APERÇU HISTORIQUE
à vous faire connaître ceux qui l’ont étudiée à titre de manifestation spéciale (1). Les livres de Mahon, de Berlin et de M. Didav renferment dessus des renseignements précieux.
Au début on méconnut l’origine de la syphilis héréditaire; on crut, avec Gaspard Torella (1498), qu’elle venait des nourrices et de leur lait.
Suivant M. Didav, Paracelse le premier signala sa véritable source. « Fit morbus hereditarius, dit-il, et transit a pâtre ad filium. » Toutefois, c’est en 1553 seulement qu’Augier Ferrier l’affirma d’une manière nette, en indiquant les trois modes d’infection du produit : par la semence du père, par celle de la mère, et par la contamination de la mère durant la grossesse.
Fallope, dans un traité posthume du Mal français (1506), excellent pour l’époque où il fut écrit, fortifia cette manière de voir de l’autorité de son nom : « Præterea videbitis pucrulos nacentes ex femina infecta, ut ferant peccata parentum, quividentur semi cocti. »
« Souvent, dit Ambroise Paré, on voit sortir les petits enfants hors le ventre de leur mère, ayant ceste maladie, et tost après avoir plusieurs pustules sur leur corps; lesquels étant ainsi infectés, baillent la vérolle à autant de nourrices qui les allaictcnt. »
A partir de ce moment, il fut généralement admis que la syphilis pouvait être transmise par hérédité. Mauriceau, Boerhaave, Astruc, le soutinrent, et les contradicteurs ont été peu nombreux. H faut pourtant y compter Ilunter, qui n’admettait l'infection vénérienne des nouveau-nés qu’au passage.
Pendant longtemps l’étiologie et le traitement furent la préoccupation dominante des observateurs, qui s’attachèrent peu à la description clinique, sur laquelle ils ne nous ont laissé que des renseignements fort incomplets. Ils parlent d’enfants couverts de pustules ; voilà tout. 11 faut arriver au xvme siècle pour trouver un auteur qui ait décrit avec quelques détails la syphilis des enfants; c’est le Suédois Nils Bosen, de Bosenstein; mais le chapitre qu’il consacre à cette élude est incomplet et confus.
Un fait administratif modifia le train des choses, et devint le point de départ d’un progrès considérable dans la connaissance de la syphilis héréditaire : ce fut la réunion des enfants atteints de ce mal en un lieu unique, où les médecins chargés de les soigner purent les observer en grand nombre, longtemps et régulièrement.
A la fin du siècle dernier, à Paris, les nouveau-nés syphilitiques étaient portés à la Salpêtrière et à Bicêtre. En 1780, ils furent réunis dans une maison hospitalière de Vaugirard, où l’on admit également les femmes enceintes et les nourrices atteintes de vérole. En 1793 , tous ces malades
(1) Sur 1’aucienneté de la syphilis, voyez dans la seconde partie de ce volume, le mémoire de M. Parrot intitulé : Une maladie préhistorique.