‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 33 sur 84 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

Lésions des voies respiratoires et des poumons, du thymus

et du cœur.

Au point de vue de l’anatomie pathologique les organes respiratoires ne présentent qu’un intérêt secondaire.

Le coryza est très fréquent; mais les traces qu’il laisse sont loin d’avoir l’importance que certains auteurs leur ont donnée. Je n’hésite pas à dire que la fonte de la pituitaire, l’exfoliation du vomer, des cornets, de l’ethmoïde, et la carie du maxillaire, sont infiniment plus rares que ne le feraient supposer le langage de Berlin, de Trousseau et de M. Vogel. D’accord avec M. Zeissl, j’affirme que toutes ces lésions périostiques, cartilagineuses et osseuses ne se rencontrent que très exceptionnellement, et si je ne craignais pas d’anticiper sur ce qui a trait aux altérations du squelette, je vous dirais que les os propres du nez sont au nombre de ceux que le mal semble respecter. On serait tenté de croire que son action s’est épuisée sur la muqueuse. Habituellement celle-ci n’est que tuméfiée, avec une coloration d’ardoise ou livide. Lorsqu'il y a des ulcérations, elles sont peu profondes et peu étendues, à bords taillés à pic, et couvertes d’un exsudât puriforme, jaunâtre ou dipbtbéroïde.

Chez les jeunes enfants les altérations du larynx sont beaucoup moins fréquentes que chez l’adulte ; elles consistent en de simples érosions ou bien en de véritables ulcérations.

J’ai vu sur la face antérieure de l’épiglotte une ulcération parfaitement arrondie, taillée à pic, à fond cerise, de sept à huit millimètres de diamètre. Mais ce cas constitue une exception; habituellement la lésion a pour siège l’intérieur du larynx au-dessus de la glotte. A l’autopsie d’un enfant de deux mois, j’ai trouvé à la partie antérieure du larynx, entre les cordes vocales, un ulcère rond, taillé à pic, de 2 millimètres de diamètre et décollé sur ses bords. Avec la pointe d’un stylet on arrivait sur le

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

cartilage. — M. Isidore Frankl (1868) a constaté sur un enfant syphilitique du même âge un rétrécissement du larynx causé par une périchondrite. En 1872, j’ai observé un cas qui peut être rapproché de ce dernier. Chez une petite fille d’un mois l’orifice supérieur du larynx, de forme losangique et considérablement rétréci par le gonflement de la muqueuse, qui était d’un gris jaunâtre, n’avait que 5 millimètres dans tous les sens. L’épiglotte diminuée de hauteur et pour ainsi dire rétractée était en même temps incurvée en arrière.

Les altérations pulmonaires ne sont pas encore très bien connues. Les plus précoces, celles que l’on observe chez le fœtus ou immédiatement après la naissance, sont plus isolées et possèdent des caractères très tranchés ; mais plus tard elles présentent une grande ressemblance avec la pneumonie lobulaire, et il est parfois très malaisé de les en distinguer. Je tenais à vous signaler cette modalité de la syphilis pulmonaire, de toutes la moins étudiée ; mais je vous parlerai surtout de la première, qui est aujourd’hui classique.

Si l’on ne peut douter que cette lésion ait été vue depuis longtemps, comme le prouve un travail de M. Devergie, il faut dire quelle n’avait pas été rapportée à sa véritable cause; c’est M. Depaul qui le premier en a donné la description, en 1837, devant la Société anatomique, et en 1833, dans un mémoire auquel il ne manque pour être complet que l’examen histologique des parties malades. Il a péremptoirement démontré qu’il s’agit d’une manifestation syphilitique, en établissant qu’on l’observe d’une manière exclusive sur des enfants nés de parents syphilitiques et porteurs d’autres marques de la maladie, telles, par exemple, qu’une éruption bulleuse.

Depuis M. Depaul de nombreuses publications ont été faites sur ce sujet. Je citerai celles de Lebert, Lorain et Robin, Fôrster, Ranvier, Virchow. Après avoir lu ces travaux, on se demande si toutes les variétés qui y sont décrites appartiennent bien à la syphilis, et si, comme je vous le disais tout à l’heure, on n’aurait pas dû lui attribuer certaines formes de la pneumonie lobulaire qui ne s’y trouvent pas comprises.

La lésion, lorsqu’elle a ses marques spécifiques, se présente sous deux formes principales, d’ordinaire isolées, rarement réunies sur le même sujet. Pour simplifier les termes et me garder de toute confusion, j’appellerai l’une la lésion de Depaul, l’autre l’bépatisation blanche de Virchow.

Ordinairement on rencontre la première sur des enfants qui n’ont pas respiré ou qui sont morts presque aussitôt après la naissance; beaucoup

Page 1