‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 40 sur 84 · LÉSIONS DE LA RATE, — DES REINS · texte numérisé non relu

LÉSIONS DE LA RATE, — DES REINS

comme 1 est à 83; chez un enfant de quatre mois, comme 1 est à 92; chez un enfant de dix mois, comme 1 est à 116.

De ces chiffres on peut tirer deux conclusions : 1° Du fait de la syphilis héréditaire, il y a une augmentation considérable du poids de la rate. 2° Cette augmentation est d’autant plus forte que l'enfant est plus près de la naissance. A partir de trois mois et surtout de six mois, cette hypertrophie est exceptionnelle. On peut donc dire qu’elle diminue par les seuls progrès de l’àge.

Sur la rate ainsi hypertrophiée il existe habituellement un exsudât fibrineux semblable aux fausses membranes des séreuses enflammées. La périsplénitc est circonscrite ou généralisée, et dans ce dernier cas laphlegmasie ne reste pas toujours limitée à l’enveloppe du viscère, elle peut se propager à tout le péritoine. Lorsque la lésion est ancienne, elle est caractérisée par des néo-membranes et des adhérences avec les parties voisines.

La rate est turgide, comme distendue ; elle est ferme, élastique. Sa coloration est grisâtre à la périphérie, et sur les coupes elle présente un aspect lisse avec des taches et des marbrures grisâtres.

Quelle est son altération intime? En quoi consiste la lésion? Je pense qu’il s’agit ici d'une hyperplasie diffuse (1).

Les altérations des reins sont très peu connues.

M. Lancereaux parle, il est vrai, d’un épaississement de la trame conjonctive et d’une altération granulo-graisseuse des tubules; mais le dessin annexé à sa description me rappelle beaucoup les lésions rénales de l’athrepsie. Le même auteur a noté une teinte jaunâtre de l’organe, analogue à celle du foie silex; s’agit-il bien là d’un fait imputable à la syphilis?

Les altérations des reins sont comparables à celles des poumons et du cœur. Elles sont le plus souvent nodulaires. Les nodules ont des dimensions variables d’après leur ancienneté; ils varient de un millimètre à un centimètre de diamètre; un certain nombre ne sont pas visibles à l’œil nu.

L’organe étant divisé par une coupe parallèle à son grand diamètre, les pyramides apparaissent avec leur coloration rose-clair normale; la substance corticale a son aspect gris-jaunâtre habituel. Mais çà et là on voit

(1) Dans sa communication à la Société de Biologie, M. Parrot rattache cette splénomégalie aux lésions du foie. « On se rappelle, dit-il, le remarquable travail de Beau sur l’appareil spléno-hépatique et sur les liens étroits qui existent entre la circulation du foie et celle de la rate. Beau insistait sur ce point que chaque fois que la circulation était gênée dans le foie, la rate augmentait de volume. Les lésions syphilitiques du foie décrites par Gubler amènent une gène de la circulation hépatique... et c’est sans doute par cette imperméabilité du foie qu’il faut expliquer le reflux du sang vers la rate, sa turgescence habituelle et son hypertrophie consécutive. » ( Comptes rendus de la Socùfte' de biologie , 1872, p. 224.)

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

des foyers dont les plus petits ont une teinte uniforme ldanc-jaunàlre; les moyens ont un centre rosé et une périphérie jaune et saillante; les plus volumineux sont mous, déprimés, leur aspect est noirâtre, comme hémorrhagique.

Si l’on pratique des coupes histologiques, on voit sur le champ de la préparation tout d’abord de petits amas de noyaux, analogues ci ceux que j’ai signalés dans le foie sous le nom de grains de farine, grains de semoule. Ces grains sont disséminés à la périphérie des grands foyers dont je viens de vous parler.

On voit également des nodosités plus volumineuses, moins colorées par le picro-carmin à leur centre qu’à la périphérie. Elles ne diffèrent des précédentes que par leur volume. D’autres nodosités présentent une zone centrale à teinte rosée, et où les éléments sont très peu distincts. La zone périphérique, irrégulière, est formée par un amas abondant de cellules embryonnaires. 11 est d’ailleurs facile de se convaincre de ce fait, que tous ces nodules sont dus à la prolifération du tissu conjonctif qui constitue la trame, la charpente de l’organe.

En dehors de ces altérations nodulaires, on aperçoit une accumulation d’éléments embryonnaires le long des artères.

Dans les pyramides, non loin du bile, on voit aussi une multiplication embryonnaire diffuse, intertubulaire.

Quant aux tubes, ils peuvent être déprimés, déplacés par la prolifération embryonnaire, mais ils sont généralement intacts au voisinage des plus petits nodules; ils présentent simplement alors une accumulation de cellules cubiques dans leur intérieur et une dégénérescence graisseuse de leurs épithéliums.

Mais lorsque les nodules sont volumineux, alors surtout qu’ils ont l’aspect hémorrhagique, on trouve à leur centre un véritable lac d’hématies; et, à ce niveau, la substance tubulaire est complètement détruite; tout autour, dans la zone périphérique, les hématies et les éléments embryonnaires sont infiltrés entre les tubules.

Enfin, ainsi que je viens de vous le dire, toutes ces lésions ont primitivement pour siège la trame conjonctive. Le tissu propre ou fonctionnel n’est altéré que secondairement et d’une façon mécanique en quelque sorte.

On a décrit diverses altérations des capsules surrénales dues àla syphilis héréditaire.

Une des premières descriptions est celle de Virchow, qui a noté une augmentation de volume de ces organes. Iluber a signalé l’aspect extérieur,

LESIONS DES TESTICULES.

jaune crème de lait, qui est due à la dégénérescence graisseuse. Hennig a rapporté un cas de transformation gélatiniforme des capsules surrénales. Bàrensprung a trouvé une hypertrophie du tissu cellulaire autour des vaisseaux. La lésion resterait ainsi limitée à la trame conjonctive et n’envahirait pas les éléments fonctionnels, les glandes de la substance corticale.

D'après mes propres observations il faut noter tout d’abord une augmentation notable du volume de l’organe, fait qui avait d’ailleurs été noté déjà par MM. Ollivier et Ranvier.

La teinte de l’organe est grisâtre, ou gris-rosée, avec quelques taches ocreuses à aspect demi-transparent.

La surface de l’organe est parsemée de petits points à peu près d égal volume, d’un blanc mat, d’un millimètre environ de diamètre, et rappelant les grains semoule du foie. On les voit surtout à la périphérie, et ils disparaissent lorsqu’on enlève la capsule fibreuse. Ceux qui sont situés dans la substance médullaire tranchent par leur coloration blanche sur un fond brun général.

Quant à leur structure intime, ce sont des nodules cellulaires tout à fait semblables à ceux du foie, dus, comme dans cet organe, à la prolifération des éléments du tissu conjonctif. Au voisinage du nodule les cellules propres de l’organe sont stéatosées, et des gouttelettes de graisses infiltrent leur protoplasma tout autour du noyau souvent difficile à apercevoir.

Les altérations que la syphilis héréditaire fait naître dans le testicule sont considérées comme rares; sans doute, si l’on parle des lésions visibles à l’œil nu et appréciables pendant la vie, mais le plus souvent l’affection est si peu avancée qu’il faut le microscope pour la découvrir.

Dans un cas observé par M. Obédénaro, cité par M. Lancereaux, la substance testiculaire faisait hernie au travers du scrotum perforé. North et Bryant ont observé l’un un enfant de quatorze mois, l’autre un enfant de seize mois ayant des signes incontestables de syphilis héréditaire et chez lesquels les testicules présentaient, peu de temps après la naissance, une tuméfaction considérable. Dans un de ces cas, ces glandes avaient le volume d’un œuf de pigeon. Elles étaient dures, lourdes, à surface unie; sans épanchement dans la tunique vaginale. Sous l’influence d’un traitement mixte, la guérison survint en cinq semaines.

L’orchite syphilitique des nouveau-nés a été également signalée par Lewin.

J’ai plusieurs fois constaté une augmentation de volume des testicules

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avec induration, une congestion générale ou partielle, simulant alors des nodules hémorrhagiques, et j’ai étudié ces altérations avec le concours de mon ancien interne M. Hutinel, qui a publié sur ce sujet un intéressant mémoire, et de M. Hipp. Martin, mon chef de laboratoire.

Déjà MM. Cornil et Coÿne,.dans le cas de M. Obédénaro, dont je parlais tout à 1 heure, ont trouvé un épaississement du tissu cellulaire situé entre les tubes séminifères et une infiltration de cellules embryonnaires rondes, ou fusiformes.

Les lésions engendrées dans le testicule sous l’influence de la syphilis héréditaire débutent dans la trame conjonctive; elles sont nodulaires ou infiltrées. C est avec les lésions hépatiques qu’elles offrent la ressemblance la plus frappante.

Elles débutent autour des artérioles sous forme d’un amas de cellules embryonnaires rondes, amas qui n’est d’abord constitué que par quelques cellules. A cette époque cette lésion n’exerce pas encore le moindre retentissement sur les tubes séminifères voisins, dont l’aspect est absolument normal. Mais cette période initiale est de courte durée. Le noyau néoplasique prend bientôt l’aspect fusiforme, parce qu’il suit le trajet des vaisseaux. Quant aux éléments cellulaires qui entrent dans sa constitution, ils perdent peu à peu leur forme ovalaire, s’allongent en fuseau et prennent ainsi la forme du tissu sarcomateux fasciculé.

Pendant que le nodule s’accroît et se transforme de la sorte, les tubes seminilères subissent, à leur tour, certaines modifications. Tout d’abord, sous 1 influence de l’irritation de voisinage, leur épithélium se transforme et ils apparaissent bientôt tapissés par une double rangée de cellules épithéliales cubiques; puis bientôt le tube est comprimé, refoulé; sa paroi elle-même prolifère a son tour, quand la compression est considérable, et elle se perd insensiblement dans le tissu néoformé, fasciculé, qui l’environne. Quant aux cellules épithéliales, elles subissent la fonte granulograisseuse et disparaissent sans laisser de trace.

Au sein du nodule les vaisseaux apparaissent en nombre considérable, pai dilatation probable des capillaires préexistants, peut-être même par néoformation capillaire.

Loisque les nodules ainsi formés ont un certain volume et sont rapprochés les uns des autres, ils peuvent se toucher par leur zone périphéîique, ou même se fusionner dans une certaine mesure.

Mais la prolifération nodulaire n’est que rarement isolée ; elle se complique piesque toujours d infillralion diffuse que I on peut même observer seule, dans certains cas. Le début de la prolifération est toujours le tissu conjonctif périvasculaire ; des élémentsembryonnaires, sphériques d’abord, puis fusiformes, sont épars çà et là dans le tissu de l'organe.

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