‹ La syphilis et l'arméeChapitre 23 sur 54 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

PROPHYLAXIE

Plus que pour toute autre maladie contagieuse pouvant atteindre ' l’armée, et de par les conditions de sa transmission, la prophylaxie de la syphilis intéresse non seiileinent l'armée mais encore la population civile : le danger social qu’elle constitue, 'et contre lequel toutes les initiatives compétentes et autorisées doivent se liguer, ne peut être combattu que par une série de mesures dont la prescription et l’application sont du ressort à la fois des autorités militaires et des autorités civiles et supposent l’entente constante, la liaison permanente des unes et des autres.

Ces mesures, de valeur inégale, de portée variable aussi, doivent toutes être mises en œuvre avec vigilance, énergie et persévérance si on veut en obtenir des effets satisfaisants.

Elles concernent à la fois les hommes atteints de syphilis, les hommes qui n’en sont pas atteints, les femmes qui sont susceptibles de prendre ou de transmettre la syphilis.

Pour mettre quelque ordre dans leur exposé, il es| nécessaire de les grouper en deux grandes catégories :

1“ Mesures tendant à empêcher les hommes malades de trans-. mettre la syphilis ;

2» Mesures tendant à empêcher les hommes sains de contracter la syphilis.

MESURES TENDANT A EMPÊCHER LES HOMMES MALADES DE TRANSMETTRE LA SYPHILIS

Ces mesures sont toutes du ressort de l’autorité militaire : elles peuvent être et sont prescrites par de simples règlements ou circu-

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laires émanant des chefs compétents et sont d’application facile.

La plupart de ces mesures sont déjà en vigueur en temps de paix ; l’augmentation de fréquence de la syphilis du fait de la guerre doit rendre leur exécution encore plus rigoureuse : les circulaires du sous-secj-étaire d’Etat du service de santé militaire en date des 5 janvier et 2o septembre 1916 l’ont prescrit de façon formelle.

La mise en œuvre de ces mesures dépend, en réalité, moins du commandement que du médecin auquel il appartient d’assurer et de surveiller leur exécution dans chaque cas particuliei’.

Eviction des syphilitiques porteurs d’accidents contagieux.

La syphilis se transmet exclusivement par contact direct du produit de sécrétion d’une de ses lésions. Elle ne peut donc se iransmetti-e que par les lésions syphilitiques ouvertes et seulement à ses premières périodes, les lésions ulcéreuses tardives n étant pas ou n’étant que tout à fait exceptionnellement contagieuses (1).

D’autre part, ces lésions ouvertes se cicatrisent, soit spontanément (pour le chancre infectant), soit sous l’influence du traitement en un temps relativement court; à propos du traitement, j’ai montré que la cicatrisation d’un chancre, ou de plaques muqueuses, soumis aux médications énergiques de l’heure actuelle, est l’affaire de 13 à 20 jours au maximum.

Donc, pour mettre un syphilitique hors d’état de nuire, il est nécessaire et à peu près sûrement suffisant de l’isoler pendant 15 à 20 jours toutes les fois qu’il présente des accidents ulcéreux, qu il s agisse de chancre infectant, de plaques muqueuses des organes génitaux, de l’anus, de la bouche ou du pharynx.

Ces accidents attirent en général assez l’attention du malade pour que celui-ci se présente à la visite médicale.

11 s’en faut cependant que tous les syphilitiques se soumettent

(1) La transmission par le sang existe bien, mais elle est assez rare pour qu il n’y ait pas lieu d’en tenir compte dans la pratique prophylactique.

EVICTION DES SYPHILITIQUES i65.

à l’examen du médecin de leur corps : beaucoup u’attaclieiit nas d’imporlance à un bobo peu étendu, non douloureux, n’eniraînant aucune gêne, n'en soupçonnent ni la nature ni te danger, surtout s’il s’agit d’un chancre nain ou d’une unique plaque muqueuse; d’autres ont peur d’être hospitalisés ou privés de permission s’ils se plaignent d’une lésion des organes génitaux, quelques-uns redoutent le traitement, ou craignent la divulgation de leur maladie.

Bref, quelles que soient les recommandations des médecins et leur bonne volonté, beaucoup de syphilitiques échapperaient à ! leur examen et resteraient dans les corps de troupes si le médecin n’avait le droit et le devoir de chercher à les dépister.

Visite sanitaire. — Des prescriptions réglementaires assurent, même dans le temps de paix, la surveillance des hommes, leur visite sanitaire au point de vue spécial de la recherche des maladies vénériennes : visite à l’incorporation, visites périodiques, visite des permissionnaires au départ et au retour.

Ces visites comportent l’examen des organes génitaux, de l’anus et de la cavité buccale. Pour être vraiment efficaces et permettre de découvrir sinon la totalité des sypliilitiques, du moins le plus grand nombre d’entre eux, elles demandent de la part du médecin une attention soutenue, une connaissance réelle des accidents syphilitiques de la peau des muqueuses.

Elles supposent deux conditions àuxquelles il n’est pas toujours possible de satisfaire :

1“ Un temps suffisant réservé à l’examen de chaque homme, ce qui n’est guère possible dans nombre de circonstances, spécialement au départ et au retour des permissions générales.

2» Un éclairage et une instrumentation suffisants pour pouvoir effectivement examiner les malades. La salle d infirmerie, le hangar du cantonnement sont loin de lournir toujours une lumière môme pdssable. Quanta l’instrumentation, elle est presque toujours rudimentaire et le médecin doit faire des prodiges d’adresse pour voir les diverses parties de la cavité buccale.

Est-il besoin de rappeler que les visites doivent porter sur tous les hommes qui y sont astreints : le contrôle des commandants de compagnie et la surveillance par des sous-officiers sont indispensables pour amener à la visite certains hommes qui, se

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sachant syphilitiques, cherchent par tous les moyens à l’éviter.

La prescription du temps de paix qui dispense de la visite sanitaire tes sous-officiers n’est pas de mise en temps de guerre et devrait être abolie : les conditions de vie commune au cantonnement, non moins que celles du recrutement des sous-officiers, qui sont souvent plus jeunes que leurs hommes, et surtout la grande fréquence de la syphilis, l’exigent.

Il semble difficile, et il serait cependant légitime, d’astreindre les officiers à la visite sanitaire : il appartient aux médecins des régiments d’user de leur influence sur les officiers pour qu’ils les consultent à la moindre manifestation suspecte.

La circulaire ministérielle du 7 avril 1912 prescrivait des visites sanitaires mensuelles. Cette périodicité est insuffisante. C’est à Juste titre que la circulaire du 25 septembre 1916 prescrit de les faire 2 fois par mois. Pour être vraiment efficaces, elles doivent être faites à l’improviste.

Les règlements prescrivent la visite médicale de tous les hommes partant en permission et l’interdiction de la mise en route de tout militaire porteur de manifestations contagieuses, une visite analogue de tous les permissionnaires au retour. Je doute que cette dernière prescription, tout à fait rationnelle, soit souvent appliquée.

Les visites se font dans les corps de troupe^ les dépôts et la plupart des services d’une façon à peu près régulière et on ne saurait trop insister auprès des médecins pour qu’elles soient toujours faites. Il est à tous égards indispensable quelles se fassent également dans les usines de guerre et portent sur tous les ouvriers mobilisés, français ou appartenant aux contingents coloniaux, qui y travaillent. Ceux-ci sont astreints aux obligations militaires ; ils ont plus d’occasions et de facilités que les soldats du front pour contracter et disséminer la syphilis ■etn en négligent guère ; ils en sont d’ailleurs, très fréquemment atteints, et dans des proportions qui dépassent sans aucun doute celles observées chez les soldats du front. Ils devraient donc être astreints à une surveillance sanitaire au moins aussi attentive et aussi rigoureuse que ces derniers. Il serait facile d’arriver à une entente entre les médecins et les directeurs des usines pour que la visite se fasse à des heures où elle n’entrave pas le travail.

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