‹ La syphilisChapitre 6 sur 9 · FINIS LIBRI SECUNDI · texte numérisé non relu

FINIS LIBRI SECUNDI

LA SYPHILIS. 'i. L\ I

Des ulcères nombreux , mais prompts à disparaître. Éteins par un lait pur leurs légères douleurs ; Fais bouillir le troène 29 et la grenade en fleurs ; De leurs sucs astringents l'âpreté salutaire Sur ta lèvre bientôt aura ferme l'ulcère , Et Bacchus loin de toi jusqu'alors exilé , Sans danger maintenant près de toi rappelé , Pour donner à ton corps une nouvelle force , Te versera les vins de Falerne et de Corse.

C'en est fait , le mal cède à l'athlète vainqueur, Il expire , et le ciel rend la paix à ton cœur. Un dernier soin encore , et l'œuvre est accomplie : Dans l'onde où la verveine au romarin s'allie 30 , Où l'origan , l'orvale et l'odorant stœchas , Ont à l'envi mêlé leurs parfums délicats , Plonge trois fois ton corps et que cette onde pure Efface sans retour tout reste de souillure.

iG

C'était trop peu pour lui que d'avoir découvert Le groupe fortuné des îles du Cap-Vert.

Les îles du Cap-Vert ., îles Canaries, îles fortunées a îles Hespérides rinsulœfortunatœ; groupe d'îles de l'Océan Atlantique. On en compte sept principales : Ténériffe , Fortaventura , Canarie , Palma , Lancerote , Gomera %

Hieno ou île de Fer. Toutes appartiennent à l'Espagne; 190,000 habitants environ. Le sol y est d'une fertilité extrême.

Les Phéniciens et les Carthaginois ont eu jadis des comptoirs aux îles Canaries ; mais après la ruine de Cartilage 9 les Canaries demeurèrent ignorées , et le nom seul d'îles Fortunées resta dans le souvenir des navigateurs. Retrouvées, en 1 095, parlesEspagnols, elles furent d'abord négligées. En i/j.02, Fortaventura , Gomera et Hierro furent soumises, pour le roi de Castille , par Jean de Bétheneourt , gentilhomme Cauchois. La soumission des Canaries par les Espagnols ne fut complète qu'en i5i2, après l'extermination des indigènes dits Guanches* (Bouillct )

Du Prasson, près du pôle, affronté les orages.

Prasum promontoriwn , selon quelques-uns Capo ciel Gado j situé sur la côte orientale de l'Afrique. Cap des courants , suivant Sanson. Le Prasson n'est pas sous le

îjlr le livre deuxième. 247

pôle {sub arcto) , mais dans la partie méridionale de l'Afrique. C'est ainsi que doit s'entendre la licence poétique que se permet ici Fracastor.

Exploré du Raptus les abruptes rivages.

Le Raptus, aujourd'hui le Zambèzeou Couama, fleuve de l'Afrique méridionale. Il se jette, par plusieurs embouchures, dans le canal de Mozambique. On le remonte i3oo kilomètres environ : au-delà on n'a que des renseignements peu certains (B).

Reçu de l'Yémen des dons inattendus.

Dans le texte latin, l'Arabie et la Carmanie , Carmania, aujourd'hui le Laristan, le Rerman, et partie sud-ouest du

Kaboul. La Carmanie , province de l'Asie ancienne , se divisait en Carmanie maritime, sur le golfe Persique , et Carmanie intérieure ou déserte (B).

PI us loin que la Cyambe , et plus loin que les bords Où l'ébène au macer ajoute ses trésors.

La Cyambe, aujourd'hui Tsiampa, province d'Asie, dans l'Inde au-delà du Gange , était jadis un royaume considérable qui comprenait la Cochinchine. ... (B.)

Le macer , écorce employée par les anciens , originaire de l'Inde , de couleur rouge (Pline) : ils s'en servaient contre la dyssenterie et le crachement de sang. (Galien , Dioseoride. )

On ne sait plus aujourd'hui à quel végétal appartient cette écorce. Les recherches de Clusius , de d'Acosta , d'Antoine et de L. de Jussieu n'ont pu nous le faire connaître. Nous savons seulement qu'elle avait été en usage chez les Grecs , chez les Arabes, et qu'elle l'était encore dans l'Inde , à la Chine , etc. etc. du temps de d'Acosta ( Mérat et Delens).

Tout ce passage fait allusion à la navigation hardie de Vasco de Gama,, quand, après avoirdoublé le cap de Bonne- Espérance , il vint aborder aux côtes occidentales de la presqu'île Cisgangétique , en i5oi , ouvrant ainsi à l'Europe le chemin de l'Inde , contrée sur laquelle les Européens n'avaient jusqu'alors reçu des notions que par les écrivains arabes ou par les récits suspects de quelques voyageurs.

Il a vu Parthénope et le dieu de Sébèthe Tressaillir à la voix d'un immortel poète

Et l'ombre de Virgile.

Sébèthe , Sebethus, aujourd'hui Fornello , rivière dont une partie arrose les faubourgs de Naples.

D'un immortel poète : Jacques Sannazar , né à Naples, en 1 4^8 , mort en i53o. On l'appelait le Virgile chrétien. Après avoir lu la Syphilis , il n'hésita pas à proclamer ce poème supérieur à celui que lui-même avait mis 20 ans à composer, de Partu Virginis.

2 50 INOTiLS

Virgile ordonna que ses cendres fussent portées à Naples. "On connaît le distique qu'il composa à ce sujet :

Mantua me genuit , Calabri rapuere , tenet nunc Parthenope ; cecini pascua 3 rura 3 duces.

Pour la cause des dieux, pour l'honneur de la terre.

En 1 5 1 7 , Léon X fit prêcher contre les Turcs , dans toute la chrétienté, une croisade qui ne s'exécuta pas.

Du sang, dès le début, observe la nature.

L'étude que j'ai faite de Fracastor m'a convaincu qu'à la rigueur ou pourrait, dans l'appréciation des symptômes de la Syphilis , dans le diagnostic de ses diverses formes

et dans leur traitement, prendre pour guide les règles qu'il en a tracées dans son admirable poème. Il a su plier si bien la poésie aux exigences de la médecine, que les détails les plus arides ont pu trouver place dans ses vers , à tel point que son traité en prose sur la même maladie ajoute peu de chose aux richesses du poème.

Les généralités par lesquelles il débute dans ce second livre ont , en 1847 > ^a même justesse , la même vérité qu'en i55o , parce qu'elles dérivent d'une source invariable , l'observation des faits.

On sait tout ce qu'ajoute encore aujourd'hui à la gravité de la Syphilis l'état antérieur du sujet sur lequel elle vient se greffer ; soit une constitution délicate , lymphatique, prédisposée à la phtysie ; unediathèse scrofuleuse, dartreuse ; une disposition scorbutique, rare de nos jours, autrefois si fréquente ; soit enfin cette sorte de tempérament Syphilitique que laissent après elles de fréquentes infections.

Un sang pur, dans toute l'acception scientifique et vulgaire du mot , sera toujours une circonstance éminemment favorable. Les chances d'une guérison prompte et sure seront également en rapport avec le peu d'ancienneté de la maladie.

Au temps de Fracastor, les règles d'hygiène qu'il déve-

2rD 2 NOTES

loppe si poétiquement, la loi qu'il impose au malade de se livrer à de continuels exercices du corps , pouvaient convenablement s'appliquer à la maladie considérée dans son ensemble.

Les diverses périodes de la Syphilis se succédaient alors avec une rapidité plus grande qu'on ne le voit de nos jours. Les symptômes primitifs , secondaires , tertiaires éclataient à peu d'intervalle les uns des autres , en quelque sorte pêle-mêle, avec le trouble qui accompagne une première invasion. L'observation suivante, que j'emprunte à Gaspard Torella, en fournira la preuve :

» Juvenis j, vigenti quatuor annorum 3 qui rem kabuit cum muliere habcnte Pudendagram, [quare eadem die fuit codera morbo infect us ; quœ infectio incœpit apparere in virga 3 ut solet ad plurimum aliis evenire ; nam sequenti die appariât utcus in virga , cum quadam duritie longa3 tendente versus inguina , admodum radii , cum sorditie et virulentia : post sex dies , ulcère semicurato , arreptus fuit ab intensissimis doloribus capitis 3 colli 3 spatularum 3 brachiorum , tibiarum et costarum 3 et prœsertim in eorum musculisj, cum maximis vigiliis, a quibus molestabatur non nisi in nocte post primum somnum. Elapsis postea decem diebus 3 apparuerunt multœ pustulœ in capite 3 facie et col(o3 etc.

Les symptômes de la Syphilis constitutionnelle éclatèrent , on le voit , le sixième jour.

Aujourd'hui, la Syphilis semble avoir mis de l'ordre dans ses attaques j s'être disciplinée. Ce n'est guère avant la fin du troisième mois , et c'est souvent beaucoup plus tard , qu'apparaissent les signes de l'infection générale.

Aujourd'hui donc, dans la période d' ulcération locale, les exercices violents conseillés par Fracastor seraient trèspréjudiciables ; une marche , même peu forcée , occasionne souvent un des accidents les plus fâcheux de la maladie , l'adénite inguinale, le bubon.

Dans la deuxième période et dans la troisième , la liberté des champs , campi liber et agri tractus 3 l'air pur des collines , pulsus aquilonibus aer 3 les distractions de la chasse , les travaux de la terre., les exercices de la lutte , du saut, de la paume, l'équitation , images variées et poétiques dont Fracastor revêt le précepte des exercices corporels, tous ces modes divers d'exciter la sueur , loin d'offrir aucun inconvénient , fourniraient à l'action de remèdes plus énergiques un secours auxiliaire aussi utile qu'agréable.

Quant au conseil donné aux malades atteints de Syphilis , d'assister aux jeux de la scène et de se mêler, soit en spectateurs , soit en acteurs, aux quadrilles des dan-

seuses , il demande des restrictions , et lu moitié du conseil doit rester à l'état de licence poétique, dangereuse dans l'application.

Sans nul doute, la représentation d'une tragédie de Corneille, d'une comédie de Molière, les nobles et pathétiques émotions de Melpomène, comme les spirituelles et gaies satyres de Thalie, en s emparant pour quelques heures de l'esprit des malades, les détourneront de la contemplation continuelle de leurs maux , de la préoccupation de leurs souffrances , si absolue , si persistante chez eux. La grosse gaîté, le rire jusqu'aux larmes d'un vaudeville leste et bien mené pourront même combattre fort à propos l'ennui profond , l'incurable tristesse ., l'anéantissement des forces morales, qui accompagnent les affections Syphilitiques anciennes et rebelles, et sont poussés quelquefois jusqu'au dégoût de la vie , jusqu'au suicide.

A ces malades ouvrons les portes du théâtre, soit ; mais fermons-leur rigoureusement celles du bal ; que la vue des danses provoquantes et lascives soit interdite à leurs yeux. Les folâtres Bayadères seraient de fort mauvaises desservantes du temple d'Hygie.

Il faut le dire , parce que cela est , il y a chez l'homme, chez le premier être de l'échelle zoologique, chez le roi de la création , malgré l'étincelle divine tombée sur ce

limon organisé , malgré la raison qui devrait le rendre si différent du reste des animaux et si supérieur à eux , il y a , dis-je , chez l'homme , des instincts de brute tellement vivaces , tellement effrénés , que quelque mutilé qu'il soit , et la bouche pleine encore du fiel de la contagion , on le voit courir en aveugle à de nouveaux dangers et s'abreuver aux mêmes sources empoisonnées. La tyrannie de la déesse appelée par les Grecs Génétyllide abrutit ses esclaves plus encore que les autres tyrannies. Gardons-nous donc de lui ouvrir aucun accès auprès de ces incorrigibles victimes , car chez elles trop souvent, au moindre appel , à la première excitation , lame perd son empire , il n'y reste que les appétits furieux de la bête !

Et le scarus qui seul , au dire des nochers. . .

Le Scare , Scarus, cheiline scare (Lacepéde), skaros des Grecs anciens et des Grecs modernes,

Peu de poissons ont été, pour les premiers peuples civilisés de l'Europe, l'objet de plus de recherches et d'éloges.

Le scare habite la Méditerranée , on l'y trouve surtout dans les eaux qui baignent la Sicile et l'Archipel Grec ; il ne parvient guère qu'à la longueur de 2 ou 3 décimètres ; ses dents sont émoussées au lieu d'être pointues, et par conséquent très-propres à couper ou à arracher les algues et les autres plantes marines dont il se nourrit de préférence, et qui croissent sur les rochers qu'il fréquente.

Les plus anciens naturalistes d'Europe ne se sont pas contentés de rechercher les rapports que présente le scare entre la forme de ses dents , les dimensions de son canal intestinal , la qualité de ses sucs digestifs , et la nature de sa nourriture très-différente de celle qui convient au plus grand nombre des poissons ; ils ont considéré le scare comme occupant parmi les poissons carnassiers la même place que les animaux ruminants, qui ne vivent que de plantes j occupent parmi les mammifères qui ne se nourrissent que de proie : exagérant ce parallèle , étendant les ressemblances 9 tombant dans une erreur qu'il eût été cependant facile d'éviter, ils sont allés jusqu'à dire que le scare ruminait ; voilà pourquoi , suivant Aristote, plusieurs Grecs l'ont appelé Mepucav.

Dans le temps du grand luxe des Romains, le scare était très-recherché. Le poète Martial nous apprend que ce poisson faisait les délices des tables les plus délicates

SUR LE LIVRE DEUXIEME 2b"

et les plus somptueuses. Il entrait dans la composition de ces mets fameux pour lesquels on réunissait les objets les plus rares , et que l'on servait à Vitellius dans un plat qui , à cause de sa grandeur , avait été appelé le bouclier de Minerve. Les entrailles du scare paraissaient dans ce plat avec des cervelles de faisans et de paons , des langues de phénicoptères et des laites du poisson que les anciens appelaient murène , et que nous nommons mur'enœphis (Lacépéde j Histoire des poissons).

On saura gré sans doute à Fracastor d'avoir mitigé en faveur du scare, de ce poisson si rare, si estimé, si exquis, l'exclusion , trop rigoureuse d'ailleurs , qu'il fait peser sur les habitants de la mer, des fleures et des étangs. C'était également justice à lui de comprendre dans la même exception '3 sinon le goujon , du moins la phycide, la dorade , la perche surtout dont la chair ne le cède à celle d'aucun des poissons de mer les plus délicats ; la perche qui habite dans presque toute l'Europe , qui peuple, en si grand nombre, tant de lacs et tant de rivières , qui fait les délices des Genevois , des Russes et des Lapons, et qui, abondante à la proximité des sources des grands fleuves , est malheureusement assez rare à leur embouchure ; la perche dont le consul Ausone a dit , dans son poème sur la Moselle :

Nec te delicias mensarum , perça , silebo , Amnigenos inter pisces dignanda 3 marinis Solus pxxniceis facilis contenderemultis.

Nain neque gustus iners, solidoqiie in corpore partes Segmentis coeunt , sed dissociantur aristis.

Garde-toi de verser dans ta coupe fumante... etc.

Pucinus ager , aujourd'hui Pisino, chef-lieu de la province d'Istrie , célèbre par la qualité forte des vins qu'elle produit.

Falerne , Falemum, ville du Latium méridional, au pays des Volsques, fut longtemps renommée par ses vignobles qui disparurent , dit-on , du temps deThéodoric, vers l'an 5oo.

La Rhétie , Rhœtla , aujourd'hui pays des Grisons et partie de la Valleline 3 du Tyrol et de la Bavière ; elle est traversée par une chaîne des Alpes , les Alpes Rhétiques.

La Sabine, Sabina , pays des Sabins 3 fait partie au-

SUR LE LIVRE DEUXIEME. ii.H)

jourd'hui des Légations de Spolète , de Rieti , etc ; elle fournit un vin léger, un vin de plaine.

Plus frugal en tes goûts , plus sage en tes penchants , Tu dois borner tes mets aux simples fruits des champs.

Ce retour aux mets de l'âge d'or, au régime végétal, à l'aliment des dieux , mensœ deorum, eonseillé par le poète aux malades attaqués de la nouvelle contagion, peut paraître , au premier abord , d'une excessive austérité. Cependant, il est peu de maladies où un régime sévère soit d'une nécessité plus impérieuse. J'examinerai , dans une note du troisième livre , si ce n'est pas au grand détriment des malades que les Syphiliographes modernes se sont écartés des prescriptions rigoureuses établies par leurs prédécesseurs.

Fracastor se borne à désigner ici les plantes usuelles les plus convenables , laissant à la diversité des goûts le soin d'en varier les apprêts. Les unes ne sont indiquées qu'à titre de condiment ; telles les menthes , menthae (Linnée).,

li6o NOTES

les mélisses , melissœ (Lin.), chez les anciens melisphillon, feuilles de miel., parce que leur parfum est agréable aux abeilles, le thymbre , tkymbra 3 saturnia thymbra (Lin.), le calament, calamintha, melissa calamintka (Lin.) ; les autres comme aliment réel, tels le cresson , sysimbrium nasturtium (Lin.)., la berle , slum latifo- Hum (Lin.), la buglosse , buglossus 3 anchusa (Lin.) 3 la chicorée, antybum erraticum , cinchoriwn indivia (Lin.) , la roquette trucida , brassica ervea (Lin.)., l'oseille,, rumex âcetosus , acetosus oxalls (Lin.) 3 les épinards 3 olus spinacium , spinacia oleracea (Lin.) , le laitron 3 sonc/ms , sonchus oleraceus 3 hyeme folia pro acetario hinc Inde col- Uguntur (Lin.) — Dumont Durville, de glorieuse et touchante mémoire, rapporte qu'alors qu'il commandait l'Astrolabe et se trouvant , à la Nouvelle Zélande., privé de végétaux frais, il mangea avec plaisir dans la soupe et la salade les pousses de cette plante qui y croît, transportée peut-être par les Européens. — La percepierre , critkmum montanum (Lin.) , le houblon, lupus 3 humulus lupidus (Lin.), la breyone ou couleuvrée , vitls alba 3 bryonia (Lin.) , dont non-seulement les jeunes pousses peuvent être mangées sans danger., mais dont la racine ellemême , privée de son suc acre et fortement purgatif, contient une fécule très-nourrissante qui fournirait , en

temps de disette , un aliment aussi sain qu'abondant, Aux yeux des médecins du XVIe siècle, ces divers végétaux joignaient à leurs propriétés nutritives des qualités médicales non moins précieuses. Oh ! l'heureux temps que celui où les menthes (mentha a mente) fortifiaient le cerveau, le cœur et l'estomac; où le thymbre était carminatif, apéritif, hystérique; où la buglosse humectante, cordiale , purifiait le sang et excitait la joie ; où le calament neutralisait les venins ; où la berle arrêtait la dyssenterie et le scorbut, et brisait la pierre dans la vessie ! C'était le bon temps de la thérapeutique , le temps des merveilles ! Alors les simples avaient des vertus 3 alors les simples guérissaient ! Médecins et malades avaient la foi. Mais le dix-huitième siècle est venu , mais la fièvre révolutionnaire s'est allumée, et dans la commune tourmente, la pharmacopée a éprouvé le sort des rois et des dieux ; ses autels ont été renversés ., son empire détruit., ses vertus effrontément niées , ses derniers adeptes bafoués , livrés aux lanières d'une critique impie, aux risées d'une foule incrédule. Il n'y a pas cinq ans encore, on pouvait dire : Les drogues s 'en sont allées.

Aujourd'hui, un mouvement de régénération s'opère, le bon grain germe de nouveau dans le sillon médical ; çà et là, on voit des plantes,, naguère dédaignées ou proscrites*

26a notes

pousser des rejetons timides et faibles encore , il est vrai , mais pleins d'avenir, sur des tiges qui semblaient brisées et mortes à tout jamais.

Après le règne de l'irritation suprême et de ses deux premiers ministres, les sangsues et l'eau de gomme, voici revenir le règne de la polypharmacie. Sangrado avait détrôné Galien; Galien à son tour détrônera Sangrado. Etranges révolutions d'une science où aucune alliance n'est réalisable , où aucun compromis entre les parties ne semble possible , où l'éclectisme n'a duré qu'un jour, où tout est proscription et usurpation!

Fidèle à son emblème, la médecine, commele serpent qui se mord la queue, tourne invariablement dans un cercle. . . . Oh ! quand naîtra-t-elle , l'ère de la vérité? Quand verrons-nous, pour hâter ce moment , chaque ouvrier de talent renoncer à l'habitude des démolitions ? Quand verrons-nous chacun d'eux, sincèrement empressé à relever le temple médical , ajouter sa pierre à celles que ses devanciers y ont déjà apportées , et réunissant tous ces matériaux par un ciment commun, accroître alors et fortifier cet antique et noble édifice?

Ainsi , pour ce qui regarde l'histoire complète de la Syphilis , à l'œuvre des Fracastor, des Fernel, des Swieten , des Astruc, devront s'adjoindre les travaux des

Lagneau , des Baumes , des Ricord, des Gullerier , des Cazcnave : médité isolément , chaeun de ces auteurs est une unité puissante sans doute ; étudiés ensemble , ils doivent encore offrir de l'unité , mais une unité décuple en force et en valeur.

Puisse au moins, de mon cœur justifiant les vœux, La couronne de chêne ombrager mes cheveux !

Une couronne tressée de branches de chêne avec leurs glands était, à Rome, la récompense du citoyen qui, à La guerre , avait sauvé la vie à un autre citoyen , en l'arrachant des mains de l'ennemi.

Le Père Rapin a dit :

Sacra meo , quercus , nunquam violabere ferro. Decerpant de te ramos , sumantque coronas Victores bcllo egrcgii, quos martia virtus , Servato pro cive , caput prœcingere quercu Admonuil ; meruit tantos hvc arbor honores.

( Hortorum liber, nu)

La postérité a dépassé les vœux modestes de Fracastor; elle a décerné à ce poète-médecin deux couronnes, l'une de chêne j l'autre de laurier.

Quand le mal au printemps éclate, et dans l'automne..

La saignée et la purgation sont encore aujourd'hui conseillées par les auteurs , au début de la Syphilis ; la première , chez les sujets pléthoriques , la seconde , dans le cas d'embarras des premières voies, et même , en l'absence de cette dernière complication s la purgation aura toujours cet avantage qu'elle rendra la voie plus libre à l'absorption des médicaments spécifiques. Mais c'était une erreur complète de croire que les drastiques entraînaient, mêlé aux évacuations alvines , le principe virulent de la maladie. Le précepte thérapeutique est bon , l'explication de ses effets seule est erronée. La faute en était à la théorie galénique , humorale., qui régnait à l'époque de Fracastor.

Dans la lecture des anciens médecins , il faut toujours

avoir soin de séparer la pratique d'avec la théorie. Alors, la vérité se fera jour, et percera à travers le ridicule et indigeste fatras des explications et des hypothèses. Dans l'exercice de notre art., l'or pur de la bonne médecine s'est toujours transmis de praticiens en praticiens célèbres ; mais la gangue qui le couvrait a sans cesse varié en épaisseur et en impureté : condition inévitable de l'humaine faiblesse ! Sydenham lui-même , Sydenham , le plus grand peut-être des médecins tant anciens que modernes, a payé un large tribut à cette ambition malheureuse de tout expliquer, à cette irrésistible démangeaison de savoir le pourquoi de chaque chose. Quand un précepte est bon , ne rions pas trop des motifs dont il s'enveloppe, car ceux qu'à notre tour nous avons imaginés aujour- , d'hui donneront peut-être prise aux railleries de nos neveux.

Je veux donc qu'avec soin d'abord ta main allie. . .

Au XVIa siècle , la règle était de commencer la cure de la Syphilis par l'emploi des incisifs et des altérants. Telle est encore la méthode des praticiens de nos jours. Seulement, ces deux mots ont été remplacés par ceux d'êmollients et d'antipklogistiques.

Les agents ne faisaient pas défaut à nos pères. Leur matière médicale était bien plus riche que la nôtre. A leurs yeux, chaque plante avait non pas une vertu, mais plusieurs vertus. Que de trésors notre scepticisme superbe a dédaignés et jetés au vent ! Sans doute, tout n'était pas diamant pur ; cependant , qui pourrait dire que, dans cette trop générale proscription, nous n'ayons pas mis au rebut plus d'un spécifique réel , nous n'ayons pas éteint plus d'une royauté légitime ? Aveugles iconoclastes que nous sommes ! n'avons-nous pas fait du temple d'Épidaure si orné , si plein , si encombré même autrefois , n'avonsnous pas fait une église bien nue, bien pauvre , une sorte

SUtt LE LIVRE DEUXIÈME 267

de temple presbytérien ? Le dieu peut y être encore présent, mais que de saints perdus pour nos malades !

Quoiqu'il en soit, il n'y a pas cinquante ans encore, l'on regardait le thym , thymum vulgare (Linnée), qu'il fût de Crète ou de Pamphylie , comme pénétrant , raréfiant , céphalique , carminatif., anti-hystérique; Tache, apium graveolens , sylvestre (Lin.) , comme pectorale , vulnéraire, détersive, etc ; le fenouil , anethwn fœnicidam (Lin.)> comme pouvant par ses feuilles déterger les yeux , fortifier, éclaircir la vue , exciter le lait aux nourrices , adoucir les acretés de la poitrine ; par sa racine, purifier le sang; par sa semence, chasser les vents et fortifier l'estomac.

Lafumeterre, capnos, fumaria officinaLis (Lin.), comme propre à combattre les maladies de Ja rate, le scorbut et la gratelle.

La capillaire, adianthum capillus veneris (Lin.) , comme facilitant l'expectoration, adoucissant les acretés du sang, et dissipant les tranchées des femmes en couche ; de plus,, le tissu dur et lisse de sa tige ne permettant pas à l'eau de le pénétrer, cette disposition physique avait fait supposer une antipathie entre la capillaire et l'eau : lymphis tangi renuens.

Le céterach , la vraie scolopendre , asplenium scolù-

pendrluni (Lin.) , comme bon pour la poitrine et la rate; — Ses graines n'étant visibles qu'à l'aide du microscope, on l'accusa longtemps de stérilité. — La ûlicule 3 petite fougère, filicula fontana , comme pectorale , lithontriptique, splénique; la langue de cerf, phyllith, scolopendre vulgaire, asptenium scolopendrium vulgare (Lin.), comme un peu astringente , pectorale , vulnéraire , propre aux maladies de la rate et de la poitrine.

Les antiques vertus de ces diverses plantes , quelque problématiques qu'elles soient devenues ,, j'ai cru devoir les rappeler sommairement , sans toutefois m'en porter garant 3 frappées qu'elles sont de dédain ou ensevelies dans l'oubli. Qui sait, au reste 3 si ce n'est pas dans nos vieilles pharmacopées que s'est retirée la vérité , et si un four elle ne sortira pas, comme d'un puits , de ces poudreux bouquins ?

Les substances suivantes préconisées un peu plus bas par notre auteur ont survécu au naufrage : la scille , bulbe du scilla maritima (Jussieu)j la coloquinte , pulpe du cucumls colocynthis (Linnée), l'ellébore, soit YkcUeborus niger , soit le veratrwn album (Lin.)., le turbith végétal j convolvulus lur pet /mm (Lin.) , l'encens , thus , gomme résine fournie par le bosweUia serrata 3 la myrrhe , résine de Yamyris kataf 3 l'opoponax , lacryma

panacea j suc du pastinaca opoponax , la gomme ammoniac , suc épaissi de Yheracleum gummiferwn (Lamarck) , le colchique, colckicwn auLwnnale (Lin.1) , le concombre sauvage., cucumis anguineas 3 as minus 3 elaterium.

La plupart de ces substances jouissent encore de la faveur des médecins. Nul ne se hasarderait à nier leurs vertus. Quelques-unes pourtant sont tombées en désuétude, qui le croirait ? à cause de leur énergie trop grande! On leur reproche d'agir trop , tandis qu'aux végétaux mentionnés dans une des notes précédentes , on fait un crime d'agir trop peu. On abandonne les premières, on repousse les derniers. Double proscription ! double injustice !

Cela fait , si ton cœur se glace en ta poitrine. ...

Nil sub sole novi. La prétention de combattre la Syphilis sans employer le mercure , mais parle traitement végétal, n'est paSj, comme on pourrait le croire, chose nouvelle. On voit, par ce passage du poème , que chez les malades

pusillanimes ou d'une constitution frêle , lu hardiesse des médecins, à 1 époque de Fracastor , n'allait pas jusqu'à recourir au suprême, mais violent spécifique, avec d'autant plus de raison qu'on avait alors à le manier moins de prudence et d'habileté qu'aujourd'hui. On s'adressait donc aux résineux : à l'encens , à la myrrhe 3 à l'aspalat, aspalathus , bois dessicatif, un peu astringent, sudorifique , au souchet , cyperus longus , cyperus rotundus (Lin.) , stomachique , diurétique , emménagogue., antivénéneux ; à la résine du cèdre, cedrus, digestive, détersive, etc , aux noix de cyprès, cupressus semper virens (Lin.), astringentes, fébrifuges; à 1 ecorce du macer, au bois d'aloes , lignum aloes , céphalique ; à l'écorce de cannelle , cortex ligni cinnamomi (Lin.) ; à celle du cassia, cannelle du Malabar, laurus cassia (Lin.)., douées des mêmes vertus que le bois précédent; aux fruits du cardamome , ammonium cardamomum (Lin.) 3 incisifs , digestifs j stomachiques , corroborants ; au scordium , teucrium scordium (Lin.), inusité de nos jours, lui qui naguère était détersif, vulnéraire , sudorifique , antivénéneux , lui qui atténuait les douleurs de la goutte et préservait de la pourriture , lui qui joignait à tous ces mérites celui non moins grand d'inspirer de très-beaux vers à Fracastor, et de lui fournir la composition d'un électuaire appelé diascordium , du nom de la plante.

Le citronnier, citrus, n'était pas moins digne du tribut poétique que lui paie le cygne de Vérone; s'il est vrai que ses feuilles soient cordiales , fortifiantes ; l'écorce de ses fruits propre à corroborer le cœur, l'estomac et le cerveau , à résister au venin ; leur suc rafraîchissant , pectoral , bon pour calmer les ardeurs du sang, pour précipiter la bile ; ses semences cordiales , anti-putrides, carminatives.

CirillOj dans un excellent ouvrage sur les maladies Syphilitiques , loue beaucoup l'action des citrons , spécialement contre l'état scorbutique de ces affections , alors qu'elles sont invétérées , qu'elles n'ont pas été convenablement traitées : J' ai été témoin , dit-il , de mille cures opérées par les limons 3 les oranges, etc. Il vaut mieux conseiller aux malades l'abus des limons, que de leur en limiter le nombre 3 si on veut les guérir promptement. Cette méthode née du hasard (C\y\\\ç> n'avait donc pas lu Fracastor ! ) doit être rigoureusement suivie. S'il est vrai qu'il faille au moins deux mois à ce médicament pour déployer tous ses avantages , il n'en faut pas moins se hâter d'en faille l'épreuve. ( Cirillo , traité complet des maladies Syphilitiques. Traduction d'Auber., pag. a3i.)".

On administrait aussi les eaux distillées de quelques plantes citées par Fracastor , dans sa charmante descrip-

tions de l'alambic : celles du lierre , kedera , sans doute le lierre terrestre , fiedera terrestris ., apéritif, détersif, vulnéraire, lithontriptique , anti-scorbutique ; du dictamc de Crète , dictamus creticus , espèce d'origan doué de propriétés apéritives, cordiales, désobstruantes , diaphoniques ; de nerprum , rhamnus catharticus (Lin.) , aux baies fortement purgatives ; de l'aunée , intda campana 3 atténuante , sudorifique , utile contre l'asthme , contre les ulcères du poumon, le venin, et même contre la morsure des serpents ! de l'iris , iris illyrica vel florentina , iris de Florence , riche des mêmes vertus.

Mais , disons-le vite, cette armée d'héroïques vertus 3 cet ensemble d'admirables propriétés , venaient échouer contre l'étrange opiniâtreté de la nouvelle contagion. A une maladie spécifique il fallait un remède spécifique. Le mercure entra dans la lice : alors seulement, le remède fut trouvé ; alors seulement , rencontrant un agent plus puissant qu'elle , la Syphilis cessa de compter autant de morts que de blessés.

SUR LE LIVRE DEUXIEME. 2rÔ

Dans les convulsions si le malade en pleurs, etc.

Le mastic, résina mastiche , est une substance fournie par le pistacia lentiscus (Lin.)., douée de propriétés astringentes , anodines , fortifiantes. Les femmes grecques mâchent continuellement cette substance pour se fortifier les gencives et se parfumer l'haleine.

L'œsipe est un mucilage graisseux et en consistance d'onguent , que l'on tire de la laine grasse qui naît à la gorge et entre les cuisses des moutons. On s'en servait à l'extérieur pour ramollir 3 résoudre , pour apaiser les douleurs , pour fortifier.

Le narcisse , narcissus (Lin.) , employé comme adoucissant à l'extérieur ; ses bulbes ont une action émétique. De nos jours, le docteur Dufresnoy, de Valenciennes, et M. Loiseleur Deslongchamps ont découvert dans ses feuilles une propriété sédative et anti-spasmodique, d'accord en cela avec Pline et Dioscoride qui en avaient déclaré les fleurs narcotiques et stupéfiantes.

Le safran, crocus sativus (Lin.), possède des vertus analogues. ,8

Du nitre et du verdet que la dent corrosive. . .

Le nitre, salpêtre 3 nitrate de potasse, nitras potassœ , nitrum , a une action stimulante et légèrement détersive.

Quant au verdet, vert degris, acétate de cuivre impur, œrugo viridis , il est encore employé de nos jours pour réprimer les chairs fongueuses , pour détruire les excroissances Syphilitiques , pour cautériser certains ulcères atoniques et carcinomateux.

Fracastor conseille l'emploi des caustiques contre les érosions de la gorge , les ulcères rebelles , les tumeurs calleuses, à titre de modificateurs seulement.

La cautérisation était destinée à jouer un plus grand rôle dans la thérapeutique de la Syphilis.

Si l'épreuve du temps et le contrôle répété de l'expérience donnent gain de cause à une doctrine encore controversée, on pourrait presque toujours arrêter la Syphilis à son début , couper le mal dans sa racine 3 étouffer l'hydre dans son nid. 11 suffira pour cela de cautériser en

SLR LE LIVRE DELXJEME. 2~i)

entier, profondément, l'ulcère local, l'ulcère primitif, toutes les fois que son apparition ne sera pas séparée de plus de cinq jours de l'instant où le germe virulent a été reçu. Cette cautérisation doit toujours dépasser en étendue , comme en profondeur , les limites de l'ulcère. A défaut de caustiques, on peut, à l'aide de ciseaux , enlever tout le point ulcéré et quelque peu de tissu sain.

La plaie virulente , spécifique serait , par cette opération, changée en une plaie bénigne, simple, telle que celles qui résultent d'une brûlure ou d'une coupure. La cicatrisation ne se ferait pas attendre, et le corps entier échapperait aux chances de l'infection générale.

Dans l'opinion des partisans de cette doctrine , la Syphilis ,, à son début , est toute locale. L'ulcération primitive constitue encore toute la maladie : sublata causa , tollitur effectus.

C'est une étincelle qui peut produire un incendie général. Mettez hardiment les pieds dessus , éteignez-la, vous ne verrez se produire plus tard ni flamme, ni fumée.

Malheureusement cette doctrine compte peut-être plus d'adversaires que de partisans. Beaucoup de médecins rejettent la cautérisation comme inutile et presque toujours dangereuse. Ils ne voient dans l'ulcère local que le symptôme d'une maladie générale. Dans leur esprit, le

2y6 NOTES

virus de là Syphilis, de même que celui de la vaccine , aurait une période d'incubation, variable en durée, pendant laquelle toute l'organisation serait impressionnée, et quand la pustule syphilitique apparaît au lieu d'élection ., comme la pustule vaccinale apparaît au point piqué par la lancette, elle serait le signe manifeste de la maladie, son symptôme caractéristique , mais elle ne constituerait pas la maladie tout entière. Leurs preuves sont le bubon d'emblée, l'apparition souvent tardive de l'ulcère, cer-* tains cas de symptômes secondaires , sans symptôme primitif préalable.

De part et d'autre , on cite des faits , on récrimine sur leur valeur et leur authenticité. Le procès n'est pas encore jugé.

Un des plus habiles champions de la doctrine de la cautérisation ou de l'extirpation est , sans contredit , M. Ricord. Si l'on ne peut pas dire qu'il ait triomphé , on ne peut pas dire non plus qu'il ait été vaincu. 11 continue à combattre, armé qu'il est d'un grand talent et d'une intime conviction.

Plusieurs pour obtenir des effets plus puissants. . .

Le minium j plumbi oxidum rubrum 3 oxicle rouge, deutoxide de plomb, est employé à l'extérieur comme dessieatif et maturatif.

Le cinabre, vermillon, sulfuretum hydrargyri rubrum f. sulfure rouge de mercure..

Le storax ou styrax solide, balsamum storax, styrax calamité 3 baume provenant du styrax officinale (Lin.)., est doué de propriétés stimulantes.

L'antimoine , stimmi A antimonium *, est diaphorétique , etc.

Ce passage fournit une nouvelle preuve du génie éminemment médical de Fracastor. En praticien prudent et consommé, il proscrit du traitement de la Syphilis les fumigations de cinabre , de minium , etc. en tant qu'on les emploierait comme méthode générale: la postérité a confirmé cet arrêt. Ni les efforts du docteur Werneck en Allemagne , ni ceux du docteur Desruelles en France »

ne sont parvenus à tirer du discrédit où elle est justement tombée , cette fumigation métallique. Quelques succès réels , mais isolés , ne pouvaient prévaloir contre les dangers qui l'accompagnaient , contre les accidents formidables, souvent mortels qu'elle déterminait, à l'époque surtout où on plaçait le malade sous Y archet , sorte de pavillon dressé dans un cabinet soigneusement clos et très-échauffé , destiné à servir d etuve.

Cependant, après avoir interdit ces fumigations comme méthode générale, Fracastor, toujours guidé par un tact juste et pratique, les recommande comme moyen auxiliaire fort utile , si on se borne à les employer localement contre quelque symptôme isolé :

Ccrtis fartasse erit utile membris 3

Quœ papulœ informes 3 chironiaque ulcéra pascunt.

Cette seconde partie de son jugement a également reçu force de loi , et, de nos jours, les vapeurs mercurielles sont fréquemment dirigées contre certaines plaques dartreuses Syphilitiques, contre des fissures , des excroissances du podex j, contre quelques parties en proie à des douleurs ostéocopes rebelles, contre l'orchite Syphilitique, etc. et elles aident puissamment à en triompher. Ainsi , comme aux temps primitifs , le poète a été législateur.

Slill LE LIVRE DEUXIEME.

Aux yeux du plus grand nombre enfin le vif-argent.

Le mercure, mercur.ius , hydrargyrum , argentum vivum a. Uquidum , a. fusum s a. mobile , aqaa argentea 9 a. metallorum , a. sicca , protheus s chamœleon minérale , servus fugitivus , illusor chymicorum , imposlor chymicorum ; azophj zaibar , zabach (Gmelin.J , connu des anciens sous le nom d'argent fondu , apyupov X.UT0V (Aristote) , d'argent vif (Pline), était proscrit par eus comme un poison mortel.

C'est aux Arabes qu'est due son introduction dans la matière médicale. Rliazès, Avicenne, Mésué, etc. l'employaient contre les poux., la gale, l'impétigo et autres éruptions cutanées. L' unguentum saracenicum fut longtemps en grand renom. Le mercure y entrait pour un neuvième.

La forme pustuleuse que la Syphilis revêtit à son origine devait conduire à la combattre par un remède déjà éprouvé contre les maladies de la peau , le mercure , et

y inviter des médecins nourris des auteurs de l'antiquité et accoutumés à suivre les lois tracées par ces illustres maîtres. Celse avait dit dans sa préface: «Quodsijam incidat mali genm aliquod ignotum 3 non ideo tamen fore medico de rébus cogitandum obscuris ; sed eum protinus visurwn, cuimorbo id proxirfium sit 9 tentaturumque remédia similia illis3 quœ vicino malo sœpe sucurrerint , et per ejus simiUtudinem opem reperlurum. »

L'analogie signala le mercure. Le succès justifia les essais que l'on hasarda. Son emploi contre la contagion nouvelle remonte aux premiers temps de l'apparition de celle-ci : on en trouve la preuve dans Widemann , Gilini, Torella (1497).» Benevinio , Hock (i5oa), Catanée (i5o5)j Angeîo Bolognini (i5o6).

Fracastor dans son traité en prose des maladies contagieuses rapporte l'anecdote suivante : Tonsor quidam 3 amicus noster 3 libellum kabcbat experimenlorum quorumdam antiquum satis 3 inter quœ. unum inter alia scriptum erat 3 cui titulus erat : ad scabiem crassam , qvm cum do-

Ï.OKIBUS JUNCTURARUM ACCIDIT.

Is ergo 3 quum primum recentissimus esset morbus , mentor medicaminis consuluit medicos quosdam , num uti eo medicamento deberet in nova illa contagione 3 quam per scabiem crassam significari existimabat : medici autem

SUR LE LIVRE DEUXIEME. 20 î

hispecto medicamine acriter prohibuere , quod ex argento vivo constaret et sulphure. Félix nisi medicos illos consuluisset j incredibili quœstu dives futurus. Patuit autem, née ausus est experiri medicamen , quod demum expertus , atque optimum agnoscens valde mdoluitj quod sero mus eo fuissetj quœstu jam per alios sibi abrepto.

Parmi ceux qui enlevèrent une si belle occasion de fortune au trop pusillanime ami de notre auteur, le plus célèbre estBéranger de Garpi : il recueillit , de son vivant, tout le profit, et après sa mort, tout l'honneur de la découverte. Il légua au duc de Ferrare, par son testament, 4o,ooo écus , outre l'argent non monnoyé.

On employa d'abord le mercure avec une circonspection louable et à très-petites doses. Il n'entrait que pour un quarantième dans l'onguent proposé par Torella^ pour un quinzième dans ceux de Gilini et d'Aquilanus , pour un huitième dans celui de Wendelin Hock. 11 agissait lentement, il agissait trop peu , souvent il échouait. Il eût fallu chercher la proportion convenable , graduellement , par tâtonnements successifs. Cette sage lenteur ne pouvait plaire aux empiriques fort nombreux alors: ils voulurent étouffer la maladie sans réserve , ni gradation , de haute lutte enfin , et en forçant les doses. Qu'arriva-t-il ? c'est que le remède, trop souvent , n'emporta la maladie qu'en

emportant le malade; ceux qui ne périssaient pas laissaient tout au moins dans les mains de ees empiriques la meilleure part d'eux-mêmes et de leur fortune: leur or, leurs cheveux et leurs dents.

Il faut voir, dans Ulrich deHutten., le tableau des épouvantables ravages de cette méthode de traiter la Syphilis parle mercure administré en frictions., ou en fumigations à toute vapeur. Les désastres qu'occasionnait le traitement égalaient, s'ils ne les surpassaient, ceux de la maladie. La plupart des malades préférèrent mourir de la Syphilis que courir les chances du remède.

Dès lors , le mercure compta autant d'implacables détracteurs que d'enthousiastes partisans. La lutte entre les uns et les autres devint acharnée, incessante. Les plus grands médecins y prirent part; elle a continué sans relâche et n'est point encore terminée.

Fernel , en i54o , reprochait au vif-argent de ne guérir qu'un malade sur cent , ou du moins de laisser les autres exposés à des récidives certaines. Mais était-ce bien la faute du médicament ? Le mercure avait été donné à l'homme pour qu'il trouvât dans cet agent un moyen de sauver son existence menacée. Seules , des mains malhabiles en faisaient un instrument de destruction. Il n'exista longtemps, dans la pratique , aucun moyen d'en

SUR LE LIVRE DEUXIEME. • 2b. >

apprécier l'action , d'en modérer ou d'en activer les effets, soit qu'on l'administrât à l'extérieur: i° en onguent ou Uniment (mercure métallique éteint dans des graisses, des huiles et des poudres aromatiques) , dont on frottait tout le corps à l'exception du ventre , de la poitrine et de la tête ; 20 en emplâtre ou cérat , onguent plus liquide dans lequel la cire remplaçait une partie des graisse?. On s'en servait en frictions comme ci-dessus. Quelques médecins l'employaient en ceinture sur les reins , en bracelets , autour des poignets, des coudes et des genoux , et en semelles , sous la plante des pieds ; 3° en lavage ( sublimé corrosif dissous dans des eaux distillées) ; 4° eri parfums ou fumigations (mercure éteint dans la salive ou la térébenthine, mêlé à des huiles grasses et jeté sur des charbons ardents).

Soit que l'on se hasardât à le donner à l'intérieur sous forme de précipité rouge , prœcipite per se , oxide rouge, deutoxide de mercure (Pierre André Matthiole fut le premier qui osa le donner à l'intérieur , en 1 533. ); soit encore sous forme de mercure cru 3 base des fameuses pilules mercurielles de Barberousse, dont François Ier se servit un des premiers en France (i5/|o); de mercure doux, aquila alba 3 calomélas , protochlorure de mercure ; d'aethiops minéral, sulfure noir de mercure; de précipité

blanc ; nitrate de mercure , etc , etc ; toujours une~ salivation abondante , fétide , opiniâtre., devenait la compagne funeste de la médication hydrargyrique. Les cris de douleur et de dégoût poussés par les malheureux patients , étaient impuissants à étouffer la voix des préjugés et de l'erreur.

Loin de mettre leurs soins à réprimer la salivation médecins , chirurgiens et barbiers y poussaient à qui mieux mieux. Elle était à leurs yeux la condition de la guérison, le prix du salut, la seule voie d'élimination du virus. Plus la bave salivaire affluait ^ plus parfaite était l'expulsion des germes contagieux.

Ce ne fut qu'en 1718, deux cent vingt-quatre ans après l'apparition de la Syphilis, que Chicoyneau, chancelier de l'Université de Montpellier* s'efforça de démontrer l'inutilité de la salivation , et de lui substituer, dans la cure complète de la maladie , la méthode dite par extinction. Cette salutaire réforme ne triompha à Paris que longtemps après , et il ne s'est pas écoulé encore soixante ans depuis qu'elle est devenue la règle commune.

Il s'en faut cependant beaucoup que le mercure, dépouillé de sa violence primitive et devenu plus doux , plus bienfaisant sous des mains habiles à le modérer , ait ramené à son empire l'universalité des médecins. Grâce

aux attaques véhémentes de la doctrine physiologique , aux déclamations passionnées mais consciencieuses de Broussais et de son école , peut-être aussi aux diatribes effrontées et intéressées de nos charlatans à affiches , son nom est encore un objet de terreur pour la foule.

On a été jusqu'à mettre en doute la spécificité de l'ulcère Syphilitique , jusqu'à nier l'existence de son virus , jusqu'à le réduire à un mode particulier d'irritation. On a rejeté tous les symptômes secondaires de la maladie sur le compte du remède. Le mercure a joué le rôle de l'âne dans la fable des animaux malades de la peste. Peu s'en est fallu qu'il ne devînt lui-même les trois quarts de la Syphilis.

Récemment encore, un médecin de Munich, fort savant mais quelque peu partial et prévenu , G. Ludwig Dieterich , a donné une histoire complète de la maladie mercurielle et de ses diverses formes considérées sous les rapports historique , pathologique, diagnostique et thérapeutique (Leipsick , îSS^. ).

Dans cette œuvre, d'ailleurs remarquable, trop souvent les effets de la Syphilis se mêlent à ceux du vif-argent; les symptômes du mal se confondent avec ceux du remède; on dirait que l'un et l'autre , créés pour se combattre , ont bien voulu, réconciliés par l'auteur, mettre leurs désordres en commun , vivre en famille aux dépens de l'humaine espèce.

Mais qu'une critique impartiale fasse cesser cette communauté adultère , qu'elle porte le jour de la vérité dans cette confusion ténébreuse , qu'elle passe au crible l'ivraie Syphilitique et la dégage du bon grain hydrargyrique; à coup sûr, lu plus grande partie des maux décrits par le docteur Dieterich reviendra à la Syphilis , et une très-faible restera au mercure.

L'application que l'on a faite de cet agent héroïque à une foule d'affections sans spécificité , mais non pas sans gravité, et les merveilleux succès que l'on a dus à son action eurative ont servi suffisamment à dissiper d'injustes craintes et à assurer son triomphe.

« Sa réputation ( du mercure ) se trouve sanctionnée « par trois cents ans d'expériences faites et mille fois ré- « pétées dans toutes les régions du globe , tandis qu'il « n'est aucun des nombreux remèdes proposés pour le « remplacer, qui ait pu soutenir la comparaison pendant « un temps égal à la douzième partie de cette longue pé- « îiode. » (Lagneau. )

Ainsi donc , et pour me servir du langage astrologique du XVe siècle , toutes les fois que l'astre sinistre de la Syphilis entrera en conjonction avec l'étoile trompeuse de Vénus, appelons à notre aide, pour conjurer leur influence délétère ., la bienfaisante planète de Mercure.

SFR LE El VUE DEUXIÈME. ù8~J

Soit que sensible au froid , à la chaleur sensible...

Fracastor se demande quelle est la manière d'agir du mercure dans la guérison de la Syphilis. Dépend-elle de sa pesanteur spécifique et de sa mobilité qui le rendent propre à diviser et à résoudre les humeurs? Les Mécaniciens professèrent cette opinion applicable tout au plus au mercure cru et au calomel. Dépend-elle d'une vertu putréfiante , dissolvante, évacuante, qui détruit la plasticité du sang , qui le fluidifie ? les Humoristes ont présenté cette dernière explication , et des auteurs récents l'ont remise en honneur. — Mais les alcalins détruisent aussi la plasticité du sang, le fluidifient, et je ne sache pas qu'ils aient jamais triomphé de la Syphilis. — Dépendelle de cette sensibilité à la chaleur et au froid qui permet au mercure d'absorber le feu de la maladie répandu dans nos organes ? Des chimistes ont fait jouer à l'oxigène , qu'ils disaient se trouver dans les sels mercuriels , le principal rôle dans la destruction du virus Syphiliti-

que. — Mais (les progrès de la chimie l'ont démontré plus tard ) , le sublimé , muriate suroxigéné de mercure des anciens , deutochlorure de mercure 3 ne contient pas le moindre atome d'oxigène. — Astruc attribuait l'action mercurielle à certaine propriété dont elle était pourvue de neutraliser le virus supposé acide ; les Vitalistes , à l'excitation générale que le mercure détermine , et en particulier à la stimulation des vaisseaux absorbants démontrée par l'amaigrissement et la résorption qu'il produit ; les partisans de la doctrine physiologique, à la révulsion causée par son action éminemment irritante sur le canal intestinal ; les Rasoriens , à la vertu contro-stimulante , antiphlogistique qu'ils lui ont reconnue , surtout quand il est administré à hautes doses ; la plupart enfin, à une spécificité indéterminée , inexplicable.

Sive aliam vim fata illi , et natura dedere.

(Fracastor. )

Dieux , objets de mon culte, et toi dont la main sûre. . .

Allusion aux propriétés des eaux minérales sulfureuses. Callirhoë , dans la fiction du poète , présidait à un de ces thermes. On verra , plus bas , que la nymphe Lipare conduisait dans la fontaine de Callirhoë les vapeurs sulfureuses échappées des fourneaux des nymphe, de la terre.

Illa ego j quœ venas per montis /liantes , Callirhoë liaud ignota tuœ 3 fumantia mitto Sulphura.

20)f> NOTES

Et dis : grande déesse , Ops , mon dernier recours. . .

Ops , la grande déesse italique des temps primitifs, passait pour femme de Saturne , et a été , en conséquence, identifiée avec Rhée , Cybèle et la Terre. Son nom veut dire terre en vieille langue italique, et est le même que opes (richesses ) , comme si cette divinité était la richesse par excellence. (Bouillet.)

Et les tiges du thye et celles du cyprès. . .

Il y a cinq espèces de thye (thya., thye), une dans l'Amérique septentrionale , une en Afrique , et les autres en Asie , dans la Chine et dans le Japon. Leur feuillage est toujours vert. Des missionnaires français apportèrent de

la Chine le thuya orientalis. Le thuya du Canada, thuya occidentalis , fut introduit en France, sous François Ier. Desfontaines a apporté de Barbarie en Europe le thuya articulé 3 thuya articulata. C'est celui-ci qui produit la résine connue sous le nom de sandaraque.

Fracastor était loin de prévoir, en mentionnant cet arbuste dans son poème , que trois cents ans plus tard , Hahnemann préconiserait le suc du thuya occidentalis comme médicament spécifique contre des produits végétatifs de la Syphilis, qu'il fait dépendre d'un virus distinct du virus Syphilitique et auxquels il donne le nom de sycose.

Les plus riches métaux , l'airain , l'argent et l'or . .

Le hasard réunit dans ce passage trois métaux , deux desquels ont été aussi employés à la guérison de la Syphilis , l'or, par Chrèstien , de Montpellier, l'argent par, M. le professeur Serre , de Montpellier.

En 1840^ M. le docteur Ferd. Hoefer a vanté contre la

Syphilis (Gazette médicale, 25 Novembre 18'fO. ) un autre métal , le platine , placé tout près des précédents dans la classification des métaux. Le fer aussi a été employé par plusieurs médecins et entre autres par M. Ricord contre la chlorose Syphilitique.

Où la tutie humide illuminant la voûte...

La tutie, tuthia, spodium Grœcorum> spode en grappes, est une suie métallique qui s'attache à des rouleaux de de terre qu'on a suspendus exprès au haut des fourneaux des fondeurs en bronze , pour y recevoir la vapeur du métal. — L'onguent de tutie, employé encore aujourd'hui , se prépare au moyen de l'oxide de zinc , tutie préparée.

On y joignit plus tard et la térébenthine

La térébenthine , terebenthina , suc résineux qui découle de plusieurs arbres de la famille des conifères ; la résine du mélèze, laryx europœa^ pinus larix (Lin.); le galbanum., gomme résine tirée du bubon galbanumÇLin.), plante d'Afrique; le suc dulentisque, lentiscus ; l'assafœtida, suc gommo-résineux du lasser, ferida assa-fœtida, plante vivace qui croît en Perse ; ces diverses substances sont douées de propriétés stimulantes, résolutives et antispasmodiques.

Les préparations de soufre renferment toutes des vertus médicinales puissantes. L'huile de soufre , oleum sulphuratûrtij est formée d'une partie de soufre et de quatre parties d'huile d'olive , de lin ou de noix.

Enfin , que sous le poids d'épaisses couvertures La sueur sur ton front coule en gouttes impures.

Au temps de Fracastor, on mettait une grande importance à provoquer chez les Syphilitiques de longues et copieuses sueurs qu'on excitait chez les malades riches , en les tenant emprisonnés sous de nombreuses et épaisses couvertures , dans un lieu soigneusement clos et chauffé.

Pour ta plèbe, on imagina une méthode plus économique etplus expéditive. On plaçait les malades pauvres dans des fours. C'était une manière directe d'opérer la coction des humeurs; celle du malade s'ensuivit quelquefois; mais ce fut chose rare et portant sur gens de peu 9 in anima vili Disons , pour être vrai, que sauf quelques roussis et un fort petit nombre de rôtis , la plèbe, par ou nonobstant cet étrange moyen , guérit en général assez bien. Le feu ne purifie-t-il pas tout? Pauvre humanité ! Quidquid délirant medici > plectuntur Aclrivi*

Dans ta bouche pourtant , alors tu verras naître. . .

Il s'en faut de beaucoup que les choses se passent d'ordinaire avec cette bénignité ; il est juste qu'après avoir soutenu les bons effets du mercure je signale ses inconvénients. Fracastor lui-même les relève très-bien en quelques mots, dans son traité en prose de morbis contagiosis.

« Verum non sine suis incommodis et ma lis ^ quorum primimi est fœtiditas unguenti illius , mox gravius est quod os et palatum exulcerantur > ac sordities tant a per os concitatur per dies quindecim , et amplius , ut nihil fœdius 3 nihil intolerabilius videatur. Cibus nullus mandi potesi , etiam vix sorberi datur , dentés luxantur , somnus adhnitur , et breviter per idtempus nihil gravius sentiri potest : multiprœterea , sublato morbo , tremuli remansere 3 multis revixit labes. »

Loin d'être une condition favorable à la cure de la Syphilis , la salivation y est un obstacle : multis revixit labes. Assurément les accidents énumérés par l'auteur sont déjà fort graves; ils peuvent être plus formidables encore:.

les gencives réduites en putrilage, les dents ébranlées au point de tomber, une portion du bord alvéolaire pouvant se nécroser, les joues se gangrener. Ces salivations orageuses se manifestent quelquefois après l'administration d'une très-faible quantité de mercure. Aussi , la loi ( selon moi très-impérieuse) est de ne commencer que par des doses fort minimes cet énergique remède , et d'en interrompre l'usage, au moindre signe d'irritation des gencives et de la membrane muqueuse de la bouche.

A mon avis 3 il n'existe pas , dans la pratique de notre art , d'accident qui occasionne au malade des douleurs plus vives et au médecin une contrariété plus pénible.

Sydenham le sentait bien lorsqu'il écrivait : « Sane si dolor et oris exulceratio arte a lie/ ua protelari potuerit, haud mullo esset molcstior morbi kujus curât io s quam et allorum aliquot longe minus famigeratorum. » C'est lui qui a appliqué à la salivation ces vers d'un poète moderne :

Graviora morbis patimur remédia ,*

Nec vita tanli est , vivere ut possis 3 mori.

Sydenham mesurait donc toute l'étendue des dangers attachés à la méthode de traitement seule usitée de son temps ; ils manœuvrait avec beaucoup d'habileté pour les

amoindrir. Mais, imbu de théories humorales et mal dégagé des préjugés régnants ., il croyait que les Syphilitiques devaient., pour arriver à une bonne guérison , passer à travers les écueils de la salivation. Heureusement, dans ce champ semé d'épines , la médecine a fait un pas , et je regarde comme un de ses plus grands progrès , d'en avoir arraché \eptyalisme hydrargyrique comme une plante dangereuse.

Fais bouillir le troène et la grenade en fleurs.

Les feuilles et la fleur du troène, tigustrum , sont détersives, astringentes, incisives, dessicatives ; elles résistent à la pourriture (LémeryJ.

Le grenadier, cytlnusj punica granatum (Lin.) , fournit à la matière médicale 3 ses fleurs (balaustes) , 1 ecorce de ses fruits (inaticorium) , et celle de sa racine , toutes parties douées de propriétés astringentes fort énergiques.

Dans l'onde où la verveine au romarin s'allie...

La verveine 3 verbena officinalis (Lin.)., l'origan, marjolaine, amaracus > origanum majorana (Lin.), le romarin j rosmarinas officinalis (Lin.) , le staechas,, lavandula stœchas (Lin.), l'orvale , toute-bonne, sclarea ., hormium des auteurs, appelée par Fracastor ici heraclœa 3 et syderitis heraclœa , dans son traité en prose.

Ces plantes , riches d'ailleurs de propriétés médicinales , ne sont conseillées dans ce passage qu'en raison des parfums suaves et pénétrants qui s'exhalent de leurs fleur* et de leurs tiges.

J'ai cru devoir , dans les notes de ce deuxième livre, relatives aux plantes qui y sont citées , rappeler les vertus qu'à tort ou à raison les anciens auteurs leur attribuent , vertus tellement ignorées de la génération présente que sans une annotation assez longue et peutêtre quelque peu fastidieuse , il eut été impossible de comprendre les vues qui guidaient Fracastor dans la théra-

peutique de la Syphilis. J'ai donc , dans le but de mieux faire connaître l'esprit de son livre , exhumé les richesses médicales de nos vieilles pharmacopées, quelque surannées et quelque abandonnées qu'elles soient, estimant que la vétusté du cadre ferait mieux ressortir la physionomie d'un médecin du XVIe siècle.

Page 1