‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 20 sur 84 · ULCÉRATIONS CUTANÉES. — SYPIIILIDE LENTICULAIRE · texte numérisé non relu

ULCÉRATIONS CUTANÉES. — SYPIIILIDE LENTICULAIRE

parties voisines, envahissant rapidement de larges surfaces. Elles sont ordinairement profondes, et, par la netteté de leurs bords, semblent comme taillées à l’emporte-pièce. Leur fond est d’un rouge saumon, d’autres fois gris ou jaunâtre. Elles sont le siège d’un suintement séreux et saignent facilement. 11 est très rare qu’elles couvrent une grande étendue sans discontinuité; presque toujours elles affectent la disposition de rigoles très sinueuses, de largeur et de profondeur variables, qui circonscrivent des îlots de peau. L’apparence du tégument altéré de la sorte est celle du drap lorsque certaines larves y ont cheminé en le rongeant.

Dans les régions qui sont couvertes par les vêtements, les ulcérations restent presque toujours apparentes, parce que l’exsudât est enlevé d’une manière continue par le frottement. Mais il n’en est pas de même sur la face et le cuir chevelu, où elles sont habituellement couvertes de concrétions assez friables, jaunes, ou jaune verdâtre, quelquefois brunes.

Sur le front, entre les sourcils et sur le cuir chevelu, les croûtes sont plus solides, plus adhérentes, se superposent en couches stratifiées, et présentent une grande ressemblance avec les couches en patelle du rupia.

C’est autour des narines, de la bouche et sur le menton que les concrétions sont le plus saillantes. Elles s’y accumulent parfois en masses si volumineuses que la face en est complètement déformée ; son aspect est alors repoussant, et il n’est aucun autre état morbide capable de l’enlaidir au même degré.

Quand la terminaison est heureuse, les ulcérations se comblent, et souvent d’une manière très rapide. A leur place, on trouve des cicatrices très légèrement déprimées, à surface lisse, violacées au début, mais finalement plus blanches que le reste de la peau, entourées par une zone brunâtre, d’autant plus accentuée que le tégument est plus pigmenté. Chez une petite mulâtresse, cetle zone était excessivement foncée et rendait plus apparente encore la cicatrice, d’un blanc presque éclatant. 11 est indispensable de connaître les cicatrices et leur siège habituel, car, après plusieurs années, alors que la maladie est complètement éteinte, on peut reconnaître qu’elle a existé à ces stigmates indélébiles.

La seconde forme de la syphilide en plaques, que j’ai qualifiée de lenticulaire, est sans contredit, après la syphilide bulleuse, la plus simple, la plus nette, la plus facile à reconnaître. De toutes, c'est la plus dure, la plus solide. Elle se montre la dernière, et après elle, il semble que la peau soit épuisée pour la végétation. Presque toujours elle guérit spontanément, et avec elle s’éteint d’une manière définitive l’activité diathésique.

On ne la voit jamais se développer en dehors des fesses, de la région postérieure des cuisses et des jambes, de la partie inférieure du scrotum

ÉTUDE CLINIQUE

et des grandes lèvres. Elle consiste en saillies lenticulaires, très aplaties ou demi-sphéroïdales, n’ayant jamais plus d’un centimètre de large, violacées ou rouge-cerise. Leur centre, dont l’épiderme est aminci, plus lisse et plus luisant qu’à la périphérie, est rarement excorié, suintant, déprimé et circonscrit par une collerette épidermique. — Leur distribution a quelque chose de caractéristique, étant exclusivement groupées, sous forme d’îlots, sur quatre régions, qu’isolent certains plis du tégument, d’autant plus profonds que les enfants sont plus gras. Ce sont, en les énumérant de haut en bas : la fesse, la moitié supérieure de la cuisse, sa moitié inférieure et le mollet. Leur saillie et leur confluence sont à leur maximum sur la fesse, et s’atténuent graduellement et d’une manière très notable sur les autres segments, dans l’ordre où je viens de les énumérer ; de telle sorte que la partie inférieure de la cuisse est en général faiblement atteinte, et le mollet très rarement. Dans chacune de ces régions, c’est la partie centrale qui présente les lésions les plus accentuées. Les papules y sont plus larges, plus saillantes et plus nombreuses qu’à la périphérie, où, par une décroissance successive, elles dégénèrent en de simples taches. Il n’y en a jamais sur la peau des sillons (1).

Lorsque les plaques envahissent les plis de l’anus, elles leur donnent une saillie considérable. Sur le scrotum et les grandes lèvres, elles acquièrent en général un volume énorme, et se présentent sous la forme de gros tubercules coniques, quelquefois ulcérés.

Pour en avoir fini avec les exanthèmes cutanés de la syphilis héréditaire, il me reste à vous signaler la svphilide que l’on peut qualifier de syphilide vésiculo-pustuleusc ou ecthymateuse. Elle consiste en de petites vésicules ou de petites pustules acuminées, entourées d’une zone rougebrun, presque toujours squameuse, et supportées par une petite papule (2).

Si l’on excepte cette dernière éruption, que je n’ai jamais rencontrée seule, toutes les autres peuvent exister isolément. Pourtant cela est rare, et d’ordinaire plusieurs syphilides se montrent sur le même sujet, d’une manière successive ou simultanément. Il n’y a que la forme lenticulaire qui conserve une indépendance absolue. — Ces éruptions, lorsqu’elles coexistent, ne se présentent pas constamment et sur tous les points avec leurs caractères les plus tranchés ; on note tous les degrés, toutes les nuances, et par des dégradations successives, on va de la plaque la plus saillante à la simple macule. A de certains moments de l’évolution

(1) Cette syphilide est celle que M. Parrot a décrite sous le nom d 'érythème populeux dans ses leçons sur l’Athrepsie (page 103). A cette époque, il hésitait sur la nature de cette éruption.

(2) Voyez, pour plus de détails sur cette variété, la leçon consacrée au diagnostic.

DIAGNOSTIC DES SYPHILIDES.

morbide, ces formes atténuées existent seules, et l’on serait exposé à méconnaître leur véritable nature, si l’on n’était prévenu et si l’on n’y trouvait constamment quelques marques spécifiques, telles que la coloration cerise ou violette, le reflet brillant, les fines plicatures de l’épiderme aminci, et avant toute chose une localisation typique.

Ce ne sont pas seulement ces divers exanthèmes, qui se montrent concurremment sur le même sujet; avec eux, on en rencontre parfois d’une espèce tout autre ; par exemple : le pemphigus des nouveau-nés, l’eczéma, l’impétigo et l’érythème athrepsique. Mais ces diverses éruptions évoluent les unes à côté des autres, sans se mêler, et vous les distinguerez toujours sans peine, en tenant compte des différences que je vous ai signalées déjà ou qu’il me reste à vous faire connaître.

J'ai suffisamment insisté sur le diagnostic du pemphigus.

L’eczéma et l’impétigo atteignent à peu près exclusivement le cuir chevelu, la face et le cou. La peau, qui n’est pas ulcérée mais simplement érodée, laisse suinter un liquide très abondant qui se concrète en une matière granuleuse et très friable. Il n’y a ni induration, ni saillie.

L’érythème athrepsique est, comme je vous l’ai déjà dit, constitué par une rougeur uniforme surmontée de vésicules. Ces vésicules éclatent ou se dessèchent très rapidement, et à leur niveau se fait une desquamation épidermique, en forme de collerette, rappelant celle que produisent les sudamina. Quand la maladie continue sa marche, les lésions s’étendent en surface et en profondeur. Tandis qu’à la périphérie apparaissent de nouvelles plaques vésiculeuses, les anciennes s’agrandissent, prennent une teinte rouge intense, et parleur réunion forment de larges surfaces au niveau desquelles le tégument très luisant paraît aminci et couvert d’un vernis. Chez beaucoup de sujets, il se forme de légères érosions superficielles, à fond rosé ou cerise, à contour peu marqué, saignant facilement et donnant un suintement qui empèse le linge et le tache en gris ou en jaune rosé. Lorsque les surfaces érythémateuses se couvrent de véritables ulcérations, on peut affirmer que Tathrepsie n’est plus seule en cause et que la syphilis héréditaire est intervenue.

D’autres ulcérations se développent dans le cours de l’athrepsie, au talon, sur les parties latérales du pied, au-dessus ou au-dessous des malléoles internes. Elles débutent par une rougeur bientôt suivie d’une eschare, ou se forment peu à peu par l’usure lente de l’épiderme, puis du derme dans toute son épaisseur. De largeur variable, elles peuvent, sur les talons, atteindre le diamètre d’une pièce d’un franc. Leurs bords sont plats; sur leur fond rosé et finement mamelonné suinte un liquide sérosanguinolent. Une zone d’un rouge vif les circonscrit. Leur siège est si

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spécial, il marque si sûrement leur développement mécanique, dans un organisme en proie à 1 athrepsie, qu’on n’hésitera pas sur leur détermination.

Les ulcérations vulvo-anales que provoque la rougeole débutent toujours pai une vésicule dont la calotte épidermique est blanche et opaque et qu’entoure une zone rosée de un à deux millimètres de large. Dès que la cuticule est rompue, et cela se fait très rapidement, on constate une ulcération en godet, dont le fond gris, tomenteux, repose sur une base tuméfiée. L’évolution de ce mal se fait avec une rapidité surprenante. Au bout de trois ou quatre jours, les ulcérations d’abord limitées à des points très circonscrits des lèvres ou du clitoris peuvent couvrir toute la surface de ces organes et y déterminer des eschares larges et profondes. Jamais la syphilis ne produit aussi rapidement des altérations aussi redoutables.

A la suite des syphilides, je dois vous signaler les abcès ou gommes qui siègent dans l’épaisseur même de la peau, ou dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ce sont primitivement de petites tumeurs dures, circonscrites, à évolution très lente, dont la surface reste longtemps violacée, avant de donner issue au pus qui s’y est collecté (1).

Le périonyxis se montre toujours chez des nouveau-nés affaiblis et amaigris ; mais la syphilis n y est pour rien, en tant que maladie spécifique. Je 1 ai rencontré fréquemment, et dans la plupart des cas, je n’ai reconnu, soit pendant la vie, soit au moment de l’examen cadavérique, aucun indice de syphilis. Cette maladie n’exclut pas l’inflammation périunguéale; mais lorsque les enfants syphilitiques en sont atteints, ce n’est pas à cause de la spécificité de leur mal, c’est parce que ce mal les a jetés dans un état de cachexie qui favorise le développement de cette inflammation.

(I ) M. Parrot s est surtout occupé de cetle lésion dans la leçon sur les cicatrices.

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