‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 21 sur 84 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

Coryza. — Lésions des lèvres et de la bouche. — Affections des yeux et des oreilles.

Après les affections cutanées, il est naturel de passer en revue celles des muqueuses. Bien que moins fréquentes et d’une constatation plus difficile, elles ont une importance considérable au point de vue du diagnostic et de la contagion.

Je commence par le catarrhe nasal ou coryza syphilitique. Les premiers observateurs de la syphilis héréditaire en ont fait mention, et Bertin l’a décrit assez longuement. Parmi les cliniciens de notre époque qui lui ont accordé le plus d’attention, il faut citer Trousseau et M. West. Ce dernier pense qu'il est, dans quelques cas, la seule manifestation de la maladie. Cela peut être, mais la démonstration du fait est très malaisée, le catarrhe spécifique de la muqueuse nasale n’ayant pas toujours des caractères qui permettent de le reconnaître. Ce qui est beaucoup plus positif, c’est que certains malades n’en sont jamais atteints. Lorsqu’il se montre, c’est de bonne heure et l'on peut dire qu’il est une des manifestations les plus précoces de la syphilis héréditaire.

Il se révèle au début par une gène de la respiration, qui devient sifflante et ronflante, et souvent il constitue un obstacle considérable à la succion. Celle-ci, en effet, ne peut s’accomplir facilement que si les fosses nasales donnent à l’air un libre passage, celui de la bouche que remplit le mamelon lui étant interdit. Aussi, quand elles sont obstruées, voit-on l’enfant quitter à chaque instant le sein pour respirer. Cette obligation lui devient bientôt insupportable; il crie, s’agite, et, fatigué par ces interruptions multipliées de son repas, il ne prend qu’une quantité insuffisante de lait et maigrit.

Au début, la matière qui coule des narines n’a rien de caractéristique, mais elle prend bien vite un aspect qui la fait assez facilement reconnaître. D’abord séro-muqueuse, puis franchement séreuse, elle présente parfois, en proportions très diverses, du sang qui, au dire de Trousseau,

ÉTUDE CLINIQUE

pourrait être assez abondant pour transformer le flux en une véritable épistaxis. Je n’ai constaté ce phénomène que chez un seul malade qui était hémophile.

La peau du pourtour des narines et de la lèvre supérieure ne tarde pas à rougir, puis à s’excorier. Chez deux petits malades j’ai vu cette région du tégument être détruite peu à peu, comme dans le lupus.

Assez rapidement, la gêne respiratoire s’aggrave, la matière devient puriforme, se concrète et forme, à l’entrée des narines et dans le voisinage, des masses croùteuses, jaunes ou verdâtres, noircies sur quelques points par du sang. ,

Le coryza est très tenace. Habituellement il ne cesse que lorsque la guérison est complète, ou bien il persiste jusqu’à la mort. Trousseau dit qu’il se manifeste parfois d’une manière intermittente.

Dans des cas très exceptionnels, quand il a duré longtemps, on constate une dépression notable à la racine du nez. Pour ma part, sur plus de 200 syphilitiques, je n’ai observé cet accident qu’une fois. C’est donc à tort que quelques auteurs, avec Trousseau, le considèrent comme très fréquent. J’estime que, dans leur description, ils se sont trop souvenus de ce qui se passe aux autres âges. Ils n’eussent pas commis cette exagération s’ils avaient su que, chez les jeunes enfants syphilitiques, comme l’a démontré M. Zeissl, l’inflammation dans les fosses nasales n’intéresse la plupart du temps que l’épithélium ou les parties constituantes de la muqueuse elle-même, telles que les papilles, les glandes et le tissu conjonctif, et qu’elle ne se propage que très rarement au périoste, aux cartilages et aux os.

Deux autres coryzas peuvent être confondus avec celui qu’engendre la syphilis : le simple est celui que détermine la diphthéric. Le coryza simple est extrêmement fréquent; quelquefois très précoce, il reconnaît toujours pour cause un refroidissement. Souvent il s’accompagne de toux et d’un léger degré d’entérite. Au début, il détermine plus d’enchifrènement que celui delà syphilis, et son liquide est moins ténu, plus visqueux, moins eonerescible. Après huit ou dix jours, il tend à disparaîlre, taudis que l’autre s’aggrave sans cesse.

Les différences qui séparent le coryza syphilitique de celui de la diphthérie seraient plus difficiles à déterminer si, d’une manière à peu près constante, il n’existait en même temps sur divers points de la muqueuse bucco-pharyngienne des fausses membranes caractéristiques. Après vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures, l'écoulement nasal, qui jusque-là n’avait présenté rien de particulier, est constitué par une sorte de mucus sanieux très abondant. Les narines, rouges et gonflées, sont

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