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TECHNIQUE DES INJECTIONS INTRA-VEINEUSES

Les injections intra-veineuses jouent, comme on l’a vu dans le chapitre précédent, un rôle capital dans les traitements modernes de la syphilis. Bien qu’elles ne constituent pas un mode thérapeutique exclusivement réservé à la syphilis et qu’elles soient aujourd’hui employées largement en thérapeutique, il me paraît nécessaire d’en exposer ici la technique avec quelques détails ; la description qui va suivre permettra, je crois, à tout médecin qui voudra ■ bien la suivre ponctuellement, de réussir les injections sans grande difficulté.

Rien ne vaut cependant, pour arriver vite à bien faire ces injections, la fréquentation d’un service où elles sont couramment pratiquées.

Instrumentation

Le matériel nécessaire pour les injections intra-veineuses est des plus simples. Tous les éléments se trouvent dans toute for-

TliAirEMENT DE EA SYPHILIS

raalion sanitaire et, condition particulièreinent favoi'ableau point de vue de leur remplacement, servent couramment au traitement des maladies les plus diverses, par suite se li’ouvent toujours eu stock dans les magasins.

Il comprend :

1" Une seringue tout en verre, de 1 ou 2 centimètres cubes de capacité pour tes injections de cyanure de mercure, de 2 centimètres cubes pour les injections concentrées de novarsénobenzol. A la rigueur, pour ces dernières on pourrait se servir de seringue de 1 centimètre cube quand on injecte 30 centigr. d’arsénobenzol et, pour les doses plus élevées, s'y reprendre à deux fois. Les serinées de o, 10, 20 centimètres cubes peuvent également servir à injecter 2 centimètres cubes de solution, mais elles nécessitent l’emploi d’un embout métallique intermédiaire qui peut se perdre, et, en raison de la largeur du piston,, exigent un effort de pression plus considérable; aussi est-il préférable de se servir d’une seringue de faible capacité.

2“ Une aiguille. Toute aiguille qui pique bien et qui n’a pas un calibre extérieur trop considérable est bonne, à condition que l’opérateur ait l’habitude de s’en servir.

-Autant que possible le biseau de l’aiguille doit être peu effilé, pour éviter un accident sur lequel je reviendrai plus loin; mais encore faut-il qu’il ne soit pas trop camus, parce que les aiguilles de cette forme piquent mal.

A toutes les aiguilles en platine et en nickel, je préfère de beaucoup les aiguilles en acier, qui piquent mieux; à condition de les bien entretenir, c’est-à-dire de les tenir graissées, elles ne s’oxydent pas et servent très longtemps ; de plus, elles s’affûtent facilement et ne coûtent pas cher. L’aiguille en platine ne présente aucun avantage, étant donné que, pour les injections intra-veineuses, elles doivent toujours être stérilisées à l’autoclave ou dans l’eau bouillante, la stérilisation par flambage pouvant provoquer dans le calibre de l’aiguille la formation de concrétions charbonneuses.

Quelques médecins ont proposé des dispositifs divers, tels que l’emploi d’une rallonge en caoutchouc, ou d’un embout de forme spéciale. Cl. Simon (i) a imaginé un embout coudé qui peut

(1) Clément Simon, Technique des injections intra-veineuses. Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, 10 juin 1916.

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lorsqu’on se sert d’une seringue de 10 centimètres cubes ou audessus, pour faciliter l’introduction de l’aig-uille dans la veine en permettant de la diriger presque parallèlement à la peau. Ges dispositifs ont l’inconvénient, lorsqu’on ri’a à injecter qu’une petite quantité de liquide (1 ou 2- centimètres cubes), d’augmenter les espaces morts, de rendre incertaine la quantité de médicament injecté; ils n’ont en somme aucun avantage réel au point de vue de la pratique de l’injection ; ils sont faciles per-

novarsénobenzol.

dre, certains difficiles à remplacer.etd’entretien plutôt compliqué :

3° Un tube de caoutchouc, destiné à servir de garrot ; il doit avoir environ 30 centimètres de longueur, être assez résistant pour ne pas se rompre sous une traction un peu forte. Son calibre peut être celui du tube dit bock à injection ;

4° Si le médecin opère seul ou avec un aide peu expérimenta, une pince à forcipressure pour fixer le tube au moment de la constriction du bras ;

4“ De Xouate hydrophile;

5» Un liquide antiseptique pour aseptiser la peau : je conseille l’alcool ou l’éther pour l’aseptiser avant l’injection, parce qu’ils n’ont pas de couleur et ne cachent pas la veine, et la teinture d’iode pour aseptiser après l’injection ;

TRAITEMENT RE LA ^YPIIJIK

6° Le produit à injecter.

En outre, s’il s’agit d’une injection de novarsénobenzol :

7° De Xeau distillée ou bouillie (voir p. 114), pour faire la solution extemporanément (1);

Et 8o Un petit récipient (capsule en porcelaine, cristallisoir ou autre) pour faire la solution, bien que l’ampoule même qui contient le produit puisse servir à préparer sa solution.

Bien entendu, seringue, aiguille et récipient destiné à préparer la solution de novarsénobenzol doivent être stérilisés soit à l’autoclave soit par ébullition prolongée dans l’eau pure. Dans les régions où l’eau est très calcaire, on doit, pour éviter la précipitation de carbonate de chaux sur et dans raiguille, ta seringuç et le récipient, se servir pour la stérilisation soit d’eau distillée, soit d’eau préalablement bouillie et dépouillée par repos et décantation du carbonate de chaux en excès.

Manuel opératoire

Le liquide à injecter étant préparé et aspiré dans la seringue, celle-ci armée de l’aiguille est placée sur une table à portée

(t) Le novarsénobenzol étant complètement soluble dans l’eau, il n'est pas nécessaire de filtrer la solution et les dispositifs, toujours coûteux et fragiles, qui ont été proposés pour la filtration, sont inutiles si on a soin de ne pas aspirer dans la seringue'les toutes dernières gouttes de la solution.

Lorsqu’on se sert d’eau bouillie, il faut en assurer la filtration sans risquer sa contamination Ravaut a proposé dans ce but un procédé très simple, qui consiste à appuyer l’extrémité delaseringue contre la paroi du récipient dans lequel l’eau a bouilli, en interposant un tampon d’ouate ayant également bouilli, et à aspirer lentement : l’ouate agit à la manière d’un filtre que le liquide est obligé de traverser pour pouvoir pénétrer dans ^la seringue.

On peut éncore immerger dans le récipient pendant l’ébullition de l’eau un tube en verre ouvert à son extrémité, par exemple le corps d’une seringue de gros calibre, au fond duquel on a soigneusement tassé un tampon d’ouate hydrophile ; l’eau traverse le filtre d’ouate avant de refluer parfaitement limpide dans la partie supérieure du tuhe ou on l’aspire avec l'aiguille.

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immédiate de l’opérateur ; elle repose sur une compresse stérilisée ou simplement sur le bord de la table de façon à éviter tout contact de l’aiguille avec un objet non stérilisé. La,table occupe de préférence la droite de l’opérateur.

Celui-ci fait placer en face de lui le malade, assis sur une chaise, ou s’assied à côté du lit, dans les cas exceptionnels ou le malade ne peut se tenir debout. Le bras du malade, découvert jusqu au milieu du biceps au moins, bien tendu, repose soit sur le genou de l’opérateur, soit sur le bord de la table, soit plus simplement et de préférence est maintenu par la main gauche de 1 operateur de ia façon qui sera décrite plus loin ; le lien de caoutchouc est placé au niveau de runion du 1/3 moyen et du 1/3 inferieur de l’avant-bras du malade, après avoir été soumis à une traction pour l’allonger avant d’entourer te bras. Si l’opérateur est seul, il arrête le lien au moyen de la pince à forcipressure en ayant soin de ne pas prendre la peau dans l’angle de jonction des deux bouts. Si on dispose d’un aide suffisamment intelligent, celui-ci est chargé d’appliquer le lien et doit le maintenir serre avec les doigts jusqu’à ce que l’aiguille soit introduite dans la veine.

En même temps, si les veines ne sont pas très volumineuses, on recommande au malade pour les faire saillir de serrer le poing ou mieux de faire une série de mouvements de flexion et d extension des doigts. L’opérateur ou un aide verse de 1 alcool ou de l’éther au niveau du pli du coude, ou frictionne la région de bas en hautavec un tampon d’ouate imbibé de l’un de ces liquides.

Il s'agit alors de choisir la veine dans laquelle se fera 1 injection ; toutes les veines du pli du coude, de la partie inferieure du bras et de la partie supérieure de l’avant-bras peuvent être utilisées. Chez la plupartdes hommes vigoureux, toutes sont également apparentes et également propres à l’injection ; chez les malades ayant déjà reçu des injections, il peut exister des indurations veineuses qui limitent l’étendue des vaisseaux utilisables. L’opérateiir cjioisira de préférence non parmi les veines les plus apparentes à la vue, les plus distendues, mais parmi es plus saillantes et les plus perceptibles au toucher. Chez les sujets dont les veines sont peu apparentes ou dont le développement du tissu adipeux sous-cutané rappelle celui des femmes, la palpation permet de se rendre nettement compte de la situation des cordons veineux et guide très sûrement 1 opérateur.

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L opérateur prend alors la seringue, armée de l’aiguille, de la main droite; il maintient le corps de pompe et l’extrémité du pis ton, au moyen du pouce placé au-dessus, l’index et les doigts suivants étant placés en-dessous et l’auriculaire demeurant libre pour prendre appui sur le bras du patient. De l’index de la main gauche, il répère la veine ; puis, la position et la direction de celle-ci étant exactement déterminées, il enserre le bras du malade de cette même main gauche et de la façon suivante : la paume et les quatre derniers doigts sont appliqués contre la face postérieure, tandis que le pouce, placé sur la face postérieure, étire la peau de haut en bas le long de la veine choisie, de façon à fixer cette dernière et à l’empêcher de sé dérober sous l’aiguille fVoir figure 2).

L’aiguille est présentée à la peaii son biseau tourné en haut, sous un angle très aigu, presque parallèlement à la surface du membre. L’opérateur l’introduit suivant la direction de la veine, ponctionnant la peau, puis enfonçant presque immédiatement pour pénétrer dans la veine ; dans ce deuxième temps, il est nécessaire de çéduire encore l’angle fait par l’aiguille avec la peau et de diriger l’aiguille presque parallèlement au tégument. (Voir figure 3).

La pénétration de l’aiguille dans la veine est signalée à la fois par une sensation de vide à son extrémité, sensation qu’on arrive très vite à percevoir, et par la pénétration de sang dans le corps de la seringue. Parfois, cependant, le sang ne reflue pas d emblée dans la seringue quoi qu’on ait bien la conviction que 1 aiguille est dans la veine; il suffit d’exercer sur le piston une légère traction avec la main gauche pour voir le sang affluer dans le corps de la seringue.

Si l’aiguille n’a pas du premier coup pénétré dans la veine, il faut la retirer légèrement et chercher de nouveau à l’y introduire. En cas d’insuccès, recommencer k ponctionner la peau en un autre point où la position de la veine paraisse plus favorable : mais avoir soin, si la piqûre de la peau donne issue à du sang, de faire la nouvelle tentative sur le membre de côté opposé.

Il arrive parfois que, lors de ces tentatives infructueuses, l’aiguille est bouchée par un petit caillotsanguin qui empêche le sang d’affluer dans la seringue; il est donc nécessaire, avant de cher-

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clier à nouveau à faire l’injection, de s’assurer de la perméabilité de l’aiguille en pressant sur le piston.

Lorsque l’opérateur est certain que l’aiguille a bien pénétré

Fig. 2. — Premier temps de l'injection. — Position des doigts de la main droite tenant la seringue. Position du pouce gauche maintenant la veine. La seringue est préseritée en la dirigeant suivant l’axe de la veine et presque parallèlement à la surface du membre.

dans la veine, il fait sauter la pince à forcipressure qui retient le lien constricteur ou commande à son aide de relâcher ce lien. Il n’a plus qu’à pousser dans la veine le contenu de la seringue ;

Fig. 3. — L'aiguille a été introduile dans la yeine en la tenant parallèlement à la peau. Le sang a reflué dans le corps de la seringue. Nouvelle position des doigts de la niain droite ; le pouce maintient l’extrémité de la seringue avant de pousser l’injection. Le pouce gauche n’est pas encore déplacé.

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

pour cela, il exerce une pression continue sur le piston soit au moyen du pouce droit, la seringue étant maintenue en place par l’index placé ait-dessus, les deux doigts suivants en-desssus, et l’auriculaire servant toujours de point d’appui (Voir figure 4) soit au moyen de la main gauche.

Au cours de ce derniér temps, il faut s’assurer que le liquide coule bien dans la veine et ne s’introduit pas soit dans sa paroi soit dans le tissu cellulaire péri-veineux. La pénétration du liquide dans les tissus provoque une douleur .immédiate tant avec le cyanure de mercure qu’avec le novarsénobenzol ; dès

Fio. 4. — Le lien constricteur a été enlevé. Le pouce droit pousse l’injection dans la veine. La main gauche soutient-l’avant bras.

que le malade éprouve une douleur autre que celle, très minime, de la piqûre de la peau, — laquelle se produit d’ailleurs au début et non au cours de l’injection elle-même,— il faut de suite arrêter l’opération, chercher à placer plus correctement l’aiguille uo mieux recommencer l’injection en un' autre point.

Un autre indice de la pénétration du liquide est fourni par la production, au siège de la piqûre, d’une boule d’œdème, d’abord très minime, mais rapidement volumineuse. L’opérateur ne doit donc pas perdre de vue la zone opératoire pendant tout le temps que dure l’injection : au moindre soulèvement de la région, il doit suspendre toute pression sur le piston.

Une résistance anormale du piston au doigt qui le pousse doit faire craindre le passage du liquide dans la paroi veineuse. Il faut, lorsqu’on l’éprouve, retirer légèrement le piston en arrière ; si

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l’aiguille est en bonne place, le sang reflue dans la seringue ; sinon, on doit immédiatement retirer l’aiguille.

Lorsqu’il s’est introduit uil peu d’air dans le corps de pompe, il est préférable avant que le piston soit arrivé à la fin de sa course, d'interrompre l'injection, quoique l’introduction de gaz dans led veines n’expose pas aux dangers qu’on a si longtemps redoutés. . . , .

Une fois l’injection terminée, il est bon de tirer le piston en arrière et d’aspirer quelques gouttes de sang, pour débarrasser l’extrémité de l’aiguille du liquide caustique qui, en s'essuyant sur la paroi veineuse ou dans le tissu cellulaire, pourrait provoquer une réaction inflammatoire.

Il reste alors à retirer l’aiguille, à passer sur la piqûre un tampon d’ouate imbibé d’alcool ou mieux de teinture d’iode.

Le malade, une fois l’injection terminée, peut vaquer à ses occupations, sauf après les injections de novarsénobenzol, à la suite desquelles il doit garder quelque repos.

Si la petite plaie donne issue à quelques gouttes de sang, on viendra facilement à bout de cette petite hémorrhagie en plaçant sur la piqûre un tampon d’ouate et en recommandant au malade de fléchir fortement le coude pendant quelques minutes.

Après l’injection, dn ne négligera jamais de nettoyer la seringue à l’eau froide et de faire passer à plusieurs reprises de l’eau froide dans l’aiguille pour y éviter le séjour et la coagulation du sang. Si on se sert d’une aiguille d’acier, on aura soin de la sécher par une série d’aspiration d’air et on poussera à l’intérieur une injection de vaseline, eu même temps qu’on la graissera extérieurement.

L'injection intra-veineuse, malgré les minuties de technique que je viens de décrire, est presque toujours une opération simple et facile, que tout médecin soigneux et très moyennement adroit peut réussir. Avec un entraînement qui s’acquiert en peu de jours, on arrive à l’exécuter très rapidement, aussi vite qu une banale injection sous-cutanée. Dans mon service d hôpital, avec un aide pour la compression du bras et un autre pour nettoyer les seringues et les aiguilles et les faire bouillir, mes élèves arrivent couramment à faire 60 jnjections à l’heure, y compris le temps nécessaire pour charger les seringues ; j’ai même vu des élèves faisant, sans un accident, jusqu’à 30 injections en un quart

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d’heure. Ce n’est doue pas, dans un service actif de vénéréologie, une complication réelle de traiter la généralité des malades par ce procédé, à la condition d’avoir des aides intelligents et soigneux, constituant une véritable équipe bien entraînée.

Il faut reconnaître.cependant que, chez certains sujets, l’injection intra-veineuse présente une certaine difficulté. Il en est rarement ainsi chez l’homme adulte et vigoureux, qui seul est en cause ici. Quelquefois cependant les veines du pli du coude, petites, plongées dans un tissu sous-cutané adipeux, sont difficiles à trouver même à la palpation. Si on ne parvient à en sentir nettement aucune dans cette région, il faut faire l’injection à l’avant-bras où il est rare de ne pas rencontrer à sa partie externe pne veine d’un calibre suffisant et assez apparente ; la position que le malade est obligé de prendre pour la présentera 1 opérateur est gênante pour l'un et pour l’autre, mais l’injection est possible. Ce n’est qu’en désespoir de cause qu’on se résoudra à pousser l’injection dans une veine des .membres inférieurs, au niveau desquels, en raison delà fréquence des varices, l’infection est plus facile et plus grave qu’aux inembres supérieurs.

Une difficulté peut résulter non pas de la petitesse, mais de la mobilité des veines, et gène parfois les débutants : la veine se dérobe et ne peut être perforée par l’aiguille. Pour y parer, le meilleur procédé consiste à maintenir la veine en place au moyen du pouce de la main gauche, comme je le recommande plus haut. On a proposé également, au lieu de piquer la veine à sa partie saillante, de l’aborder par le côté en introduisant l’aiguille dans la peau un peu en dehors du vaisseau et la poussant ensuite lentement vers la veine ; la limite de l’élasticité du vaisseau est vite atteinte, il cesse alors de fuir devant la pointe et se laisse perforer par l’aiguille; lorsque celle-ci a pénétré, la veine se détend et reprend sa place normale.

Accidents opératoires

Les seuls accidents opératoires qui puissent résulter d’une injection intra-veineuse sont l’introduction du liquide injecté dans la paroi veineuse et sa pénéti’ation dans le tissu cellulaire périveineux.

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La pénétration intra-pariétale peut s’observer lorsqu on emploie des aiguilles à bec très allongé. Il peut arriver que le bec soit à cheval sur la tunique interne de l'artère ; une partie de l’orifice de l’aiguille communique avec la cavité veineuse, de sorte que lorsque l’opérateur exerce une aspiration avec la seringue, le sang reflue dans le corps de celle-ci : l’opérateur juge ainsi qn’d est bien dans le conduit veineux ; mais le reste de l’orifice de l’ai- "■uüle déverse le liquide de l’injection dans la paroi vasculaire elle-même. 11 en résulte une douleur immédiate assez vive et, après l'injection. une réaction inflammatoire avec induration veineuse douloureuse, laquelle persiste pendant quelques semaines et peut entraver la continuation du traitement.

La pénétration du liquide dans le tissu cellulaire périveineux peut se faire soit sur le côté de la veine ou en avant d’elle, soit en arrière, lorsque l’aiguille, introduite brusquement et sous un angle trop ouvert, a traversé la veine de part en part. Celte pénétration, ainsi que je l’ai dit plus haut, peut être évitée ou arrêtée de suite si on a soin de surveiller attentivement la zone de l’injection et si on recommande au malade de signaler Immédiatement toute douleur anormale. Elle détermine, avec le cyanure de mercure et avec le novarsénobenzol, substances très irritantes, des douleurs violentes, la production d un nodule inflammatoire plus ou moins étendu, souvent d’une eschare qui peut atteindre la dimension d’une pièce de 1 franc, se détache lentement, laisse une perte de substance et ultérieurement une cicatrice adhérente. ., • . •

Lorsqu’on s’aperçoit de cet accident, on peut réduire Ires notablement l’intensité de l’inflammation et les dimensions de l’eschare consécutive en pratiquant immédiatement la malaxation de la région, de façon à faire refluer par le trajet de l’aiguille la plus grande quantité possible du liquide nocif. En outre, on fera appliquer de suite des compresses imbibées d’eau fraîche qui seront renouvelées fréquemment.

Il n’est pas rare, même après une injection correctement faite, de voir se produire une ecchymose sous-cutanée, due à l’issue du sang par le trajet de l’aiguille et à son infiltration dans le tissu cellulaire : c’est un incident sans importance.

Quelques malades accusent, au moment de la piqûre de la peau, une douleur vive qui persiste pendant quelques minutes avecirra-

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

diation vers l’avant-bras ; il semble qu’un filet nerveux ait été intéressé par l’aiguille ; cette douleur ne persiste jamais longtemps.

En somme, sauf les eschares qui peuvent être presqu’à coup sûr évitées par une technique soignée, il ne se produit jamais d’accidents de quelque importance à la suite des injections intraveineuses. Je ne connais aucun cas d’embolie consécutive même lorsqu’il s’est développé des indurations veineuses.

Précautions à prendre à la suite des injections intra-veineuses de cyanure de mercure

Le mercure, injecté dans les veines sous forme de cyanure, est très rapidement absorbé, beaucoup plus rapidement q’avec tout autre mode de mercurialisation ; c’est là un des avantages de la méthode, mais il en résulte la possibilité d’un accident qu’il faut connaître et savoir prévenir, la colite mercurielle.

Certains sujets, la plupart ayant été atteints antérieurement de troubles digestifs, sont, quelques heures, parfois même moins d’une heure après une injection intra-veineuse de cyanure de mercure, pris subitement de douleurs vives au niveau des colons, d’épreintes rectales violentes, d’une diarrhée plus ou moins abondante, avec selles sanguinolentes d’abord, puis sanglantes. Ces symptômes peuvent durer pendant un, deux ou trois jours et, en raison de l’abondance des pertes sanguines, produire une anémie marquée. Le traitement consiste dans l’emploi à l’intérieur de l’opium à doses suffisantes, dans l’administration de lavements émollients et dans l’application sur l’abdomen d’ouate laudanisée ou de larges cataplasmes de farine de lin laudanisés.

D’ailleurs, ces accidents peuvent être prévenus d’une façon presque certaine si on a soin de faire absorber, au moment même de l’injection, ainsi que j’en ai établi la règle dans mon service d’hôpital, une pilule d’opium de deux ou de cinq centigrammes.

Il est à remarquer que ces accidents se produisent presque exclusivement à la suite de la première ou de la seconde injection de cyanure. Aussi ai^je pour règle, chez les sujets qui me

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paraissent prédisposés aux troubles intestinaux et chez les sujets Lés ou fatigués, de bâter la susceptibilité en faisant la première injection de cyanure à la dose de un demi-centigrarame ou même d’un quart de centigramme et d’augmenter progressive-

Lors^uTmalade a eu, à la suite d’une première injection de cyanure, une crise de colite, on peut reprendre ultérieurement le traitement par cette méthode, à la condition d attendre quel- Gues iours et de débuter par des doses faibles de cyanure.

Chez les albuminuriques, il faut également employer avec circonspection les injections de cyanure de mercure. Certains d’entre eux présentent à la suite des injections une recrudescence de leur albuminurie, résultant de la brutalité et de la soudaineté de la décharge mercurielle par les reins; chez ces malades la médication ne doit pas être continuée. Chez d autres, on ne constate aucun effet fâcheux, mais les urines et le régime

doivent être l’objet d’une surveillance constante. , ^

Comme avec tous les traitements mercuriels, les dents et tes gencives doivent être examinées avant de commencer les injections de cyanure de mercure, et surveillées pendant le cours du traitement. D’ailleurs ia stomatite est en raison de l élimination rapide du milieu, rare chez les malades traités par cette méthode-

Néanmoins, ne serait-ce que par précaution et pour habituer les malades à prendre pendant les cures mercurielles ultérieures les soins nécessaires de leur bouche et de leurs dents, on doit leur prescrire de faire deux fois par jour un lavage de la bouche avec du savon de Marseille ou avec une poudre dentifrice ren fermant une proportion suffisante de savon.

Précautions à prendre à la suite des injections intra-veineuses de novarsénobenzol

Les suites des injections d’arsénobenzol sont, je l'ai montre plus haut, habituellement simples. Surtout avec la méthode des injections concentrées, elles se réduisent presque toujours, lorsqu’il s’en produit, à une élévation de température passagère, dont le malade n’a même pas toujours la notion.

TRAITEMENT DE LA HYPUILIS

Mais, pour qu’il en soit ainsi, il est nécessaire que le malade n’ait mpgé que très légèrement et trois heures au*moins avant l’injection et qu’il garde, après l’injection, le repos et la diète.

Pour les malades hospitalisés, le repos au Ht, immédiatement après l’injection et pendant toute la journée, est la règle.

Lorsque les malades ne viennent à l’hôpital que pour l’injection, ils doivent aussitôt après rentrer chez eux, à pied s’ils demeurent dans le voisinage immédiat, sinon en voiture, et sè mettre au litpour la journée. Le lendemain ils peuvent reprendre leur travail habituel.

Pendant la journée qui suit l’injection, les malades doivent demeurer à la diète à peu près absolue ; de l’eau, des boissons, sont seules permises ; tout au plus peuvent-ils prendre un potage ou un oèuf, cinq heures au moins après l’injection.

J ai vu des malades pris de frissons, de fièvre intense, de sueurs abondantes, de vomissements répétés après avoir enfreint ces prescriptions et absorbé un repas même peu copieux.

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