte de faibles doses de médicament, il n’est pas prudent de les rapprocher davantage.

Les suites des injections concentrées de novarsénobenzol.

Ainsi que l’a montré Ravaut, les suites des injections concentrées de novarsénobenzol sont généralement des plus simples.

Si on a soin de prendre régulièrement la température des malades toutes les trois heures, on constate très fréquemment une élévation de température qui débute 6 à 8 heures après 1 injection. Cette élévation de température, qui s’observe d’ailleurs à un degré au moins aussi élevé après les injections à grand volume, est plus intense à la suite de la première injection qu’après les suivantes ; elle est surtout accusée chez les malades porteurs d’accidents secondaires qui n’ont été soumis récemment à aucun traitement mercuriel ou arsenical ; elle manque le plus souvent après les injections suivantes.

La température peut atteindre 40°, elle ne dépasse habituellement pas 38“ ; le plus souvent, son ascension forme sur les courbes un crochet, et au bout de 6 à 8 heures elle est terminée.^

Cette réaction hyperthermique précoce, due à l’action du médicament sur les tréponèmes, doit être distinguée d’une réaction tardive, survenant le lendemain ou le surlendemain de l’injection, qui atteint rarement plus de 39,5, dont la durée ne dépasse pas 24 heures et qui paraît relever de phénomènes toxiques.

Chez quelques sujets, l’injection de novarsénobenzol est suivie

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

d'un léger abaissement de température, formant sur les courbes un léger crochet au-dessous de 37“ et survenant quelques heures après l’injection. Get abaissement thermique est beaucoup plus fréquent après la troisième injection et les suivantes qu’après la première.

L’élévation thermique ne s’accompagne, chez beaucoup de malades, d’aucun malaise notable et elle passerait inaperçue si on n’avait soin de relever régulièrement la température. Chez d’autres, elle s’accompagne de céphalée, habituellement légère, qui en suit exactement la marche. Cette céphalie n’a guère d’importance à la première injection et n’en prend que lorsqu’elle se reproduit après les injections suivantes et augmente parallèlement à l’accroissement des doses.

Dé même, des nausées et des vomissements ne sont pas exceptionnels après la première injection, qu’ils suivent presque immédiatement, mais sont rares après les suivantes. Ravaut ne les a jamais vu devenir inquiétants.

Quelques malades ont, dans la nuit qui suit l’injection, une diarrhée séreuse rarement abondante, quelquefois sanguinolente.

Voici, d’après les faits que j’ai observés dans mon service où les injections sont toujours faites en solutions concentrées, les suites de ces injections.

L’injection étant faite entre 10 heures et midi, le malade restant au repos à partir de l’injection et ne prenant qu’une petite quantité de liquide, la température prise dans l’aisselle toutes les 3 heures îi partir de 3 heures de l’après-midi ne dépasse pas 3705 , c’est-à-dire un chiffre qui peut être considéré comme normal, dans 80 0/0 des cas ; dans 32 0/0, elle reste même inférieure à 37“ ; chez certains malades, elle monte à 37“,2 ou 37°,3 à 3 heures, atteint son maximum à 6 heures, puis tombe à 37° à 9 heures et reste à ce chiffre pendant la nuit ; chez d’autres elle atteint son maximum soit à 3 heures pour descendre à 37° à 9 heures du soir et rester au-dessous de 37° pendant la nuit, soit à 6 heures du soir. Ces malades n’éprouvent aucun trouble, aucun malaise si léger qu’ils soient.

Dans 1 80/0 des cas, la température s’élève au-dessus de 37“,5, mais ne dépasse pas 38°,S ; cette poussée, généralement de courte durée, présente son maximum à 3 heures ou à 6 heures ; les malades ne se plaignent souvent de rien, pas même au moment

ACCIDENTS DE VARSÉNOBENZOL 127

de l’élévation thermique; quelques-uns ressentent un léger frisson, une céphalée passagère, parfois quelques nausées. Ces poussées fébriles s’observent surtout chez les malades qui ont des manifestations cutanées secondaires intenses. Chez un malade j’ai vu apparaître une éruption scarlatiniforme généralisée, chez un autre, une éruption urticarienne quelques minutes après l’injection.

Dans 2 0/0 des cas, la température s'est élevée notablement, a atteint 40», en même temps que les malades ont éprouvé des frissons, de la céphalée, des nausées plus intenses que dans les cas précédents, mais de courte durée.

Telles sont les réactions qu’on peut appeler normales après les injections concentrées de novarsénobenzol : elles n’ont pas d’importance réelle et la crainte de les voir survenir ne doit pas empêcher de recourir à la médication ; l’influence atténuante qu’a sur elles le traitement mercuriel antérieur doit faire, autant que possible, précéder les injections de novarsénobenzol d’un traitement mercuriel : je reviendrai sur ce point.

D’autres accidents peuvent cependant survenir à la suite de cette médication. Ils sont analogues à ceux qu’on observe avec les autres méthodes de traitement par l’arsénobenzol ou par le novarsénobenzol. Ce sont ces accidents qui ont tant effrayé certains médecins et ont compromis l’avenir de la cure arsenicale de la syphilis. Ces accidents sont beaucoup plus rares avec la méthode des injections concentrées qu’avec les autres méthodes. Il faut cependant jes exposer ici.

Les grands accidents de l’arsénobenzol et du novarsénobenzol

On ne peut isoler les accidents produits par le novarsénobeiizol de ceux produits par l’arsénobenzol ; bien que beaucoup moins fréquents avec le novarsénobenzol, ils sont de même ordre et peuvent être de même gravité; leur histoire se confond.

Les conditions de développement de ces accidents sont multiples, leurs modes pathogéniques complexes, encore discutés et pour beaucoup très incertains. Leur interprétation, leur fréquence a donné lieu à des discussions, parfois passionnées dans le détail

TRAITEMENT DE LA SYPIIILIS

desquelles je ne saurais entrer sans dépasser les limites de ce livre. Jeme contenterai de faire connaître très sommairement les plus importants d'entre eux.

Il faut tout d’abord remarquer que certains de ces accidents ne peuvent être mis sur le compte de la médication, mais sur celle de l’ignorance de ses contre-indications ; on ne saurait plus aujourd’hui ranger dans les accidents de la médication les conséquences graves que peut avoir son emploi et surtout son emploi à doses élevées, chez les sujets atteints de lésions graves du cœur, du foie, des reins, chez les cachectiques : il y a, dans ces états pathologiques, une contre-indication à l’administration de l’arsénobenzol.

De même, on ne peut reprocher à la méthode les effets funestes des injections faites avec de l’arsénobenzol altéré au contact de l'air ou avec des solutions préparées à l’avance et dont la toxicité résulte des transformations chimiques de l’arsénobenzol.

La réduction du volume de liquide injecté a permis de supprimer l’action nocive de l’eau et de ses altérations chimiques; la substitution du novarsénobenzol à l’arsénobenzol a supprimé les accidents produits par l’insuffisance de l’alcalinisation des solutions du produit initial.

Les incertitudes qui, au début de l’emploi de tout médicament nouveau, se produisent fatalement sur les doses à employer ont depuis longtemps cessé ; les doses excessives préconisées par quelques auteurs ont été la cause d’accidents qui ne se renouvellent plus avec les doses actuellement en usage.

Aussi le nombre des accidents graves, des morts surtout, tend-il à diminuer de plus en plus et est-il, surtout avec la méthode des injections concentrées, infiniment moindre que dans les premières années de l’emploi de l’arsénobenzol.

^ Les grands accidents produits par l’arsénobenzol et le novarsénobenzol portent surtout sur le système nerveux.

La forme la plus grave de ces accidents revêt le type de \encéphalite aiguë ; elle apparaît parfois après la première injection, plus souvent après la seconde, rarement après les suivantes ; elle débute en général dans les trois premiers jours qui suivent l’injection, rarement plus tard.

Elle se caractérise par une céphalée ordinairement violente, avec élévation persistante de température, congestion de la face,

ACCIDENTS DE L’ARSENOBENZOL

délire suivi ,de coma, crises épileptiformes répétées, vomissements et aboutit généralement à la mort dans l’espace de quelques heures.

A l’autopsie, on trouve une hyperémie intense de la plupart des organes et notamment des hémorhagies punctifomes dans îa substance cérébrale; en même temps, il existe fréquemment des lésions de néphrite aiguë.

C’est à ce type que se rapportent la grande majorité des cas de morts survenues à la suite de l’emploi de l’arsénobenzol et, bien moins souvent, du novarsénobenzol.

Cette forme ne s’observe pas seulement chez des sujets atteints de troul)les viscéraux, mais parfois chez des sujets bien portants, jeunes et vigoureux, chez lesquels rien ne pouvait ta faire prévoir et après l’emploi de doses modérées du médicament. Il faut cependant reconnaître et affirmer que les morts inexpliquées par l'arsénobenzol sont devenues l’exception.

L’encéphalite se produit plus souvent à la suite de la deuxième injection d’arsénobenzol qu’à la suite de la première. Son développement doit être spécialement redouté chez les sujets qui, à la suite de la première injection, ont présenté une réaction fébrile intense, de la congestion du visage, les phénomènes décrits par Milian sous le nom de crises nitritoïdes et surtout des éruptions cutanées, du type morbilliforme ou scarlatiniforme.

Il sera donc prudent, chez les sujets qui ont éprouvé des réactions de ce genre lors de la première injection, de suspendre le traitement ou au moins de n’employer que des doses modérées.

A côté de cette forme grave se placent une série de faits dont l’allure est moins tragique et qui ont été décrits sous le nom de neuro-récidives. Ces neuro-récidives consistent surtout en paralysies isolées ou associées des nerfs crâniens. '

Apparaissant quelques semaines après la fin du traitement, précédées, pendant un temps variant de quelques jours à quelques semaines, d’une céphalée d’intensité variable, diffuse ou prédominante du côté où siégera la paralysie, de douleurs dans la nuque, dans le dos ou dans les membres, ces paralysies atteignent, d’après une statistique de Bénario, le nerf auditif dans 44,5 0/0 des cas, le nerf optique dans 30,2 0/0, le moteur oculaire dans 7,4 0/0, le nerf facial dans 7 0/0.

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

L’atteinte du nerf auditif se traduit par des bourdonnements, des hallucinations auditives, une surdité uni ou bilatérale souvent totale, accompagnés ou non de vertiges légers et rarement de vomissements.

Les lésions du nerf optique aboutissent à la névrite optique, k la neuro-rétinite ou à la rétinite avec stase de la papille, souvent sans troubles fonctionnels très prononcés.

L’atteinte des nerfs moteurs oculaires et facial donne lieu à la paralysie des muscles correspondants.

Les lésions, uni ou bilatérales, portent souvent simultanément sur plusieurs nerfs crâniens, d’où la variété des syndromes cliniques, rendus parfois plus complexes par la coexistence de lésions des nerfs rachidiens ; paralysie à type de maladie de Landry', polynévrite, névralgies intercostales, etc.

La ponction lombaire permet de reconnaître une abondante lymphocytose du liquide céphalo-rachidien.

Les troubles fonctionnels s’amendent en général, au bout d’un temps variable ; les troubles auditifs peuvent cependant persister d’une façon définitive.

Ces différents accidents résultent de la compression des nerfs crâniens par une méningite basilaire, associée le plus souvent à une méningite rachidienne latente que révèle seule la ponction lombaire.

Ces faits ont été l’objet d’interprétations variées. Au début de l’emploi de l’arsénobenzol, leur fréquence les fit attribuer exclusivement à l’action toxique du médicament; on ne tarda pas à faire remarquer que des accidents de môme ordre et de même allure se montraient, avant l’usage de l'arsénobenzol, chez des syphilitiques, qu’ils étaient seulement moins fréquents alors; et d’autre part qu’ils ne s’observent que chez les syphilitiques et n’apparaissent jamais chez des sujets traités par l’arsénobenzol pour des affections indépendantes de la syphilis. Attribués à une action neurotropique de l’arsénobenzol, ils n’ont pas tardé à être rapportés à l’action de l’agent pathogène de la syphilis, d’où le nom de neuro-récidives qui leur a été donné ; cette dénomination est discutable puisqu’il ne s’agit pas de récidives d'accidents ayant existé auparavant, mais elle est entrée dans le langage courant. Il est à peu près unanimement reconnu aujourd’hui que.

ACCIDENTS DE L’ARSÉNOBENZOL i3i

si ces accidents sont de nature syphilitique, l’arsénobenzol n’est pas sans favoriser leur développement.

La syphilis provoque fréquemment, ainsi que l’a montré Ravaut, des lésions méningées qui restent latentes au point de vue clinique et ne se traduisent que par des modifications anatomiques du liquide céphalo-rachidien (lymphocytose, albumine) ; l’arsénobenzol leur donne un coup de fouet, les réchaulTe et de leur exacerbation résultent les phénomènes de neuro-récidive. Le neurotropisme de l’arsénobenzol, qui a été invoqué pour expliquer la production de ces accidents, n’existe, comme l’a montré Ravaut, que si le système nerveux est déjà envahi par le tréponème. On s’explique ainsi comment ces accidents s’observent surtout chez les syphilitiques traités tardivement par l’arsénobenzol, à une époque où le tréponème a déjà atteint le système nerveux et font défaut chez les syphilitiques soumis aux injections arsenicales, dès les premiers jours du chancre.

En associant le mercure à l’arsénobenzol et surtout en faisant précéder le traitement par l’arsénobenzol d’un traitement mercuriel on diminue la fréquence de ces accidents.

Les divers organes peuvent, sous l’influence de l’arsénobenzol, présenter des réactions plus ou moins vives.

Viciere s’observe parfois ; il semble favorisé par l’insuffisance rénale. Souvent il accompagne l’encéphalite à issue fatale; mais il peut aussi exister à l’état isolé. Il se présente sous des aspects très variables, depuis une forme précoce, rapidement curable, jusqu’à une forme mortelle avec symptôme d’ictère grave (cirrhose aiguë, atrophie jaune du foie). La pathogénie de l’ictère de l’arsénobenzol n’est pas élucidée d’une façon définitive.

U albuminurie paraît dans quelques cas être provoquée par l’arsénobenzol ; plus souvent une albuminurie ancienne peut s’exagérer ou reparaître ; elle peut persister et s’accompagner d’accidents urémiques ; elle cesse si on interrompt immédiatement le traitement arsenical.

Les troubles gastro-intestinaux, habituellement peu prononcés, atteignent parfois une certaine intensité ; vomissements répétés, diarrhée abondante.

Les troubles cardiaques, sauf dans les cas de lésion ancienne du cœur et surtout d’anévrysme de l’aorte qui constituent d’ailleurs une contre-indication à l’emploi du médicament, atteignent

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

rarement un degré accusé : ils se réduisent à des palpitations, ou au plus aux lipothymies qui font partie des crises nitritoïdes.

Les éruptions cutanées, du type érythémateux, rubéoliforme, ou plus souvent scarlatiniforme, peuvent survenir, à la suite des injections d’arsénobenzol, habituellement vers le deuxième jour ; elles traduisent une intoxication qui donne lieu rapidement à des accidents graves. On connaît quelques cas d’érythrodermie exfoliante généralisée consécutifs à l’emploi de l’arsénobenzol.

En résumé, des accidents multiples, graves, mortels môme, peuvent survenir à la suite des injections d’arsénobenzol et de novarsénobenzol. La pathogénie de certains de ces accidents semble établie ; elle relève, pour les accidents nerveux, de phénomènes comparables à la réaction de Herxlieimer, et ces accidents semblent dus à l’action des produits arsenicaux sur des tissus Habités ou déjà altérés par le spirochète. Pour d’autres, la pathogénie reste obscure et discutable.

Un fait est établi c’est que ces accidents sont moins fréquents et moins graves avec le novarsénobenzol qu’avec l’arsénobenzol et que la méthode des injections concentrées en réduit encore le nombre et la gravité.

II n’en reste pas moins vrai qu’ils peuvent exceptionnellement se produire à la suite d’injections faites très correctement et sans que rien les ait fait présager.

La crainte de ces accidents ne doit cependant pas, surtout chez les sujets jeunes, empêcher le médecin de recourir à la médication arsenicale : celle-ci met, en effet, le malade à l’abri des manifestations souvent plus graves, en tous cas plus fréquentes, de la syphilis.

Autres préparations arsenicales

Divers autres produits à base d’arsenic ont été proposés pour le traitement de la syphilis.

Je rappellerai que, avant la découverte d'Ehrlich, le benzosulfone-pai’a-aminophénylarsinate de soude, spécialisé sous le nom d’hectine, a eu quelque vogue : son activité, de beaucoup inférieure à celle de l’arsénobenzol et du novarsénobenzol, lui a fait préférer ces deux dernières substances. En médecine d’armée, il n’a aucune indication spéciale et ne peut remplacer le novarsé-

COMPOSÉS ARSENICAUX DIVERS i33

nobenzol. II en est de môme de sa combinaison avec le mercure spécialisée sous le nom d’hectargyre.

Mouneyrat a découvert un autre composé arsenical, le télraoxydiphosphaminodiarsenobenzène, qu’il a .désigné sous le numéro 1116, et qui a été spécialisé sous le nom de galyl. Ce corps se présente sous la forme d’une poudre jaune, sans saveur et sans odeur, insoluble dans l’eau et la plupart des dissolvants neutres. Projeté dans une solution étendue de carbonate de soude, il se dissout instantanément et donne une liqueur brune ou jaune brun. D’après ses promoteurs, le galyl est moins toxique que les arsénobenzols, ne produit pas de phénomènes congestifs et est bien toléré. Il doit, d’après eux, être employé chez l’homme à la dose totale de 1 gr. SO, répartie en trois injections, espacées de huit jours chacune.

Quelle que puisse être son activité et son innocuité, ce produit a, comme l’arsénobenzol primitif, le 606 d’Ehrlich, l’inconvénient de ne se dissoudre qu’en milieu alcalin. Si le dosage du carbonate de soude n’est pas absolument exact, ce qui semble présenter quelque difficulté, on obtient ou une solution imparfaite ou un liquide hyperalcalin irritant pour les parois veineuses, qui détermine, fréquemment et indépendamment de toute maladresse opératoire, des indurations veineuses douloureuses.

Pour ce motif, ce médicament ne me paraît pas utilisable en médecine d’armée, et je pense qu’il n’y a pas lieu d’insister sur lui. . ■

Plus récemment, Danysz a proposé pour le traitement de la syphilis un composé arsenical complexe, renfermant de l’antimoine et de l’argent, le sulfate de dioxydiaminoarsénobenzol siibico-argentique, désigné sous le numéro 102 et qui se trouve dans le commerce sous le nom de luargol.

Ce composé se présente sous la forme d’une poudre jaune orangé qui doit, comme les autres produits de la série des arsénobenzols, être conservée en tubes scellés dans le vide. Il est insoluble dans l’eau; dans les liqueurs alcalines diluées il donne, après agitation, une solution limpide, de coloration brun très foncé qui s’altère assez rapidement à la lumière vive, plus lentement à l’air dans l’obscurité. Cette solution doit être filtrée avant usage. La toxicité de ce produit paraît inférieure à celle de l’arsénobenzol, et son activité plus grande permet d’obtenir à doses

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

moindres des effets thérapeutiques comparables à ceux du novarsénobenzol. En raison de sa faible toxicité, il m’a paru très utile dans le traitement de la syphilis chez les sujets fatigués, surmenés et surtout chez les sujets âgés.

Le luargol présente les inconvénients de toutes les substances qui ne se dissolvent qu’en milieu alcalin : même entre les mains de médecins très habitués aux injections intraveineuses, même injecté avec précaution et lenteur, il produit parfois des altérations veineuses, distension de la veine au moment de l’injection, douleurs et induration ultérieure de la veine ; il ne peut donc être recommandé comme médication courante dans l’armée.

En résumé, les divers agents de la médication arsenicale peuvent donner dans le traitement de la syphilis, entre les mains de médecins expérimentés, connaissant bien leur méthode, des résultats satisfaisants ; des médecins qui ont une grande pratique d'une de ces substances peuvent la préférer aux autres ; mais, dans la médecine d’armée, avec la nécessité de traiter les malades à la fois activement, rapidement et avec le moindre risque possible d'accidents locaux et généraux, avec le matériel forcément restreint dont disposent les formations sanitaires, on ne peut vraiment, à mon avis, recommander que le novarsénobenzol comme moyen courant d’arsenisation des syphilitiques.

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