‹ La syphilis et l'arméeChapitre 7 sur 54 · V. ■— Contagion par actes · texte numérisé non relu

V. ■— Contagion par actes

de pédérastie ....

1 au corps

1 à l’hôpital

Carie (1) a rapporté une statistique résumant les modes de

(1) Cable. Trois mois de fonctionnement d’un service dermatologique et de vénéréologie dans une ambulance d’armée. Etude statistique et critique. Archives de Médecine et de Pharmacie militaires, juin 1916, p. 86 S.

Cable. La prophylaxie des maladies vénériennes aux armées.

ORIGINE DES CONTAGIONS

conlamhiation de 291 hommes observés dans le centre vénéréologique, d’une armée.

Ces deux statistiques sont particulièrement intéressantes parce qu’elles ont trait toutes deux à des contaminations provenant tant de la zone des armées que de l’intérieur et permettent de comparer les modes de dissémination de la syphilis dans ces deux milieux si différents.

La statistique ci-contre, dressée par Mme Govaerts avec une scrupuleuse exactitude, a trait à 165 hommes syphilitiques observés dans mon service de l’hôpital Saint-Louis du 15 février au 15 août 1916, chez lesquels il a été possible de déterminer l’origine de la contamination.

Elle porte à la fois sur des militaires et des civils ; j’ai cru devoir les réunü’ dans un même tableau', afin de montrer que, à l’intérieur, c’est à la prostitution que sont dues le plus grand nombre des contaminations syphilitiques, aussi bien chez les civils que chez les militaires.

Mesures prises, mesures à prendre. Rapport a la Réunion des chefs de centres dermato-vénéréologiqûes, le 13 juillet 1916, Annales des maladies vénériennes, septembre, p.536.

Sources de contaminations de la syphilis sur 165 malades observés dans mon service (15 février-15 août 1916).

Catégories de malade

1 Professionnelles |

1 Femmes rencontrées 1

dans des restaurants |

ou bétels 1

Le conta-

pu ou pas

donner de renseignements très pro cont. par pr

s Le conta-

ports extra conjugau.x

bablement

■ofessionnelles

Femmes mariées |

Femme légitime ou

maîtresse avec laquelle

le contaminé vit

depuis longtemps

Militaires

1 (f. légit.)

Ouvriers mobilisés

1 (maltr.)

Réformés 3

3 (maltr.)

Jeunes gens non appelés ; ajournés ; civils.

1 16 à 20 ans 2

3 de 20 ans

20 à 50 ans 4S La moitié est de nationalité étrangère.

1 (f. légit.)

1 (maltr.)

50 à 73 ans 10 7deSOà60ans

Totaux

ORIGINE DES CONTAGIONS i5

Il est intéressant de déterminer l’origine des contagions syphilitiques séparément dans les différentes catégories de militaires : soldats du front, soldats des dépôts et des services sédentaires, ouvriers mobilisés dans les usines.

Les hommes servant sur te front peuvent être contaminés soit . dans la zone des armées, soit dans la zone de l’intérieur ; les statistiques permettent d’établir qu’ils le sont beaucoup plus souvent dans la zone de l’intérieur que dans la zone des armées.

Jolivet,dont l’enquête a porté pour 100 cas de maladies vénériennes observées dans un hôpital de contagieux voisin du front, donné le tableau suivant :

Hommes' contaminés dans la 2

armées (240/0).

Hommes contanii- t nés dans la zone de < l’intérieur (76 0/0). ( ^

Carie, sur 291 hommes observés dans le centre vénéréologique d’une armée (voir le tableau de la page 14) en compte 178, soit 61 0/0, contaminés dans la zone de l’intérieur ; dans une série de 238 cas observés plus récemment, il compte 170 contagions venant de la zone de l’intérieur, soit 71 0/0.

En additionnant ces trois statistiques on trouve pour 629 cas de maladies vénériennes 524 contagions dans la zone de l’intérieur, soit 73,6 0/0.

Tzanck m’a communiqué la statistique suivante, recueillie dans un centi’e vénéréologique des armées, qui met encore plus en évidence le rôle des prostituées dans les contaminations syphilitiques à l’arrière.

Prostituées libres .

Femmes de maisons Femmes de service Femmes mariées . Femmes légitimes.

Total.

Syphilis contractées

Les soldats du front contractent donc le. plus souvent les maladies vénériennes à l’intérieur, soit dans les dépôts, avant de rejoindre le front, soit lors des permissions.

permissionnaires ont des occasions variées de prendre les maladies vénériennes : depuis le moment où ils quittent leur unité, ils traversent les villes de la zone des étapes où la svphilis fait fureur Ils s'arrêtent à des gares de bifurcation ou de transit, souvent à Paris, où le voisinage des gares pullule de femmes de toutes sortes. Jolivet, sur 100 malades, ne cite pas moins de 6 cas

de syphilis et 4 de blennorrhagie) contractés avec des femmes rencontrées au voisinage des gares des villes où les hommes n avaient fait que passer. Je tiens d^une source autorisée que des hommes ont été contaminés dans le train même qui les menait en permission ou les en ramenaitpar des femmes qui font la navette dans les trains et parviennent à se soustraire à la surveillance.

Au lieu de destination, les sources de contagion sont variées • lenimes de brasserie, bonnes de café, blanchisseuses, ouvrières se livrant à la prostitution clandestine; mais aussi la maîtresse quittée ù la mobilisation et qui a pris un ou plusieurs amis Les mobilises des classes les plus anciennes ont parfois incriminé leurs femmes : les médecins du front ne peuvent vérifier 1 exactitude des assertions de leurs hommes et, malgré le nombre de ceux qui allèguent la contamination par les rapports conjugaux (16 dans la statistique de Jolivet, H dans celle de Carie), peuvent conserver quelque doute : les faits, observés à l’intérieur, de lemmes contaminées en l’absence de leur mari, redoutant de les infecter lorsqu’ils viennent en permission, parfois même la possibilité, à une permission ultérieure, d’examiner le mari et de faire une enquête précise sur l’évolution des deux syphilis ne laissent aucun doute sur la réalité et sur le nombre relativement considérable des contagions de cette origine ; jeu ai pour ma part observé plus de 40 absolument authentiques.

Dans la zone des armées, les contaminations proviennent surtout des femmes que leur profession met en contact avec le.s soldats : tenancières de café, filles d’estaminet, blanchisseuses auxquelles les hommes remettent leur linge en rentrant au cantonnement, couturières auxquelles ils donnent leurs vêtements a raccommoder, mais aussi des filles de ferme rencontrées près du cantonnement, ou trouvées en plein champ, derrière une meule.

ORIGINE DES CONTAGIONS

souvent (31 fois sur 113 contaminations de la zone des armées dans la statistique de Carie) des femmes mariées, bourgeoises ou fermières; ces dernières sont presque aussi souvent que les professionnelles, inscrites ou clandestines, libres ou en maisons, en cause dans la même statistique (35 professionnelles contre 32 femmes mariées).

En somme, dans la zone des armées, les maladies vénériennes sont transmises plus souvent par des femmes qui ne sont pas des professionnelles de la prostitution que par les prostituées, officielles ou clandestines, vivant exclusivement de leur corps et si, des contaminations de la zone des armées on distrayait celles qui se sont faites dans les grandes villes, dans la zone des étapes, on réduirait encore très notablement le rôle effectif de la prostitution vraie dans la dissémination de la syphilis et des maladies vénériennes au voisinage immédiat du front.

On remarquera dans le tableau publié par Carie combien est suggestive la comparaison des contaminations vénériennes par les professionnelles suivant que les contaminations se sont produites dans la zone des armées ou à l’intérieur : à l’intérieur, elles donnent H4 contaminations sur 178, soit 64 0/0, et dans la zone des armées 33 sur 113, soit 31 0/0, ou moitié moins.

Il y a donc autour des combattants dans les femmes, même les plus innocentes en apparence, un danger dont on ne saurait trop faire ressortir l’importance et il n’y a pas grande exagération à penser, comme je l’ai entendu dire par quelques médecins de régiments, que toute femme séjournant dans la zone des opérations doit être surveillée, que nulle situation sociale ne peut à priori mettre à l’abri de la suspicion de syphilis. Au fur et à mesure que la guerre se prolonge, les occasions pour ces femmes de contracter la syphilis se multiplient, et par suite les dangers qu’elles font courir aux troupes.

La syphilis est très inégalement répartie dans les divers corps de troupe, et je pourrais citer tel ou tel régiment dans lequel le nombre des hommes syphilitiques est infime, quoique et peutêtre parce que les visites sanitaires y sont faites très régulièrement et très soigneusement, D’autres, au contraire, ont une morbidité syphilitique élevée. Ces inégalités sont, pour une grande part, fonction de l’état sanitaire des femmes avec lesquelles les hommes peuvent avoir des rapports : il suffit, en

i8 LA SYPHILIS ET L’ARMÉE

raison du petit nombre des femmes demeurées dans la zone voisine du front, que quelques-unes d’entre elles soient atteintes de syphilis, pour que les contaminations se multiplient avec une rapidité extrême. L’égalité entre les divers corps de troupes sous ce rapport tend à se rétablir par le mouvement des permissionnaires.

Dans la zone des étapes, contrairement à ce qui se passe dans la zone des opérations, les contaminations ont surtout pour origine les femmes qui vivent de la prostitution, et qui pullulent dans les grandes villes (1), à la recherche des militaires tenant garnison dans ces villes, de ceux que leur service y appelle ou qu’une permission amène aies traverser. Il n’est plus, depuis longtemps, une de ces grandes villes, où la syphilis ne fasse des progrès incessants : les statistiques font défaut sur 1 état sanitaire de ces villes, mais les déclarations des médecins civils et militaires, l’afflux de femmes syphilitiques dans les hôpitaux le prouvent surabondamment et'c’est dans ces villes qu’il y aurait lieu d’exercer la surveillance la plus active de la prostitution officielle et clandestine.

Les chances de contamination dans la zone des étapes expliquent pourquoi la syphilis est d’une extrême fréquence parmi les hommes qui y séjournent ou y ont facilement accès : tels sont le personnel des camps d’aviation, les automobilistes, les secrétaires d’état-major, chez lesquels les médecins ont remarqué la proportion élevée de syphilitiques.

Dans les dépôts et les services sédentaires, les origines des contaminations sont analogues à celles que j’ai notées à propos des permissionnaires. Ce sont, comme en temps de paix, mais à un plus haut degré encore, les prostituées de tous ordres : la statistique de mon service montre que, sur .31 militaires syphilitiques, 20 ont été contaminés par des professionnelles avérées,

3 autres très probablement aussi par des professionnelles. Dans ces 20 contaminations, il s’agissait toujours de racolage, surtout autour des gares à Paris, ou au voisinage des dépôts. On arrive

(1) L. Spillmann (De l'augmentation de la morbidité syphilitique parmi les troupes en campagne. Comptes rendus de la Société de médecine de Nancy, 22 décembre 191S) a noté l’augmentation du nombre des prostituées à Nancy. Elle m’est signalée dans toutes les grandes villes voisines du front.

ORIGINE DES CONTAGIONS

donc à une proportion de 64 et peut-être 74 0/0 infections par des prostituées. En comparant, dans la même statistique, le chiffre global (civils et militaires réunis) des cas observés (165) à celui des contaminations provenant des professionnelles (lequel s’élève sûrement à 99 et probablement à 122) on arrive à un pourcentage analogue, à savoir 60 et probablement 73 0/0 de contaminations par des professionnelles.

C’est sur la voie publique, au voisinage des gares à Paris, des agglomérations militaires, des dépôts, des concerts, des cinémas, etc., que se font les rencontres.

Pour les ouvriers mobilisés dans les usines de guerre, la source habituelle de contagion syphilitique est encore la prostituée, au moins à Paris. Dans les villes de province, elle est plutôt à l’atelier : la promiscuité des sexes, que les nécessités du travail et surtout de la surveillance du travail (les femmes étant surveillées par des contre-maîtres) ont imposée, rend facile les liaisons plus ou moins durables et les contaminations s’en suivent. Il est à noter que, parmi les ouvrières des usines de guerre, se sont enrôlées un certain nombre de prostituées d’avant la guerre, dont la clientèle a été réduite par la mobilisation : on a constaté, dans une grande ville de province, que la plupart des femmes eu carte étaient occupées dans une usine de munitions où leur salaire s’ajoutait au bénéfice, restreint par la guerre, de la prostitution à laquelle elles continuaient de se livrer avec leurs camarades d’atelier.

Les contaminations non vénériennes se produisent dans l’armée : la promiscuité des tranchées et des cantonnements, l’échange trop commun des bidons, des « quarts », des fourchettes, des pipes, etc., l’expliquent suffisamment. Les coupures par le rasoir des barbiers improvisés et souvent mal outillés peuvent également produire des infections syphilitiques.

.En tait, malgré l’insuffisance des précautions prises, ces contaminations semblent rares dans l’armée.

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