‹ La syphilisChapitre 5 sur 9 · LIBER SECUNDUS · texte numérisé non relu

LIBER SECUNDUS

Nunc âge , quse vitœ ratio , quse cura adhibenda Perniciem adversus tantam , quid tempore quoque Conveniat (nostri quse pars est altéra cœpti) Expédiant, et miranda hominum comperta docebo=

Quippe nova eu m re attoniti, multa irrita primum

J'ai mesuré du mal la force et l'étendue ;

Je vais , poursuivant l'œuvre un instant suspendue ,

Dire par quel régime et dans quelle saison

Il convient d'attaquer ce terrible poison :

Mes vers révéleront par quelles découvertes

Du monde décimé l'homme arrêta les pertes.

Aux progrès du fléau sans cesse menaçant

Tentassent, tamen angustis solertia major In rébus , crescensque usu experientia longo Evicere : datumque homini protendere longe ÀuxJlia , et certis pestem compescere vinclis , Victorem et sese claras attollere in auras.

Credo equidem et qusedam nobis divinitus esse Inventa , ignaros fatis ducentibus ipsis. Nain , quanquam fera tempestas, et iniqua fuerunt Sidéra, non tamen omnino prœsentia divum Abfuit a nobis, placidi et clementia cœli. Si morbum insolitum , si dura et tristia bella Vidimus , et sparsos dominorum caede pénates , Oppidaque, incensasque urbes, subversaque régna. Et templa , et raptis temerata altaria sacris : Flumina dejectas si perrumpentia ripas Evertere sata , et mediis nemora eruta in undis , Et pecora , et domini , correptaque rura natarunt : Obseditque inimica ipsas penuria terras : Hsec eadem tamen, haec aetas (quod fata negarunt Antiquis) totum potuit sulcare carinis

On n'opposa d'abord qu'un obstacle impuissant. Mais avec le danger s'accrurent les ressources ; L'expérience ouvrit de plus heureuses sources ; A ses constants efforts , à ses nombreux essais Elle sut attacher de glorieux succès ; Et du dieu d'Epidaure étendant le domaine , Enchaîner l'hydre aux pieds de la science humaine.

Nul doute qu'en secret dirigeant nos travaux

Les destins n'aient pour nous créé des champs nouveaux. . .

Aux astres malfaisants , aux fureurs des tempêtes ,

Non , les dieux pour toujours n'ont point livré nos têtes ;

Non , sans retour le ciel ne nous fut pas fermé.

Si notre siècle a vu , par la guerre semé ,

Dans nos cités en deuil un mal étrange naître ,

Les Pénates nager dans le sang de leur maître ,

Des royaumes détruits , des trônes renversés ,

De nos temples souillés les autels dispersés ,

Nos fleuves , s'élançant de leurs rives profondes ,

Entraîner les moissons , les forêts dans leurs ondes ,

Des hommes , des troupeaux les cadavres épars

Dans les champs submergés flotter de toutes parts,

Et la stérilité sous sa main sèche et vide

Id Pelagi , immensum quocl circuit Amphitrite. INec visum satis extremo ex Atlante repostos Hesperidumpenetrare sinus, Prassumquesub arcto Inspectare alia , praeruptaque littora Rhapti , Atque Arabo advehere , et Garmano ex sequore merces, Aurorse sed itum in populos Titanidis usque est Supra Indum , Gangemque supra , qua terminus olim Catygare noti orbis erat : superata Cyambe , Et dites ebeno , et felices macère sylvse. Denique et a nostro diversum gentibus orbem , Diversum cœlo , et clarum majoribus astris Remigio audaci attigimus , ducentibus et dis. Vidimus et vatem egregium , cui pulchra canenti Parthenope , placidusque cavo Sebethus ab antro Plauserunt , umbrseque sacri manesque Maronis, Qui magnos stellarum orbes cantavit , et liortos Hesperidum, cœlique omnes variabilis oras.

Transformer nos guérets en un désert aride ; Le même siècle a vu , vainqueurs des flots amers , Nos vaisseaux conquérir l'immensité des mers , Et reculant la borne à nos ayeux prescrite Sillonner en tout sens l'empire d'Amphitrite. G'était trop peu pour lui que d'avoir découvert Le groupe fortuné des îles du Cap-Vert1 , Du Prasson2 près du pôle affronté les orages , Exploré du Raptus 3 les abruptes rivages , Reçu de l'Yémen û des dons inattendus , Et par delà le Gange et par delà ITndus , De l'univers connu refoulé la barrière Jusqu'aux lieux où Phébus commence sa carrière , Plus loin que la Cyambe 5 et plus loin que les bords Où l'ébène au macer ajoute ses trésors. Il a vu, sous la main du dieu qui les seconde, Nos hardis matelots aborder dans un monde Si différent du nôtre et par ses habitants , Et par son ciel semé de feux plus éclatants. Il a vu Parthénope et le dieu de Sébèthe 6 Tressaillir à la voix d'un immortel poète , (*) Et l'ombre de Virgile applaudir à ses chants :

(*) Jacques Sannazar.

Te vero ut taceam , atque alios , quos fama futura Post mutos cineres , quos et venieiitia secla Antiquis conferre volent, at , Bembe, tacendus Inter dona deum nobis data non erit unquam Magnanimus Léo , quo Latium , quo maxima Roma Attollit caput alta , paterque ex aggere Tibris Assurgit, Romseque fremens gratatur ovanti. Cujus ab auspiciis jam nunc mala sidéra mundo Cessere , et laeto régnât jam Jupiter orbe, Puraque pacatum diffundit lumina cœlura.

Unus , qui serumnas post tôt , longosque labores, Dulcia jam profugas revocavit ad otia Musas , Et leges Latio antiquas , rectumque , piumque Restituit : qui justa animo jam concipit arma Pro re Romana , pro relligione deorum.

Unde etiam Euphrates , etiam late ostia Nili , Et tantum Euxini nomen tremit unda refusi , Atque iEgaea suos confugit Doris in Isthmos.

LA SYPHILIS. igi

Virgile dont la Muse ennoblissait nos champs,

Et peignait à grands traits les biens et les désastres

Que répandent sur nous les saisons et les astres.

Ah ! si Bembo , s' armant de son humilité ,

Me force à taire un nom dont la célébrité

Un jour des plus grands noms égalera le lustre ,

Que le tien de mon cœur s'échappe , prince illustre,

Magnanime Léon ! ô toi , don précieux

Qu'à la terre éplorée ont accordé les cieux !

Le Tibre heureux murmure à Rome triomphante

Les miracles soudains que ton génie enfante ;

Les astres ennemis , loin de nous écartés ,

Cèdent à ton empire , et de douces clartés

De la paix dans le ciel font luire le présage ;

Dans nos murs ; à l'abri du trouble et de l'orage ,

Les Muses qui fuyaient retournent à ta voix ;

Tu rends au Latium la justice et les lois ;

Pour la cause de dieux 7 , pour l'honneur de la terre,

A peine as-tu donné le signal de la guerre ,

Qu'à ton nom seul l'Euphrate , et le Nil , et l'Euxin

Sentent leurs flots tremblants défaillir dans leur sein,

Et que la mer Egée, en fuyant ton atteinte,

Ergo , alii dum tanta canent , dumque illius acta Inclyta component , dum forte accingeris et tu Condere, et seternis victurum intexere chartis , Nos , quos fata voeant haud tanta ad munera , lusus ïnceptos, quantum tenuis fert Musa , sequamur.

Principio , quoniam affecti non sanguinis una Est ratio , tibi sit morbo spes major in illo , Sanguine qui insedit puro : verum , quibus atra Bile tument , spissoque résultant sanguine venœ , Major in is labor est , pestisque tenacius hseret. Quare opéra? pretium est validis atque acribus uti Omnibus lios contra , miseris nec parcere membris. Quin etiam meliora sibi promittere cuncta ïlle potest , qui principiis novisse sub ipsis Serpentem tacite valuit per viscera labem. Namque , ubi pasta diu , vires per pabula longa Auxerit , et jam se vitium firmaverit intra , Heu ! quanto tibi libertas speranda labore est ! Ergo omnera impendens operam te opponere parvis

LA SYPHILIS. iq3

Court cacher dans son isthme et sa honte et sa crainte.

D'autres célébreront ces mémorables faits ; Ma Muse à le tenter fléchirait sous le faix. Puisse Bembo lui-même , y consacrant ses veilles , Dans un livre immortel en tracer les merveilles ; Tandis qu'à ma faiblesse abaissant mon discours , D'un plus humble travail , moi , je reprends le cours.

Du sang 8 , dès le début , constate la nature :

Celui qui te présente une qualité pure

D'un avenir meilleur doit te donner l'espoir.

La veine roule-t-elle un sang impur et noir ,

Le corps est-il enflé par une épaisse bile ,

Le péril est plus grand , la cure moins facile.

Arme-toi dans ce cas des agents les plus forts ;

Sous leurs coups ne crains pas de fatiguer le corps.

Hâte-toi , le succès couronnera tes peines

Si, plus prompt que le mal, alors que dans les veines

Il se glisse , ton art sait , en le devançant ,

Etouffer dans son nid le reptile naissant.

Car , attaché longtemps aux flancs de sa victime,

Si le mal y grandit , l'envahit et l'opprime ,

Principiis , memorique aninio hsecprœcepta reconde.

In priinis ego non omni te assnescere cœlo Exhorter : fuge perpetuo quod flatur ab austro, Quod cœno , immundaeque grave est sudore paludis. Protenti potins campi mihi- liber et agri Tractus , et apricis piaceant in collibus aurse, Et molles zephiri , pulsusque aquilonibus aer.

Hic (jnbeo) tibi nullà quies, nulla otia sunto ; Rampe moras , agita assiduis venatibus apros Impiger , assiduis agita venatibus ursos. Nec tibi sit labor aerii cursu ardua montis Vincenti , rapidum in valles deflectere cervum , Et longa lustrare altos indagine saltus. Vidi ego ssepe malum, qui jam sudoribus omne Finisset, sylvisque luem liquisset in altis. Sed nec turpe puta dextram summittere aratro , Et longum trahere incurvo sub vomere sulcum

LA SYPHILIS. ig!)

Que d'efforts pour le vaincre et quels rudes combats ! . . D'un regard attentif guettant ses premiers pas , Et prêt à l'attaquer , grave dans ta mémoire Les règles qui devront t'assurer la victoire.

D'abord , pour ton séjour , garde-toi de ces lieux Constamment attristés par l'Auster pluvieux ; Fuis les terrains fangeux, fuis les marais immondes , Viens aux lieux élevés ,* viens aux terres fécondes; Demande à la colline et l'air et le soleil ; Là sont les doux zéphirs , là , sous un ciel vermeil , L'air que bat l'aquilon va s' épurant sans cesse.

Loin de toi le repos , loin de toi la paresse.

Aussi prompt que la meute , ardent comme elle, cours

Forcer dans les taillis le sanglier et l'ours ;

Jusqu'au sommet du mont qui se perd dans les nues

Ouvre devant tes pas des routes inconnues ;

Dans le creux des vallons , dans l'épaisseur des bois

Un cerf se cache-t-il , cours le mettre aux abois.

J'ai vu souvent le mal , quand la sueur ruisselle ,

Céder , et dans les airs s'évaporer comme elle.

Loin d'écarter de toi le soc et l'aiguillon ,

]Ç)6 SYPHILJS.

Neve bidente sol uni , et duras proscindere glebas, Et valida aeriam quercum exturbare bipenni , Atque imis altam eruere ab radicibus ornum. Quin etiam , exercere domi quo te quoque possis , Parvam mane pilam versa mihi , vespere versa , Et saltu , et dura potes exsudare pakestra. Vince malum : nec te fallat, quod desidis oti Assidue desiderium , lectique sequetur.

Tu lecto ne crede , gravi ne*crede sopori. His alitur vitium , et placide* sub imagine pacis Decipit p e dulcique trahit fomenta quiète.

Neenon interea effugito quae tristia mentem Sollicitant; procul esse jubé curasque, metumque Pallentem , ultricesque iras , omnemque Minervse Addictum studiis animum ; sed carmina , sed te Délectent juvenumque chori , mixtseque puelhe.

Au joug soumets les bœufs , ouvre un riche sillon ;

Arme-toi de la houe, et que ses coups rapides

Brisent le sol ingrat et les glèbes arides.

Un chêne élève aux cieux l'orgueil de ses rameaux ,

Qu'il tombe sous ta hache , et que les vieux ormeaux

Sous le fer sans pitié qui tranche leur racine

Couvrent au loin les champs de leur vaste ruine

Tristement au logis ne va pas t'engourdir ;

J'y voudrais sous ta main voir la paume bondir.

De la lutte et du saut que le rude exercice

Inonde aussi ton front d'une sueur propice.

Tu dois dompter le mal; à ton corps moins dispos

Les fatigues en vain conseillent le repos ;

En vain le lit t'appelle , il faut qu'il reste vide ;

Fuis un calme fatal , fuis un sommeil perfide ;

Toute trêve est un piège où trompant ton effort

L'ennemi se ranime et se dresse plus fort.

Du foyer domestique , où la paix te protège , Ghasse des noirs soucis le dangereux cortège ; Ferme aux soins importuns, à la crainte, au chagrin, A la haine, au courroux ton cœur calme et serein. Laisse les longs travaux , l'étude opiniâtre

Parce tamen Veneri, mollesque ante omnia vita Concubitus , nihil est nocuum magis : odit et ipsa Pulchra Venus , tenerœ contagem odere puellae.

Qaod sequitur, victus ratio tibi maximahabenda est ; Nec sitcura tibi , neve observantia major. Principio, quoscumque amnes, quoscumque paludes, Quosque lacus liquidi pascunt, quosque œquora pisces, Omne genus procul amoveo. Sunt, quos tamen usus Liberius , cum res cogit , concedere possit. Omnibus his est alba caro , non dura tenaxque , Quospetrse et fluviorum adversa marisque fatigant. Taies nant pelago phycides , rutilseque per undas Auratse , gobiique , et amantes saxea percse. Talis dulcifluum fluviorum scarus ad ora , Solus saxainter , depastas ruminât herbas.

Pour les jeux de la scène ou la danse folâtre. Là , le charme des vers , là , de riants tableaux A ton esprit distrait versent l'oubli des maux. Exile les amours de ta couche déserte, Fuis l'autel de Vénus : Vénus serait ta perte. Ton amante , immolée à tes embrassements , Échangerait sa foi contre de longs tourments.

Je dois te dire aussi de quel triste régime

Il faut qu'incessamment le joug de fer t'opprime.

J'interdis tout poisson , d'un lac ou d'un étang ,

D'un fleuve ou de la mer indigeste habitant.

Il en est cependant que l'on pourrait permettre ,

Si la nécessité l'exigeait , ceux peut-être

Dont la chair blanche et tendre offre un mets pi us léger,

Qui sur un lit pierreux se plaisent à nager ,

Ou remontent le cours d'une onde tourmentée ;

Le goujon , la dorade à l'écaillé argentée ,

La phycide , la perche amante des rochers ,

Et le scarus 9 qui seul , au dire des nochers ,

Fréquentant les abords des fleuves , y rumine

L'aliment qu'il emprunte à quelque herbe marine.

Sedneque, quae stagnis volucres, quaequeaninibusaltis Degere amant, liquidisquecibumperquirere in undis, Laudarim : tibi pinguis anas, tibi crudior anser Vitetur , potiusque vigil Capitolia servet : Viteturque gravi coturnix tarda sagina. Tu teneros lactés , tu pandas abdomina porcae , Porcae heu ! terga fuge , et lumbis ne vescere aprinis , Venatu quamvis toties confeceris apros.

Quin neque te cru du s cucumis , non tubera captent , Neve fameni cinara , bulbisve salacibus expie. Non placeat mihi lactis amor, non usus aceti , Non fumosa mero spumantia pocula Baccho , Qualia Cyrnei colles , campique Falerni,, Et Pucinus ager mittunt : aut qualia nostris Rhetica dat parvo de collibus uva racemo. Nempe Sabina magis placeant , dilutaque tellus Quae tulit , et multo domuerunt Naiades amne,

LJL. SÏPH1L1S. 20 S

Je te signalerai comme étant défendus

Les oiseaux de marais qui , chasseurs assidus ,

A de stagnantes eaux vont dérobant leur proie ;

Abstiens-toi de canard , surtout rejette l'oie ,

Sauveur du Capitole elle y doit vivre en paix :

Leur chair est trop compacte et leur sang trop épais.

Sans regret , loin de toi laisse émigrer les cailles ;

Repousse au loin du porc les flancs et les entrailles ;

Au fougueux sanglier va porter le trépas ,

Mais qu'il soit pour longtemps banni de tes repas.

Redoute l'artichaut , la truffe provocante ,

Le concombre et l'oignon à la saveur piquante,

Du régime prescrit exécutant la loi ,

Du vinaigre et du lait sache éviter l'emploi.

Garde-toi de verser dans ta coupe fumante 10

D'un vin trop généreux la liqueur écumante 1

Le Pucin pétillant , le Falerne mousseux ,

Celui qu'à nos festins fournit la Corse , et ceux

Dont la grappe nous vint de la Rhétie , et porte

Dans des grains si petits une flamme si forte.

Mais tu pourras sans crainte user du vin léger

Que t'offre la Sabine , et boire sans danger

At , tibi si ex horto victus , mensœque deorum Suntanimo, atque olerumsimplexetinemptavoluptas , Non montée virides , non lseta sisymbria desunt , Intybaque , et toto florentes frigore sonchi , Et sia fontanis semper gaudentia rivis , Et thymbrae siiaves, et odoriferae calaminthae. Laeta meliphylla , et riguo buglossus ab horto Garpantur , plenisque ferax eracula palmis , Atque olus, atque rumex , et saisi gramina crithmi. Ipsa lupum dumeta ferent : hinc collige primos Asparagos , albae asparagos hinc collige vitis , Gum nondum explicuit ramos , umbracula nondum Texuit , et virides jussit pend ère corymbos. Singula sed longum est , nec percensere necesse , Jamque aliud vocor ad munus , juvat in nova Musas Naturse nemora Aoniis deducere ab umbris : Unde mihi si non e lauro intexere fronti Serta volent , tantaque caput cinxisse corona , At saltem , ob servata hominum tôt millia , dignum Censueriiit querna redimiri tempora fronde.

Ceux où quelque Naïade a , par son eau prudente , Amorti de Bacchus la liqueur trop ardente.

Plus frugal en tes goûts 11, plus sage en tes penchants,

Tu dois borner tes mets aux simples fruits des champs;

Songe que des dieux même ils firent les délices.

Les menthes , le cresson , les suaves mélisses ,

La buglosse , le thymbre et le doux calament

Peuvent ainsi t'offrir un salubre aliment.

Cueille la chicorée errante dans nos plaines ,

La berle qui se plaît sur le bord des fontaines ,

La roquette , l'oseille et les épinards verds ,

Le laitron qui fleurit au milieu des hivers ,

Et les bourgeons salés que parmi la bruyère

Dans des fentes de roc jette la percepierre.

Aux buissons épineux , aux humides coteaux

Demande du houblon les rejetons nouveaux ;

Surprends-y la bryone , avant qu'elle y répande

Les rameaux tortueux de sa tige plus grande ,

Avant que dans la grappe étalée à tes yeux

Se soient développés des sucs pernicieux.

D'autres plantes encor ; . . mais le temps, mais leur nombre.

A regret tout me force à les laisser dans l'ombre.

Vere novo , si quem morbus tenet , aut et in ipsa Autumno , si firma setas , si sanguis abundat , Regalem, mediamvelacerti incidere venam Proderit , atque extra fœdatum haurire cruorem. Praeterea , quocumque habeat te tempore pestis , Corruptum humorem , et contagem educere turpem Ne pigeât, facilique luem deponere ab alvo : . Ante tamen ducenda para : concreta résolve, Etcrassa atténua , et lento re tenacia frange.

Oui , vers d'autres objets je me sens entraîné ; Et les Muses, quittant leur vallon fortuné, Ont hâte de m'ouvrir , par une route sûre , Des bois vierges encore où m'attend la nature. Si leur rare faveur à des travaux plus grands Réserve du laurier les honneurs enivrants , Alors qu'environné de craintes légitimes Je lutte pour sauver des milliers de victimes , Puisse au moins , de mon cœur justifiant les vœux , La couronne de chêne 12 ombrager mes cheveux !

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Quand le mal au printemps éclate 13 , ou dans l'automne ,

Si l'âge est florissant et si le sang bouillonne ,

Que le réseau veineux soit par toi dépouillé

Du cruor corrompu dont ton corps est souillé.

Ouvre la médiane, ouvre la basilique ;

Aussitôt, par l'emploi de quelque heureux drastique

Seconde ces moyens , et qu'en toute saison

Ils aident à chasser le germe du poison.

Mais pour qu'ainsi, traquée aux flancs qui l'ont reçue,

La contagion trouve une facile issue ,

D'incisives boissons le généreux secours ,

Des humeurs , avant tout, doit préparer le cours.

2o6 SYPHILIS.

Ergo coryci unique thymum sit cura , thymumque Pamphylium , thymbrse similis qui durior exit , Prima tibi coxisse , lupique volubile gramen , Fœniculumque, apiumque, et amari germina capni. His polyporum hirtos imitata filicula cirros Additur , et lymphis tangi renuens adiantus : His stérile asplenum , his pictam phyllitida junge : Quorum ubi decoctum per multis ante diebus Ebiberis , crudumque humorem incoxeris omnem , Tum scilla medicare acri , et colocynthide amara , Helleboroque gravi, nec non qu.se in littore surgens, Qualudit maris unda , ter evariata colorem, Ter flores mutata die rem nomine signât , Herba potens radiée , suum cui zinziber adde : Adde etiam anguineum cucumim , nabathseaque thura , IVtyrrhamque, bdelenque, ammoniacique liquorem , Et lacrymam panaceam, et dulei colchica bulbo.

LA SYPHILIS. 2<r

Je veux donc qu'avec soin d'abord ta main allie u,

Dans l'onde qui bouillonne , au thym de Pamphylie,

Au thym de Crète, à Tache, au fenouil excitant,

Au houblon dont la tige en spirale s'étend ,

Aux rejetons amers de l'humble fumeterre,

D'autres trésors que l'art peut ravir à la terre :

La capillaire au sein vierge d'humidité,

Le cétérach honteux de sa stérilité,

L'étrange iîlicule au polype pareille ,

Et la langue de cerf dont la feuille est vermeille.

Par l'ébullition leurs sucs seront extraits ;

Que ta lèvre souvent s'en abreuve à longs traits ;

Et lorsque des humeurs la masse corrompue

Te semblera par eux délayée et rompue ,

Invoque sans retard des agents plus actifs :

La gingembre , la scille aux sucs apéritifs ,

La coloquinte arrière et l'ellébore antique ,

Le turbith dont on A^oit la racine énergique

Croître au bord de la mer, et la changeante fleur,

Trois fois pendant le jour , varier de couleur.

Ajoutes-y l'encens, la myrrhe d'Arabie ,

L'opoponax du Nil , la gomme de Lybie ,

2o8 SYPHILIS,

His actis , si forte tibi frigentia corda Et molles animi fuerint , nec acerba placebit In primis tentare , brevique extinguere pestem , Sed placidis agere , et per tempora lenibus uti , Tum superest tibi cura animum ad fomenta relicta Vertere , contagisque ad tenuia semina csecse , Illa quidem consueta modis inserpere miris. Profuerint igitur , quaeque exsiccantia , quseque Marcori resinosa soient obsistere putri : Taies sunt myrrhse lacrymse , sunt talia thura , Cedrusque, aspalathusque , immortalisquecupressus. Et bene cum calamo spirans redolente cyperus. Ergo nec desint casia? , nec desit amomum , Macerve , agalocumve tibi , neccinnama odora. Est etiam in pratis illud , juxtaque paludes Scordion, omnigenis quod tantum obstare venenis, Contagique solet , parvo quserenda labore Herba tibi : viret ipsa comis imitata chamaedrim , Flore rubens, referensque alli cnm voce saporem. Aurora nascente hajns frondemque comantem

IA SYPHILIS. 2Ôt)

Le visqueux bdellium , le colchique squammeux , Et les sauvages fruits du concombre rameux.

Cela fait, si ton cœur se glace en ta poitrine 15 ,

De ton corps chancelant si la force décline ,

Si tu crains d'aborder les remèdes puissants

Et prompts à triompher de ravages récents ,

Si tu voulais enfin par degrés , sans secousse,

Suivre le cours plus lent d'une cure plus douce ,

Souviens-toi que le mal sous des chemins secrets

Dissimule souvent ses terribles progrès ,

Et qu'il faut qu'avec soin sa semence cachée

De tout organe soit à jamais arrachée.

Ce sont les résineux que tu dois employer ;

Par eux tu combattras le putride foyer :

L'encens t'offre sa poudre et la myrrhe ses larmes ,

L'aspalat, le souchet leurs parfums pleins de charmes,

Le cèdre sa résine et le cyprès ses noix ,

Le macer son écorce et l'aloès son bois.

A l'ardente canelle emprunte son arôme ,

Sa tige au cassia , ses fruits au cardamome.

Tu peux , plus près de toi , sur le bord des marais ,

Dans la prairie humide , aux lieux sombres et frais ,

Radicesque coque , atque haustu te prolue largo.

Secl neque carminibus neglecta silebere nostris, Hesperid um decus , et Medarum gloria , citre , Silvarum : si forte , sacris cantata poetis , Parte quoque hac medicam non dedignabere Musam, Sic tibi sit semper viridis coma , semper opaca , Semper flore novo redolens : sis semper onusta Per viridem pomis silvam pendentibus aureis. Ergo , ubi nitendum est caecîs te opponere morbi Seminibus , vi mira arbor cithereia praestat. Quippe illam Citherea , suum dum plorat Adonim , Munere donavit multo , et virtutibus auxit.

Cueillir le scordion dont la vertu conjure Les poisons et les maux nés d'une source impure. Par sa tige rampante et par ses rouges fleurs, Il a du chamédrys le port et les couleurs ; Sa feuille et sa racine avant l'aube amassées , Tout empreintes encor d'odeurs alliacées , Devront sur un feu doux bouillir à vase clos , Afin que leur liqueur t'abreuve à larges flots.

Ornement de l'Espagne , orgueil de l'Italie ,

Citronnier, ne crains pas que ma Muse t'oublie.

D'autres t'ont célébré dans des vers plus parfaits ,

Je consacre les miens à louer tes bienfaits.

Si tu daignes sourire à l'enfant d'Epidaure ,

Fassent les immortels que plus superbe encore

Ton front soit couronné de rameaux toujours verts ,

Et que tes bras , de fleurs incessamment couverts ,

De suaves parfums inondent l'atmosphère ,

Et sous le poids des fruits s'inclinent jusqu'à terre!

Arbre aimé de Vénus , alors que sourdement

Le mal dans chaque organe a jeté son ferment ,

L'art emprunte à tes fruits de merveilleuses armes.

Lorsqu'Adonis mourant lui coûta tant de larmes ,

Quorumdam inventum est, vitreiintra concavavasis, Cui eollum oblongum est , venter turgescit in orbem, Aut hedera? folia , aut Ida mittente maniplos Dictami , illyricamve irim , rhamnive nigrantem Radicem , aut inulas coquere : in sublime solutus Effértur vapor , et tennis vacua omnia complet : Ast , ubi frigenti occursavit ab aère vitro , Cogitur , et rorem liquidus densatur in udum , Decurritque vagis per aperta canalia rivis. Distillantis aqua3 cyathum sub lumina prima Luciferi potare jubent , stratisque parare Sudorem : nec certe ab re : vis utilis olli est Reliquias morbi tenues dispergere in auras.

Oui , Vénus renferma sous ton écorce d'or D'énergiques vertus le céleste trésor.

D'un appareil nouveau j'aime l'heureuse idée : Vois ce vase de verre à la tête coudée , Au col étroit et long, et dont les flancs jadis S'enflèrent par le souffle avec art arrondis. Dans ses flancs que déjà presse une ardente flamme, On dépose le lierre et l'odorant dictame , Le nerprun et l'aunée et l'iris parfumé. Du mélange bientôt par le feu consumé Monte en légers flocons une vapeur humide ; Du globe en un instant elle a rempli le vide ; Mais dès qu'en parcourant sa prison de cristal Elle a senti de l'air le contact glacial , Elle tombe , revêt une forme nouvelle , En gouttes de rosée elle fuit et ruisselle , Serpente, tourbillonne, et par d'étroits canaux Précipite au dehors le bienfait de ses eaux. Tu dois, alors qu'au ciel l'aube sourit à peine , De ces sucs distillés boire une coupe pleine , Et de chauds vêtements empruntant le secours, D'une sueur tardive accélérer le cours.

Interea , si membra dolor convulsa malignus Torqueat , œsipo propera lenire dolorem , Mastichinoque oleo : lentum quibus anseris unguem , Emulsumque potes lini de semine mucum , Narcissumque , inulamque , liquentiaque addere niella , Coryciumque crocum et vilem componere amurcam.

At , fauces atque ora malus si eroserit herpès , Tange nitro , et viridi medicata œrugine limpha Semina inure mala, et serpentem interfice pestem. Verum ipsos ope non alia consumere achores , Urentum quam vi , poteris , quibus addere debes Pingue aliquid , quod secum intus siccantia portet. Hcec eadem , et miseros artus si qua ulcéra pascunt , Tollere , concretosque valebunt solvere callos.

LA SYPHILIS. a:-I 3

Remède simple, doux, mais bien souvent utile Pour atteindre du mal la part la plus subtile.

Dans les convulsions 16 , si le malade en pleurs Se tord sous l'aiguillon d'implacables douleurs , Qu'un Uniment les calme et bientôt les dissipe. Au mastic onctueux tu mêleras l'œsipe, Et la graisse de l'oie au miel limpide et frais ; Que des graines du lin le mucilage épais Au narcisse , à l'aunée avec bonheur s'allie 7 Et que l'huile au safran ajoute encor sa lie.

Dans le cœur des tissus , de même qu'un serpent , Souvent l'ulcère plonge et s'accroît en rampant ; Du nitreet du verdet 17 que la dent corrosive A la gorge , au palais , aussitôt le poursuive. L'ulcère , dont le derme est creusé , veut encor Que le même caustique arrête son essor. Des calus verruqueux il détruit la racine Et des chairs en lambeaux répare la ruine ; Mais pour ce cas, l'axonge et quelque siccatif Auront du tempérer son pouvoir trop actif.

Si vero aut haec nequiequam tentasse videbis , Aut vires animique valent ad fortia quœque , Nec differre cupis , quin te committere acerbis Festines , diramque brevi consumere pestem , Hinc alia inventa expediam , quœ tristia quanto Sunt magis , hoc tanto citius finire labores /Erumnasque mali poterunt : quippe effera labes Inter prima tenax , et multo fomite vivax Nedum se haud vinci placidis et mitibus , at nec Tractari sinit , et mansuescere dura répugnât*

Sunt igitur styracem in primis qui , cinnabarimque ? Et minium, et stimmi agglomérant , et thura minuta, Quorum suffitu pertingunt corpus acerbo , Absumuntque luem miseram , et contagia dira. At vero et partim durum est medicamen et acre , Partim etiam fallax , quo faucibus angit in ipsis Spiritus , eluctansque animam vix continet aegrani.

Dans sa mâle vigueur ton âme impatiente Enfin repousse-t-elle une cure trop lente ? Ou , si tu l'as en vain tentée, et que ton corps, Appelant sans retard des remèdes plus forts , Ait hâte d'étouffer l'hydre qui le dévore : Soit ; connais des agents plus vigoureux encore , Dont la rude énergie en ton sein profané Plus vite absorbera le germe empoisonné. Jl est rare d'ailleurs qu'un mal qui se rallume A de nombreux foyers qu'à la fois il consume , Qui , cruel entre tous , enfonce dans tes flancs Son aiguillon tenace et ses feux si brûlants , Par une prompte fuite abrégeant ton supplice, A de timides coups cède et s'évanouisse.

Plusieurs , pour obtenir des effets plus puissants n f

Mêlent le minium , le cinabre , l'encens ,

Le storax , l'antimoine, et veulent qu'enflammée

Leur poudre sur le corps en caustique fumée

Se dégage, et du mal arrête les progrès.

Ce dangereux moyen , source d'amers regrets ,

Trop souvent, sans succès, dans la gorge râlante

^l8 SYPHILIS.

Quocirca totum ad corpus nenio audeat uti Judice me : certis fortasse erit utile membris , Qua? papulœ informes , chironiaque ulcéra pascunt.

Argent» melius persolvunt omnia vivo Pars major : miranda etenim vis insita in illo est : Sive quod id natum est subito frigusque caloreinque Excipere , unde in se nostrum cito contrahit ignem , Quodqueestcondensum, humoresdissolvit, agitque Fortius , ut candens ferrum flamma acrius urit : Sive acres, unde id constat compagnie mira, Particule nexuque ,suo vinclisque soluta? Introrsum , utpotuere seorsum in corpora ferri , Colliquant concreta , et semina pestis inurunt: Sive aliam vim fata il li , et natura dedere.

Cujus et inventum medicamen minière divum Digressus referam. Quis enim ad miranda deorum

Refoule, en l'oppressant , l'haleine chancelante. Sur le corps tout entier je proscris son emploi. Peut-être pourrait-on , mitigeant cette loi , Choisir une partie , et combattre sur elle Le tubercule informe et l'ulcère rebelle.

Aux yeux du pi us grand nombre enfin, le vif-argent19

De toute guérison est le suprême agent :

Soit que sensible au froid 20 , à la chaleur sensible ,

Il absorbe le feu de cette lèpre horrible ;

Soit que, par son poids lourd, il puisse mieux du corps

Dissoudre les humeurs et les pousser dehors :

(Appliqué sur la plaie ainsi mieux que la flamme

Le fer ardent agit, quand le cas le réclame.)

Ou soit que par ses flots avec art divisés

Il fouille les replis des organes lésés ,

Attache à chaque fibre une acre molécule,

Et des germes du mal se saisisse et les brûle ;

Soit qu'il opère enfin par des ressorts secrets

Que cachent à nos yeux les destins trop discrets.

Muse , pour un instant suspends ici ta course; Dis quelle main divine a révélé la source

2iO SYPHILIS.

Mimera praetereât ! Syriœ nam forte sub altis Vallibus , umbrosi nemora inter glauca salicti , Callirhoe qua fonte sonans decurrit amœno , Fama est cultorem dis sacri agrestibus horti , Cultorem nemorum , sectatoremque ferarum , Ucea labe gravem tanta , dum molle cyperum Et casiam , et silvam late fragrantis amomi Irrigat , ha?c orasse deos , et talia fatum :

Di , quos ipse diu colui , tuque optima tristes , Callirhoe , quae sancta soles depellere morbos , Cui nuper ramosa ferens ego cornu a cervi Aeria victor fîxi capita horrida quercu : Di , mihi crudelem misero si tollere pestem Hanc dabitis , qusè me afflictat noctesque diesque Ipse ego purpureas , ipse albas veris et horti Primitias , vobis violas ? ego lilia vobis

Où gisait inconnu ce métal précieux ; Dis , et de leur bienfait remercions les cieux. Dans un heureux vallon de la Syrie , à l'ombre D'un bois de saules verts , près de la roche sombre Où de Callirhoé les jaillissantes eaux Unissent leur murmure aux plaintes des roseaux , Ilcéus cultivait , formé par ses ancêtres , Des jardins consacrés aux déités champêtres. Il se plaisait à voir les monstres des forêts Abattus sous ses coups ou captifs dans ses rets , A prodiguer les flots de la claire fontaine Aux arbres odorants de son pieux domaine , Lorsque par le fléau tout à coup terrassé., Vers le ciel élevant son front pâle et glacé :

« Dieux ! objets de mon culte 21 , et toi , dont la main sûre Sait calmer la douleur et fermer la blessure , Callirhoé , dit-il , nymphe à qui tant de fois Des cerfs que j'immolai j'ai consacré le bois , Ah ! si par vous j'échappe à ce mal qui m'oppresse , Je veux qu'à vos autels , bienfaisante déesse , Ma main reconnaissante appende , chaque jour, Les fruits les plus vermeils de ce riant séjour ,

Albalegam , primasque rosas , primosque hiacynthos, Vestraque odoratis onerabo altaria sertis. Gramen erat juxta viridans ; sic fatus , ut œstu Fessus erat , viridi desedit graminis herba.

Hic dea , vicino quse sese fonte lavabat , Callirhoe liquido ex antro per lubrica musco Saxa fluens , juveni dulci blandita susurro , Lethaeum immisit somnum , sparsitque sopore Graminea in ripa , et salicum nemus inter opacum : Atque illi visa est sacro se flumine tollens In somnis coram esse , pia et sic voce locuta :

Ilceu , in extremo dis tandem audite labore , Cura mei , tibi nulla salus , quacumque videt sol , Speranda est terram magnam super : hoc tibi pœna? Dat Trivia , et precibus Trivise exoratus Apollo , Ob sacrum jaculo percussum ad flumina cervum, Et nostris affîxa tibi capita horrida truncis. Nam , postquamilla feram exanimem per gramina vidit , Abscisso capite, et sacro sparsa arva cruore ,

Et mariant aux lis la rose et l'hyacinthe , De festons embaumés entoure cette enceinte. » Accablé par les feux d'un soleil dévorant , A ces mots , sur la terre il se couche expirant.

Dans la grotte voisine où la source naissante Fuit parmi des rochers sur la mousse glissante , La déesse entendit sa prière et ses vœux. A la hâte essuyant ses humides cheveux , Elle accourt vers Ilcée étendu sur la rive ; Et le bruit caressant de cette onde plaintive , Et la douce fraîcheur de ces saules épais Portent au malheureux le sommeil et la paix. Il voit Callirhoé doucement lui sourire , Et sur l'aile d'un songe arriver, et lui dire :

« Ilcée , enfin les dieux désarmés par tes pleurs , Les dieux ont pris pitié de tes longues douleurs. Mais sur le vaste sol où le soleil se lève N'espère hélas ! trouver ni remède ni trêve. Tel est le châtiment , telle est la dure loi Que Diane à son frère arracha contre toi , Quand naguères forcé dans sa rapide course

Omnibus ingéniait silvis , dirumque precata est Authori. Oranti Latous tanta sorori Affuit , et pestem misero immisere nefandam Durus uterque tibi : quin , et quacumque videt sol , Interdixit opem : quare tellure sub ima , Si qua salus superest, caeca sub nocte petenda est. Estspecus arboribus tectum,atque horrore verendum, Vicina sub rupe, jovis qua plurima silva Accubat , et raucum reddit coma cedria murmur. Hue , ubi se primis aurora emittet ab undis , Ire para, et nigrantem ipsis in faucibus agnam Mactato supplex, atque:Ops tibi maxima, dic^ hanc, Die , ferio. Nigramtumnoctem , umbrasque silentes , Umbrarumque deos , ignotaque numina , nymphas Et thia venerare , atra? et nidore cupressi.

Un vieux cerf qu'elle aimait vint aux bords de ma source

Tomber , et de son sang lorsque tes javelots ,

Chasseur trop imprudent , firent couler les flots ,

Lorsque le front sacré de l'horrible victime

De mes arbres émus épouvanta la cime.

A l'aspect de ce corps de son chef dépouillé ,

De ce sang répandu sur le gazon souillé ,

Diane, en longs sanglots exhalant sa souffrance ,

A du ciel sur ta tête appelé la vengeance.

Les enfants de Latone , implacables tous deux ,

Ont alors dans ton sein versé ce mal hideux ,

Et juré que partout où s'étend leur empire

Rien ne saurait promettre un terme à ton martyre.

Mais il te reste encor , pour conserver tes jours ,

A pénétrer au fond des ténébreux séjours.

Sous la roche voisine une caverne s'ouvre ,

Cratère plein d'horreur qu'un bois de chênes couvre ;

Là j par les sifflements de ses larges rameaux

Le cèdre chasse au loin l'homme et les animaux.

Demain , avant l'aurore , au seuil de cet abîme ,

Porte une brebis noire , égorge la victime

Et dis : « Grande déesse, Ops 22, mon dernier recours,

« Ops, je t'offre ce sang, Ops, viens à mon secours! »

■ii 6

Hic tibi narranti causam , auxiliumque vocanti Haud aberit dea , quae cœcse in penetralia terrae Deducat te sancta , et opem tibi sedula praestet, Surge, âge , nec vani speciem tibi concipe somni, îlla ego sum , quse culta vago per pinguia fonte Dilabor , dea vicinis tibi cognita ab undis. Sic ait, et se caeruleo cita condidit amne.

Ille autem, ut placidus cessitsopor , omnia laetus Accipit , et nympham precibus veneratur amicam. O sequor, o quocunque vocas pulcherrima fontis Vicini dea, Callirhoe î Tum postera primum Exsurgens aurora suos ubi protulit ortus , Monstratum Jovis in silva sub rupibus altis Antrum ingens petit, et nigrantem tergora primo Vestibulo sistitpecudem, magnaeque trementem

En l'honneur de la nuit , du silence et des ombres Et des dieux inconnus de ces demeures sombres , Pour fléchir leur courroux , tu brûleras après Et les tiges du thye23 et celles du cyprès. »

« Au récit de tes maux une nymphe attendrie , Messagère du ciel que l'infortune prie, Elle-même viendra , te guidant par la main , De l'abîme profond t'ouvrir le noir chemin. Il est temps , lève-toi , ce n'est point un mensonge , C'est la réalité sous le voile du songe. Reconnais-moi , je suis la nymphe dont les flots Baignent de tes jardins le verdoyant enclos. » Elle dit, et se perd dans l'azur de son onde.

Accueillant ce présage où son espoir se fonde ,

Ilcéus aussitôt se réveille , et pressant

De ses tremblantes mains son cœur reconnaissant :

« Douce Callirhoé , vierge divine et belle ,

J'irai , j'irai partout où votre voix m'appelle ! » . . .

De l'aurore suivante à peine le retour

Avait de l'horizon empourpré le contour ,

Que déjà sur le seuil de la caverne , Ilcée ,

MactatOpi:tibique, inquit, egohanc, Opsmaxima, macto. Tuni noctem , noctisque deas , ignota precatur Numina. Jamque simul thyan, atramquè cupressum Urebat , cum vox terrse revoluta cavernis Longe audita sacras nympharum perculit aures : Nympharum, quibus sera solo sunt condita cura. Extemplo commotse omnes , ac cœpta reponunt , Sulphureos forte ut latices , et flumina vivi Argentin mox , unde nitens concresceret aurum , Tractabant, gelidoque prementes fonte coquebant. Centum ignis spissi radios, centum setheris usti , Bis centum concretorum terraque marisque Miscuerant , nostros fugientia semina visus.

At Lipare , Lipare argenti cui semina et auri

Au milieu des rochers dont elle est hérissée , Immole la victime et crie en frémissant : « Ops , grande déesse , Ops, daigne accepter ce sang. » Puis il brûle, en l'honneur de la nuit et des ombres Et des dieux inconnus de ces demeures sombres ,

Le thye et le cyprès Soudain il entendit

Une voix qui d'abîme en abîme bondit

Et courut annoncer , comme un coup de tonnerre ,

Aux nymphes des métaux les ordres de la Terre.

Elles ont tressailli leur bras en vain levé

Retombe abandonnant l'ouvrage inachevé.

Peut-être elles allaient unir des flots de soufre Aux flots du vif-argent qui sillonnent ce goufre, Mélange merveilleux qui dans l'onde plongé Se durcit et bientôt en or pur est changé ; Car elles ont déjà su joindre à l'amalgame Cent rayons d'air brûlé, deux cents rayons de flamme Et mille des produits que la terre et les mers» Recèlent dans des rocs ou sous les flots amers ; Grands et divins secrets ! alliage admirable L OEuvre que nous dérobe un voile impénétrable !

Lipare , cependant , par qui sont préparés

23o SYPHILIS.

Cura data , et sacrum flammis adolere bitumen , Continuo obscurae latebrosa per avia terrée Ucea adit, firmansque animum sic incipit ipsa :

Ilceu (namque tuum nec nomen , nec mihi labes Ignota est , nec quid venias) jam corde timorem Exue , nequicquam non te hue carissima mittit Callirhoe : tibi parta salus tellure sub ima est. Toile animos , et me per opaca silentia terra? Insequere : ipsa adero, et praesenti numine ducam.

Sic ait , et se antro gradiens praemittit opaco.

Ille subit , magnos terra? miratus hiatus ,

Squallentesque situ a?terno , et sine lumine vastas

Speluncas , terramque meantia flumina subter.

Tum Lipare : Hoc quodeumque patet , quam maxima terra est

Hune totum sine luce globum , loca subdita nocti

Dii habitant : imas retinet Proserpina sedes }

Flumina supremas , qua? sacris concita ab antris

In mare per latas abeunt resonantia terras.

In medio dites nymphae , gênera unde metalli ,

LA. syphilis. a3r

Les feux vivifiants des bitumes sacrés , Feux ou l'argent et l'or épurent leurs semences , Lipare , franchissant les souterrains immenses , Accourt vers Ilcéus et lui parle en ces mots :

« Ilcéus , je connais tes desseins et tes maux ; Loin de toi la frayeur ! en cet instant suprême Ce n'est pas vainement qu'une nymphe que j'aime i Callirhoé , promit à tes jours chancelants Un appui que la terre a caché dans ses flancs. A travers le silence et dans la nuit épaisse , Marche d'un pas hardi , tu suis une déesse. »

Elle dit et l'entraîne II sonde avec terreur

De ces gouffres béants la ténébreuse horreur ; Ces fentes de rochers vieilles comme le monde Où des torrents sans nom précipitent leur onde. « Ilcéus , c'est ici que des dieux , loin du jour, Ont au centre du globe établi leur séjour. Proserpine plus bas règne parmi les ombres ; Et plus haut, échappés de leurs cavernes sombres ? Les fleuves se creusant d'innombrables canaux Vomissent dans la mer leurs mugissantes eaux»

yErisque, argentique, aurique nitentis origo : Quarum ego nunc ad te miserans ipsa una sororiuu Ad venio , illa ego , quse venas per montis hiantes , Gallirhoe haud ignota tua? , fumantia mitto Sulphura. Sic ibant terra et caligine tecti. Jamque exaudiri crépitantes sulphure flammse , Conclusique ignés , stridentiaque œra caminis. Idsec regio est late , variis ubi fœta metallis , Virgo ait , est tellus : quorum vos tanta cupido Exercet , superas cœli qui cernitis auras. Hsec loca mille dese caecis habitamus in antris , Nocte dea3 et Tellure satae , queis munera mille , Mille artes. Studium est aliis deducere rivos, Scintillas aliis rimari , et sparsa per omnem Semina tellurem flammarum , ignisque corusci. Materiam miscent aliae , massamque coercent Obicibus , multa et gelidarum inspergine aquarum. Non procul eruptis fumantia tecta caminis jEtnsei Cyclopes habent , versantque coquuntque Vulcano stridente , atque œra sonantia cudunt. Lœva hœc abstrusum per iter via ducat ad illos. Dextera sed sacri fluvii te sistet ad undam , Argento fluitantem undam, vivoque métallo ,

Maintenant de mes sœurs tu parcours le domaine.

Ici nous fabriquons pour l'avarice humaine

Les plus riches métaux : l'airain, l'argent et l'or2û.

Callirhoé vers toi put guider mon essor;

C'est moi qui , dans le sein de sa fontaine heureuse ,

Conduis de nos fourneaux la vapeur sulfureuse. »

Ainsi parlait Lipare Ilcéus rassuré

La suivait et déjà, dans l'abîme sacré

Il entend crépiter le soufre qui bouillonne , Et pétiller l'airain que la flamme environne. « La terre enfante ici les métaux précieux Qu'aux avides mortels avaient cachés les dieux. Comme moi, dit Lipare, ici mille déesses Que la Nuit engendra, préparent ces richesses. A d'éternels travaux nos jours sont consacrés. L'une , de l'onde éparse ouvre les lits secrets ; De feux disséminés recueillant les parcelles , L'autre ajoute aux brasiers de vives étincelles ; Dans le moule avec art par d'autres façonné L'alliage bouillant se fige emprisonné ; Là, tantôt le métal rougit et se consume , Tantôt dans l'eau glacée il plonge , siffle et fume. Près d'ici , de l'Etna grondent les noirs fourneaux >

u34 SYPHILIS.

Unde salus speranda. Et jam aurea tecta subibant , Rorantesque domos spodiis , fuligineque atra Speluncas varie obductas , et sulphure glauco. Janique lacus late undantes , liquidoque fluentes Argento juxta astabant , ripasque tenebant.

Hic tibi tantoruni requies inventa laborum ., Subsequitur Lipare , postquam ter flumine vivo Perfusus , sacra vitium omne reliqueris unda. Sic fatur, simul argenti ter fonte salubri Perfundit , ter virgineis dat flumina palmis Membra super , juvenem toto ter corpore lustrât Mirantem exuvias turpes , et labe maligna Exutos artus , pestemque sub amne relictam. Ergo age? eu m primum cœli te purior aer

LA SYPHILIS. a35

Des enfants de Vùlcain terribles arsenaux

Où dans des tourbillons de fumée et de lave

Le fer sous leurs marteaux obéit en esclave.

De leurs forges à gauche est l'abrupte chemin ;

A droite , ce sentier que t'indique ma main

Nous mène aux bords d'un fleuve où l'onde métallique

Doit fournir à tes maux un remède héroïque. »

Ils arrivent alors en des lieux moins obscurs

Où l'or en longs filons serpente sur les murs ,

Où la tutie 25 humide illuminant la voûte

Scintille sur le soufre et tombe goutte à goutte;

Quand du gouffre autour d'euxl'aspectsoudain changeant;

Un fleuve offre à leurs yeux des flots de vif-argent.

« De ton mal , dit Lipare , enfin voici le terme ; Cours, trop heureux Ilcée , en éteindre le germe Par trois ablutions de ce mouvant métal Qui devant nous étend son opaque cristal. » Aussitôt et trois fois de sa main virginale Puisant le vif-argent comme une onde lustrale f Sur le corps d'Ilcéus par le mal dévoré Elle fait ruisseler le fluide sacré ; Et soudain du virus la hideuse dépouille

a 36 SYPHILIS.

Aceipiet, nitidamque diem , solemque videbis , Sacra para , et castam supplex venerare Dianam , Indigenasque deos , et numina fontis aoiici. Sic virgo , et juvenem tanto pro minière grates Solventem e nocte sethereas educit in oras , Dimittitque alacrèm, atqueoptata inlumina recïHîf

Accepit nova fa m a fidem , populosque per omnes Prodiit haud fallax medicamen : cœptaque primum Misceri argento fluitanti axungia porcse. Mox etiam oricise simul adjuncta est terebinthi , Et laricis résina aeriœ. Sunt qui unguen equinum Ursinumve adliibent , bdelœ, cedrique liquorem., Nonnulli et myrrha? guttas , et mascula tbura Adjiciimt , miniumque rubens, et sulphura viva. Haud vero mihi displiceat , componere si quem Trita melampodia , atque arentem juverit irim , Galbanaque , et lasser graveolens, oleiimqiiesalubre

LA. SYPHILIS. iJ

Se dissout et se perd dans le lac qu'elle souille.

« Maintenant loin de nous , va , sous un ciel d'azur

Retrouver le soleil , respirer un air pur.

Mais que ton premier soin , ta première pensée

Soit d'offrir des présents à Diane offensée ,

Aux chastes déités des souterrains séjours ,

A la nymphe qui t'aime et qui sauva tes jours. »

Ilcée, ivre de joie et de reconnaissance ,

Sur les pas de son guide hors du gouffre s'élance.

L'air inonde son sein , le soleil radieux

Le réchauffe ; il renaît, il rend grâces aux dieux.

Bientôt la renommée à vingt peuples révèle

Le pouvoir qu'en son sein le vif-argent recèle....

Ce liquide métal dans les premiers essais

A l'axonge de porc s'unit avec succès.

On y joignit plus tard et la térébenthine 26,

Ef du melèse altier l'odorante résine.

Quelques-uns à la graisse ou de cheval ou d'ours ,

Aux sucs du bdellium et du cèdre ont recours.

C'est le soufre natif, l'encens mâle , la myrrhe,

Le minium qu'il plaît à d'autres de prescrire.

J'approuve ce mélange, et j'aimerais à voir

Lentisci , atque oleum haudexperti sulphurisignem.

His igitur totum oblinere , atque obducere corpus Ne obscœnum , ne turpe puta : per talia morbus Tollitur , et nihil esse potest obscœnius ipso. Parce tamen capiti , et prsecordia mollia vita. Tum super et vittas astringe , et stuppea necte Vellera : dein stratis tegmento imponere multo , Dum sudes , fœdaeque fluant per corpora guttse. Hsec tibi bis quinis satis est itérasse diebus. Durum erit : at, quicquid poscat res ipsa, ferend um est. Aude animis , tibi certa salus stans limine in ipso Signa dabit : liquefacta mali excrementa videbis Assidue sputo immundo fluitare per ora , Et largum ante pedes^tabi mirabere flumen. Ora tamen fueda erodent ulcuscula : quae tu Lacté fove , et cocto cytini , viridisque ligustri. Tempore non alio generosi pocula Bacchi Annuerim sumenda tibi ? purumque Falernum ,

LA SYPHILIS. Q^q

S'y combiner l'iris et l'ellébore noir , Le galbanum amer et le lacer fétide , Du lentisque rameux le suc doux et fluide Et l'huile que le souffre aura fournie , alors Que la flamme n'a pas altéré ses trésors.

De cette mixtion où ton salut se fonde Etends sur tout le corps une couche profonde. Va , ne crains pas par là te souiller , te salir ; Le mal que tu combats a seul pu t'avilir. Mais dans ces frictions que sagement discrète Ta main sache éviter soit le cœur soit la tête ; Puis , sur tes membres nus que l'étoupe à foison Se roule en bandelette et forme une toison ; Enfin , que sous le poids d'épaisses couvertures La sueur27 sur ton corps coule en gouttes impures. De l'énergique agent renouvelle l'emploi Durant dix jours , le ciel t'en fait la dure loi , Afin que du virus l'humeur moins corrosive , Rejetée à tes pieds dans des flots de salive , Forme une mare immonde où sans crainte tu peux Voir de ta guérison le pronostic heureux. Dans ta bouche 28 pourtant alors tu verras naître

2^o syphims.

Et Chia , et pateris spumantia Rhetica largis.

Sed jam âge vicinse victor gratare saluti : Ultimaadesttibi cura, eademetplacidissima, corpus Abluere , et lustrare artus , ac membra piare Stœchade , amaricinisque comis , et rore marino , Verbenaque sacra , et bene olentibus heracleis.

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