‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 35 sur 84 · LÉSIONS DES POUMONS · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES POUMONS

éléments figurés du sang, notamment des leucocytes, mais les productions embryoplastiques de la syphilis y font complètement défaut.

La seconde forme de pneumopathie syphilitique a été décrite par M. Dcvergie; mais cet observateur a méconnu sa véritable origine. Depuis, sa filiation a été parfaitement établie. Parmi les auteurs qui ont contribué à ce progrès, je dois vous citer M. Virchow, qui a qualifié cette lésion d’hépatisation blanche ; Lorain et M. Robin, qui font décrite sous le nom d'épithélioma du poumon; MM. Weber, Decker, Ilowilz, Wagner, etc.

On l’observe sur les mort-nés et sur des sujets qui ont vécu plusieurs mois. Cette différence dans l’âge des sujets modifie d’une manière assez sensible son aspect.

Dans le premier cas, le poumon rappelle celui des enfants qui n’ont pas respiré; mais il est plus volumineux, plus compacte, plus lourd, plus dur. Sa densité est notablement supérieure à celle de l’eau. 11 est manifestement lobule, et à l’aide de la palpation on y distingue des noyaux d’induration disséminés dans sa niasse et assez mal circonscrits. L’insufflation ne le dilate que dans un petit nombre de points. Les ganglions du bile paraissent intacts. Lorsqu’on y pratique des coupes, la tranche est d’un blanc légèrement rosé. Les lobules sont très nettement circonscrits par des cloisons d’apparence fibreuse. Lorsqu’on cherche à déchirer ce tissu à l’aide d’une pointe, on constate qu’il a une dureté et une résistance exceptionnelles. Dans un casque j’ai observé, il y avait une congestion périphérique des plus manifestes avec des ecchymoses sous-pleurales.

L’examen microscopique montre que les parois alvéolaires sont altérées comme dans la première forme; mais ce qui distingue celle-ci, c’est que les alvéoles sont remplis de cellules épithéliales si abondantes, suivant M. Robin, qu’elles forment des corps solides, des espèces de cylindres qui obstruent les canalicules du poumon et en prennent la forme.

M. Virchow a confirmé cette description. Dans le cas que j’ai observé, l’épithélium moins abondant était représenté par de larges cellules aplaties, à contour et à noyau très nets, rappelant celles qui tapissent la cavité buccale, quelquefois roulées en cornet, jaunâtres et réfractant la lumière avec beaucoup plus d’intensité que les parties voisines. M. Ranvier, à qui j’ai montré mes préparations, a pensé que ces cellules épithéliales avaient pour la plupart subi la dégénérescence colloïde. Dans les bronches l'épithélium à cils vibratils n’était pas altéré. Sur quelques points il y avait un décollement de la plèvre.

Chez certains sujets cette forme diffuse peut coexister avec la première ; M. Virchow l’a constatée dans un cas oii les noyaux indurés de la première espèce avaient le volume d’un pois.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Je vous ai dit que cette lésion n’était pas propre au fœtus et cà l’enfant naissant. Je l’ai observée un certain nombre de fois chez des sujets qui avaient plusieurs mois, et il m’est impossible actuellement de fixer une limite au delà de laquelle on ne l’observe pas. Par son apparence extérieure, cette pneumopathie tardive diffère notablement de celle du fœtus et se rapproche au contraire beaucoup de la pneumonie lobulaire commune ; toutefois elle présente le plus souvent des caractères qui la relient à la première, et qui, par contre, établissent entre elle et la pneumonie une ligne de démarcation très tranchée.

Elle est presque toujours superficielle et ce n’est que par exception que, dépassant la surface du viscère, elle pénètre dans sa profondeur. En outre elle a pour siège de prédilection les parties déclives des lobes supérieur et inférieur ; elle n’y occupe qu’une surface peu large et très peu de profondeur, et y figure une bande verticale d’unà deux centimètres de large, épaisse habituellement de 3 à 4 millimètres, n’atteignant presque jamais un centimètre. A son niveau les lobules pulmonaires font une saillie très manifeste sur la coupe, sont très nettement séparés les uns des autres et ont une fermeté, une densité supérieures à celles de la pneumonie inflammatoire.

Contrairement à ce que l’on observe dans cette dernière, la teinte n’est pas violacée, mais d’un rose saumon, et parfois d’un gris presque blanc. Même après une insufflation énergique, les fragments détachés vont au fond du vase. A l’inverse de ce qui a lieu dans les autres affections pulmonaires, les ganglions bronchiques sont peu modifiés; ils ne présentent pas cette tuméfaction œdémateuse, cette friabilité qui marquent toujours leur participation au processus delà pneumonie lobulaire.

Ainsi se présente la pneumopathie syphilitique, lorsqu’elle se développe chez les enfants qui ne sont plus des nouveau-nés. 11 ne semble pas nécessaire d’insister pour vous faire saisir les différences qui la séparent de la broncho-pneumonie purement inflammatoire; mais je crois devoir, à son sujet, vous faire connaître une assertion de M. Fôrster. Cet observateur ayant rencontré, rarement, il est vrai, le tissu interstitiel fortement intéressé chez des enfants non syphilitiques, se demande si l’on peut établir une limite bien tranchée entre la pneumonie catarrhale et la pneumonie syphilitique.

Vous venez de le voir, j’ai fait par anticipation une réponse positive à cette question. Si M. Fôrster l’a posée sans pouvoir la résoudre, c’est qu’il manquait de quelques-uns des éléments qui m’ont servi et qui vous serviront désormais pour affirmer chez un enfant l’existence de la syphilis héréditaire et pour lui rapporter des lésions organiques qui, en dehors d’elle, restent inexplicables : je veux parler des altérations osseuses et de

LÉSIONS DU THYMUS.

cicatrices cutanées dont on peut tirer un si grand parti en clinique et en anatomie pathologique.

SiM. Fôrster avait connu ces marques de diagnostic, s’il les avait appliquées aux sujets sur lesquels il rencontrait des pneumopathies semblables à celles d’origine syphilitique, je ne doute pas qu’il n’eût constaté chez eux des marques de la syphilis, et alors, au lieu d’hésiter sur la spécificité de ces lésions, de par l’étiologie il les eût rapportées à la maladie diathésique qui lui était indiquée par l’anatomie comme étant leur véritable source.

Considérées dans l’ensemble du processus et dans leurs rapports avec les autres affections, les pneumopathies sont un produit rare de la syphilis, même en y comptant, ainsi qu’on le doit, les dernières que je vous ai décrites.

De même que les manifestations syphilitiques de la peau, celles du poumon sont précoces et annoncent une intoxication puissante. Si elles sont tardives, leur peu d’étendue,-, leur apparence fruste nous les montrent comme les produits d’une diathèse épuisée. Elles n’ont pas d’histoire clinique; car les premières, d’une extrême gravité, ou ne permettent pas à la respiration de s’établir, ou l’entravent si promptement qu’une mort rapide en est la conséquence inévitable ; et dans le court espace de temps où l’on observe les malades, s’ils présentent des symptômes thoraciques, ceux-ci n’ont rien de caractéristique. Cette dernière remarque est applicable sans aucune restriction aux lésions tardives, qu’elles soient ou non apyrétiques, car on y rapportera presque inévitablement les phénomènes stéthoscopiques auxquels elles donneront naissance, à la broncho-pneumonie inflammatoire ou à l’atélectasie, affections d’une fréquence beaucoup plus grande et qui d’ailleurs peuvent coexister avec elles.

Parmi les organes que frappe particulièrement la syphilis héréditaire, le thymus est généralement classé, par les auteurs, comme un des premiers. Je vous l’affirme, c’est là une place qu’il ne mérite pas et qu’il m’est impossible de lui laisser. Ses lésions sont, en réalité, très rares et sans grande importance.

Elles tiennent toute leur célébrité du travail que leur a consacré Paul Dubois. A l’époque où observait le célèbre accoucheur, l’anatomie pathologique de la syphilis héréditaire était peu avancée, et la structure ainsi que les altérations du thymus avaient été peu étudiées. Souvent l’on rapportait à la maladie ce qui était physiologique, et réciproquement. Voici ce que Paul Dubois a dit : « La présence du pus disséminé ou réuni en foyers

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

dans le thymus d’enfants nouveau-nés qui ont succombé à une syphilis évidente doit être considérée non comme une simple coïncidence, mais comme un témoignage et un résultat de la maladie dont ils étaient atteints. »

Cette opinion toutefois, suivant son auteur lui-même, n’a rien d’absolu, et en manière de correctif il fait remarquer que la secrétion normale du thymus ressemble à du pus et que d’ailleurs le pus peut résulter d’une inflammation simple des conduits et des réservoirs glandulaires. — P. Weber, Hecker et d’autres ont rapporté des faits semblables à ceux de l’accoucheur français, mais ils sont passibles des mêmes reproches et làdessus je suis dans un accord parfait avec MM. Virchow et Vogel.

Lehmann paraît avoir observé un cas de lésion syphilitique du thymus. 11 y avait, ainsi que dans d’autres organes, des nodosités formées par du tissu conjonctif qui avait subi la dégénérescence graisseuse. Mais il ne faudrait pas conclure de ce fait que toutes les nodosités du thymus doivent être rapportées à la syphilis. Il n’est pas rare de trouver dans cet organe des indurations du volume d’un grain de chènevis ou d’un noyau de cerise, d’ordinaire mal circonscrites, d’un rose hortensia ou jaune cuir. Rien jusqu’ici n’autorise à qualifier cette altération de syphilitique; elle paraît bien plutôt devoir être considérée comme une des modalités atrophiques que subit inévitablement le viscère.

Quant au suc laiteux que l’on trouve infiltré ou collecté dans les parties centrales du thymus des enfants très jeunes, son examen microscopique prouve qu’il n’a aucune analogie de constitution soit avec le pus soit avec la matière puriforme en laquelle se résolvent parfois les néoplasmes syphilitiques. On y constate, en effet, des corpuscules du thymus en très grand nombre, des granulations protéiques et de la matière grasse en particules isolées ou bien sous forme de corps granuleux dont quelquesuns ont jusqu’à 17 — C’est là une sorte de fonte graisseuse de l’organe

qui se produit sur une étendue et à des degrés très divers, mais qui jamais ne résulte d’un travail inflammatoire simple ou spécifique.

En résumé, l’on ne sait actuellement rien de l’action exercée sur le thymus par la syphilis héréditaire; mais cette action est en tout cas excessivement rare. Je ne manque jamais d’examiner, de disséquer, de palper et de peser le thymus dans les autopsies, et sur un nombre considérable d’observations je serais fort embarrassé pour en trouver une où le thymus pourrait être considéré comme atteint d’une lésion syphilitique.

Les lésions du système circulatoire sont encore bien moins fréquentes que celles des organes de la respiration; aussi ne ferai-je qu’enregistrer

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