‹ La syphilisChapitre 8 sur 9 · Livre en bouillant encore un principe puissant · texte numérisé non relu

Livre en bouillant encore un principe puissant

Seule boisson qui doive aux repas apparaître ;

Tel est le vœu des lois , tel est l'ordre du prêtre.

Des énergiques sucs qui furent réservés ,

Les malades seront chaque jour abreuvés,

Dès que l'aube en naissant fait pâlir les étoiles,

Et quand le crépuscule étend ses légers voiles.

La coupe ne doit point s'éloigner de leurs mains

Tant que l'astre des nuits, par d'obliques chemins

Des rayons fraternels rapprochant sa lumière ,

N'a d'un mois, tout entier parcouru la carrière.

Cependant il leur faut s'ensevelir vivants û Dans quelque asile sombre impénétrable aux vents , Dont le souffle ennemi par le froid qu'il recèle Peut glacer sur leur front la sueur qui ruisselle. C'est là que du régime affrontant la rigueur 5 Ils domptent de leur corps l'importune vigueur ; A les voir s'amaigrir on dirait que la vie Par le jeûne et la faim va leur être ravie '%

3l2 SYPHILIS.

îlle modo ambrosise , vires refîcitque fovetque , ïnque occulta gerit jejunis pabula membris. Nectare ab epoto binas , non amplius , horas Tmponunt sese stratis , medicamen ut intro Large eat , et calido sudorem e corpore ducat. Interea vacuas pestis vanescit in auras : Et (dictu mirum ! ) apparet jam pustula nulla : Jamque nomse cessere omnes , jam fortia liquit Membra dolor, primoque redit cum flore juventa . Et jam luna suum remeans nova circuit orbem.

Quis deus hos illis populis monstraverit usus : Qui demum et nobis casus , aut fata tulere Hos ipsos : unde et sacra? data copia silvœ , Nunc referam. Missse quaesitum abscondita Nerei iEquora , in occasum , solisque cubilia , pinus Littoribus longe patriis Calpeque relictis , Ibant oceano in magno , pontumque secabant , Ignarœque viae , et longis erroribus actae. Quas circum innumerse properantes gurgite ab omni Ignoti nova monstre; maris Néréides udse

LA SYPHILIS. >1l3

Mais le gaiac vainqueur a versé dans leur sein Une flamme plus pure , un aliment plus sain ; Rival de la liqueur que l'olympe a choisie , Pour eux c'est le nectar , c'est pour eux l'ambroisie. Chaque fois que leur lèvre a bu les flots sacrés , Sous d'épais vêtements les malades serrés , Et deux heures captifs en leur couche profonde , Provoquent la sueur qui bientôt les inonde. C'en est fait , le mal cède et l'ulcère est fermé ,

La pustule a tari Dans le corps ranimé

Le gaïac de la vie a rappelé les sources , Et déjà Phébé vole à de nouvelles courses.

Le hasard dans ses jeux toujours sans but , sans loi , De cet arbre sauveur n'a point réglé l'emploi ; Un dieu le fit connaître à des peuples sauvages , Un dieu Fa transporté jusques sur nos rivages. Du détroit de Calpé vers les mers d'occident Où le soleil éteint son flambeau plus ardent , Entraînés par la soif de nouvelles conquêtes , Des navires erraient battus par les tempêtes. Nul signe dans le ciel , nul signe sur les flots Qui pût dans la manœuvre aider les matelots,

Adnabant , celsas miratae currere puppes , Salsa super pictis volitantes œquora velis.

Nox erat, et puro fulgebat ab aethere luna , Lu mina diffundens tremuli per marmora ponti , Magnanimus eu m tanta héros ad munera fatis Delectus , dux errantis per caerula cl assis : Luna, ait , o pelagi cui régna hase humida parent , Qiue bis ab aurata curvasti cornua fronte, Curva bis explesti , nobis errantibus ex quo Non ulla apparet tellus , da littora tandem Aspicere , et dudum speratos tan gère port us , Noctis honos , eœlique decus, Latonia \irgo,

Audiit orantem Phœbe, delapsaque ab alto /Ëthere , se in faciem mutât , Nereia quali Cymothoe , Clothoque natant , juxtaque carinam Astitit , et summo pariter nans œquore fatur : Ne nostrœ dubitate rates 7 lux crastina terras

LA SYPHILIS. 3l5

De l'océan troublé, seules, les Néréides Voyaient avec effroi ces vaisseaux intrépides , A la poupe dorée , au flottant pavillon, Tracer dans leur empire un glorieux sillon.

C'était pendant la nuit ; sur l'onde étincelante

La lune répandait une clarté tremblante ,

Quand le héros qui doit, par l'ordre des destins,

Aborder le premier à ces climats lointains ,

Dirigeant ses regards vers le céleste dôme :

& Phébé ., toi qui régis tout l'humide royaume ,

« Phébé , dit-il , déjà sur ton front pâlissant

« Nous avons vu deux fois s'arrondir le croissant ;

« Toujours la terre fuit; daigne vers quelque plage

« De nos vaisseaux lassés diriger le sillage ;

« Daigne enfin nous ouvrir le port , reine descieux ,

« Flambeau des nuits -, déesse au char silencieux. »

La fille de Latone , exauçant sa prière ,

Aussitôt a quitté son trône de lumière;

Elle emprunte les traits des nymphes de la mer ,

Et comme elles glissant sur l'élément amer ,

Elle crie au héros : « Demain , dès demain même^

Ostendet , fi cloque dabit succedere portu. Sed vos littoribus primis ne insistite : namque Ultra fata vocant. Medio magna insula ponto Est Ophyre : hue iter est vobis , hic débita sedes lmperiique caput. Simul hsec effata , carinam Impulit : illa levi cita dissecat sequora cursu. Aspirant faciles aura? , et jam clarus ab undis Surgebat Titan , humiles cum surgere colles Umbrosi procul , et propior jam terra videri ïncipit. Acclamant nautœ, terramque salutant , Terram exoptatam. Tum portu et littore amice Excepti , dis vota piis in littore solvunt , Quassatasque rates ? defessaque corpora curant.

Inde , ubî quarta dies pelago , crepitansque vocavit Vêla notus , remis insurgitur , altaque rursum Corripiunt maria , et Iseti fréta cserula sulcant. Linquitur incerto fluitans Anthylia ponto , Atque Hagia, atque alta Ammerie, execrataquetellus Cannibalum, etripaGyane nemorosa virenti.

Protinus innumerae panduntur turribus altis

La terre apparaîtra. . . De tes vaisseaux que j'aime , Tu ne borneras pas la course au premier port ; Poursuis , car c'est plus loin que t'appelle le sort. Au milieu de ces mers cherche l'île d'Ophyre6 : Là , tu dois t' arrêter, là , fonder ton empire. » Elle dit , et sa main pousse alors les vaisseaux, Qui d'un vol plus léger fendent le sein des eaux. Le vent devient propice , et le soleil à peine Paraît à l'horizon, que sur l'humide plaine Déjà la terre au loin, sous un voile brumeux, Semble naître , grandir et s'avancer vers eux. La voix des matelots salue avec ivresse La plage désirée ; on y court , on y dresse Un autel pour les dieux , pour les nefs un chantier, Des tentes de repos pour l'équipage entier.

La quatrième aurore a chassé les étoiles

Lorsque le vent du sud souffle enfin dans les voiles.

Sur l'océan encor les joyeux matelots

Vont braver des dangers La rame bat les flots.

Bientôt on a tourné l'île des Cannibales , Dépassé l'Anthylie aux rives inégales , L'Hagie et la Gyane aux verdoyants contours ,

Insulœ oceano in vasto , quas inter opacis Undàntem silvis imam , cursuque sonantem Fluminis aspiciunt , magno qui spumeus alveo In mare fulgentes auro subvectat arenas. Hujus in ora placet prônas appellere puppes. Invitant nemora , et dulces e flumine lymphse. Jamqae solo viridante alacres , ripaque potiti In primis terram ignotam , nymphasque salutant Indigenas , geniumque loci , teque , aurifer amnis , Quisquis in ora maris nitida perlaberis unda. Tu m duram cererem , et patrii carchesia Bacchi Aggere in herboso expediunt : dein quaerere , si qui Mortales habitent : pars fui va m fluminis undam Mirari , mixtamque auro disquirere arenam.

Forte per umbrosos silvarum plurima ramos Assidue volitabat avis , quae picta nitentes Caeruleo pennas , rostro variata rubenti , Ibat nativo secura per avia luco.

Has juvenum manus ut silvas videre per altas

LA SYPHILIS, 3l<)

Quand soudain à leurs yeux s'offrent de hautes tours , Des rochers , des forêts , un vaste groupe d'îles : L'une d'elles , ainsi que des vagues mobiles , Voit ondoyer dans l'air la cime de ses bois , Et vers la haute mer précipite à la fois Le fleuve impétueux dont le cours la féconde , Et le riche tribut d'un sable où For abonde. Là , des sources d'eau douce et des ombrages frais Sous un ciel calme et pur unissaient leurs attraits. La flotte y jette l'ancre , et déjà l'équipage S'élance plein de joie et court , sur le rivage, Offrir un sacrifice aux nymphes de ces lieux , A cette île nouvelle , à son fleuve , à ses dieux. Après un gai repas, les uns vont reconnaître Quel peuple sur ces bords les destins ont fait naître ; D'autres , revoir le fleuve à leurs vaisseaux ouvert ; D'autres, recueillir l'or dont le sable est couvert.

Sur le rivage , au sein d'une forêt sacrée , Des oiseaux au bec rouge , à la plume azurée, Près de l'arbre natal heureux de voltiger, Avaient toujours vécu sans crainte ni danger. De jeunes matelots une troupe imprudente

Continuo cava terrificis horrentia bombis

JEra , et flammiferum tormenta imitantia fulmen

Corripiunt, Vulcane, tuum, dumTheutonas armas,

Inventum , dum tela Jovis mortalibus affers.

Nec mora , signantes certain sibi quisque volucrem,

Inclusam, salicum cineres, sulphurque, nitrnmque,

Materiam accendunt servata in reste favilla.

Fomite correpto diffusa repente furit vis

Ignea circumsepta , simulque cita obice rupto

Intrusairi impellit gland em : volât illa per auras

Stridula : et exanimes passim per prata jacebant

Dejectae volucres. Magno micat ignibus aer

Cum tonitru , quo silva oninis , ripaeque recurvœ ,

Et percussa imo sonuerunt sequora fundo.

Pars avium nemus in densum conterrita , et altos

Se recipit scopulos : quorum de vertice summo

Horrendum una canit (dictu mirabile !) et aures

Terrificis implet dictis , ac talibus infit :

Qui Solis violatis aves , sacrasque volantes , Hesperii , nunc vos , quse magnus cantat Apollo , Accipite, et nostro vobis quae nuntiat ore.

Accourt, les voit, tressaille , et d'une main ardente7

Saisit l'arme où la foudre et le feu des éclairs

Couvent impatients de voler dans les airs :

Cet agent destructeur que Vulcain fit connaître

Alors qu'associant le soufre , le salpêtre

Et le charbon de saule, il apprit au Germain

A concentrer la mort dans un tube d'airain.

Chacun fixe des yeux un oiseau ; l'étincelle

Que dans ses plis tressés une mèche recèle

Tombe sur le foyer; le feu prend , le coup part,

Et la balle qui siffle obéit au regard.

Des victimes sans nombre au loin jonchent la terre. . .

Mais soudain l'on entend retentir le tonnerre ,

Qui, dans le ciel en feu multipliant ses coups,

Semble d'un dieu vengeur annoncer le courroux.

Les oiseaux échappés à l'horrible carnage

Ont fui dans les taillis de ce sombre bocage.

O prodige ! l'un d'eux sur les rameaux sanglants

Reste , et parle en ces mots aux matelots tremblants :

« Féroces Espagnols , votre main sacrilège « A frappé les oiseaux que le Soleil protège ! « Apollon dont ce meurtre a souillé la forêt,

Vos quanquam ignari , longnm qusesita , secundis Tandem parta Ophyrae tetigistis littora ventis. Sed non a rite no vas dabitur summitere terras , Et longa populos in libertate quietos , Molirique urbes , ritusque ac sacra novare , Quam vos infandos pelagi terrœque labores Perpessi, diversa hominum post praelia, multi Mortua in externa tumuletis corpora terra. Navibus amissis pauci patria arva petetis. Frustra alii socios quaeretis magna remensi iEquora : nec nostro deerunt Cyclopes in orbe. Ipsa inter sese vestras discordia pnppes In rabiem ferrumque trahet : née sera manet vos Illa dies , fœdi ignoto cum corpora morbo Auxilium silva miseri poscetis ab ista , Donec pœniteat scelerum. Nec plura locuta , Horrendum stridens densis sese abdidit umbris.

« Apollon par nia voix vous dicte cet arrêt :

« Après mille dangers , après de longs orages ,

« D'Ophyre vous avez abordé les rivages ;

« Mais avant qu'en ces lieux, par de rudes travaux,

ce Vous ayez pu fonder des empires nouveaux

« Et bâtir des cités ; avant que cette terre,

ce Courbant sa liberté sous le joug de la guerre ,

ce Ait adopté vos mœurs , votre culte , vos lois,

ce Vous vous épuiserez en stériles exploits ;

« Nos mers engloutiront les débris de vos flottes ,

« Vos tombes par milliers hérisseront ces côtes ;

ce Peu d'entre vous iront , pour de lointains combats,

<«. Dans les champs paternels recruter des soldats.

ce Sur cette terre aussi , pour vous réduire en poudre ,

ce Des Cyclopes8 nouveaux sauront forger la foudre ;

ce La discorde bientôt parmi vous se glissant

ce Va par vos propres mains répandre votre sang.

ce Enfin , le jour approche où , trop justes victimes

ce D'un incurable mal qui châtîra vos crimes ,

ce Vous viendrez, regrettant d'exécrables forfaits,

ce De cette forêt même implorer les bienfaits. »

Il dit, et, dans les airs, poussant des cris funèbres,

Il s'envole et se perd dans l'horreur des ténèbres.

Ollis ossa rigor subitus percurrit , et omnis

Palluit , ac gelida fùgit formidine sanguis.

Tum vero sacras volucres , divosque precati ,

In primis Solem , et sanctum servantia lucum

Numina supplicibus venerantur agrestia votis :

Pacem orant , rursumqueOphyren , fluviumque salutant.

Interea e silvis nigrum genus ora comasque i Ad naves nova turba viruni concurrit inermis , Pectora nudi oranes , evincti frondibus omnes Paciferis : tanta qui celsas mole carinas Mirati , vestesque virum , fui gentiaque arma, Vix satis expleri possunt : et ab sethere missi Sive hommes , sive heroes sint , sive deorum Numina, adorantum ri tu , precibusque salutant: Ante alios ipsum regem , cui mimera laeta , E ripis collectum aurum , et cerealia dona , Et patrios fructus , et mella liquentia portant. Vestibus ipsi etiam nostris , et munere multo Donati , exceptique mero nova gaudia miscent. Non aliter, quam si mensis, dapibusque deorum Mortalis quisquam adscitus, felixque futurus

LA SYPHILIS. 3i5-

Des pâles matelots tout le sang s'est glacé ;

Aux mânes des oiseaux , au Soleil offensé ,

A la terre d'Ophyre , au fleuve , aux dieux rustiques,

Invisibles gardiens de ces forêts antiques,

Ils demandent la paix , et par un riche don

S'efforcent de payer le prix de leur pardon.

Cependant vers la flotte une race inconnue S'avance désarmée et la poitrine nue ,, Portant de verts rameaux comme un signe de paix. Le corps couleur d'ébène et les cheveux épais.

Tout en elle est nouveau Nos demeures flottantes ,

Nos costumes guerriers , nos armes éclatantes Captivent leur esprit , éblouissent leurs yeux. Vers les fiers Espagnols qu'ils prennent pour des dieu x , Ces hommes au cœur simple , aux mœurs encor naïves , Humblementprosternéstendentleurs mains craintives; Puis au chef qui leur semble un envoyé du ciel , Ils présentent de l'or , du blé , des fruits, du mieL On leur donne en retour des étoffes brillantes

Et mille autres présents Les coupes pétillantes

Bientôt d'un vin fumeux leur offrant la liqueur ?

3aG SYPHILIS.

Hauriat seternum , cœlestia pocula , nectar.

Ergo , ubi amicitise securos fœdere utrinque Firmavere animos , habita et commercia gentis , Ipsi inter sese reges in littore laeti Complexu jungunt dextras , et fœdera firniant. Alter gossypio tenui pectusque femurque Prsecinctus , viridi limbum pingente smaragdo , Ora niger : jaculo armatur cui dextera acuto , Squamosi spolium sustentât lseva draconis. Alter at intexto lsenam circumdatus auro , Quamsubter rutila arma micant, capiti serea cassis Insidet , et pictœ volitant in vertice cristas : Fulgenti ex auro torques cui candida colla Cingunt , atque ensis lateri dependet iberus. Et jam commixti populi , hospitioque recepti , Hi tectis domibusque, altis in navibus illi , Laetitia ludisque dies per pocula ducunt.

D'une nouvelle joie ont échauffé leur cœur. Tel serait l'un de nous au terme de la vie , S'il pouvait , au banquet où le ciel le convie , Nourri de mets divins , de nectar abreuvé , S'enivrer du plaisir aux dieux seuls réservé.

Les deux peuples bientôt bannissant toute crainte,

Un heureux abandon succède à la contrainte ;

Et se pressant la main leurs chefs publiquement

D'une étroite alliance échangent le serment.

Du prince noir on voit la poitrine couverte

D'un voile ou l'or s'unit à Témeraude verte;

Pour arme à la main droite il porte un large dard ,

La gauche fait flotter , ainsi qu'un étendard ,

De la peau d'un dragon les hideuses écailles.

L'autre chef est vêtu d'une cotte de mailles ;

Par un surcot de pourpre et par un collier d'or

La blancheur de son teint est relevée encor ;

L'aigrette de son casque étincelle ; une épée

Pend à son baudrier , à Tolède trempée.

Tous mêlant à l'envi leurs jeux et leur gaîté

Se livrent aux douceurs de l'hospitalité ,

Ceux-ci sur leurs vaisseaux, ceux-là dans leurs demeures;

Forte loco lux festa aderat , Solique parabant Ultori facere umbroso sacra annua luco.

Hesperiseque , Ophyraeque manus convenerat omnis. Hic convalle cava , ripse viridantis in berba , Selectorum ingens numerus, matresque virique Confusi , plebs atque patres , puerique senesque Astabant , animis tristes , et corpora fœdi , Squallentes crustis omnes , taboque fluentes : Quos circumfusos albenti in veste sacerdos Pura lustrât aqua , et ramo frondentis hyaci. Tum niveum ante aras csedit de more juvencum, Et juxta positum pastorem sanguine caesi Respergit , pateraque rigat : Solique potenti Ad numéros pœana canit : nec caetera turba Nonsequitur, mactantque sues , mactantquebidentes, Visceribusque veru tostis epulantur in herba.

Obstupuit gens Europœ ritusque sacrorum , Contagemque alio non usquam tempore visam,

Et par de longs festins trompent le cours des heures.

C'était alors l'époque où , dans le bois sacré ,

En l'honneur du Soleil l'autel est préparé.

Là , non loin de la mer , au fond d'un vallon sombre,

Accourent, tous les ans, des malades sans nombre

Au front triste , à l'œil terne, et dont le corps souillé

Par un ichor fétide est sans cesse mouillé :

De l'inflexible dieu , là cette foule immense

Vient par un sacrifice implorer la clémence.

Le prêtre , sur le peuple autour de lui rangé ,

Agite le gaiac qu'en l'onde il a plongé ,

Et fait pleuvoir trois fois cette eau qui purifie ;

Alors d'un taureau blanc, que sa main sacrifie ,

Le sang, selon l'usage , est aussitôt versé

Sur le front d'un berger près de l'autel placé.

Un hymne solennel vers le Soleil s'élève ,

Le prêtre le commence et la foule l'achève.

Le porc et la brebis reçoivent le trépas ;

Leur chair fournit au peuple un champêtre repas.

Les Espagnols , surpris de ces fêtes sauvages Et d'un mal inconnu contemplant les ravages,

33o SYPHILIS.

At dux multa animo tacitus secum ipse volutans : Hic erat ille , inquit , morbus , (di avertite casum !) Ignotum interpres Phœbi quem dira canebat ! Tumregem indigenam (ut sermo fandique facultas Jam communis erat) , cui sint solemnia divum , Scitatur : quid tanta astet convalle sub alta Languentum miseranda manus : quid pastor ad aras Sacra inter, cœsi respersus sanguine tauri.

Quem contra , Hesperise o héros fortissime pubis , Rex ait , hi gentis ritus, lisec sacra quotannis Ultori de more deo celebramus : origo Antiqua est , veteresque patrum fecere parentes. Quod si externorum mores , hominumque labores Audivisse juvat , primseva ab origine causam Sacrorum , et pestis miserae primordia pandam. Forsitan Atlantis vestras pervenit ad aures Nomen , et ex illo generis longo ordine ducti. Hac et nos , longa série , de stirpe profecti Dicimur , heu ! quondam felix et cara deum gens , Du m coelum colère , et superis accepta referre

S'épouvantent... Lear chef, un instant interdit,

Leur adresse ces mots : « Voilà le mal prédit !

Le mal qui doit sur vous punir le sacrilège

Du meurtre des oiseaux que le Soleil protège!... »

Les deux peuples déjà pouvant s'entendre entre eux

Par la parole unie à des signes nombreux ,

Le chef des Espagnols au roi des insulaires

Demande alors pourquoi dans ces lieux solitaires

Ce peuple , cet autel , ce sacrificateur ,

Et ce sang de taureau versé sur un pasteur.

« Vaillant chef, notre race à souffrir condamnée , Dit le roi , renouvelle en ce lieu , chaque année , Un culte expiateur fondé par nos ayeux Dont l'orgueil offensa le Soleil et les dieux : Si les mœurs de mon peuple et sa longue infortune N'offrent point à votre âme une image importune , Je vous dirai le but de ces solennités Et la cause du mal qui frappe nos cités : L'antique nom d'Atlas 9 vous est connu , peut-être , Atlas qui de nos rois fut le plus noble ancêtre. Nos pères détachés de ce tronc immortel Longtemps des dieux amis honorèrent l'autel ;

33i SYPHILIS.

Majores suevere boni : sed , numina postquam Contemni cœptum est luxu fastuque nepottim , Ex illo quœ sint miseros , quantseque secutse iErumnœ , vix fando unquam comprendere posseni. Insula tum prisci régis de nomine dicta Ingenti terrae concussa Atlantia motu Corruit , absorpta oceano : quem mille carinis Sulcavit toties , terrae regina marisque. Ex illo et pecudes , et grandia quadrupedantuni Corpora , non ullis unquam reparata diebus, TEternum periere : extern aque victima sacris Cseditur , externus nostras cruor imbuit aras. Tumquoqueethsecinfanda lues^ quamnostra videtis Corpora depasci , quam nulli aut denique pauci Vitamus, divum offensis , et Apollinis ira De cœlo demissa omnes grassatur in urbes. Unde hsee sacra novo primum solemnia ritu Instituere patres , quorum hsec perhibetur origo.

ils vécurent heureux jusques au jour néfaste

Où leurs fils corrompus par le luxe et le faste

Des temples renversés dispersant les débris

Prodiguèrent au ciel l'insulte et le mépris.

Ah ! ne demandez pas que ma parole exprime

L'horreur du châtiment qui venge encor ce crime.

L'Atlantide , cette île aux hardis matelots ,

Qui, reine de la terre, et qui, reine des flots,

Du premier de ses rois reçut le nom illustre,

Dont elle-même accrut la grandeur et le lustre :

L'Atlantide , livrée à la fureur des mers

S'abîma tout à coup dans leurs gouffres amers.

En même temps périt la gigantesque race

De ces troupeaux dont l'homme en vain cherche la trace

Il nous fallut offrir à la divinité

La victime étrangère et le sang emprunté.

Un mal dont peu de nous ignorent la torture

Et qui fait de nos chairs sa vivante pâture ,

Mal que dans leur colère ont inventé les dieux ,

Sur nos cités en deuil est descendu des cieux.

Alors fut établi le culte expiatoire

Dont il me reste encore à dérouler l'histoire.

Syphilus (ut fama est) ipsa haec ad flumina pastor Mille boves , niveas mille haec per pabula régi Alcithoo pascebat oves : et forle sub ipsum Solstitium urebat sitientes Sirius agros : Urebat nemora : et nullas pastoribus umbras Prsebebant silvse : nullum dabat aura levamen. Ille gregem miseratus , et acri eoncitus œstu , Sublimem in Solem vultus et lumina tollens : Namquid, Sol, te , inquit, rerumpatremquedeumque Dicimus , et sacras vulgus rude ponimus aras , Mactatoque bove , et pingui veneramur acerra , Si nostri nec cura tibi est , nec regia tangunt Armenta ! An potius superos vos arbitrer uri Invidia ! Mihi mille nivis candore juvenese , Mille mihi pascuntur oves : vix est tibi taurus Unus , vix aries cœlo (si vera feruntur) Unus, et armenti custos canis arida tanti. Démens quin potius régi divina facesso , Cui tôt agri , tôt sunt populi , cui lata ministrant iEquora , et est superis , ac Sole potentia major ! Ille dabit facilesque auras , frigusque virentum Dulce feret nemorum armentis, œstumque levabit.

« Au temps d'Alcithoùs , l'un de nos anciens rois , On dit que son berger Syphilus , autrefois , Conduisait dans les prés qui naissent sur nos rives Mille bœufs indomptés, mille brebis craintives. Un jour que Sirius , sur le sol dévasté

Epanchant tous les feux du solstice d'été, Ravissait l'ombre aux bois, la fraîcheur à la plaine , Et que des vents muets il enchaînait l'haleine , Syphilus , à l'aspect du bétail expirant, Et lui-même écrasé par un ciel dévorant , Tourne vers le Soleil un regard qui le brave , Et s'écrie : O Soleil ! trop longtemps en esclave L'homme sur tes autels désormais impuissants Immola des taureaux et fit fumer l'encens. Pourquoi ce nom de père et de maître suprême , Si tu brûles nos champs, nos troupeaux et moi-même? Sans en être jaloux les dieux n'auront pu voir L'innombrable bétail soumis à mon pouvoir ; Car dans ton ciel désert à peine si tu comptes , (Et par pitié j'admets de ridicules contes) Au lieu de mille bœufs , un bélier, un taureau , Et pour maigre gardien d'un si mince troupeau

Sic fatus , mora nulla , sacras in montibus aras Instituit régi Alcithoo , et divina facessit. Hoc manus agrestum , hoc pastorum caetera turba Exsequitur : dant thura focis incensa, litantque Sanguine taurorum , et fumantia viscera torrent.

Qu.se postquam rex , in solio du m forte sederet Subjectos iuter populos , turbamque frequentem , Àgnovit , divum exhibito gavisus honore , Non ullum tellure coli , se vindice , numen Imperat , esse nihil terra se majus in ipsa : Cœlohabitaredeos, neceorum hoc esse, quod iufraest.

Vider at hœc , qui cuncta videt , qui siugula lustrât, Sol pater , atque animo secum indignatus , iniquos

LA SYPHILIS. 33y

Un chien Vous honorer ! ah ! c'est folie insigne !

Seul du culte divin Alcithoùs est digne. Lui qui règne sur mer et sur terre , en ces lieux Plus fort que le Soleil , plus puissant que les dieux, Lui , mieux que vous , saura dans nos verts pâturages Ramener les zéphirs et d'éternels ombrages !

Il dit , et sur les monts , bravant les immortels , Au prince Alcithoùs il dresse des autels. Pâtres et laboureurs suivirent son exemple , Renièrent les dieux , désertèrent leur temple , Et pour le seul monarque osèrent , égarés , Réserver et l'encens et les taureaux sacrés.

Sur son trône , au milieu d'une foule empressée, Alcithoùs qu'aveugle une joie insensée , Ivre de ces honneurs , veut qu'en tous ses états On proscrive des dieux auxquels il ne croit pas ; Et reléguant leur troupe au séjour du tonnerre, Il usurpe leur culte et s'arroge la terre.

Mais celui qui, sur nous les yeux toujours ouverts , D'un seul de ses regards embrasse l'univers

Intorsit radios , et lumine fulsit acerbo : Aspectu quo terra parens , correptaque ponti ^Equora , quo tactus viro subcanduit aer. Protinus illuvies terris ignota profanis Exôritur. Primus , régi qui sanguine fuso Instituit divina , sacrasque in montibus aras , Syphilus , ostendit turpes per corpus achores : Insomnes primus noctes , convulsaque membra Sensit , et a primo traxit cognomina morbus , Syphilidemque ab eo labem dixere coloni. Et mala jam vulgo cunctas diffusa per urbes Pestis erat , régi nec sseva pepercerat ipsi.

Itur ad Ammericen silva in Cartheside nympham ? Cultricem nemorum Ammericen, qua? maxima luco Interpres divuiri responsa canebat ab alto. Scitantur , quae causa mali , quae cura supersit. Illa refert : Spreti vos o , vos numina Solis Exercent : nulli fas est se sequare deorum Mortalem : date thura deo , et sua ducite sacra ? Etnumen placate, iras non proferet ultra.

LA syphilis. 33g

Le Soleil aperçut le crime , et sur notre île Versant d'un mal affreux la semence subtile , Dans les airs attristés de ses rayons blafards Il répandit soudain , en fétides brouillards ,

Le poison qui germa sur cette terre impie

Coupable instigateur du forfait qu'elle expie,

Syphilus, le premier, sent naître sur son corps

Et se multiplier l'ulcère aux larges bords ;

Le sommeil fuit sa couche, et d'horribles tortures

De ses membres brisés déchirent les jointures.

Par ce mal flétrissant les pâtres avilis

L'ont parmi nous dès lors nommé la Syphilis.

Bientôt de nos cités il envahit l'enceinte,

Et , lui-même , le roi ne put fuir son atteinte.

Le peuple , en sa terreur , au bois de Carthécis Accourt pour consulter la nymphe Américis : (Sous des arbres touffus est la sombre retraite D' Américis, du ciel infaillible interprète). Il demande quel dieu le condamne à périr , Ce qui cause ses maux , ce qui doit les guérir. L'oracle lui répond : « O race pervertie ! Tu bravas le Soleil , le Soleil te châtie !

VjO SYPHILIS.

Quam tulit , œterna est , nec jam revocabilis unquam Pestis erit : quicunque solo nascetur in isto , Sentiet : ille lacus Stygios , fatumque severum Juravit : sed enim , si jam medicamina certa Expetitis , niveam magna? mactate juvencam Junoni , magnse nigrantem occidite vaccam Telluri : illa dabit felicia semina ab alto : Hsec viridem educet felici e semine silvam : Unde salus. Simul obticuit , specus intus , et omne Excussum nemus , et circumstetit horror ubique. Illi obeunt mandata : sua ipsi altaria Soli Instituunt : niveam Juno tibi magna juvencam , Nigrantem Tellus mactant tibi maxima vaccam. Mira edam (at divos juro et monumenta parentum). Hase sacra, quam nemoreboc toto voscernitis, arbor, Ante solo numquam fuerat qua? cognita in isto , Protinus e terra virides emittere frondes Incipit , et magna campis pubescere silva. Annua confestim Soli facienda sacerdos Ultori nova sacra canit. Deducitur ipse , Sorte data , qui pro cunctis cadat unus ad aram , Syphilus : et jam farre sacro , vittisque paratis , Purpureo stabat tincturus sanguine cultros :

A l'homme offrir l'encens qu'on doit aux immortels ! . .

Horreur ! . . . Peuple insensé ! retourne à leurs autels y

Fais-y fumer encor la chair du sacrifice,"

Tâche ainsi d'arrêter la divine justice :

Quant au mal qui t'accable , éternel châtiment ,

(Apollon par le Styx en a fait le serment)

Il doit , irrévocable, étendre ses ravages

A tous ceux qui naîtront sur ces tristes rivages»

Mais le ciel te réserve un remède puissant :

Frappe une vache noire , et que par toi son sang

En l'honnenr deTellus sur le gazon s'épanche ;.

Sacrifie à Junon une génisse blanche ;

Des germes que Junon dans les airs sèmera ,

Germes que dans son sein Tellus fécondera ,

Un arbre au vert feuillage , à la cime élargie ,

Naîtra y qui du poison domptera l'énergie. »

Américis se tait. Sur le sol ébranlé

A sa voix la forêt et la grotte ont tremblé.

Le peuple a relevé les autels légitimes ,,

A Tellus , à Junon immolé des victimes.

O prodige ! (je puis en attester les dieux

Et les vieux monuments laissés par nos ayeux)

Un arbre, jusqu'alors inconnu dans notre île3

Tutatrix vetuit Juno , et jam mitis Apollo , Qui meliorem animam miseri pro morte juvencum Supposuere , feroque solum lavere cruore. Ergo ejus facti seternum ut monumenta manerent , Hune morem antiqui primum statuere quotannis Sacrorum , ille tuum testatur, Syphile, crimen, Victima vana , sacras deductus pastor ad aras. Ula omnis , quam cernis , inops miserandaque turba Tacta deo est , veterumque luit commissa parentum : Cui votis precibusque piis numerisque sacerdos Conciliât vates divos , et Apollinis iras. Lustrati ingentes ramos , et robora sanctee Arboris advectant tectis : libamine cujus Vi mira infandœ labis contagia pellunt.

Soudain vint ombrager cette terre fertile ;

De ses vastes rameaux nos champs furent couverts.

Aussitôt du Soleil les temples sont rouverts ;

Le dieu vengeur consent qu'un seul coupable expie

L'exécrable forfait de tout ce peuple impie.

Et déjà par le sort Syphilus désigné

Sous le bandeau sacré courbe un front résigné ;

Son sang va ruisseler ; déjà le fer se lève ,

Quand Junon accourant a détourné le glaive ,

Et, par elle fléchi , sous la main du bourreau

Apollon au berger substitue un taureau.

Nos pères ont fondé ces fêtes solennelles ,

Voulant qu'à l'avenir des preuves éternelles,

Attestent et leur crime et la bonté des dieux.

Ce culte tous les ans nous rassemble en ces lieux ;

Et le jeune berger , victime emblématique ,

Est là pour rappeler le sacrifice antique.

Ainsi , de race en race et sans s'être lassé

Le châtiment du crime a jusqu'à nous passé ,

Et le prêtre aujourd'hui sur cette foule immense

Fait encor d'Apollon descendre la clémence ;

Car tous purifiés retournent sous leurs toits ;

Ils y font infuser des rameaux du saint bois ,,

Talibus , atque aliis tempus per multa trahebant Diversis populi commixti e partibus orbis. Interea , Europae fuerant quse ad cara remissœ Littora, jam rursus puppes fréta lata remensae Mira ferunt : late (proh ! fata occulta deorum ï) Contagem Europse cœlo crebrescere eamdem , Attonitasque urbes nullis agitare medelis..

Quin etiam gravior naves it runior in omnes , Tllo eodem classem morbo , juvenumque teneri Haudnumerumexiguum , et totistabesceremembris. Ergo haud immemores , diras cecinisse volucres Affore , cum silva auxilium poscatur ab illa , Continuo faciles nymphas , Solemque precati , Intacti nemoris ramos , et robora ab alto Convectare parant luco , medicataque sumunt Pocula , pro ritu gentis : quo munere tandem

Et ce divin breuvage étouffe l'incendie Qu'alluma dans leurs flancs l'horrible maladie.

Tandis que par des jeux et par de tels discours 10 Les deux peuples amis du temps trompaient le cours, Quelques-uns des vaisseaux qui déjà d'Ibérie Ont revu le doux ciel et la terre chérie , De l'océan encore affrontant les dangers , Aux matelots restés sur les bords étrangers Annoncent que l'Europe elle-même est livrée Au fléau qui d'Ophyre infecte la contrée. Sous l'aiguillon d'un mal précurseur du trépas , L'Europe invoque l'art , mais l'art ne répond pas.

Voici que dans la flotte il court des bruits sinistres :

On dit que, du destin implacables ministres,

Les germes du fléau s'y sont développés ,

Et que des Espagnols la plupart sont frappés...

Eux aussi sont contraints en ce péril extrême

D'implorer la pitié de cette forêt même

Où fume encor le sang qui vient d'être vengé.

Aux nymphes de ce bois , au Soleil outragé ,

Ils font un sacrifice , et dans l'auguste enceinte

Contagem pepulere feram. Quin dona deorum , Haud patriae obliti , et felicem ad littora silvam Nostra jubent ferri , cœlo si forsitan isto Assimilem pellant labem : nec fata secundos Ipsa negant zephyros , facilisque aspirât Apollo.

Munera vos divum primi accepistis, Iberi , Praesens mirati auxilium : nunc cognita Gallis , Germanisque , Scythisque , orbe etgavisa Latino, Jam nunc Europara vecta est huyacus in omnem.

Salve magna deum manibus sata semine sacro , Pulehra comis , spectata novis virtutibus arbos

Jls vont tous du gaïac cueillir la tige sainte. Ainsi fut accompli l'oracle désastreux Que l'oiseau du Soleil avait lancé sur eux. Des peuplades d'Ophyre imitant la coutume , Et buvant dans la coupe où pétille l'écume Le suc extrait par eux des célestes rameaux , Ils y trouvent le terme et l'oubli de leurs maux. Mais ils veulent aussi porter à leur patrie Ces rameaux qui du mal conjurent la furie. Ils partent , espérant que ce bois précieux Des horreurs du fléau délivrera nos cieux ; Un vent heureux les pousse , et calmant sa colère De ses plus purs rayons Apollon les éclaire.

C'est à vous la première , à vous que le destin

Révéla le trésor de ce climat lointain ,

INoble Espagne ! Aujourd'hui l'Italie et la France,

Le Scythe , le Germain ont contre leur souffrance

Imploré du gaïac les merveilleux effets ;

Et dans l'Europe entière il sème ses bienfaits.

Salut ! toi dont le front jusques aux cieux s'élève , O toi que vivifie une magique sève ,

Spes hominunv, externi decus , et nova gloriamundi ! Fortunata nimis , natam si numina tantum Orbe sub hoc , hommes inter gentemque deorum Perpétua sacram voluissent crescere silva ! Ipsa tamen , si qua nostro te carminé Musse Ferre per ora virum poterunt , hac tu quoque parte Nosceris , cœloque etiam cantabere nostro. Si non te Bactra , et tellus extrema sub arcto , Non Meroe , Libycisque Ammon combustus arenis , At Latium , at viridis Benaci ad flumina ripa Audiet , et molles Athesi labente recessus. Et sat erit , si te Tiberini ad fluminis undam Interdum leget , et referet tua nomina Bembus.

FINIS L1BR1 TEBT1I.

Arbre qu'un dieu pour nous a planté de sa main , Gloire du nouveau monde , espoir du genre humain , Salut ! . . . Ah ! mille fois heureuses nos contrées Si leur sol se couvrait de tes forêts sacrées , Et si leLatium, sous ton feuillage épais, De ses longues douleurs se reposait en paix ! Je ne puis , secondant la Muse qui m'inspire Jusques au pôle arctique étendre ton empire , Et de la Bactriane n aux ruines d'Ammon Répandre en les chantant tes vertus et ton nom. Mais que du moins ma voix aux échos de l'Adige Apprenne à répéter par quel divin prodige Tu prêtes ton secours à l'antique univers ; Et que Bembo , mêlant et ton nom et mes vers , Acquitte , en propageant le bruit de tes merveilles , Le prix de tes bienfaits et le prix de mes veilles !

Il m'invite à chanter un arbre précieux...

L'arbre dont la découverte fait le sujet de ce troisième

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