‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 19 sur 84 · PLAQUES MUQUEUSES · texte numérisé non relu

PLAQUES MUQUEUSES

elles constituent toute l’éruption, prenant alors des dimensions considérables. J’en ai vu qui avaient deux centimètres de diamètre.

Je viens de vous dire l’influence de la topographie sur la physionomie de la plaque syphilitique. Je dois maintenant rechercher si l’éruption, dans son ensemble, n’est pas modifiée par le terrain sur lequel elle pousse, je veux dire par l’état actuel de l’enfant. — Il est des cas où cette influence ne semble pas pouvoir être mise en doute : c'est lorsque les enfants ont, avant l’éruption, la peau décolorée, les chairs flasques, quelquefois de l’œdème; en un mot, quand ils sont manifestement cachectiques. Les plaques exanthématiques font alors une faible saillie, leur coloration, peu uniforme, est généralement terne, d’un gris jaunâtre, rose pâle à la périphérie. D’ailleurs, comme celles précédemment décrites, elles se desquament à des degrés différents, mais sans présenter les teintes vives et l’aspect brillant sur lesquels j’ai appelé votre attention. Dans son ensemble, l’exanthème emprunte quelque chose à l’apparence terne, à l’état torpide du malade. En somme, il ne s’agit que d’une nuance; mais elle est assez prononcée, se rencontre assez souvent dans la pratique, pour que j’aie cru devoir vous la signaler, en essayant d’en donner l’explication.

La syphilide en plaques a une marche peu régulière et difficile à tracer. Elle se développe assez vite, mais non en môme temps sur toutes les régions qu’elle doit occuper. C’est aux membres inférieurs qu’elle apparaît tout d’abord et qu’elle reste toujours le plus accentuée. Si la face n’a pas été envahie simultanément, elle l’est bientôt après. Les membres supérieurs ne sont atteints que plus tard et l’éruption n’y est jamais très confluente.

Peu à peu, les plaques s'élargissent, deviennent plus saillantes et prennent une coloration plus accentuée. Après être restées dans cet état durant un septénaire, soit que l’on soumette les malades à une médication spécifique ou que l’on s’abstienne de tout traitement, elles commencent à s’affaisser et leur coloration pâlit. Enfin elles disparaissent non sans laisser, dans la plupart des cas, des marques de leur existence, et dans un ordre topographique qui est l’inverse de leur invasion. D’une manière générale elles décroissent de la périphérie vers le centre, et c’est la région pelvienne, envahie la première, qui reste le plus longtemps malade. Pour une même région, par exemple la fesse, c’est au niveau des points le plus exposés par leur saillie aux irritations que le mal se montre le plus tôt et avec le plus d’intensité; c’est là aussi qu’il se maintient le plus longtemps.

J’ai vu tout à fait exceptionnellement des plaques affecter dans leur évolution une marche scrpigineuse. Tandis que 1e centre s’affaisse, pâlit, et tend à reprendre un aspect normal, il se développe à la périphérie une

ÉTUDE CLINIQUE

zone d’invasion, d’un à deux millimètres de large et d’une teinte vive, beaucoup plus rouge que les régions centrales.

Je n’ose vous donner un chiffre qui représente la durée totale de l’exanthème ; les conditions où j’observe ne m’ayant permis là-dessus que des déterminations pour la plupart insuffisantes. Toutefois j’estime que même dans les cas où l’on traite les malades avec succès, il ne met pas moins de trois semaines à évoluer.

Ce n’est pas toujours d’une manière insensible et par une sorte de résorption interstitielle et moléculaire que les plaques disparaissent ; elles sont détruites fréquemment d’une manière beaucoup plus apparente et, si l’on peut ainsi dire, plus brutale, par un travail ulcératif.

Les ulcérations syphilitiques de la peau, dont je suis de la sorte conduit à vous parler, ne se développent jamais d’emblée; elles ont toujours pour point de départ, soit une bulle, comme je vous l’ai déjà appris, soit une plaque; et l’on peut dire qu’il n’y a pas, à proprement parler, de syphilide ulcéreuse; c’est la bulle, c’est la plaque qui s’ulcère, peut-être sous l’influence d’une disposition particulière du malade, mais à coup sur par le fait du siège qu’elles occupent. Tout à fait exceptionnelles sur le tronc et sur les régions des membres qui ne sont pas en contact avec des sécrétions ou des déjections irritantes, elles sont au contraire communes sur les fesses, la partie postérieure des cuisses et le scrotum, que souillent constamment les selles et les urines; et sur la face fréquemment exposée, chez les petits enfants, à l’action irritante des corps extérieurs et des liquides qui viennent des yeux, des narines et de la bouche.

Les ulcérations n’ont pas toujours la même forme. Sans m’arrêter à d’inutiles détails, je vous en signalerai deux principales. Dans la première, elles restent limitées aux plaques et leur nombre est très variable. Quelquefois l’on n’en compte que deux ou trois, presque toujours larges et profondes; mais en général elles sont beaucoup plus nombreuses. Quand la peau est simplement érodée, la surface des plaques, au lieu d’être lisse et luisante, est le siège d’un léger suintement, ou se couvre d’une mince concrétion. Dans le cas où les ulcérations sont plus profondes, elles sont très nettement arrondies, cupuliformes, et exceptionnellement taillées à pic; leur couleur est rouge saumon ou grisâtre. Si deux voisines se couvrent d’ulcération, celles-ci peuvent se rencontrer et se confondre.

Dans la seconde forme, le mal qui occupe les régions anales et ischiatiques, le scrotum et la partie la plus postérieure et la plus élevée des cuisses présente un aspect tout autre. Les ulcérations commencent bien par les plaques, mais elles n’y restent pas limitées, et s’étendent aux

Page 1