‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 32 sur 84 · LÉSIONS DE LA PEAU · texte numérisé non relu

LÉSIONS DE LA PEAU

mais elles constituent des faits secondaires; celui qui est capital et qui donne à la lésion son véritable caractère, c’est le développement de noyaux embryonnaires dans l’enveloppe conjonctive des vaisseaux; or c’est précisément là l’altération principale des macules de la syphilis héréditaire.

La syphilide en plaques présente plusieurs traits de ressemblance avec les précédentes. Dans les cas les plus simples, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a encore ni desquamation ni érosion, l’épiderme sur presque tous les points a pris une ampleur anormale, surtout au niveau de ses prolongements interpapillaires dont la hauteur est plus que triplée. Cela est du à une augmentation très manifeste du nombre de ses cellules et surtout de leur volume. Quand les plaques sont lisses et luisantes, la couche muqueuse est amincie à des degrés divers. Sur quelques points elle se confond avec le chorion, et l’on ne distingue plus ses colonnes, que les éléments nouveaux, en les comprimant, ont fait disparaître. En outre plusieurs cellules sont individuellement altérées. Il n’y a plus de dentelures périphériques ; elles sont devenues plus transparentes et présentent des vacuoles.

La couche papillaire et les régions sous-jacentes du derme sont parsemées de corpuscules embryonnaires isolés ou en amas, parfois assez nombreux pour masquer les autres éléments. L’on y voit aussi très distinctement, et c’est peut-être là le trait caractéristique de cette syphilide, un réseau signalé par M. Kaposi dans les papules de l’adulte. Vivement coloré par le picro-carmin, il se détache d’une manière très nette sur les éléments histologiques auxquels il est mêlé. Ses mailles polygonales sont irrégulières et d’inégale grandeur. Les tractus cylindroïdes ou un peu aplatis qui les forment n’ont pas tous le même diamètre et celui-ci varie pour un même filament. Plusieurs d’entre eux semblent partir d’une souche comme une touffe de radicelles; d’autres affectent, par rapport à un centre commun d’émergence, la disposition si connue des canalicules primitifs des os autour du corpuscule osseux. Très rarement rectilignes, ils sont presque toujours onduleux. Ceux qui sont nés autour d’un même centre sont reliés entre eux par des fibrilles transversales, mais ils s’anastomosent surtout avec ceux du voisinage. Bien que la coupe sépare un grand nombre de fibres de leur centre d’émergence, celui-ci est visible sur un grand nombre de points où il apparaît le plus souvent comme un corps ovoïde ou fusiforme, quelquefois très allongé, légèrement granuleux, à contour peu net, entouré souvent de quelques granulations très fines et foncées.

Le réseau est plus net dans les parties profondes du derme qu’au niveau des papilles, et il semble qu’il y ait une sorte d’antagonisme entre son développement et l’abondance des corpuscules embryonnaires. Ceux-ci sont très peu nombreux là où le réseau est bien développé et ils n’y for-

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

ment que de très petits amas. Plusieurs sont entourés de fines granulations semblables à celles que je vous signalais tout à l’heure autour des nœuds du réseau, et comme ces derniers ils émettent des prolongements, il est vrai, plus courts, moins nets et d’une structure souvent granuleuse, mais d’ailleurs tout à fait semblables. Dans les points où les corpuscules se groupent en amas considérables, le réseau n’est pas apparent, mais l’on distingue d’une manière très nette des prolongements rudimentaires qui le constituent à l’état d’ébauche.

Cette dernière disposition existe, mais très atténuée, dans la macule et dans la bulle; par là encore ces deux syphilides se rattachent à la syphilide en plaques.

De la description qui précède, et surtout de certaines dispositions sur lesquelles j’ai insisté à dessein, il me semble permis de conclure que les centres d’émergence des fibres et des fibrilles sont en réalité ces cellules embryonnaires nées dans le derme, qui, lorsqu’elles sont en proportion moyenne et non trop accumulées en une place restreinte, mais répandues dans des espaces qui suffisent à les faire vivre, sous l’influence du stimulus diathésique tout à la fois prolifique et organisateur, tendent vers la forme histologique la plus commune qui est le tissu conjonctif. Plus tard et peu à peu, par le développement, par l’organisation plus complète du réseau, parla rétraction de ses fibres, la fonte et la résorption des corpuscules isolés qui sont répandus dans ses mailles, il se fait dans le corps même de la peau une rétraction qui détermine à sa surface une dépression cicatricielle longtemps violacée et finalement blanche. Longtemps après on la trouve comme la trace indélébile de la papule, et elle reste comme un témoin irrécusable de la diathèse. Si la roséole et le pemphigus non ulcéré n’en laissent pas de semblable, c’est que le réseau restant en quelque sorte à l’état rudimentaire ne s’organise jamais d’une manière assez complète pour assurer la rétraction intradermique qui fait la cicatrice.

La peau n’est pas le seul organe où s’accomplisse le travail que je viens de vous décrire, vous verrez qu’une genèse et des transformations identiques s’accomplissent dans certains viscères tels que le foie, par exemple, et le testicule.

Dans la description qu’il donne de la syphilide papuleuse de l’adulte, M. Kaposi parle d’un second réseau formé par des colonnes beaucoup plus volumineuses, très colorées comme celles du premier et très espacées les unes des autres. Ces colonnes existent dans la syphilide en plaques, mais elles ne constituent pas un réseau nouveau, n’étant en réalité que des troncs vasculaires préexistants, autour desquels se sont accumulés, en quantité variable, des corpuscules embryonnaires.

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