‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 34 sur 84 · LÉSIONS DES POUMONS · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES POUMONS

plus rarement sur des sujets de huit à quinze jours. M. Hinning (1871) l’a trouvée sur une fille née au 7e mois de la grossesse et qui vécut 50 jours, MM. Cornil et Ranvier pensent qu’elle peut se développer sur des enfants de 10 à 12 ans. Je ne saurais partager cette manière de voir, et jusqu’ici je ne l’ai jamais constatée que chez des nouveau-nés proprement dits, et je suis assez disposé à croire que presque toujours elle est congénitale.

Dans quelques cas le poumon adhère à la paroi thoracique; mais on le détache facilement, parce que l’exsudât qui l’y retient est récent et nullement organisé.

Lorsque l’enfant n’a pas respiré, la couleur du parenchyme est assez variable, elle peut présenter tous les tons intermédiaires entre le violet et le rose ; certaines parties rappellent le hleu de l’hortensia, d’autres sont jaunâtres. La consistance est généralement dure et tous les fragments que l’on jette dans l’eau vont au fond du vase.

Si l’enfant a respiré, la densité est très inégale ; les points malades sont reconnaissables au toucher. Dans le jeune âge l’exploration des poumons à l’aide des doigts rend de très grands services pour découvrir les lésions dont ils sont atteints, surtout lorsqu’elles sont peu volumineuses et siègent profondément; pour cela on les presse, on les pétrit pour ainsi dire entre les doigts, tels qu’on les trouve dans la cage thoracique ou après les avoir insufflés, et il est bien rare que les inégalités de consistance échappent à un pareil examen.

Dans l’espèce, on sent des nodosités situées à la périphérie et dans la profondeur. A la périphérie leur nombre est variable; il y en a deux, trois ou beaucoup plus, tantôt isolées tantôt groupées, d’inégal volume et de la grosseur d’un grain de millet ou d’une petite noix. La partie visible change d’aspect suivant le volume. Les plus grosses sont un peu grises et leur centre est déprimé, elles sont entourées d’un bourrelet périphérique jaunâtre. La plèvre à leur niveau est recouverte d’un exsudât inflammatoire et congestionnée. On y trouve des ecchymoses superficielles. Les petites nodosités apparaissent comme de simples taches parsemées de points plus blancs ou plus jaunes entourés d’une zone ecchymotique. Il y a aussi des ecchymoses isolées. Des coupes montrent que les régions malades ont une forme sphéroïdale plus ou moins régulière. Dans la profondeur, comme à la périphérie, les nodosités d’un petit diamètre sont jaunes ou blanchâtres; les plus massives sont jaunes et enchâssées dans un tissu aéré, congestionné ou ecchymosé. Autour d’elles existe une espèce de capsule grisâtre, d’apparence fibreuse. Quand l’altération est de date récente, ce qui coïncide avec un petit volume, on voit à son centre une matière puriforme, crémeuse; si elle est plus grosse et partant plus volumineuse, ses parties centrales sont caséeuses et comme desséchées.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Lofait le plus saillant révélé par l’examen histologique est l’épaississement des cloisons alvéolaires. Leur tissu vasculaire s’est rempli de cellules embryonnaires qui, s’étant organisées sur un certain nombre de points, ont donné naissance à des corps fusiformes.

Dans les cavités alvéolaires se sont accumulés, en des proportions très variables, des éléments épithéliaux en dégénération granulo-graisseuse. Dans les parties centrales, la charpente alvéolaire subit elle-même une véritable fonte, et par la communication d’un certain nombre d’alvéoles il se fait des cavernes quelquefois assez vastes.

On peut se demander ce que deviennent ces foyers consécutivement à la période où je viens de les décrire ; sans nier la possibilité de la guérison, quand le mal est très limité, je ne sache pas que jusqu’ici elle ait été constatée anatomiquement, c’est-à-dire par le seul moyen qui la rende incontestable. Mais si l’on ne peut faire une réponse catégorique, il est permis de présenter une hypothèse d’après ce qui se passe pour des produits du même ordre, comme par exemple le tubercule.

Les portions ramollies ou caséifiées sont résorbées ou passent à l’état crétacé, tandis que le travail d’organisation s’accentuera dans les points oii il s’est déjà manifesté ; finalement il se produit ou bien une poche kystique autour des parties mortes, ou bien une trame fibroïde qui. par sa rétraction, détermine une véritable cicatrice produisant sur quelques points une dépression superficielle.

Cela dit, je ne chercherai pas à me prononcer d’une manière plus nette sur cette lésion, et je ne trouve aucun profit à la rapprocher du processus pneumonique. Mais ce qui me paraît incontestable, c’est que la prolifération du tissu conjonctif interstitiel est le fait primitif et dominant, et que l’élément catarrhal ne joue qu’un rôle secondaire et tout à fait accessoire.

Avant d’être rapporté à sa véritable cause, ce produit de la syphilis a été confondu avec d’autres altérations du poumon. Une seule pourtant me paraît digne de vous être signalée à cause de l’âge auquel elle se montre et des analogies qu’elle présente avec la manifestation syphilitique ; je veux parler des infarctus pulmonaires ou abcès métastatiques qui se développent chez le nouveau-né dans le cas d’infection purulente. La confusion est d’autant plus à craindre que chez quelques syphilitiques, de même que chez ces derniers malades, on trouve de la péritonite, des arthrites suppurées et des lésions osseuses. Mais dans le cas d’infection purulente, les noyaux altérés sont de très petit volume et très nombreux. Au début, ce sont des taches d’un violet foncé presque noir, au niveau desquelles le parenchyme est induré et dont le centre devient jaune et purulent, tandis qu’elles s’étendent en largeur. Le tissu voisin est très aéré et même emphysémateux. L’examen histologique montre une extravasation des

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