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Sirénis , ce vieillard aux regards inspirés. . .
Je n'ai pu découvrir quel était ce Sirénis dont parle Fracastor. Ce qu'il en dit n'est peut-être qu'une fiction astrologique.
Quand le Soleil, du haut des célestes demeures...
Les auteurs du XIVe siècle , Guy de Chauliac entre autres , attribuèrent la peste noire à la conjonction de Saturne , Jupiter et Mars , qui avait eu lieu le 22 Mars
i345, au 14e degré du Verseau, époque où la maladie se déclara en Orient.
Dans Fracastor, l'origine, de la Syphilis se rattache à la conjonction de ces mêmes planètes dans le signe du Cancer.
L'astrologie apparaît ici embellie de tous les charmes de la mythologie , et sous le pinceau du poète , elle force en quelque sorte notre admiration par la richesse et le brillant coloris des vers.
On dirait que Malfilâtre s'est inspiré de ce passage de Fracastor pour écrire la strophe suivante de l'ode : Le soleil fixe au milieu des planètes ;
Ainsi se forment les orbites Que tracent ces globes connus :
Ainsi , dans les bornes prescrites , Volent et Mercure et Vénus.
La Terre suit ; Mars , moins rapide , D'un air sombre s'avance et guide Les pas tardifs de Jupiter ; Et son père, le vieux Saturne, Roule à peine son char nocturne Sur les bords glacés de l'éther.
Je parle en hésitant ; je ne me cache pas Que les difficultés se pressent sous mes pas. . .
Le bon sens pratique , le tact médical de l'auteur du traité des maladies contagieuses apparaissent ici. J'aime à croire qu'il n'avait au fond aucune foi dans les billevesées de l'astrologie.
Mais au milieu des ténèbres où son siècle était plongé , il se trouvait comme serait un homme qui vivrait au sein des tombeaux et parmi les morts , et qui, s'il soulevait la pierre sépulcrale et entrevoyait la clarté du ciel, n'oserait pas sortir du séjour des ombres et marcher seul en avant. C'est ainsi que les grands génies d'Athènes et de Rome , quoiqu'ils entrevissent l'existence d'un seul Dieu , sacrifiaient en public aux idoles. Il en coûta cher à Socrate et à Galilée pour avoir été supérieurs à leur époque. Fontenelle le savait bien; ah ! s'il eut, comme ces hommes illustres , cueilli quelque fruit jusqu'alors ignoré de l'arbre de la science, en Grèce , l'unité de Dieu , en Italie , le mouvement de la terre; comme il aurait, plus que jamais, fermé
SUR LE LIVRE PREMIER. l^I
la main, de crainte d'en laisser échapper ces deux sublimes vérités ! Aussi vécut-il tranquille et mourut-il âgé de cent ans.
Peut-être prémunis par ces tableaux fidèles. . .
Fracastor a deux fois émis l'opinion que la Syphilis devait , dans un temps prochain , disparaître du nombre des maladies régnantes , et que de longs siècles s'écouleraient avant qu'elle vînt de nouveau réclamer sa place dans le cadre déjà si étendu des souffrances humaines.
Il disait en i53o : (Sypliilidis 3 liber i. )
Namque iterum 3 cum fata dabunt , labentibus annis > Tempus erit , cum nocte atra sopita jacebit Interitu data. Mox iterum post secula longa Illa eadem exsurget > cœlumque , aurasque reviset , Atque iterum ventura illam mirabitur œtas.
En i546, il écrivait dans son traité de morbis contagiosis , lib. 11, cap. xn : Hic idem morbus interibit et ex-
tinguetur ; mox etiam et nepotibus ?iostris rursus visenda renascetur. . .
Après lui, ces illusions se sont transmises de médecins en médecins jusqu'à Astruc , qui a été le dernier, je crois, à y avoir foi. Parmi les auteurs qui se sont bercés de ce rêve, on compte Vidus-Vidius en i55o, Musa Brassavole (i55^), Gabriel Fallope (i562), Alexandre Trajan Petronio (i56o). Cette maladie devra 3 dit-il ., s'affaiblir et disparaître j comme un vin trop fort , qui étant coulé deux ou trois fois par une chausse, suivant la méthode des anciens, perd sa force.
Voyez aussi Jérôme Mercurialis en 1570, Alexandre Déodat en 1660, Sydenham en 1680 : {Vegetabilium instar 3 in alienum a patrio solum transplantata , Europœo nostro non perinde lœtatur 3 sed l'an guet in dies etmilioribus phœnomenis fatiscit.), Astruc enfin en 1735.
Nous sommes en 1847- Depuis 35o ans, le vautour Syphilitique ronge les flancs de l'espèce humaine , et il n'est point rassasié. On ne le voit que trop souvent encore mutiler les organes de la génération, dévorer la gorge s détruire les fosses nasales et le nez , s'étendre en vaste ulcère des aines fistuleuses à toute la peau du ventre , gonfler le tissu osseux et le réduire en carie sanieuse , en un mot , faire du corps en lambeaux un squelette vivant, et trans-
former l'être le plus beau de la création en un objet de dégoût et d'horreur pour tous et pour lui-même , au chevet duquel bien souvent , seul , l'homme de l'art veille et combat, impuissant à soustraire par sa science un reste de vie aux coups victorieux de la douleur et de la mort.
Si quelqu'un me taxait d'exagération, qu'il aille interroger les asiles spéciaux ouverts aux Syphilitiques : il n'aura pas fait dix pas dans leurs salles, que le terrible tableau que je viens de tracer s'offrira à lui dans sa hideuse réalité.
Il faut donc encore aujourd'hui dire avec Fernel : Itaque liane luem nisi Deus optimus maximus sua clementia ipse extinguet) aul effrenatum hominum libidineux temperet, nunquam extinctum iri 3 sed fore humano generi comitem et immort a lem crediderim.
Aux lieux où l'Ollius , près du lac Sébinus. . .
L'Ollius , aujourd'hui l'Oglio, rivière du royaume Lombardo-Vénitien , prend sa source dans la province de Bergame, traverse le lac d'Iseo ( autrefois Sébinus) , et joint le Pô sous Borgo-forte , entre l'Adda et le Mincio.
La Cénomanie : Cœnomani , Cénomans , peuple de la Gaule Trans-Alpine ; ils y occupaient le pays qui forma plus tard le Maine oriental ; Vers le IVe siècle avant Jésus- Christ , la plus grande partie des Cénomans fit une invasion en Italie , où ils déplacèrent les Euganei , et s'établirent au nord du Pô , entre l'Adige et l'Adda. Le territoire qu'ils occupèrent correspond à peu près aux légations de Mantoue et de Brescia. (Bouillet.)
L'éclat de son printemps , la fleur de sa jeunesse. . .
On divise aujourd'hui les symptômes de la Syphilis en trois groupes :
i° Syphilis primaire ; période des accidents primitifs, bornés au point sur lequel le virus a été déposé , ulcères locaux j bubons ou adénites , blennorrhagie.
2° Syphilis secondaire ; période d'infection générale , accidents consécutifs se montrant à la peau., aux membranes muqueuses , aux yeux , aux oreilles , etc. atc. tels sont : toutes les éruptions cutanées, Syphilide exanthématique, Syphilide vésiculeuse , Syphilide bulbeuse , Syphilide pustuleuse , Syphilide papuleuse., Syphilide tuberculeuse, taches Syphilitiques (A. Cazenave. ), les rhagades , l'onglade , l'alopécie , la pelade , l'ophtalmie , l'iritis, l'ozène , les ulcères consécutifs , les excroissances , les végétations, le sarcocèle Syphilitique, etc.
3° Syphilis tertiaire : période des accidents constitutionnels les plus graves , du tempérament Syphilitique : elle est
caractérisée par la plupart des symptômes de la seconde période auxquels viennent s'ajouter des tubercules profonds de la peau et des membranes muqueses , des périostoses , des caries , des nécroses , des douleurs ostéocopes nocturnes , intolérables , des contractures musculaires , des tumeurs gommeuses , des dévastations profondes et étendues du tissu osseux et des chairs , etc. etc. ( Classification de M. Ricord. ).
Il y a dix ans à peine , lorsque les malades étaient tombés dans cet état extrême de la Syphilis tertiaire , souvent , après avoir subi plus de traitements par le mercure que n'en affronta le fameux Ulrich de Hutten , et sans plus de succès; après avoir, comme lui ,, mais hélas ! moins heureux , demandé leur salut au gaïac , à la salsepareille , à la squine, au sassafras ; après s'être vainement abreuvés des tisanes de Vinache, de Feltz, de Vigaroux , s'être gorgés de tous les robs à brevet ou sans brevet d'invention , avoir lassé toutes les préparations d'or , ces malades , dis-je , ne trouvaient de refuge à leurs douleurs que dans la mort qu'ils appelaient comme un bienfait. De pareils cas, aussi effrayants que rebelles, n'étaient pas rares; ils faisaient le désespoir de la médecine, lorsqu'un Anglais , le docteur Wallace, de Dublin , expérimenta (de i632 à 1 836. ) contre ces accidents incura-
bles un médicament employé jusques-là , à petite dose ( quelques grains) , contre les scrofules principalement , l'IoDURE de Potassium. Il le donna aux Syphilitiques à la dose de 2 , 3 , 4 grammes par jour., et', en i836, il publia les résultats qu'il en avait obtenus. M. Ricord répéta les essais , et dans ses mains , comme dans celles du médecin de Dublin , l'iodure de potassium se montra héroïque. Sous son influence, les plaies les plus hideuses se cicatrisent, la carie s'arrête., les fistules des os tarissent et se ferment, le squelette vivant répare ses brèches , la mort enfin recule devant l'art. Je ne fais point ici de la poésie, je n'exagère nullement. Si de tels résultats excitent l'enthousiasme , l'admiration , on peut dire que ce n'est là qu'un hommage rendu à la vérité. J'ai dû moi-même à l'iodure de potassium des cures merveilleuses : il fait plus que guérir, il ressuscite.
Cependant , comme tous les heureux et les triomphateurs, l'iodure de potassium a eu des détracteurs. On a dit que son action se bornait à neutraliser les funestes effets du mercure , à réparer les ravages qu'il exerce sur le corps humain ; on lui a refusé tout pouvoir contre la Syphilis elle-même. L'iodure n'a tenu compte de ces calomnies ; il a marché 3 il a guéri.
Pour mon compte , je l'ai vu , dans ma pratique ,
triompher de Syphilis tertiaires désespérées, où , par un incroyable hasard et un rare concours de circonstances , pas un atome de mercure n'avait été administré.
Sans doute l'infortuné jeune homme des bords de l'Ollius n'aurait pas succombé, si ce précieux remède eût été connu de Fracastor et des médecins de la Cénomanie.
M. Wallace est mort en Janvier 1839. Son nom restera attaché à l'une des plus belles conquêtes de la thérapeutique moderne , et sera placé à côté de ceux des bienfaiteurs de l'humanité. A M. Ricord aussi doit revenir une large part d'honneur , pour avoir introduit et popularisé en France l'iodure de potassium.
Dis , Parthénope , dis le meurtre de tes rois , Du joug de l'étranger tes fils traînant le poids. . .
Parthénope , Sirène qui devint éprise d'Ulysse ; dédaignée de ce prince, elle se précipita dans la mer, près du lieu où fut bâti Naples, qui dans l'origine porta le nom de Parthénope.
In otia nata
Parthenope (Ovide).
Parthenopeia dextra
Mœnla deseru.it. . . (Ovide.)
Dans les divers passages de la fin de ce chant., Fracastor fait allusion aux guerres des Français en Italie, sous Louis XII ; à la conquête du royaume de Naples , du Milanais et de l'État de Gênes (i5oi.); à la ligue de Cambrai formée contre Venise entre le roi d'Espagne, le roi de France, l'empereur d'Allemagne, le pape Jules II, le duc de Ferrare et le marquis de Mantoue (10 Décembre i5o8) ; à la bataille d'Agnadel , livrée sur les bords de l'Adda (17 Mai i5og); aux démêlés sanglants de l'empereur d'Allemagne, Maximilien I, avec Venise; à la victoire de Ravenne remportée en i5i2 par le jeune Gaston de Foix sur les troupes de la Sainte-Ligue , organisée contre la France par ce même Jules II s et dans laquelle entrèrent Venise , Ferdinand 3 Henri VIII et les Suisses.
Plus tard , les Français perdirent la bataille de Guinegatte (Journée des Eperons) contre les Suisses, et celle de Novarre contre les Impériaux (i 5 1 3).
La république de Venise se couvrit de gloire en défendant Padoue contre Maximilien , et en le forçant de lever
le siège qu'il avait mis devant cette place. Sous le nom d'Euganéens , Fracastor désigne les Vénitiens.
Avant l'heure ravi , Marc-Antoine succombe. . .
Marcus Antonius Turrianus , Marc-Antoine de Latour ( M. A. délia Torre), de Vérone , cultiva avec succès la médecine et la poésie. Il mourut dans un âge peu avancé. Sa perte paraît avoir inspiré un chagrin profond à Fracastor. Les regrets touchants que donne le poète à son malheureux ami qui succombe et disparaît avant l'heure au milieu de la tourmente publique , ce cri de douleur si plein d'émotion et d'éloquence, ce sombre mélange d'un deuil personnel , intime , au deuil général , au deuil de la patrie, ajoute encore à la tristesse , au pathétique de ce magnifique tableau de l'Italie vaincue, conquise, dévastée par la guerre et les maladies., réduite à la dernière extrémité.
Catulle , dont Fracastor évoque ici les mânes., était né à Vérone 3 l'an 86 avant Jésus-Christ.
SUR LE LIVRE PREMIER. î8l
Fracastor a composé en outre , in obitu M. Antonil Turriani Veronensis s un petit poème ad Joannem B api islam Turrianum fratrem. On le trouve dans le recueil de ses œuvres. Voici les vers qui le terminent :
O fortunatam nimium 3 tristem ante senectam
Carpelle iter cœli cui potuisse datum est ! Quas syrtes 3 quos et scopulos post terga relinquis,
Marce ! tibi a quanto est salva carina mari ! Fortunate iterum , tu non incommoda vitœ
Passus adliuCj, non quœ plurima habet senium > Sed dulces inter Musas 3 et Apollinis artes
Forlunaia nimis vita peracta tibi est.
I , decus Ausoniœ juvenis j, numeroque deorum
Te immisce j, culta estjam tibi terra satis. lila tuum s dum sidéra erunt , dum flumina current ,
Nomen in astra memor } et benefacta fer et.
Mm DES NOTES DU LIVRE PREMIER.
SYPHILIDIS