CORYZA
assez souvent tapissées sur leur face interne par une production diphthérique qui couvre en général la plus grande étendue de la cloison et des cornets. La marche rapide de la maladie, la cachexie infectieuse qui en résulte, l’albuminurie qui existe alors constamment, ne laissent aucun doute sur la véritable nature du mal. Ainsi, en admettant que le coryza soit la seule manifestation actuelle de la syphilis héréditaire, chose d’ailleurs très rare, le doute que l’on pourra concevoir sur sa nature sera de très courte durée.
Les considérations cliniques qui ont trait à la voix se placent naturellement ici. M. West a beaucoup insisté sur ses modifications. Elle a, dit-il, une raucité spéciale qui rappelle le son d’une trompette d’enfant. Non seulement je n’ai jamais constaté cette particularité, mais dans la plupart des cas, la voix est restée normale. Cela tient, comme vous le verrez au chapitre de l’anatomie pathologique, à ce que le larynx n’est que très exceptionnellement altéré.
J’arrive aux manifestations dont est le siège la muqueuse de la bouche. Dansl’histoire de la syphilis héréditaire, elles présentent un intérêt capital, tant au point de vue du diagnostic que de la propagation de la maladie. L’entrée du tube digestif, les lèvres , doit particulièrement attirer notre attention, caries lésions y sont précoces, fréquentes et d’une gravité exceptionnelle par les dangers de contamination qu’elles font courir à la nourrice. Elles ont été très anciennement observées. « Les lèvres, dit Bertin, surtout leurs commissures, la bouche et la gorge, se couvrent de chancres et d’ulcères. » Tous ceux qui ont écrit depuis Bertin ont signalé ces lésions. Elles se présentent sous la forme de fissures, de simples érosions ou de plaques.
Les tissures, également connues sous le nom de rhagades, sont les plus fréquentes. Trousseau, qui en avait compris toute l’importance, les a bien décrites. Leur nombre et leur profondeur sont très variables. Elles siègent surtout à la lèvre supérieure, à droite et à gauche du lobule médian, et dans un certain nombre de cas l’on n’en trouve pas d’autres. Elles sont manifestement déterminées par une disposition anatomique normale. D’ordinaire, en effet, le tégument labial présente en ces points un sillon très manifeste. Beaucoup plus rarement, la lèvre inférieure est seule affectée; presque toujours alors une fissure unique existe à sa région médiane.
En général, ces solutions de continuité de la muqueuse sont beaucoup plus nombreuses, et l’orifice buccal peut en être couvert. Toujours dirigées
ÉTUDE CLINIQUE
d’arrière en avant, elles sont au début peu accentuées, et de prime abord on pourrait croire que l’épiderme seul est fendillé, mais un examen attentif montre que le derme est toujours atteint. Leur profondeur peut dépasser 2 millimètres et elles sont plus larges du côté de la cavité buccale que près de la peau. Leur fond est rouge, parfois jaune abricot, sanguinolent. Souvent elles sont couvertes de concrétions qui les masquent et dont la teinte et la consistance sont très variables.
Les fissures commissurales sont, chez certains sujets, très larges, très profondes, et il semble que par elles l’orifice buccal soit agrandi.
Pour s’assurer de leur nature, il ne faut pas hésiter à les débarrasser de ces croûtes, à l’aide de lotions émollientes. Quand on les comprime entre deux doigts, on constate à leur niveau une induration très manifeste, et dont la valeur , au point de vue du diagnostic, est incontestable.
Elles laissent toujours à leur suite des cicatrices qui, d’abord violacées, tinissent par devenir blanchâtres. Quand celles-ci sont nombreuses, le limbe labial présente, après la guérison, un aspect froncé tout particulier et véritablement caractéristique. Elles sont indélébiles, comme le fait très justement remarquer Trousseau; mais il ne faudrait pas croire avec lui qu’il n’y a pas de cicatrices labiales autres que celles de la syphilis. 11 est permis d’affirmer que cetle maladie peut seule produire ces incisures profondes et ces limbes froncés dont je vous parlais tout à l’heure; mais lorsqu’il n’existe qu’une ou deux cicatrices, par exemple au milieu de la lèvre inférieure, on n’est pas autorisé à les mettre sur son compte. Il n’est pas rare en effet de voir, chez des personnes d’ailleurs saines, durant la saison froide, la lèvre inférieure atteinte habituellement d’une fissure profonde qui laisse à sa suite une cicatrice permanente.
Les excoriations n’existent pas isolément; elles accompagnent les rhagades qui, dans ce cas, sont peu profondes. Leur surface est rouge ou jaunâtre et saigne aisément; leur contour est irrégulier et marqué souvent par un cordon de petites croûtes noires ou jaunes.
Les plaques muqueuses siègent exclusivement aux commissures labiales. Elles sont en général d’un petit volume, et cette exiguïté le's fait quelquefois méconnaître. Il n’est pas rare de les voir former sur la peau un bourrelet grisâtre qui circonscrit une surface rose et suintante. Avec cette lésion existe souvent Ja précédente, et leur réunion est caractéristique.
Contrairement aux altérations cutanées, celles qui se développent sur les lèvres sont douloureuses et provoquent souvent les cris des enfants. Elles sont une cause continuelle de gène dans l’acte le plus utile à leur existence, la succion, et jouent le principal rôle dans la propagation de la syphilis; mais cette question ne pourra être abordée avec fruit qu’à propos des nourrices et de l’allaitement des enfants syphilitiques.