FINIS LIBRI PRIMI
Des Génois cependant Louis douze vainqueur Ravageait l'Italie , et la frappait au cœur; Et Maximilien d'une chaîne nouvelle Étreignait le Frioul et Venise rebelle.
Le Latium , couvert de tombeaux et de deuil, De l'abîme éternel semblait toucher le seuil.
Synonimie : Las bubas , morbus puslularum ( les Espagnols) ; lo maie de le tavelle ( les Génois)'; il maie délie bolle (les Toscans) ; lo maie de le brossule ( les Lombards); tous mots qui signifient pustules. —Dans Jean de Vigo , Pract. liv. v. cap. i.
Mal de Saint-Mévius (les Allemands) ; de Saint-Sement (les habitants de Valence, les Catalans , les Aragonais) ; mal de Saint-Job., de Saint-Evagre, de Saint-Roch (Ulrich de Hutten) ; de Sainte-Reine (Jean le Maire) , etc. de différents noms de saints sur l'assistance desquels les malades fondaient leur guérison.
Maie francese (les Napolitains) ; mal de Naples , gorrhe , grosse gorrhe, etc. (les Français) ; franzosen ou frantzosischen pocken (les Allemands) ; french pox , mal deBordeaux ( les Anglais); spanse pocken(lesHollandais); mal espagnol (les Africains, les Maures); mal castillan (les Portugais) ; mal des Portugais ( les Indiens orientaux , les Japonais ) ; mal des Français ou des chrétiens (les Turcs et les peuples des côtes de la Méditerranée); mal des Turcs (les Persans) ; mal des Allemands (les Polonais) ; mal des Polonais (les Moscovites). D'après Beverovicius, Jean Léon , Rodrigue Diaz de Isla , Léonard Fioraventi , Jean Godefroi Hahn , etc.
Pudendagra (Gaspard Torella); Mentulagra ( Joseph Grundpeck) ; Mentagra (Wendelin Hock) ;Patursa(J. A. Roverel) , que Gabriel Fallope croit être le nom propre de la maladie dans les Indes , ou qui serait formé , suivant l'ingénieuse mais très-invraisemblable supposition de Jean Almenar, des trois premières syllabes des trois mots , passion turpis 9 saturnina.
Maladie Vénérienne (Astruc) ; maladies secrètes : ainsi la nomment , sans doute par antonymie , tous les charlatans que l'on voit chaque jour salir de leurs menteuses affiches les murs de nos cités.
Syphilis est le nom que Fracastor a créé pour cette maladie dans son admirable poème , et ce nom lui est resté. L'auteur suppose , dans un épisode du troisième livre , qu'un berger impie , Syphilus , fut le premier atteint de ce mal inventé par le courroux des dieux. Mais comment a-t-il formé les noms Syphilus , Syphilis ? 11 ne l'indique pas dans ses œuvres ; il se borne à dire : Nos-, Syphilidem in nostris lusibus appellavimus.
Swediaur a proposé l'étymologie suivante : Le nom de Syphilis me paraît , dit-il , dérivé des mots cuc , porcus , et cp'Aia , amor ; comme qui dirait amor porcinus. (M. Ricord l'adopte). Rejes, Fallope , Castel le faisaient dériver de ouvavec, et de yCkiau, amour, c'est-à-dire, compagne de l'amour. C'est à l'avis de ces derniers que je me range, et le motif qui m'y détermine , le voici : à chaque page de son poème, Fracastor parle de la contagion inhérente à cette maladie, mais dans aucun passage 3 il ne dit comment elle s'opère. JN 'est-il pas vraisemblable qu'il aura voulu le rappeler, au moins par le nouveau nom qu'il créait pour la maladie elle-même?
Du Latium en deuil il envahit la terre,
Alors que les Français y promenaient la guerre
Leur nom devint son nom
Expédition de Charles VIII, roi de France, en Italie ( 1 494)- Ce monarque partit d'Ast, le 6 Octobre ; il entra à Pavie , le 1 3 , à Florence., le 1 7 Novembre , à Rome , le 28 Décembre. De Rome il marcha sur Naples, le 28 Janvier i495; cette ville lui ouvrit ses portes, le 22 février suivant. Ainsi , en quatre mois et demi , Charles traversa toute l'Italie , et en quinze jours, il conquit le royaume de Naples , à la réserve de Blindes.
11 séjourna à Naples trois mois , passant le temps en danses , festins , jeux et plaisirs de toute sorte. Ce fut pour lui et sou armée les délices de Capoue.
La rapidité de cette merveilleuse conquête n'eut d'égale que la rapidité avec laquelle elle fut perdue.
Charles quitta Naples, le 20 Mai; il perdit quinze jours de temps à Pise et à Sienne , durant lesquels la ligue, organisée contre lui par les Vénitiens , le Pape , l'empereur
d'Allemagne , l'Archiduc son jfils , Ferdinand roi d'Aragon et Ludovic Sforce, put réunir des troupes. Charles les défit complètement à la bataille de Fornoue, dans le duché de Parme , près des bords du Tar, au pied des Apennins, le 6 Juillet i495.
Presque au même moment, Naples se soulevait, et trois mois après , les Français évacuaient le château de Gaëte. Gonzalre de Gordoue achevait de chasser d'Italie (1496) les restes de leur armée affaiblie par la mésintelligence de ses chefs , et décimée par des maladies pestilentielles.
De cette glorieuse et prompte conquête, il ne resta aux Français que la Syphilis. Celle-là , ils devaient la garder à tout jamais.
Ce fut au milieu de ce choc des deux peuples et pendant leur rapide conflit, qu'éclata et se répandit, avec une incroyable célérité, la maladie nouvelle. Les Italiens accusèrent les nôtres de la leur avoir apportée , et voulurent flétrir le nom de leurs vainqueurs en l'accolant à celui de la maladie , qu'ils appelèrent mal français. Les Français retournant l'accusation et usant de représailles , désignèrent sous le nom de mal napolitain l'horrible peste qu'ils propagèrent en France. Plus tard., on s'avisa qu'une troisième nation pourrait bien être le vrai coupable^ et l'origine du fléau fut rattachée à la découverte du nouveau monde. ( Voir la note 6. )
Illustre cardinal , honneur de l'Italie.
Pierre Bembo , cardinal et célèbre écrivain , d'une famille patricienne de Venise , né en 1470 » mort en 1 5j7- Paul III le nomma cardinal en i53(). Il avait été secrétaire de Léon X qui le pourvut de riches bénéfices. Il a composé plusieurs ouvrages italiens et latins en prose et en vers : très-estimés de son temps, ils le sont encore aujourd'hui ; entr'autres , une histoire de Venise en douze livres, écrite en latin. Son poème italien sur la mort de son frère Charles est regardé comme son chef-d'œuvre. La collection complète de ses œuvres a été publiée à Venise en 1729 , 4 vol. in folio.
Bien que Bembo n'ait été élevé au cardinalat que postérieurement à la publication du poème sur la Syphilis, j'ai cru pouvoir me permettre, dans ma traduction, de le désigner comme déjà cardinal quand Fracastor lui dédia son ouvrage. Cet innocent anachronisme m'a permis d'abriter en quelque sorte sous la barette le sujet scabreux du poème, et de donner ainsi, dès le début, une garantie
de la sévère retenue, delà convenance parfaite, je dirai même de la chasteté dont l'auteur ne s'est pas départi un seul instant. Je ne suis pas éloigné de croire que telle fut la pensée de Fracastor lui-même, lorsqu'il dédia son œuvre à un dignitaire de l'Eglise.
Les règles de décence qu'il s'est imposées dans ses vers, je me suis efforcé de les suivre dans les notes que j'ai cru devoir y ajouter.
Si Léon le permet , pour un instant oublie Le pesant gouvernail de ce monde chrétien Dont son puissant génie est le ferme soLitien.
Léon X , fils de Laurent de Médicis et de Clarice des Ursins, né à Florence en 147^ , mort en i5a-i. Cet illustre Pape a donné son nom au siècle de Michel-Ange, de Raphaël , de Jules Romain, du Caravage, d'André del Sarto , etc. de l'Arioste , Sannazar, Fracastor, Vida, Bembo , Machiavel, Guichardin, Sadolet, etc. Son règne fut remarquable par de grands événements politiques et
I 2 /f. NOTES
religieux , et par l'impulsion qu'il donna aux Lettres et aux Arts. Léon fit terminer la basilique de Saint-Pierre; il conclut avec François Ier le Concordat qui a régi l'Église de France pendant trois siècles.
Tout m'invite à chanter. . . le vent paisible et frais Qui joue en murmurant sous ces myrtes épais , Et le lac Benacus dont les bruyantes ondes Eveillent les échos dans leurs grottes profondes.
Le lac Benacus, aujourd'hui lac de Garda, sur le territoire de Vérone, entre de hautes montagnes où les vents venant à s'engouffrer élèvent des ondes comme sur la mer.
Fluctibus et fremitu assiwgens , Benace, marino.
Virgile, Géorgiques , liv. 2.
Là j, tel qu'un océan 3 le Benac , s'enfle et gronde.
Delille.
Ce fut dans sa maison de campagne de Caphi au pied du mont Baldo, à quinze milles de Vérone et non loin du lac Benacus , que Fracastor composa son poème.
D'irrécusables faits si j'écoute la voix ,
Un tel mal n'était pas étranger sous nos toits.
Comme beaucoup de questions de pure curiosité, et dont la solution serait sans utilité pratique, l'origine de la Syphilis est un problème qui divise encore les médecins, et qui a soulevé des débats très-vifs , mêlés souvent de beaucoup d'acrimonie et d'injures.
La Syphilis est-elle d'origine américaine ? la Syphilis est-elle d'origine européenne ?
Ce fruit dont le monde entier a aujourd'hui les dents agacées, est-il un fruit exotique apporté dans nos climats par les conquérants du nouveau monde , ou bien a-t-il existé de toute antiquité dans l'ancien univers., isolément, par germes épars?... Tenu en réserve pour le plus grand châtiment des races actuelles, n'est-il venu à parfaite maturité qu'à la fin du quinzième siècle ? Le procès est encore pendant , listradita disputationi. Les disputes des anciens, les querelles des modernes , les travaux critiques des Astruc , des Swieten , des Swediaur , etc. les recherches
Il6 NOTES
érudites non moins que consciencieuses des Cullerier, de MM. Jourdan , Lagneau , Desruelles, Gibert , Ricord , A. Cazenave, laissent encore tout juge impartial dans l'indécision.
Chaque parti , retranché daus son opinion, la détend par d'adroites citations, par des textes nombreux ., par une armée de preuves toutes plus spécieuses les unes que les autres. Les deux camps semblent inexpugnables ; aucun des deux, malgré de continuels assauts, n'a réussi jusqu'à ce jour à forcer les retranchements de son adversaire. Il n'y a ni défaite 3 ni victoire. Il s'est dépensé de partet d'autre beaucoup d'esprit et d'érudition; les résultats obtenus se réduisent à néant, Il semble que ce point d'histoire est comme l'outre d'Eole, et que le vent de la dispute soit tout ce qu'il puisse renfermer.
Les fauteurs de l'ancienneté ont la vue assez perçante pour découvrir la Syphilis s à travers la plus ténébreuse obscurité, dans les livres de Moïse ( leLévitique), dans les œuvres d'Hippocrate , dans Celse , Galien , Oribase , Aétius , Paul d'Egine, Pline le Jeune , l'historien Josèphe, Appion „ Eusèbe . Pallade , Juvénal , Martial ; dans Mésué , Rhazès , Avicenne } Michel Scot , Guillaume de Salicet , Lanfranc , Gordon.
Mais, il faut le reconnaître,, ce n'est qu'en forçant le
sens des mots., en étirant les membres d'une phrase sur le lit procustien de l'interprétation , en torturant les textes et en les isolant du milieu où ils se trouvent placés , que l'on parvient à créer une sorte de maladie imaginaire et fantastique offrant quelque analogie avec la Syphilis moderne.
A ce sujet, Freind disait, en 1728, dans son Histoire de la médecine : « Exempta hic abundant quemadmodum antiquorum verba ad prœsentem usum torqueri et perverti possunt ut ita prœjudicatam aliquis defendat opinionem : nam in disputando ii disjecta ac divulsa auctorum verba in médium profère bant 3 aliud ab alio libro excerpebant symptomata 3 quoad demum ejusmodi morbum ipsi effinxissent 3
cujus simile nunquam visum esset a veteribus
Scriptores et ratiocinatores kujus formœ lec-
tionem quidem magnam prœ se ferunt 3 simul autem absquc judicio legisse se ostendunt. »
En réalité, le fluxus seminis immundus dont parle Moïse peut très-bien s'entendre du flux que nous voyons encore de nos jours se développer dans des circonstances de malpropreté et de crapule , de faiblesse ou d'altération des organes séminaux , etc. On n'y trouve aucune indication , même lointaine , des deux caractères distinctifs de la Syphilis , la ù-ansmission par contact et l'hérédité.
Le morbus femineus d'Hippocrate , dans sa citation sur les Scythes , paraît se rapporter à une atrophie locale , résultant de ce que ces peuples passaient la plus grande partie de leur vie à cheval.
Celse (Liv. vi, Chap. ix 3 Sect. n ) 3 parle du phymosis avec ulcères sous-jacents purs , secs 9 humides ou purulents, d'ulcères phagédéniques 3 de charbon 3 de rhagades 3 de condylômes à V anus. Mais ses paroles peuvent se rapporter à des accidents de cancer, d'antrax, aux fissures, aux tumeurs" anales simples , hémorrhoïdales ou autres. On y cherche vainement quelque chose de spécial, de caractéristique, un indice de leur origine , de leur contagion, de leur transmission par hérédité. Les tumeurs suppurantes des aines (Galien)^ les ulcères nécessitant l'amputation de la verge ( Oribase ) , les thymi ( Paul d'Egine et Àëtius ), n'ont pas une plus grande importance. En effet , l'amputation arrête très-bien les ravages du cancer , mais dans la Syphilis, cette opération serait aussi impuissante qu'elle est et qu'elle a toujours été inusitée : elle ne ferait que porter l'ulcère un peu plus loin.
Une femme , dit Pline , se jeta dans le lac de Côme , quia maritus ex diutino morbo circa velanda corporis ulceribus putrescebat. Cela prouve-t-il que le mari lui eût donné la Syphilis ?
Herodi similiter phlegmate humido tumebant inguina , ipsaque verenda putrefacta scatebant (Josèphe). Même vague , même incertitude. Notez, qu'Hérode était alors âgé de 72 à 7a ans.
L'ulcus clrca naturam factura du blasphémateur Appion (Josèphe) , les apostèmes de Valère Maxime in temulentiam et Ubidinem fœdam pronus (Eusèbe) , l'anthrax de Héron , à la suite duquel virilia membra computruerunt et sua sponte ceciderunt (Pallade) , offrent-ils avec la Syphilis des traits de ressemblance à l'épreuve de toute discussion ?
Quant aux accidents locaux auxquels Juvénal et Martial attachent l'opprobre ou le ridicule , ils tenaient à des vices dont le feu du ciel n'avait pas si bien consumé les germes, qu'ils ne pullulassent à Athènes et à Rome : j'y vois de l'infamie, mais pas l'ombre de contagion.
Lesaposthèmesde la verge, l'urine purulente, l'ardeur d'urine (JeanMésué), l'urine sanieuse, le Bothor de Rhazès [Bothor : tumor in génère 3 tumor cum solutione continui sparvœ tumores apud Arabes) (Castel)., l'ulcération et la putréfaction de la verge , nécessitant pour leur guérison l'amputation de cet organe (Avicenne et Albucasis), ont-ils des rapports plus spéciaux avec la Syphilis? Non, certes j et le lupus, que personne aujourd'hui ne confond avec elle, offre une ressemblance bien plus grande avec la Syphilide tuberculeuse. 9
Ainsi , avec la meilleure volonté du monde , il m'est impossible de reconnaître , dans les ouvrages d'aucun écrivain de l'antiquité , des vestiges évidents, incontestables de la Syphilis moderne.
Mais je dois avouer que , dans cette revue rétrospective , à mesure que l'on se rapproche du i5e siècle, les textes des auteurs deviennent plus précis > la négative moins absolue : le doute s'éveille. Ce n'est pas encore la lumière , ce n'est plus l'obscurité.
Une circonstance néanmoins accumule d'épais nuages à l'horizon ; c'est la venue en Europe d'une maladie plus cruelle peut-être que la Syphilis en ce qu'elle est incurable, et qu'elle aussi, avait pour cortège la contagion et l'hérédité : la lèpre des croisades , en un mot , 1 eléphantiasis des Grecs.
Michel Scot écrit en 1 477 : " Efficiwitur f émince lividœ et rkcumaticœ. Si vero millier fluxum patiatur 3 et vir eam cognoscat 3 facile sibi virga vitiatur 3 ut patet in adolescentulis , qui hoc ignorantes vitiantur qaandoque virga , quandocjiie lepra. Sciendum est ^ quod si erat fluxus , quando erat facta concept io 9 creatura concipitur vitiata in plus aut minus. (De procuratione hominis pkysionomia 3 cap. 6).
Ici, les deux circonstances capitales, la contagion et l'hérédité , se trouvent énoncées en termes on ne peut
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plus clairs. Se rapportent-elles à la lèpre ? Se rapportent-elles à la Syphilis ? le vitiantur virga est bien vague , le vitiantur auandoc/ue lepra bien positif. Pourquoi les tout jeunes gens y sont-ils le plus exposés par ignorance? En fait de Syphilis, les chances sont égales pour tous. Latct anguis in herba. Les vieilles gens n'ont pas, pour le découvrir., la vue plus perçante que les jeunes. Je le répète , s'agit-il , dans ce passage , de la lèpre ou de la Syphilis? Lecteur, devine , si tu peux , et choisis , si tu l'oses !
J'arrive au chapitre tant cité par les Syphiliographes modernes , extrait de la Chirurgie de Guillaume de Salicet , célèbre médecin du 1 5e siècle, imprimée pour la première fois en 3476.
A l'air de triomphe des partisans de l'ancienneté de la Syphilis , on dirait qu'ils ont fait eux-mêmes cette découverte , tandis que vous la trouverez indiquée dans la plupart des anciens auteurs sur la matière j dans Sennert , dans Freind entre autres.
En parlant des bubons, dragonneaux ou abcès de l'aine qu'il fait dépendre soit d'une matière froide descendue du foie vers ce point, soit d'une matière chaude, soit d'une corruption sanieuse , soit de toute autre cause , Guillaume de Salicet dit que le bubon survient : « Cum accidit liomini in virga corruptio 3 propter concubitum cum
matière fœd a j aut ob aliam causant; itaque corruptio multipticatur et retinetur in virga 3 unde non potest natura mundificare virgam aut locum > primo propter multum plicaturam partium illarum , et propter strictam viam iilius loci ; unde redit et régurgitât materia ad locum inguinum, propter habilitatem loci iilius ad recipiendam super fluitatem quamlibet , et propter affinitatem quam habent kœc loca ad virgam. »
Lanfranc , son élève (1290) , parle de bubons survenus propter ulcéra virgœ , de fies dégénérés en cancer ex cornmixtione cum fœda muliere quœ cum cegro talem habente morbum de novo coierat. Ils sont presque toujours incurables et nécessitent l'ablation de la totalité de la partie malade. Il ajoute, en manière de prophylaxie : «Si quis vult membrum ab omni eorruptione servare , cum recedit a muliere quam liabet suspectam de immundicitia ^ lavet illud cum aqua aceto mixta. »
Bernard Gordon (i3oo) est moins précis. Il attribue des accidents analogues, soit à un flux humoral , soit à une cause externe , sicut jacere cum muliere cujus matrix est immunda } plena sanie et virulenta.
Jean de Gaddesden, en \020, Guy de Chauliac (i36o) Yalescus de Tharanta (i4oo), Pierre d'Argeleta (1470), décrivent aussi des ulcères nés ex coitu cum fetida , vel immunda. vel cancrosa muliere.
SUR LE LIVRE PREMIER. l33
Ce sont là les textes que les adversaires de l'importation jettent dans la balance , et il faut avouer qu'ils ont du poids. Les raisons qu'Astruc accumule dans le plateau opposé m'ont toujours paru un peu légères ; un esprit impartial y verra difficilement un simple flux lépreux , une affection cancéreuse.
Il n'est pas rare , même aujourd'hui , je le sais bien, qu'un malade atteint de cancer à la verge vous assure qu'il lui a été communiqué par sa femme affectée de pareille maladie à la matrice. J'ai souvent entendu Dupuytren relever avec quelque rudesse et brusquerie de pareilles hérésies étiologiques.
Je me demande aussi comment l'amputation de la partie malade pouvait guérir toute la maladie ? Cette dernière considération m'empêche de me prononcer d'une manière absolue. Mes hésitations redoublent quand je considère le traitement conseillé par les auteurs que je viens de citer. Il consiste., dans les cas les moins graves, en fomentations émollientes , détersives ou légèrement caustiques. Dans les cas les plus graves , la guérison ne s'obtenait que par l'application du feu , ou au prix de l'extirpation des tissus altérés , au prix de l'amputation du membre.
Comment se fait-il donc que, 200 ans plus tard , les.
chirurgiens qui avaient entre les mains les ouvrages de Salicet et de Lanfranc aient, au moment de la grande explosion de la Syphilis 3 crié à la nouveauté , et qu'aucun d'eux n'ait songé à couper la verge à ses malades, alors que mutilées, dévorées, frappées de mort par la contagion nouvelle , les malheureuses victimes n'eussent pas reculé devant ce moyen extrême de salut ? Salicet , il est vrai , n'a été imprimé qu'en 1476.
J'ai nommé Salicet, Lanfranc , Gordon, Gaddesden, Guy, Valescus , d'Argeleta ; mais il ne faut pas croire que chacun de ces auteurs parle d'après sa propre expérience ; loin de là , presque tous copient Guillaume de Salicet et se répètent l'un l'autre. Tous , y compris Guillaume lui-même , mêlent aux résultats de leur observation personnelle les trésors de leur érudition, et appauvrissent leur génie propre de tout ce qu'ils empruntent à Celse, à Aëtius, à Oribase , ce qui ajoute encore à la confusion et à l'obscurité.
De plus, je le répète ,, en méditant ces auteurs , à peine se croit-on en droit de reconnaître dans quelques symptômes spéciaux et caractéristiques la Syphilis d'aujourd'hui, qu'aussitôt on est rejeté dans le doute en lisant les moyens thérapeutiques proclamés par eux comme efficaces s tandis que leur insignifiance ou leur extrême énergie les ren-
citait également impuissants contre elle. Quelques traits de symptomatologie semblent dire : Oui , c'est la Syphilis; l'ensemble comme les détails du traitement disent: Non. Là où il devrait y avoir accord , je ne vois que contradiction.
On cite encore comme une preuve de l'ancienneté de la Syphilis, les Statuts de la reine Jeanne de Naples relatifs à l'établissement d'un lieu de débauche à Avignon , en l'an 1 347-
Ce document a acquis une assez grande importance. Publié d'abord par Astruc , il a été reproduit par tous les auteurs qui , postérieurement à lui, se sont occupés du même sujet , en dernier lieu par M. A. Cazenave (18/p).
J'ai raconté dans le 1N° d'Octobre 1 853 du Journal des connaissances médico-chirurgicales, comment celui que Van Swieten appelle celeberrimus Astruc avait été dupe de quelques mystificateurs , mes compatriotes. La Revue médicale dans son N° du même mois d'Octobre reproduisit l'article en entier. Il est fâcheux que ces deux journaux, quelque répandus qu'ils soient, n'aient pas réussi à lui donner une publicité suffisante. L'erreur dure encore.
Je renvoie le lecteur aux deux Journaux cités, et je me borne à résumer ici les preuves flagrantes de la fausseté de ces Statuts.
i°Le notaire Tamarin , des regîtres duquel on les disait tirés , n'a jamais existé.
2° Une note s écrite par M. Joseph-Gabriel Teste de Venasque sur un exemplaire de la Cacomonade de Linguet , rapporte comment ces Statuts furent composés par M. de Garcin aidé de quelques amis Avignonais , au nombre desquels était le père de M. Gabriel Teste. M. G. Teste a souvent entretenu de ce fait M. César- Teste d'Avignon qui vit encore , et qui possède cet exemplaire de la Cacomonade.
3° L'original de ces Statuts supposés existe dans un magnifique cartulaire de M. de Cambis Velleron , à la bibliothèque d'Avignon.
La miniature qu'ils portent en tête est la reproduction exacte de celle qui se trouve dans l'ouvrage publié en 1624 par M. de Chasteuil Gallaup , sur les arcs de triomphe érigés à Aix en l'honneur de l'arrivée de Louis XIII dans cette ville.
4° L'écriture usitée au 14e siècle est très-gauchement contrefaite. Le langage n'est pas celui du temps : le mot paillardiso n'est point un mot de langue provençale, à lui seul il suffirait pour déceler la fraude, etc. etc.
Je ne sais si les arrêtés tirés des archives de l'évêché de Winchester par Becket^ méritent plus de croyance et ont
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plus d'authenticité. Dans des questions telles que celle de l'origine de la Syphilis , je ne voudrais admettre au débat que des preuves qui auraient déjà reçu la sanction du grand jour et d'une longue publicité.
Ainsi donc, je ne crois pas que la Syphilis ait été connue des anciens. Les Phryné , les Laïs , les Flora , les Messaline n'en furent pas attaquées; elle ne régna ni chez les Grecs, nichez les Romains, malgré les gigantesques proportions que ces derniers surtout donnaient à leur débauche.
Si ce n'était les passages cités plus haut de Guillaume de Salicet et autres , je dirais qu'il est certain, et nonobstant ces passages , je dis encore qu'il est probable que la Syphilis a paru pour la première fois, à la fin du i5e sièele , vers l'année i494*
Je ne puis me résoudre à rejeter le témoignage de ce grand nombre de médecins contemporains qui tous l'ont regardée comme une maladie nouvelle, inconnue à leurs prédécesseurs. Tels sont Joseph Grundpeck (1496); Alexandre Benoît (1496) ; Coradin Gilini (1497) » Barthélémy Montagnana ( 1 499) * Nicolas Leoniceno ( r499) » Gaspard ïorella (i5oo) ; Antoine Benivenio (i5oi) ; Wendelin Hockde Brackenau (i5oi) ; Jacques Catanée(i5o5); Pierre Trapolinus (i5o6); Jean de Vigo ( 1 -5 1 4) î Pierre Maynard (i5i8) ; Ulric de Hutten qui subit onze traite-
ments mercuriels et ne fut guéri que parla décoction de gaïac ( 1 5 1 9) ; (il fixe l'apparition de la Syphilis à l'an 1 4u3 environ ) — Jacques de Béthencourt., de Rouen ( 1527) ; Laurent Phrisius (i532) ; Pierre André Matthiole(i535) ; Alphonse Ferri ( 1 537 ) ; Antoine Mussa Brassavole(i553); Jean Sylvius ( 1 55^ ) ; Gabriel Fallope (i56o) , dont le père assista au siège de Naples par Charles VIII ; enfin Jérôme Fracastor lui-même (i546V- Notre auteur pense que la Syphilis a existé dans l'antiquité , mais que son nom et sa description se sont perdus durant une longue suite de siècles., et que les mêmes circonstances qui avaient pu lui donner naissance autrefois s'étant reproduites de son temps , l'ont faite de nouveau reparaître.
A ces médecins dont le dire se trouve rapporté tout au long dans l'éminent ouvrage d'Astruc , il faut joindre le témoignage de l'historien Marc-Antoine Coccius Sabellicus (1602) — la Syphilis le compta au nombre de ses victimes.— Baptiste Fulgose(i 509); Jean de Boudigné (1529); François Guichardin (i552) , et autres.
Pour moi la Syphilis est donc d'origine moderne.
Maintenant, examinons s'il est vrai qu'elle nous ait été apportée d'Haïti?
Et que vengeant sur nous sa liberté mourante
L'Amérique ait conquis l'Europe conquérante?
Barthélémy.
Les partisans de cette dernière opinion l'appuyent des calculs suivants :
Lepoque de la grande explosion de la Syphilis est d'un commun accord fixée à la conquête du royaume de Naples par le roi de France Charles VIII. Ce prince marcha surNaples , le 28 Janvier i4o,5 ; il y fit son entrée triomphale , le 22 Février suivant.
Or, Christophe Colomb part de Palos (Andalousie),, le 3 Avril 1492 ; il aborde 3 le 6 Décembre suivant 3 à l'île d'Haïti (Hispaniola, Saint-Domingue, actuellement de nouveau Haïti); il en repart., le 6 Janvier i4Ç)3, est forcé d'entrer dans le Tage, probablement sans toucher à Lisbonne, le 6 Mars ; il revient à Palos., le i3 Mars 1 '^3, avec 82 soldats ou matelots et 9 Indiens. Il se rend de là par. terre à Barcelone, pour rendre compte de sa navigation à Ferdinand et à Isabelle
Le a5 Septembre i49^? d quitte Cadix avec 17 vaisseaux, et il arrive à Haïti, le 27 Novembre. L'année suivante (1 494) 9 il renvoie en Espagne 14 vaisseaux sous la conduite d'Antoine Perez.
Au mois d'Avril 1 494 » Barthélémy Colomb , frère de Christophe, passe à Haïti avec trois vaisseaux qui retournèrent en Espagne sur la fin de la même année. Il y avait à bord , entre autres passagers , un gentilhomme catalan
du nom de Pierre Margarit , déjà fort malade de la Syphilis, et dont plus tard Oviedo invoquera le témoignage.
Les communications avaient donc été fréquentes entre le nouveau et l'ancien monde à la fin de l'année i494> et au commencement de i^S.
Le politique Ferdinand aida les Napolitains de ses conseils , de son argent et de ses troupes. Des rapports fréquents existaient non-seulement entre Madrid et Naples , mais encore entre l'Espagne, l'Italie et la France.
Ainsi, ni les témoignages de l'histoire, ni la comparaison des dates n'infirment l'hypotèse de l'importation.
On objecte que l'idée de l'origine américaine n'a commencé à prendre cours que près de quarante ans après la découverte du Nouveau Monde , et par les écrits de Gonzalve Fernandez d 'Oviedo, dont le sommaire de l'Histoire naturelle et générale des Indes occidentales fut imprimé en i525, et l'Histoire elle-même en 1 535. Cette fable, dit-on, fut inventée par ce directeur des mines d'or d'Haïti pour exciter la haine des Européens contre les peuples nouvellement découverts , et légitimer en quelque sorte les horribles cruautés exercées envers eux par les Espagnols.
Ceci est une supposition , ce n'est pas une preuve , et peut-être, en accusant Oviedo d'avoir calomnié les Améri-
cains se rend-on soi-même coupable à son égard d'une calomnie.
Car déjà l'illustre historien Génois, Paul Fulgose, écrivait en i5o9 que la maladie nouvelle avait été apportée d'Ethiopie (Astruc interprète des Indes Occidentales) , en Espagne ; ensuite d'Espagne en Italie , d'où elle se répandit bientôt sur toute la terre. Déjà le gaïac introduit en Espagne en i5o8 ( François Delgado., Léonard Schmai) , employé en Italie en 1 5 j 7 , le gaïac auquel Ulric de Hutten dut sa guérisoo en 1 5 1 9 , et qui jouit d'une si grande vogue dans le 16e siècle, avait été préconisé comme un remède dont les naturels d'Haïti se servaient depuis longtemps pour se guérir de la Syphilis, endémique dans leur île.
Cependant, il faut reconnaître que l'origine américaine ne fut positivement dénoncée et généralement adoptée que vers la fin du premier tiers du 16e siècle.
Cette accusation tardive et le long silence qui l'a précédée peuvent, j'en conviens, jeter de l'incertitude sur la véritable époque où s'est développée chez nous la maladie , et laisser une part spécieuse au doute.
En me résumant 3 je conclus :
r Que la Syphilis n'a point existé dans l'antiquité.
20 Qu'il est probable qu'elle a paru en Europe pour la première fois, en Tannée i495.
Mais si ce serait aller trop loin que d'affirmer ou de nier d'une manière absolue l'origine américaine, il me semble que l'on ne saurait méconnaître que de fortes présomptions et l'autorité des graves auteurs ., contemporains d'Oviedo ou postérieurs à lui , se réunissent pour la faire admettre.
Je termine en disant avec Van Swieten : Cœterum in similibus inquirendis medicos dissentire quandoque 3 neemirum est , nec cegris nocebit. Libère dixl quid sentiam; aliter sentientibus eamdem libertatem libens relinquo.
. . . J'ai vu bien souvent, hors du sentier du vice, Dans un sein vierge encore et pourtant condamné. Naître de ce fléau le germe spontané.
Le texte latin dit :
Quoniam in primis ostendere îimltos
Possumus , aitactu qui nullius hune tamen ipsam Sponte sua sensere luem , primique tulere.
SUR LE LIVRE PREMIER. , l/j3
Fracastor a commis ici une erreur, soit qu'il ait mal observé les faits , soit qu'il ait voulu faire une concession adroite aux idées erronées qui eurent cours au début de cette terrible maladie qu'on regardait alors comme transmissiblepar le contact le plus innocent , et même par la voie de l'air.
De trop éminents personnages en étaient atteints pour que la science osât se montrer trop exacte et méticuleuse à l'endroit de l'étiologie. Chacun , dans son for intérieur, savait probablement à quoi s'en tenir. L'accusation même portée contre l'état de l'atmosphère., et contre une prétendue disposition putride des humeurs était un hommage indirect rendu à la vertu et aux bonnes mœurs qu'on avait clandestinement offensées.
Les voies réelles de transmission ne sont encore que trop nombreuses. La plus commune est celle des rapports sexuels ; soit que la contagiou s'opère d'un individu malade à une personne saine directement, soit qu'elle s'opère d'une personne contaminée à une personne saine, par l'intermédiaire d'une troisième qui était saine et qui demeure saine : A viro contaminato ad virum sanum per mulierem sanam.
On lit dans Wideman : « Summopere tamen cavendum est ne coitus fiât cum muUere pustulala 3 imo neque citm sana
cum qua prius brevi temporis spath concubuit vir pustula tus , propter evitare contagionis perictdum ; jam enim cognitum est experientia ut subsequens post pustulatum recenter inficitur. » ( le mal de Franzos s de cura i497- )
Tout en admettant la possibilité de ce fait , j'aurais douté qu'on eût pu en constater l'authenticité , si je n'en eusse trouvé un exemple observé par M. Ricord, et relaté dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales, numéro de Septembre 1846 , pag. io5.
Les autres modes de contagion sont beaucoup moins fréquents : à savoir, le contact d'une membrane muqueuse ulcérée avec une membrane muqueuse saine , celle des lèvres par exemple, soit dans un baiser lascif ( quœ omnium maxime periculosa est 3 si lascivientes juvenes calida figant basia mulieribus quœ ulcéra venerea in ore habent linguis micantibus. — (Van Swieten in Commentariis... Tom. 5 >pag. 349. ), soit dans un baiser donné par la tendresse la plus pure. Biett citait , dans ses cours, l'exemple d'un commerçant qui, à la suite d'un baiser lascif , contracta aux lèvres un ulcère dont il ne s'aperçut pas. Sur le point de partir pour un voyage , il embrassa sur la bouche sa nièce , jeune enfant de 12 ans qui fut atteinte, quelques jours après, de la même maladie (Cazenave , Traité des Sypliilides j pag. 109. )
11 y a , dans ce dernier mode d'infection 3 dans cette greffe d'un fruit ordinaire de la débauche sur la lèvre pure et angélique d'un enfant , quelque chose de hideux , d'atroce , d'autant que la maladie est alors fort insidieuse , ne consistant qu'en une pustule plate fixée à la commissure des lèvres ( Cazenave) , et qu'elle passe souvent inaperçue. La victime s'endort dans une dangereuse mais inévitable sécurité, et lorsque l'ulcère a étendu ses progrès, ou bien la constitution tout entière est infectée , ou bien l'état local des parties donne lieu à de funestes méprises, et parfois le mal a pu être pris pour un cancer par de très-habiles chirurgiens. De tels faits de contagion ne sont pas rares.
L'allaitement aussi peut fréquemment transmettre l'infection, soit par l'enfant à la nourrice, soit par la nourrice à l'enfant.
Un nourrisson, apporté de Paris à Montmorency, communiqua la Syphilis à sa nourrice, celle-ci à son mari, celui-là à une autre femme, si bien que presque tout le village en fut rapidement infecté ( Portai 3 observations sur le rachitisj pag. 38. ) : triste preuve de la transmissibilité de la maladie, et du relâchement des mœurs dans le cheflieu de canton du département de Seine-et-Oise.
Une femme que les nouvelles accouchées avaient cou-
\l\6 NOTES
tume d'appeler pour qu'elle les débarrassât de leur lait en suçant adroitement leur sein , avait dans la bouche une ulcère vénérien , qu'elle se gardait d'avouer, depeur de perdre son lucre journalier; elle infecta un grand nombre de femmes , et par elles , leurs maris et leurs enfants. ( Van Swieterij, d'après MedicusBarry 3 Comm.Tom.Sjpag. 348.)
On peut aussi contracter la Syphilis par le toucher. Ainsi les accoucheurs , les sages-femmes 3 les médecins y sont exposés j lorsque l'exercice de leur profession les met en contact avec une femme infectée , et qu'ils ont une petite plaie , ou une écorchure aux doigts.
« M. Ricord s'offre lui-même comme exemple d'une inoculation Syphilitique fortuite. Ayant eu à exciser, à l'aide de ciseaux, les bords d'un ulcère vénérien primitif , il se blessa au pouce de la main gauche ; un panaris survint , puis une plaie de mauvais aspect. Pour sortir du doute dans lequel il était sur la nature de cette plaie, il s'en inocula le pus sur l'avant-bras de l'autre côté. En vingt-quatre heures une pustule se développa avec tous les caractères Syphilitiques ; il la cautérisa au moyen de la pâte de Vienne , et aussitôt elle fut arrêtée. M. Ricord ajoute qu'il aura recours au mercure 3 mais seulement comme modificateur. » (Communication verbale à l'Académie de médecine , séance du il\ Octobre i843. — Bulletin de l'Aca-
demie, pag. 142). Naguère l'infortuné docteur Hourmann a payé de sa vie une blessure de ce genre.
L'ouverture d'un bubon virulent d'où jaillit du pus, occasionna à Cullerier l'oncle la perte d'un œil.
On a vu la Syphilis être inoculée par des ventouses qu'on avait scarifiées à l'aide d'un instrument souillé de virus (Van Swieten , d'après Schenck) , par une lancette ( Daguerre) , par des ustensiles , une pipe , un verre (Botal), une cuiller, des draps de lit (Fabrice de Hilden), par la lunette des lieux d'aisance (Fallope), par des vêtements empruntés , surtout ceux qui se donnent en location à l'époque des travestissements du carnaval ( Fabrice de Hilden , Ricord ).
On doit admettre , d'une manière générale , comme possibles à la rigueur ces divers modes de propagation. Mais quand il s'agit de l'application , quand on procède à l'examen des faits particuliers, on ne saurait se tenir dans une trop grande réserve.
A plus forte raison devra-t-on rejeter comme impossible la transmission par les sueurs admise par quelques auteurs j sans qu'ils aient cité aucun fait positif , ou par l'haleine des malades seule. Henri VIII a bien pu faire trancher la tête à son ministre Volsey, qu'il accusa d'avoir voulu lui communiquer , en lui parlant à l'oreille , la
I /j8 NOTES
maladie Syphilitique dont lui Volsey était infecté ; mais un assassinat n'est pas une preuve.
J'ai cru devoir donner quelque étendue à cette note, afin de signaler à ceux qui me liront un danger qui peut surgir au moment où l'on s'en méfie le moins, au milieu même de la joie et du bonheur que la naissance d'un enfant répand dans les familles ; soit qu'un sein mal formé ou une maladie passagère ., etc. force une jeune mère à recourir à une bouche mercenaireouàcelle d'un nourrisson étranger , soit que tout autre motif la porte à confier passagèrement son enfant à une nourrice obligeante ou payée.
Quand de telles nécessités se présentent , on ne saurait s'entourer de trop de précautions , de trop de renseignements. Que jamais surtout une mère ne confie son enfant à une autre sein que le sien , ne suspende à sa mamelle un autre nourrisson , par bonté , par familiarité , par échange de bons procédés. Il n'est peut-être pas de ville où l'on n'ait vu quelque exemple d'infection Syphilitique opérée par l'une ou l'autre de ces voies. . . . Caveant maires !
De notre Latium aux montagnes lointaines, etc. etc.
Le Latium, aujourd'hui Campagne de Rome. Il est pris icidanscesens restreint. Ailleurs, Fracastor l'emploie pour désigner toute l'Italie.
Tel X Eléphas sacré que l'Ausonie ignore.
Nicolas Leoniceno , de Vicence , célèbre érudit du quinzième siècle , fait très-bien voir, dans le livre qu'il a publié en 1497 (Demorbo Gallico ), que les auteurs arabes , en donnant le nom de lèpre à l'éléphantiasis des Grecs , et celui d eléphantiasis à une induration partielle des membres ou de quelques autres parties du corps , affection endémique en Egypte et en Arabie , ont causé
1 5o NOTES
beaucoup d'embarras à leurs successeurs. Ceux-ci , en effet, ont fini par ne plus savoir en réalité ce que c'était que la lèpre vulgaire des Grecs, et sont arrivés à confondre 1 eléphantiasis de ces derniers avec l'éléphantiasis des Arabes.
Leoniceno démontre parfaitement que la lèpre décrite parGalienet par Paul d'Egine est une affection sc/uammeuse qui règne encore communément de nos jours , tandis que la lèpre du moyen-âge se rapporte principalement à l'éléphantiasis de Galien et d'Arétée ; enfin que l'éléphantiasis des Arabes n'a point été connu des auteurs Grecs antérieurs à Rhazès et à Avicenne(Gibert, Mal. de la peau).
Cette confusion que signalait Leoniceno n'a point été complètement dissipée par les efforts des dermatologistes modernes. Les recherches de Bateman , d'Alibert , de Biett , les deux dissertations de Schilling, médecin Belge qui pratiquait vers le milieu du 18e siècle dans les colonies hollandaises de l'Amérique ; les travaux plus récents de M. Gibert n'ont pas tellement éclairci les ténèbres, qu'il ne règne encore quelque obscurité sur ce sujet.
On distingue aujourd'hui deux maladies portant le nom d'éléphantiasis : l'éléphantiasis des Grecs ( Lèpre tuberculeuse. — Leontiasis — Satyriasis. — Lèpre des croisades. — Ladrerie du moyen-âge., etc), et l'éléphantiasis
des Arabes ( Maladie glandulaire des Barbades , Jambe des Barbades) ; on trouvera dans Arétée un énergique tableau de la première. Rhazès et Avicenne sont les plus anciens auteurs qui aient parlé de la seconde. Hillary et Hendy chez les Anglais , M. Alard en France , ont fait de celle-ci l'objet de leurs études et de publications intéressantes.
La confusion des noms introduite par les médecins Arabes a fait comprendre dans 1 eléphantiasis des Grecs la lèpre des anciens auteurs, la lèpre d'Hippocrate 3 de Galien et autres. Celle-ci serait, suivant Bateman , Biett, Cazenave et Schedel , Gibert , la lèpre vulgaire de nos classifications dermatologiques , lepra vulgaris , sœur jumelle du psoriasis , affection squammeuse assez commune encore aujourd'hui, très-différente par son caractère élémentaire ( la squamme) , par sa nature, sa marche et ses suites toujours sans gravité , de la lèpre tuberculeuse.
C'est de la lèpre vulgaire que Galien a pu dire : a Lepra est transmutatio cutis ad contrarium naturœ kabitum cum asperitate s dolore , atque pruritu 3 et squammarum resolutione , et quandoque plures corporis partes depascitur. »
L'éléphantiasis des Grecs a trois périodes : la première, caractérisée parle changement de couleur à la peau ( taches fauves , bronzées , quelquefois luisantes et comme
vernissées ) , et par l'insensibilité subite ou graduelle des parties malades (Arétée, André Gleyer^ i683.,G. G. Schilling , 1778); la seconde, par l'apparition de tubercules dermoïdes et sous-cutanés, ronds, circonscrits , offrant ordinairement une dépression centrale occupée par une sorte de production cornée qui traverse toute l'épaisseur du tubercule (Biett) ; la troisième par l'ulcération de ces tubercules, etc.
L eléphantiasis des Arabes paraît être une maladie du système lymphatique avec altération des veines et hypertrophie considérable des parties affectées ; elle ne serait pas accompagnée de tubercules.
Fracastor connaissait très-bien les différences qui existent entre ces trois maladies , Lepra vulgaris 3 eléphantiasis Grœcorwn , eléphantiasis Ârabum, et il a su les distinguer les unes des autres avec un grand tact et une rare perspicacité. Voici comment il s'exprime à ce sujet dans son traité des maladies contagieuses :
Arabes per elepkantiam non plane id intelligunt 3 quod Grœci et Latini , sed tumarem quemdam pedum ex humore melancholico 3 ceu e varicum génère 3 quasi speciem eam leprœ intelligant in qua pedes more elephantum tument : per lepram autem id accipiunt , qaod et vulgo lepra dicitur j. a Grœcis elephantia.
Le terme d eléphas n'indiquait donc que la similitude dans le développement éléphantiasique des parties malades, et ne préjugeait rien sur la nature de la maladie.
Je continue à citer Fracastor :
« Notœ autem elephantiœ et accidentia hœc sunt : oritur primo sine dolore ullo , sine febre 3 ac delitet ipsa quoque certo tempore prias qaam se prodat : mox prima ut plarimum indicia dat a nare aborta 3 parva veluti lenticuta subnigra. Cutis deinde varia fit eolore 3 durit ia 3 asperitate 3 attenuatione3quippe alibi livida fit j, alibi alba , alibi in atro ruffa3 dura hic , illic lenior, alicubi aspera et squammosa 3 alicubi crassa et veluti corium igné induratum.
Pustulœ simul per totum corpus enascuntur durœ 3 et 3 ut plarimum 3 purpurascentes 3 quœ tractu temporis exulcerantur, et pas emittunt.
Circumtumescunt vicina membra 3 et alia contrahuntur, alia extenduntur : propter quod multis excavatur nasus 3 os utrinque contrahitur versus aures 3 oculi rotundantur 3 et similes satyris ( qui pinguntur ) fiunt , unde et satyriasis etiam hic morbus appellari consuevit 3 quanquam sunt qui satyriasim dictum pulent propter tentiginem nimiam veneris , quœ eo in morbo contigit : tument deinde digiti in pedibus ac manibus 3 ac pedes similes fiant elephantum pedibus j unde quidam volunt esse elephantiasim appeltatum 3
quanquam Arckigenes a magnitudine morbi ita vocatum dicat. (!)
Ad hœc autem et venulœ 3 quœ sub lingua sunt 3 ceu varicosœ fiunt 3 pruritus adest 3 et cum eo tentigo veneris vehenxens. Fœtent mox , et lolerari jam non possunt , et multis alba per totum fit cutis 3 quœ insanabilis habetur.
Nationum vero alice fam'diarem habent 3 ut JEgyptus et Judea 3 aliœ vix novere. »
Lucrèce avait dit aussi :
Est elephas morbus qui propter flumina Nili Gignitur Mgypto in média 3 neque prœterea usquam.
( De natura rerum. cap. vi. )
Voici maintenant comment s'exprime Fracastor sur la lèpre des anciens :
« Lepra vero ita ab antiquis vocata in duobus prœcipue differt ab elepkantia , loco et materia : quippe profundius agitur elepkantia 3 quanquam et ipsa circa summa versatur ; lepra vero in superficie magis est : materia porro éléphant iœ
(1) C'est suivant cette dernière acception qu'un poète a dit de l'éléphantiasis :
Est leprx species , elephantiasisque vocatur , Quod cunctis morbis major sic esse videtur , Ut major cunctis elephas animantibus exstat.
( Macer. de vir. herb. c 5. )
crassior esse videtur 3 et exusta etiam nummagis , propter quod profundatur ma gis , utraque tamen ex melancliolico humore fit : nihil autem prohibet et in utraque interdum conjungi aliquid salsœ pituitœ , unde fit, ut nec éléphant ia, nec lepra uno semper visantur modo : quod si diutumior fiât lepra 3 et tractu temporis malignior , tum in elephantiam transit. Sunt autem et in lepra suce pustulœ 3 atque interdum crebrœ , cœterum sicciores 3 quam in elephantia et squammantes magis , quam exedentes : pruritus quoque plurimum infestât , macies corpus tenet , et , ut uno verbo dicatur j delicatior quaedam elephantiasis lepra est. »
Ces dernières expressions n'ont rien qui doive surprendre, si l'on se rappelle certains cas de lepra vulgaris inveterata. Il semble d'ailleurs que Fracastor ait voulu présenter les trois maladies 3 lepra vulgaris 3 elephantia Grœcorum 3 elephantia Arabum, comme appartenant à une même famille.
Schilling, dont l'autorité en cette matière a un grand poids (car il a étudié la maladie non dans les livres., mais sur les lieux où elle règne) , croyait et a cherché à prouver que les diverses affections cutanées confondues sous le nom de lèpre, telles que Yalphos et le leuce des Grecs, le vitiligo des Latins , Y elephantiasis des Grecs , l 'elephantiasis des Arabes 3 la lèpre des croisades , n'étaient en
réalité que des degrés différents d'une maladie de même nature, à laquelle il convenait de conserver le nom de lèpre.
Cette opinion trop exclusive n'a pas prévalu et la manière de voir plus réservée de Fracastor le rapproche peut-être beaucoup plus de la vérité.
J'ai donné ces détails sur 1 eléphantiasis, parce qu'il touche de fort près à la Syphilis. Dès longtemps , on n'a voulu voir dans cette dernière qu'une transformation de la première. De nos jours même , M. Ricord s'est rangé à cet avis.
Les quelques symptômes que je viens de rapporter suffiront , je pense , pour démontrer le peu de fondement d'une pareille supposition : si la lèpre s'est changée en Syphilis, la métamorphose a été si complète , que la fille n'a certes gardé aucun trait de sa mère.
Le lichen. . . etc.
Sic lichen latuere diu.
Fracastor fait ici allusion à la maladie pustuleuse qui se montra pour la première fois en Italie, d'après le récit
de Pline , vers le milieu du règne de Claude, et y sévit avec la plus grande violence. Elle se répandit peu en Illyrie , dans les Gaules, en Espagne, et ravagea de préférence Rome et ses environs : on lui donna d'abord le nom grec de lichen ; mais bientôt , à cause de son siège spécial au menton , elle reçut celui de mentagre qui lui est demeuré depuis ( Sycosis menti ., ment a gr a ). Des cicatrices plus hideuses que le mal lui-même restaient empreintes sur le visage de ceux qui s'étaient soumis à un traitement , lequel, consistant en application de caustiques , n'empêchait pas le mal de reparaître., si les chairs n'avaient point été brûlées jusqu'à l'os. Cette cruelle ressource fut la seule qu'apportèrent d'Egypte les médecins qui vinrent dans ce pays (l'Italie) s'enrichir à nos dépens (Pline traduit par Gibert ).
Peut-on induire de ce dernier paragraphe que le lichen mentagre était endémique en Egypte ? J'ignore si quelque maladie analogue y règne encore aujourd'hui.
NOTE il.
Ainsi que le soleil , les nombreuses planètes, Des volontés du ciel fidèles interprètes. . . .
Fille de la superstition et de l'amour du merveilleux , l'astrologie eut le même berceau que l'astronomie. On fait remonter jusqu'aux Chaldéens l'idée d'une influence exercée par le soleil et les planètes , non-seulement sur les révolutions des empires, sur la production des grandes épidémies , mais encore sur les destinées heureuses ou malheureuses d'un roi , sur les maladies , la vie ou la mort du plus infime mortel.
On dirait que l'astrologie a été placée, durant vingt siècles j à côté de l'astronomie , pour montrer jusqu'à quel point l'homme 3 ce grain de sable pensant, peut s'élever, alors que son génie calculant la marche des astres 3 déterminant leur volume , mesurant leur distance réciproque , expliquant les lois de leur mutuel rapport, semble participer aux secrets de Dieu, et jusqu'à quel point il peut descendre, lorsqu'il devient le jouet des rêves d'une
sotte vanité et des fantômes d'une pusillanime terreur.
Répandue chez les peuples de l'antiquité , accueillie avec ardeur par les Orientaux, l'astrologie fut transmise par eux au moyen-âge , et régna despotiquement dans le XVe et dans le XVIe siècle.
Les progrès de l'astronomie et la diffusion des lumières n'ont pas 3 même aujourd'hui , tellement détruit son empire, qu'il ne reste encore , chez les peuples les plus civilisés, des traces de sa domination.
A défaut d'astrologues , dont l'espèce est perdue , on consulte les devins et les sorciers. Les cartes ont remplacé les astres ; la dame de cœur a fait oublier Vénus ; le valet de pique a détrôné Mars. La canaille court chez les diseuses de bonne fortune de bas étage; la ville et la cour se glissent chez une Dlle Lenormand. Bonaparte ne croyaitil pas à son étoile (Le comte de Ségur. ) !
Que demain apparaisse sur l'horizon la queue d'une comète, et vous verrez le monde trembler de plus belle, et se croire à la veille de quelque événement terrible ou d'une funeste épidémie.
La médecine, trop souvent prête à accueillir les erreurs des sciences qui l'entourent , a payé un large tribut à la commune folie. Déjà à Rome , du temps de Pline, un médecin phocéen voulait régler d'après le cours des astres
1 6o NOTES
le régime qu'il prescrivait à ses clients. Plus tard, les rêveries des Arabes et les extravagances de Paracelse donnèrent j en partie ., pour base à la médecine les ridicules principes de l'astrologie. On supposa une harmonie mystérieuse entre chaque constellation et divers organes du corps humain. Le mouvement des humeurs fut soumis au cours des astres. Les épidémies étaient produites par la conjonction des planètes. Enfin, le médecin ne devait employer aucun moyen sans avoir consulté le ciel. (Raige- Delorme. )
Au milieu de ces épaisses ténèbres, se cachait-il quelques rayons de lumière ? Ces erreurs couvraient-elles quelque vérité ? Nos maladies auraient-elles quelque relation avec le système planétaire?
Quant à Saturne, il est trop loin de nous pour qu'il soit nécessaire de nous en occuper ; à l'égard de l'astre de Jupiter et de celui de Mars, en disant que le premier est propice au genre humain , que le second est terrible et sanglant, on a voulu, sans nul doute., faire allusion à la blancheur éclatante de l'un , et à la teinte roussâtre de l'autre (Macrobe). En ce qui concerne Vénus, l'étoile du berger , Lucifer, Vesper 3 dont les doux rayons, au dire des poètes , conduisent l'amant auprès de son amante , s'il résulte parfois de ces rendez-vous quelque
accident , quelque maladie , on m'accordera que la planète en est au fond très-innocente. Mercure est trop petit , Vesta , Junon , Cérès , Pallas trop imperceptibles pour que je m'y arrête.
Restent le soleil et la lune.
Le soleil , par son rapprochement ou son éloigneraient de notre planète , par le plus ou le moins de chaleur qu'il répand sur la terre, y détermine la nature des climats , y règle le cours des saisons , et l'on sait combien sont diverses les maladies suivant les climats , suivant les saisons. C'est par son action que les nuages se forment , que les tempêtes éclatent , que les vents bouleversent l'atmosphère , que les miasmes des marais se dégagent , que la pneumonie règne en hiver , la dyssenterie en été , les affections catarrhales au printemps, les fièvres en automne, que lesphtysiques meurent en plus grand nombre à la chute des feuilles , et que les rhumatisants portent de la flanelle en décembre. Est-ce à dire que de sa marche, de ses révolutions futures , de ses éclipses totales ou partielles , et toujours calculables d'avance., on pourra prédire nos maladies à venir? Nullement. Sur ces données, on ne se hasarderait même pas à pronostiquer une colique , un simple rhume de cerveau. Au contraire , de son état actuel ou de son état passé, on peut déterminer, presque à coup
l62 A'OTES
sur le génie des maladies de la saison suivante. ( Voyez Fustei'j, maladies de la France. )
En ce qui concerne la lune, sans doute son influence est grande dans la formation des marées. Il n'est pas déraisonnable aussi de supposer qu'elle produise quelque chose d'analogue sur l'atmosphère , cette mer fluide de trente lieues de hauteur qui pèse en tout sens sur notre globe.
Suivant le dire d'auteurs sérieux , des bons observateurs, un grand nombre de maladies suivraient dans leur apparition et leur exacerbation les phases de l'astre nocturne : ainsi de la folie, de certaines hémorrhagies , des maladies nerveuses , de beaucoup d'éruptions cutanées, d'où le nom de lunatiques donné aux malades , 2sA7)Viaz0l , Lunaticl. ( Galien , Mead , Pison , Hoffmann , Prosper Martian , vVeffer, Baillou, Murât, Broussonet s etc.) En l'état actuel de nos connaissances,, il n'est permis de rien nier., ni de rien affirmer à ce sujet, d'une manière positive.
C'était surtout dans la production des épidémies, que les médecins du moyen âge faisaient jouer le plus grand rôle à la marche des planètes et à leur conjonction ; tandis que, sous un pareil rapport, l'impuissance de ces astres est la plus manifeste; impuissance que , sur ce point, nous n'hésitons pas à étendre à la lune et jusqu'au soleil lui-même.
Je n'entends parler ici que des grandes épidémies, telles que la peste proprement dite , observée et décrite par Evagre en 45o ; la peste noire du XIVe siècle, et le choléra de nos jours.
Quant aux petites épidémies , aux épidémies partielles, le voisinage des marais ( fièvres intermittentes pernicieuses), les misères de la guerre et l'encombrement des camps ou des hôpitaux (typhus, fièvre muqueuse j dyssenterie) , le règne trop prolongé des saisons froides et humides (affections catarrhales, grippe), toutes ces circonstances ont avec elles des rapports de cause à effet faciles à saisir.
Mais l'agent des grandes épidémies , des épidémies universelles, soit qu'on le cherche, avec Hippocrate , Fernel, Sennert , Ramazzini, dans l'air atmosphérique ; avec Hoffmann, Pringle, dans une chaleur excessive ; avec Rivière , Diemerbroeck , dans un froid rigoureux ; avec d'autres , dans la trop grande sécheresse ; avec Ingrassias , Lepecq de La Clôture, dans des pluies continuelles ; avec M. Noabs Wester., dans l'électricité de l'air , dans l'apparition de quelque comète , dans l'éruption des volcans ; même de notre temps avec Joubert , Chenot, Jackson, Schnurrer, dans l'influence de la lune ; avec Sylvius de Leboë, dans les sels acides et alcalins ; avec Bonet, dans la production de punaises sous les méninges !... avec plus
d'un écrivain sur le choléra asiatique , dans l'existence d'insectes, d'animalcules ; avec M. Hecker, de Berlin, dans un concours indéterminé d'influences telluriques ou cosmiques ; avec M. Fuster, dans une combinaison extraordinaire de causes cosmiques et d'influences morales et politiques ; sous tous ces mots., dont nous masquons notre ignorance , l'agent mystérieux demeure impénétrable , et les grandes épidémies restent comme quelque chose de divi?ij, tq Oeiov., cjuid divinum (Hippocrate), dont la nature et le but nous échappent , et dont, victimes aveugles , nous sommes destinés à ne connaître que les terribles effets , semblables à ces nombreuses hécatombes qui rougissaient de leur sang l'autel expiatoire, sans savoir ni à quels dieux, ni pour quel crime elles étaient immolées.
Deux siècles avant nous , tandis que dans les cieux Saturne et Mars joignaient leurs chars silencieux.
11 s'agit ici de la peste noire du XIVe siècle , la plus formidable épidémie qui ait ravagé le monde. La gan-
grène qu'elle attachait , comme un cachet caractéristique, à chaque organe frappé, lui valut ce nom de peste noire. En Italie, on l'appela la grande mortalité (la mortalega grande. ) .
Elle conserva quelques rapports avec la peste du sixième siècle, tels que la formation de bubons aux aines, de tumeurs aux aisselles; mais ce symptôme fut secondaire, et ne parut qu'assez longtemps après le début de l'épidémie* Elle eut des traits particuliers qui n'avaient pas encore été observés. Une fièvre violente avec hémoptysie tuait dans les trois premiers jours, souvent dans quelques heu^ res , parfois instantanément. Les organes respiratoires étaient atteints d'inflammation gangreneuse ; Tes malades ressentaient de vives douleurs à la poitrine; ils avaient des crachements d'un sang fétide, noirâtre, et leur haleine répandant une odeur empestée soufflait au loin la terreur et la mort.
On vit des mères abandonner et fuir leurs enfants l Il paraissait sur les bras, sur le visage et sur d'autres parties du corps, de petites tumeurs , des pétéchies noires, isolées ou confluentes. Plusieurs malades devenaient comme hébétés, et tombaient dans un sommeil comateux ; ils perdaient aussi la parole par la paralysie de la langue ; d'autres étaient en proie aux anxiétés et h l'insomnie. Le>
ï66 NOTES
pharynx et le larynx devenaient noirs et comme gorgés de sang; la soif inextinguible , les souffrances atroces duraient jusqu'à la mort. Un seul de ces accidents suffisait quelquefois pour tuer , et dans d'autres cas , leur réunion n'empêchait pas de guérir.
Dans l'Occident, le charbon du poumon fut le phénomène prédominant.
Le mal était contagieux, et les animaux le contractaient non moins que l'espèce humaine.
La mortalité fut immense ; la terre perdit le quart ou le tiers de ses habitants.
A Avignon 3 le Pape fut obligé de bénir le Rhône, afin qu'on pût y jeter les morts ; les cimetières ne suffisant plus à les recevoir.
Un rapport présenté au Pape Clément YI élève le chiffre des morts à 42,836,486 , non compris ceux de la Suède, de la Norvège , du Danemark et du Groenland ; car le mal pénétra partout, et l'on vit sur la mer du Nord, comme on l'avait vu sur la mer Méditerranée , des navires, -privés de leurs équipages morts tout entiers de la peste, errer au gré des vents et des flots,, ou venir échouer sur la côte.
Pendant douze ans ^ la peste noire promena la mort sur l'Asie et sur l'Europe ; puis , comme le dit dans sa naïveté une vieille chronique allemande , « après que la
« mortalité, les processions de Flagellants , les pèlerina- « ges à Rome., le massacre des Juifs eurent cessé, le monde « recommença à vivre et à être joyeux , et les hommes se « firent de nouveaux habits. » ( Voyez Cantacuzène , GuydeChauliac, Chaulin de Vinario, médecin à Avignon, Boccace, Pétrarque, Ozanam, et le docteur Hecker, professeur à l'université de Berlin , dont le mémoire sur la peste noire a été analysé dans la Gazette médicale de Paris 8 année i83a ., N° 39. ).
NOTE ITk
......... Et sous un ciel plus doux
L'Arabie et Canope
Canope , Canopus , aujourd'hui Aboukir : ville de la basse Egypte , entre Bouto et Alexandrie ., à l'embouchure d'une branche du IN il dite Canopigue. Les Grecs disaient que cette ville devait son nom au grec Canope ,. pilote de Ménélas. ( Bouillet. )
Et Pelusiaci tam mollis lurba CanopL (^Lucajv..)
Nam qua Pellœi gens fortunata Canopl
Accolit ajfuso stagnantem flumine Nilum. (Virgil.)
Par le nom de Canope , Fracastor désigne ici toute l'Egypte.