‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 16 sur 84 · QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LEÇON

Étude clinique de la syphilis héréditaire. — Vue d'ensemble. — La syphilide bulleuse (pemphigus).

L’enfant syphilitique qui est expulsé mort ressortit à l’anatomie pathologique, et il en sera parlé ultérieurement. Actuellement je vais m’occuper du malade vivant, qu’il ait atteint ou non le terme normal de la vie intrautérine.

Les affections que la syphilis héréditaire engendre sont très nombreuses et diverses, et peuvent se rencontrer en des proportions variables sur le même sujet. Je décrirai séparément chacune d'elles pour en faire ressortir toutes les particularités, toutes les nuances; puis je vous montrerai les liens très intimes qui les rattachent les unes aux autres. Je n’aurai d’ailleurs en vue que les manifestations les plus précoces, je veux dire celles des premiers mois, de la première et de la seconde année. Celles qui éclatent plus tard et jusque dans l'adolescence, que pour cela l’on a qualifiées de tardives, sont infiniment plus rares et seront étudiées à part (I).

Four que vous puissiez, d’un coup d’œil, vous rendre compte de la physionomie clinique du mal, je vais, à l'aide d’une esquisse rapide, vous représenter un enfant syphilitique. Ce sera, remarquez- le bien, le portrait d’un malade, mais non celui de la maladie. Je n'y mettrai que les traits principaux, indispensables, mais il sera assez caractérisé, assez ressemblant pour que son souvenir vous permette de reconnaître, à première vue, tous les cas de même espèce.

Ce n’est que par exception que l’enfant apporte en naissant les marques de la syphilis, et qu’on voit ses extrémités couvertes de huiles purulentes; celui-là vit peu de temps. Dans le plus grand nombre des cas, il a toutes les apparences de la santé. Son embonpoint est moyen; sa peau est rosée, ou couxerte de légères marbrures; ses chairs sont fermes; son cri est

(1) Malgré cette promesse, M. Parrot n'a jamais consacré de leçon à la syphilis héréditaire tardive.

ÉTUDE CLINIQUE

vif; il tette volontiers; ses garde-robes sont bonnes et ses urines claires et abondantes.

Cela dure ainsi quinze jours, trois semaines, un mois, et puis la scène change. Le nez se prend, et des narines s’échappe une matière jaunâtre qui parfois les obstrue en se figeant à leur entrée. De ce fait, la succion, pénible, gênée, provoque de l'agitation, des cris; et l’enfant dépérit.

Bientôt une éruption envahit certaines régions de la peau, toujours les mêmes, à savoir : les fesses, la partie postérieure et supérieure des cuisses, le pourtour de la bouche et des narines et le menton.

Sur le limbe des lèvres, on voit des fissures, et au niveau de leurs commissures, des saillies ulcérées.

Très rapidement l’éruption devient plus abondante et plus saillante. Les macules primitives sont remplacées par des plaques d’une teinte rouge et rosée, un peu violette, que l’on a comparée à celle du maigre de jambon. Leur centre est souvent grisâtre et déprimé, ailleurs squameux ou ulcéré, suivant la région que l’on examine. Çàetlà, et surtout à la face, elles se couvrent de concrétions jaunes ou brunâtres.

Alors il est rare que les troubles fonctionnels de l’athrepsie ne se soient pas manifestés. L’appétit a diminué d’une manière sensible; il peut y avoir des vomissements, et les garde-robes, fréquentes, sont muqueuses et verdâtres. Les chairs s’amoindrissent et deviennent molles; le tégument se décolore et se plisse. Quand les membres ont ainsi perdu de leur volume, si l’on explore certaines parties, telles que l’extrémité inférieure du bras et la région interne de la jambe, on constate que l'humérus s’est épaissi et que la face interne du tibia est légèrement bombée, comme si quelque chose avait été surajouté à l’os normal.

Quand l’athrepsie s’est de la sorte emparée du malade, son rôle devient prédominant, et de sa marche bien souvent dépend celle de la maladie tout entière. Si son allure est chronique, plusieurs semaines peuvent s'écouler avant la mort. A mesure que le dépérissement fait des progrès, que la maigreur se marque davantage, les manifestations propres de la syphilis s’accentuent et s’aggravent. L’éruption s’étend à de nouvelles parties, en prenant plus de relief sur celles primitivement atteintes. Les fesses, les cuisses, le scrotum et les grandes lèvres, se couvrent de plaques élevées et dures. Ailleurs il se fait des ulcérations larges et profondes.

Des yeux, du nez, des oreilles et des plaies de la face s’écoule une matière puriforme, qui se prend en croûtes épaisses et irrégulières; et le visage des petits malades prend un aspect hideux et repoussant. Leurs traits sont masqués ou défigurés par le gonflement de la peau et les concrétions qui la couvrent. Les yeux sont clos, les paupières étant comme soudées;

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