‹ La syphilisChapitre 7 sur 9 · LIBER TERTIUS · texte numérisé non relu

LIBER TERTIUS

Sed jam me nemora alterius felicia mundi , Externique vocant saltus : longe assonat aequor Herculeas ultra metas , et littora longe Applaudunt semota. Mihi nunc magna deorum Munera , et ignoto devecta ex orbe canenda , Sancta arbos, quse sola modum, requiemquedolori, Et finem dédit œrumnis. Age diva , beatum , Uranie j venerare nemus, crinesque revinctam

Enfin le nouveau monde appelle mon essor Vers des forêts où brille un magique trésor, Vers les plages où loin des Colonnes d'Hercule La mer d'un pôle à l'autre en mugissant circule ; Il m'invite à chanter un arbre précieux 1 Dont le bois vénéré qu'ignoraient nos ayeux , Apporté jusqu'à nous de ces lointains rivages, Du plus cruel des maux arrête les ravages.

3o4 SYPHILIS.

Fronde nova, juvet in medica procedere palla Per Latium , et sanctos populis ostendere ramos: Et juvet haud unquam nostrorum retate parentum Visa prius , nullive unquam memorata referre.

Unde aliquis forsan novitatis imagine mira Captus , et heroas , et grandia dicere facta Assuetus , canat auspiciis majoribus ausas Oceani intacti tentare pericula puppes.

Nec non et terras varias , et flumina , et urbes , Et varias memoret gentes , et monstra reperta ; Dimensasque plagas , altoque orientia cœlo Sidéra , et insignem stellis majoribus arcton. Nec taceat nova bella , omnemque illata per orbem Signa novum , et positas leges, et nomina nostra. Et canat ( auditum quod vix venientia credant Secula) quodcunque oceani complectitur sequor Ingens , omne una obitum mensumque carina. Félix cui tantum dederit deus ! At mihi vires Arboris unius satis est , usumque referre : Et quo inventa modo fuerit , nostrasque sub auras

LA SYPHILIS. 3o5

De son feuillage vert couronnant tes cheveux , Viens , divine Uranie , et secondant mes vœux , Viens , daigne revêtir le manteau d'Épidaure ; Montre-nous l'arbre saint qu'un autre peuple adore , Rassure notre Europe , et dis-lui quels travaux Pour elle ont enfanté des prodiges nouveaux.

Puisse quelque poète, ému par ces merveilles, D'un génie homérique y consacrer les veilles, Et chanter sur le luth aux héros réservé , Les intrépides nefs dont l'audace a bravé D'une mer vierge encor l'écueil et la tempête, Et plié l'océan au joug de la conquête ! Qu'il dise ces climats naguère découverts , Leurs fleuves , leurs cités et leurs peuples divers, Et ce ciel du tropique où le feu des étoiles Ruisselle et de la nuit illumine les voiles ; Qu'il peigne la victoire , après de longs exploits , Imposant à ces lieux notre nom et nos lois ; Qu'il retrace surtout , dans l'orageuse plaine Où l'océan creusa son immense domaine , Un navire guidé par quelques matelots 2 Côtoyant tous les bords , sillonnant tous les flots.

3oG SYPHILIS.

Àdvena per tantuni pelagi pervenerit aequ'or.

Oceano in magno , ardenti sub sidère cancri , Sol ubi se nobis média jam nocte recondit , Hac ignota tenus, tractu jacet insula longo : Hispanam gens inventrix cognomine dixit : Auri terra ferax , sed longe ditior una Arbore : voee vocant patrii sermonis hyacum. Ipsa teres , ingensque ingentem vertiee ab alto Diffundit semper viridem , semperque comantem Arbuteis sylvam foliis : nux parva , sed acris Dependet ramis , et plurima frondibus bseret. xMateria indomita est , duro et pêne semula ferro Robora, quaè resinam sudant incensa tenacem. Disseeta? color haud simplex : in cortice lauri Exteriore viret levor , pars altéra pallet Buxea : at interior nigro suffusa colore est , . Inglandemque , ebenumqueinter, quodsiinderuberet Jam poterat variis œquare coloribus irim.

LA SYPHILIS. 3oy

Les dieux applaudiront à son œuvre sublime. Ma muse cependant qu'un moindre souffle anime , Plus humble dans ses vers , dira l'heureux présent Qu'offre à notre ancien monde un arbre bienfaisant.

Dans la mer où Phébus en nous quittant se plonge , Sous la zone brûlante où le cancer s'allonge , Une île au loin s'étend que l'Espagnol vainqueur3 Découvrit et marqua d'un nom cher à son cœur. L'or y scintille en vain ; l'arbre qui la décore , L'arbre qu'elle nourrit l'enrichit plus encore. Le gaiac (c'est le nom qu'il porte en ces climats) Y balance, à l'abri de nos rudes frimats ; Ainsi qu'une forêt chenue et toujours verte , Le feuillage éternel dont sa tête est couverte. Grêle et d'une saveur âpre, acide, son fruit Par une fleur féconde en grand nombre est produit ; Sa tige , par morceaux sur la flamme exposée Exhale sa résine en gluante rosée ; Aussi dur que le fer , non moins que lui pesant , Son bois a du laurier l'aspect vert et luisant ; Au delà de l'écorce une couche s'étale

Qui reflète du buis la teinte jaune et pâle;

îîanc gens iîîa colit , studioque educere multo Nititur : hac late colles campique patentes , Hac omnis vestitur ager : nec sanctius illis Est quicquam, autpotiore usu : quippe omnis inilla Spes jacet banc contra pestem , qusecœlitus illic Perpétua est. Validos abjecto cortice ramos Multa vi tundunt , aut in segmenta minuta Elimant , puroque scobes in fonte reponunt , Dura bibulas noctemque diemque emaceret humor. Inde coquunt : nec non illos ea cura fatigat , Vulcano ne forte furens erumpat aquse vis , Et superundantem spumam projectet in ignés. Spuma quippe linunt , si quicquam e corpore toto Abscedit , si quicquam segros depascitur artus. Dimidiaabsumpta, superest quodcunque, reponunt Divini laticis. Quin et segmenta relicta Rursus, ut ante, coquunt, addentes suave liquens mel . Scilicet buncunum mensis accedere potum

LA SYPHILIS. 3(>.g

Pour dépeindre le centre il faudrait employer, En fondant leurs couleurs , l'éhène et le noyer; A des tons si divers que le rouge se mêle Et Técharpe d'Iris ne sera pas plus belle.

Cette île où le deuil règne et qui voit en tout temps Les maux que j'ai décrits frapper ses habitants , Cultive le gaiac avec un soin extrême ; Elle en couvre ses monts, dans tous ses champsle sème, Arbre sacré qui seul triomphe de ces maux. Aussitôt que la hache a tranché ses rameaux , Et que , le dépouillant d'une écorce grossière , La lime sous sa dent l'a réduit en poussière , Il va , dans un bassin que l'eau pure a rempli , Plonger , pour n'en sortir que souple et ramolli, Alors , sur des tisons, une main attentive Le place, et modérant la flamme trop active Veille à ce que jamais le liquide écumant Ne jaillisse au dehors sur le brasier fumant ; Car il faut, sur le corps si des abcès s'entr'ouvrent , D'ulcères sanieux si les membres se couvrent, Que la chair purulente et les membres souillés Soient avec cette écume à toute heure mouillés,.

Et lex ipsa jubet gentis , mandatque sacerdos. Servatum et laticem , et decocti pocula primi Bina die quaque assumant , cum surgit ab ortu Lucifer , et sero egreditur cum vesper olympo. Nec prius absistunt potu , quam menstrua cursum Luna suum , et totum peragrans perfecerit orbem Fraternasque iterum convenerit aemula bigas.

Interea csecis sese penetralibus abdunt, Quo neque vis venti , non halitus aeris ullus Insinuet sese , et gelidis afflatibus obsit. Quidmirandum œque memorem super omnia victum Quam tenuem , quam magna sibi jejunia poscant ? Quippe solet satis esse , ipsum dum corpus alatur: Du m superet vita , et tantum ne membra fatiscant. Ne tamen , ah ! ne tanta time , sacer ilicet haustus

3ll

La moitié du liquide en vapeur se dégage ,

Et l'autre est mise à part comme un divin breuvage.

Le résidu qu'on mêle au miel adoucissant

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