‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 42 sur 84 · TREIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LEÇON

Lésions osseuses. — Lésions articulaires.

Je me propose, dans cette leçon et dans la suivante, de vous exposer l’ensemble de mes recherches sur les lésions osseuses que produit la syphilis héréditaire, et de vous montrer comment elles se rattachent au racliitis.

Je crois avoir été un des premiers à faire connaître ces lésions du squelette, et à les réunir en un même groupe morbide (*). Elles accompagnent presque toujours la syphilis héréditaire dans sa période d’activité, et elles persistent souvent comme un stigmate de cette maladie ; leur importance clinique est donc considérable.

J’étudierai séparément les os du crâne et les os des membres.

Les lésions du crâne sont très fréquentes, elles existent dans les trois quarts des cas. Elles sont de deux sortes : elles revêtent la forme ulcéreuse , ou la forme ostéophy tique. Ces deux formes peuvent se trouver réunies.

La forme ulcéreuse , ou crciniotabes, se voit surtout chez les enfants du premier âge; elle peut s’observer primitivement soit sur la face externe, soit, mais rarement, sur la face interne des os; sur cette dernière, les lésions sont notablement moins étendues et moins profondes.

Lorsque la face externe est atteinte, la lésion siège surtout sur les pariétaux, les frontaux, ou sur l’occipital.

Ces ulcérations osseuses occupent de préférence le voisinage des sutures et du bregma. Elles existent et prédominent ordinairement du côté opposé au décubitus habituel de l’enfant; et c’est la raison pour laquelle elles sont bien plus fréquentes ou tout au moins plus marquées du côté gauche du crâne.

Leur aspect n’est pas toujours le même; tantôt leur surface est nettement circonscrite et elles représentent des pertes de substance découpées comme à l’emporte-pièce; d'autres fois ce sont des érosions diffuses, multiples, à contours irréguliers, ou bien ce sont des surfaces poreuses.

(I) Pour l’historique de la question, voyez dans la seconde partie de co volume les différents mémoires de M. Parrot.

Parrot. — Syphilis héréditaire. 7

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La profondeur de ces ulcérations osseuses est très variable ; elle peut atteindre un millimètre et perforer l’os de part en part. Plus elles sont circonscrites, et plus elles sont profondes. Cette perte de substance n’est pas appréciable à l’état frais ; on n’aperçoit le plus souvent sur l’os aucune dépression, et la simple inspection ne révèle que des sortes de taches qui tranchent par leur coloration sur celle de l’os normal voisin. Ces taches sont dues à ce que la cavité de l’ulcération est comblée par une substance molle, rosée ou ambrée, ou encore couleur de maïs; mais au contact de l’air, cette substance s’affaisse peu à peu, rendant l’ulcération de plus en plus nette, et elle disparaît complètement par la dessiccation. On retrouve quelquefois cette teinte maïs dans l’épaisseur de l’os, tout autour de l’ulcération.

L’ulcération, quel que soit son siège, procède toujours de dehors en dedans, pour atteindre progressivement la dure-mère, si elle perfore le crâne. Chose singulière, ces perforations crâniennes ne déterminent jamais de méningite.

11 ne faut pas confondre ces ulcérations avec les érosions excentriques de la face interne du crâne qui se produisent sous la double influence d’un trouble nutritif général et de la déclivité; celles-ci se développent de dedans en dehors et ont toujours leurs bords en biseau (I).

La forme ostéophy tique peut s’observer chez les très jeunes enfants, et dans ce cas, les ostéophytes siègent surtout sur la table interne, sur les parties non exposées à la compression (excavations frontales et pariétales).

Chez les enfants plus âgés, les ostéophytes siègent toujours à l’extérieur; ils se développent dans les régions où se fait l’accroissement normal de l’os et où la nutrition a le plus d’activité, c’est-à-dire autour des bosses frontales et pariétales, au voisinage des angles péribregmatiques, le long des sutures. Ils sont symétriques. On n’en trouve jamais sur l’occipital.

Si l’on soulève le périoste au niveau des ostéophytes, on voit qu’ils tranchent sur l’os normal voisin par leur couleur rouge sombre. Us ont un aspect plus ou moins spongoïde et ils sont formés par des fibres ayant une direction perpendiculaire à la surface de l’os ; cet aspect est d’autant plus net, d’autant plus évident que l’ostéophyte est plus volumineux.

On comprend que ces exubérances osseuses doivent entraîner la déformation de la voûte crânienne. Le crâne est mamelonné, et en raison de ces saillies symétriques, séparées par un sillon médian plus ou moins pro-

(1) La partie de cette leçon consacrée aux perforations crâniennes et au craniotabes est un peu écourtée. On trouvera l’étude complète de ces altérations du crâne, qui ne sont pas toutes sous la dépendance de la syphilis héréditaire, dans le mémoire intitulé : Les perforations crâniennes spontanées chez les enfants du premier âge.

LÉSIONS OSSEUSES

fond, j’ai donné à ccs crânes ostéophytiques le nom de crânes natiformes (du mot latin nates, fesses).

Une autre conséquence des nates est l’existence de synostoses ou soudures précoces. On aperçoit alors des sortes de ponts osseux, d’épaisseur variable, jetés entre deux os voisins, et qui bientôt soudent entre elles d’une façon définitive et complète les différentes pièces de la boîte crânienne. En pareil cas, on le comprend, la capacité du crâne est limitée, immuable, et ï idiotie, est la suite presque certaine de cet arrêt de développement de l’encéphale (1).

La formation de ces ostéophytes semble entraîner une autre conséquence, d'ordre tout différent. La production exubérante au niveau des surfaces osseuses paraît retarder, entraver dans une certaine mesure l’élargissement des os, leur accroissement suivant les bords. Il s’ensuit que les crânes natiformes ont des diamètres inférieurs à ceux d’un crâne normal; il s’y produit des sutures anormales, des fissures, et les os wormiens, dont le plus remarquable est l’os épactal, ne sont jamais si fréquents que sur les crânes atteints de lésions syphilitiques.

En résumé, la dystrophie syphilitique produitsur le crânede Vos en plus, d’où les soudures précoces; et inversement, par une sorte de loi de balancement de l’ostéogenèse, de l'os en moins , d’où les fissures et la multiplication des sutures; et elle détermine une raréfaction de l’ensemble des os qui donne au crâne une légèreté anormale, et se traduit souvent pendant la vie par l’état parcheminé.

Le péricrâne, dont je n’ai pas parlé jusqu’à présent, est presque toujours sain ou très peu altéré.

Quant à la base du crâne, elle est toujours moins malade que la calotte ; la raréfaction y est plus fréquente que les autres lésions.

A la face, les maxillaires sontpresque toujours atteints, l’inférieur bien plus souvent que le supérieur. L’os est à la fois tuméfié et raréfié; ces lésions peuvent aboutir à des perforations qui mettent à nu, dans la profondeur des alvéoles, les dents de la deuxième dentition, altérées au plus haut degré.

Tout le reste du squelette peut être atteint. Les os courts, comme les vertèbres, les os des mains et des pieds sont quelquefois épargnés. Les côtes, les omoplates, les os du bassin, sont fréquemment malades; mais ce sont les os des membres qui présentent les lésions les plus caractéristiques, et parmi ccs os, Y humérus et le tibia, le fémur et le cubitus.

Les lésions sont le plus souvent symétriques.

(1) Voyez dans la seconde partie de ce volume une note communiquée à la Société d’Anthropologie Sur une jeune fille idiote présentant un crâne natiforme.

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Leur physionomie est très diverse selon leur nature et leur degré, selon la période de leur évolution, enfin selon l’àge des sujets. L’état de chaque os lésé est comme la résultante de toutes ces conditions.

Au point de vue purement anatomique, l’état d’un os atteint par la syphilis héréditaire est dû à la combinaison de plusieurs altérations élémentaires, qui par leur groupement dans des proportions diverses, produisent toutes les particularités, toutes les variétés imaginables. 11 faut donc commencer par l’étude de ces altérations élémentaires avant de procéder à une description d’ensemble.

Ce sont, par ordre d’importance et de fréquence : la périostogenèse, qui comprend elle-même Yoste'ogencse et la fibrogenèse , qui sont très souvent combinées; la médullogenèse ; la chondrocalcose, et la transformation gélatiniforme.

Je vais étudier les os : 1° à l’état frais, avec ou sans périoste ; 2° après macération dans l’eau et dessiccation; 3° sur des coupes faites transversalement et longitudinalement.

La périostogenèse s’observe à tous les âges, même pendant la vie intrautérine. Le périoste est généralement modifié dans tous les points où l’os est malade; il est à peu près constamment hypertrophié; il est épaissi, plus résistant, plus adhérent; quelquefois, mais bien rarement, il est ulcéré.

L’os, après l’ablation du périoste, est toujours plus volumineux, et plus lourd (chez les jeunes enfants ou chez les fœtus). 11 est recouvert d’une couche ostéophytique tantôt généralisée et irrégulière, d’autres fois localisée et régulière.

Cet ostéophyte est osseux ou simplement ossiforme. Il a une couleur maïs plus ou moins clair, ou rosée; il est dur ou friable, mais toujours excessivement poreux. Son épaisseur est quelquefois à peine sensible; dans d’autres cas elle est de deux, de trois millimètres et même davantage.

Quand il est localisé, son siège de prédilection est constant : à V humérus, l’ostéophyte recouvre surtout les deux tiers inférieurs de la face postérieure ; au cubitus , on le trouve sur les deux tiers inférieurs de la face postérieure; au fémur, c’est la face antéro-externe qui est invaginée, surtout en bas ; au tibia, c’est la face interne, principalement à sa partie moyenne.

Les os typiques sur lesquels on devra toujours rechercher l’ostéophyte sont l’humérus et le tibia ; c’est là que la lésion est le plus marquée et qu’elle est le plus caractéristique par sa localisation précise.

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Examinons un humérus malade. Nous constatons d’abord que tandis que l’extrémité supérieure n’est que très exceptionnellement altérée, l’extrémité inférieure est très épaisse d’avant en arrière.

Les couches nouvelles sont appliquées sur la diaphyse sous forme de lamelles, qui chez les fœtus et les enfants très jeunes sont immédiatement en contact l’une contre l’autre ou qui sont séparées par des rigoles; ce tissu des lamelles est très poreux et composé de fibres perpendiculaires à la surface de la diaphyse.

Les ostéophytes diffèrent aux différents âges et selon l’époque de leur apparition. S’ils ont débuté de très bonne heure, leur accroissement est progressif, et ils exagèrent sensiblement la forme typique de l’os. S’ils ont débuté tardivement, leur épaisseur est minime, et la forme typique de l’os n’en est que très peu modifiée ; ils sont plus durs et se rapprochent davantage de l’aspect normal de l’os.

C’est alors, surtout lorsque les enfants ont dépassé l’âge de six mois, que la fibrogenèse intervient. L’ostéophyte devient fibroïde. 11 se produit sur l’ostéophyte osseux une couche très nettement fibroïde, à fibres perpendiculaires à la diaphyse, extrêmement adhérente à l’os, de coloration blanc bleuâtre ou nacrée, ressemblant assez bien au tissu de certains tendons. L’élément calcaire, quand il existe dans cette couche, est très peu abondant. Dans ces cas, le périoste semble faire corps avec l’os.

Pendant que cette couche fibreuse se produit à la périphérie, il se forme à l’intérieur du tissu fibreux; des bourgeons rouges ou un peu jaunes se développent dans la couche chondroïde épiphysaire, qui par ce fait devient plus épaisse.

La médullogenèse peut être considérée comme la conséquence de la périostogenèse; mais celle-ci peut exister sans elle, surtout chez les sujets très jeunes.

On voit, lorsque la médullogenèse va commencer, des espaces se creuser entre la diaphyse et l’ostéophyte et entre les différentes lamelles ostéophytiques. Ces espaces ou rigoles sont parallèles à la surface diaphysaire et sont interrompus de loin en loin par des trabécules osseuses perpendiculaires à cette surface ; ces trabécules seront bientôt les seuls témoins, les derniers vestiges du travail ostéophytique. La médullogenèse détruit progressivement l’os néoformé et même l’os ancien.

Lorsqu’elle est excessive, elle peut ne laisser subsister qu’une coque extérieure très mince de l’ostéophyte, ou même exclusivement la couche fibroïde qui le recouvre. Elle peut attaquer la diaphyse, et la creuser d’espaces médullaires plus ou moins considérables, et la détruire. Il est vrai que le périoste fait de nouvelles couches d’ostéophytes à mesure que la

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médullogenèse détruit les anciennes; le tissu ainsi produit a un aspect absolument semblable à la moelle normale.

J’arrive à la chondrocalcose. A l’état normal, on trouve entre le cartilage épiphvsaire et l’os une couche chondro-calcaire ; c’est la couche ossiforme de Ranvier. En ce point, les premières traces de substance fondamentale cartilagineuse s'incrustentde sels calcaires.

C’est dans cette couche que s’opère l’altération que j’ai désignée sous le nom de chondrocalcose.

Chez les syphilitiques cette couche est plus épaisse; au lieu d’avoir comme à l’état normal un demi-millimètre d’épaisseur à peine, elle en a deux et même davantage. Elle est le plus souvent régulière, à limites dessinées par une ligne droite, mais elle est quelquefois irrégulière et envoie dans le cartilage épiphysaire et dans l’extrémité de la diaphyse des prolongements plus ou moins nombreux, plus ou moins longs, de forme variable; son épaisseur est alors plus forte.

Cette couche est très friable, ce qui nous explique la fréquence des ruptures osseuses à ce niveau chez les enfants syphilitiques.

Elle a une teinte jaune-maïs; plus rarement sa couleur diffère peu de celle du tissu spongieux.

On ne l’observe que chez les enfants très jeunes, où elle coïncide, par conséquent, avec les couches ostéopiiytiques dures non encore envahies par la médullogenèsc.

La transformation cjélatiniforme est une altération de l’os partielle et centrale, plus rarement générale cl périphérique. Moins elle est étendue et plus elle est profonde.

Extérieurement elle atteint surtout les tissus nouveaux, ostéopiiytiques; intérieurement elle s’attaque surtout à la moelle.

Sa coloration est très variable : cerise clair, ou groseille, ou jaune, depuis le jaune-serin jusqu’au jaune-maïs, ou même jaune d’ocre ; toutes ces nuances si diverses peuvent se retrouver sur un même os. Son aspect est véritablement gélatiuiformc ; elle est transparente, luisante, molle comme de la gelée.

Lorsque la moelle est seule atteinte, elle prend un aspect groseille ou cerise. La macération de l’os permet de reconnaître que le réseau spongieux est intact et que sa consistance n’est pas modifiée.

Si l’os est altéré, il prend une coloration jaune. L’altération gélatiniforme attaque d’abord le tissu spongieux, au voisinage des extrémités diaphysaires, puis elle envahit le tissu compact de la diaphyse ; elle atteint, mais plus difficilement, la couche chondro-calcaire et même le cartilage

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épiphysaire. Elle est alors distribuée d’une façon très irrégulière; elle forme, sur une coupe, des nappes plus ou moins étendues au sein desquelles on peut observer des îlots d’os ou de tissu chondro-calcaire. Lorsqu’elle se généralise, l’os perd de sa densité.

Cette altération affaiblit la résistance de l’os, moins cependant que la chondrocalcose, et l’on comprend qu’elle puisse à elle seule déterminer des fractures. Mais la brisure de l’os est presque toujours due à la réunion de ces deux lésions; elle se produit alors, non pas à la réunion de la diaphyse avec l’épiphyse, mais plus bas, là où commence le tissu osseux à proprement parler, à la limite de la région où s’opère la chondrocalcose. 11 s’agit donc bien d’une vraie fracture et non d’un simple décollement épiphysaire. En général il y a peu de déplacement, car le périoste est intact. Quelquefois cependant il peut se produire de la suppuration à ce niveau, le périoste se perfore, et l’on constate des abcès circonvoisins. A ces lésions correspond l’affection que j’ai désignée sous le nom de pseudoparalysie syphilitique des nouveau-nés.

Les autres fractures que l’on observe chez les syphilitiques se produisent à un âge plus avancé. Elles sont en général incomplètes, siègent à la région moyenne de l’os et sont entourées d’un séquestre olivaire, ossiforme au centre, fibroïde à la périphérie ; elles sont dues à la raréfaction du tissu osseux, lésion qui est tout à fait exceptionnelle chez les très jeunes enfants.

Je passe maintenant à l’étude histologique de ces lésions osseuses (‘).

J’étudierai successivement les ostéophytes, la chondrocalcose et la transformation yélatini forme.

Ostéophytes. — Si l’on examine à un faible grossissement la coupe transversale d’un humérus ou d’un tibia atteint d’ostéophyte, on distingue au centre une surface ovalaire qui est la coupe de la diaphyse proprement dite. On y voit nettement les parties constituantes de l’os normal, c’està-dire la substance fondamentale, les canaux de Ilavers et les ostéoblastes ou corpuscules osseux. L’espace libre est rempli par la moelle, qui est très peu développée à cet âge.

(1) Je tiens à rappeler quelle technique il faut suivre pour préparer les os destinés à l’étude. Un séjour de 24 heures dans l’alcool fixe tout d’abord les éléments; on place ensuite les os dans l’acide picrique où on les laisse un temps suffisant pour la décalcification complète. Après 24 à 48 heures d’un bain d’eau destiné à enlever l’excès d’acide picrique, on les plonge pendant 48 heures dans la gomme, puis dans l’alcool qui donne aux tissus la consistance nécessaire pour pratiquer les coupes histologiques. Celles-ci doivent être pratiqués dans le sens longitudinal et dans le sens transversal. Elles seront colorées de préférence au picrocarminate d'ammoniaque et conservées dans la glycérine.

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A la périphérie, on aperçoit, entourant la diaphyse, à la manière d’un anneau, une zone irrégulière, de largeur inégale, dans laquelle on retrouve les particularités révélées par l’examen à l’œil nu.

Si on la compare à la surface ovalaire, ou diaphysaire centrale, on est frappé tout d’abord de l’importance des espaces médullaires, creusés en quelque sorte au détriment de la substance osseuse. Leur direction est, en outre, nettement perpendiculaire et non parallèle à l’axe de la diaphyse ; ils sont séparés les uns des autres par de fines trabécules osseuses dont l’orientation est la même. Enfin on constate de grandes irrégularités dans les rapports réciproques des espaces et des trabécules qui s’anastomosent çà et là les unes avec les autres, se bifurquent, etc., mais tout en gardant toujours leur même direction générale. Les trabécules ostéophytiques se continuent directement avec les trabécules osseuses anciennes ; quant aux espaces, ils s’ouvrent directement sous le périoste, et d’autre part, ils communiquent souvent avec les espaces médullaires appartenant à la diaphyse.

Dans les trabécules de la zone périphérique, les ostéoblastes sont exces sivement rares; il est même des régions où l’on n’en voit plus un seul. Là ils sont remplacés par des corpuscules spéciaux d’autant plus abondants et irrégulièrement dispersés qu’on se rapproche davantage de la périphérie. Je les désigne sous le nom de corpuscules osléoïdes.

Voici en quoi ils diffèrent des vrais corpuscules osseux. Un corpuscule vrai est constaté par une fente aplatie, plus ou moins ellipsoïde, de laquelle partent de tous côtés une multitude de canalicules primitifs qui s’anastomosent entre eux et vont se jeter pour la plupart dans un canal de Ilavers. Dans chaque fente corpusculaire se trouve une cellule à noyau très distinct.

Les corpuscules osléoïdes ont un aspect tout différent. Ils sont tout d’abord plus volumineux; leur forme est nettement polygonale sur la coupe; leurs prolongements très nets, très longs, rappellent les prolongements protoplasmiques de certaines cellules nerveuses, et s’anastomosent entre eux, quand les corpuscules sont très rapprochés. Enfin leur cellule centrale renferme un et quelquefois deux noyaux.

A l’état normal, on voit sous le périoste, lorsque l’os est en voie de développement, de la moelle et des corpuscules osseux embryonnaires. Ici on aperçoit un réseau de corpuscules ostéoides, et on constate de la façon la plus évidente que ces corpuscules anormaux se forment directement aux dépens des corpuscules du tissu conjonctif. Leur développement est même très rapide ; sur la limite des couches de tissu conjonctif périostique et de l’os proprement dit, on trouve un grand nombre de corpuscules intermédiaires, en quelque sorte, et que l’on hésite à ranger soit dans les

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corpuscules osseux, soit dans les corpuscules conjonctifs; enfin on trouve des corpuscules conjonctifs déjà nettement transformés en corpuscules ostéoïdes à prolongement très nets, et qui sont situés cependant encore au centre des couches de tissu conjonctif, à une certaine distance de l’os.

Dans les espaces médullaires, il n’y a pas de la moelle osseuse à proprement parler. On y trouve des vaisseaux sanguins, du tissu conjonctif très dense et des corpuscules du tissu conjonctif absolument semblables à ceux qui sont emprisonnés par la substance ossiforme et qui deviennent des corpuscules ostéoïdes. On les observe surtout contre la paroi des fentes médullaires, près des trabécules osseuses. Comme ceux dont j’ai déjà parlé, ils sont polyédriques ou fusiformes, à prolongements protoplasmiques multiples.

Ces prolongements corpusculaires sont de deux sortes ; les uns, relativement volumineux, colorés par le réactif, partent des arêtes principales du corpuscule ostéoïde et constituent par leurs anastomoses un réseau principal. Les autres, beaucoup plus fins, d’aspect granuleux, non colorés, partent des petites arêtes du corpuscule. Ils sont également anastomosés entre eux et forment, dans les larges mailles du premier réseau, un réseau de second ordre. La substance osseuse fondamentale se dépose entre les mailles de ce fin réseau.

Ces pndongements protoplasmiques représentent les canalicules des ostéoblastes. D’ailleurs, il y a continuité entre le réseau protoplasmique des espaces médullaires et le réseau des trabécules osseuses formé par les prolongements des corpuscules ostéoïdes.

Toutes ces particularités se retrouvent sur tous les os rachitiques. Les seules différences à noter, selon les cas, tiennent à la proportion réciproque des tissus ossiforme et osseux d’une part, et des tissus médullaire et fibroïde de l’autre ; ces différences sont en grande partie influencées par l'âge du sujet.

Chondrocalcose. — A l’état normal, on trouve entre le cartilage épiphysaire de l’os et la diaphyse, une couche chondro-calcaire aux dépens de laquelle se fait l’ostéogenèse.

Le premier stade de l’ossification consiste en une simple infiltration calcaire du cartilage ; les travées directrices (Ranvier) séparées par les espaces médullaires, se calcifient à leur tour, puis s’ossifient.

C’est dans cette couche chondro-calcaire que s’opère la modification pathologique que j’appelle chondrocalcose.

Les travées directrices sont beaucoup plus larges qu’à l’état normal ^'ossification ne se fait nullement sous forme de bandelette osseuse régulière le long des bords de la travée, mais par fragments isolés; et là où le

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tissu osseux se développe, c’est, comme je viens de le dire, sous forme de tissu ostéoïde.

Enfin, les espaces médullaires résultant de la segmentation des cellules cartilagineuses et de la rupture de leurs parois, ne se forment pas régulièrement comme dans l’ostéogenèse normale. On trouve, au sein de ces espaces, des îlots de capsules cartilagineuses non rompues, isolés dans la substance médullaire ou réunis par des languettes aux travées directrices voisines, et qui s’infiltrent de sels calcaires, sans que les cellules qu’elles renferment aient encore subi un commencement de différenciation tendant à leur donner les caractères de corpuscules osseux ou ostéoïdes.

11 faut noter enfin que ces îlots de capsules cartilagineuses calcifiés et isolés peuvent être situés à une grande distance du cartilage d’ossification dont ils sont une émanation, et souvent même, l’espace médullaire dans lequel ils se trouvaient tout d’abord étant complètement comblé par l’ossification et transformé en un canal vasculaire de Ilavers, ces îlots cartilagineux sont enebatonnés en plein tissu osseux. Ils deviennent alors de véritables corps étrangers, qui irritent l’osà leur voisinage etcontribuent à la formation de la substance gélatiniforine.

La transformation gélatiniforine peut être bornée à la moelle osseuse et elle peut attaquer l’os proprement dit.

Lorsque la moelle a subi la transformation gélatiniforine, la plupart des éléments dont elle est formée à l’état normal (cellules lymphatiques ou migratrices, cellules adipeuses, médullocèles, myéloplaxes) ont disparu. Il ne reste plus qu’une trame conjonctive et vasculaire dont les mailles sont comblées par de la matière colloïde légèrement teintée en rose par le i>icro-carminate d’ammoniaque, très aqueuse et finement granuleuse. On y trouve, çà et là, quelques-uns des corps figurés de la moelle, en voie de destruction. Ce tissu présente une grande ressemblance avec la substance contenue dans les espaces médullaires ostéophytiques.

Cette altération contribue en effet largement à la production de la médullogenèse.

Lorsque l’os est atteint, les vaisseaux sanguins semblent jouer un rôle important dans sa destruction et dans l’apparition de la substance gélatiniforme. On les voit s’avancer en anses, et pénétrer dans des encoches sur le bord des trabécules. A la périphérie de celte encoche, les corpuscules osseux sont plus apparents, augmentés de volume, le protoplasma de la cellule corpusculaire est granuleux; les canalicules osseux s’élargissent et s’anastomosent avec les prolongements des corpuscules conjonctifs de la substance gélatiniforine voisine. Pendant ce temps, les sels calcaires de la substance fondamentale disparaissent, et les corpuscules osseux sont trans-

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