‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 45 sur 84 · LÉSIONS OSSEUSES ET RACHITIS · texte numérisé non relu

LÉSIONS OSSEUSES ET RACHITIS

voit de plus en plus abondante, et le canal osseux se développe progressivement. Elle peut subir alors l’altération gélatiniforme, avec tous les caractères que nous lui connaissons, envahissant et détruisant le tissu osseux lui-même dans certains cas.

Pendant cette deuxième période les ostéophytes très durs de la première période deviennent moins compacts, moins éburnés, et on commence à y apercevoir, par suite d’un très léger travail de médullisation, un certain nombre de lamelles distinctes. C’est pour cela que je les désigne sous le nom d 'ostéophytes demi durs.

J’ajoute que les deux périodes se suivent à très courte distance, et se fusionnent souvent; les lésions osseuses qui caractérisent la seconde se montrent souvent chez les enfants âgés de trois à quatre mois, alors que des enfants de un à deux mois ne présentent encore que les altérations de la première.

C’est dans le cours de ces deux périodes que peuvent se produire les brisures juxta-épiphysaires qui se traduisent cliniquement par la pseudoparalysie.

Ici se placent deux remarques importantes. Tout d’abord, ce sont des lésions qui n’ont rien de commun avec le rachitis décrit par les auteurs; ce sont des lésions spéciales, absolument indépendantes et qui avaient échappé jusqu’à ce jour.

En second lieu, on trouve sinon toujours, au moins presque toujours, chez l’enfant qui en est atteint, des affections viscérales et cutanées dont la nature syphilitique est admise sans contestation, c’est-à-dire les éruptions diverses que j’ai décrites, les lésions du foie, de la rate, des testicules, etc. On pourrait même dire que lorsqu’un enfant a des ostéophytes durs, une recherche attentive fera toujours découvrir quelqu’autre manifestation plus ou moins cachée, mais indiscutable, de syphilis héréditaire; de sorte que la nature spécifique de cette altération osseuse ne saurait, ce me semble, être révoquée en doute.

Troisième période ou période rachitique. — Altération spongoidc cl ostéophytes mous ; lamellisation et médullisation; nodosités des extrémités ; flexions des diaphyses; fractures diaphysaires. — Cette troisième période correspond au rachitis classique. Je ne veux pas en faire ici la description détaillée.

Vous savez qu’entre le cartilage d’ossification et la diaphyse se forme ce tissu morbide auquel M. J. Guérin a donné le nom de spongoïde. Ce tissu s’étend depuis la limite du cartilage jusqu’à la diaphyse qui est quelquefois envahie elle-même. Il a la consistance du tissu épiphysaire de l’os incomplètement ramolli par les réactifs. A l’examen histologique on voit que

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

les travées directrices qui constituent la partie fondamentale de ce tissu sont infiltrées de sels calcaires; cette infiltration calcaire s’étend aux capsules secondaires dont les cellules intérieures prennent une forme étoilée, anguleuse, qui semble indiquer un commencement de transformation en corpuscules osseux (Ranvier). Ce travail rappelle dans une certaine mesure celui que j’ai appelé chondrocalcose, mais ces deux altérations ne doivent pas être confondues.

En même temps que se forme le tissu spongoïde, les ostéophytes, durs à la première période, demi durs à la seconde, sont le siège d’un autre travail de grande importance : ce travail, c’est la médullisalion, qui les transforme peu à peu en ostcophytes mous.

Je vous ai dit en quoi consiste cette médullisation ; vous savez qu’un tissu qui a la plus grande ressemblance avec la moelle normale des os, divise l’ostéophyteen une série de lamelles de plus en plus minces, détruit même un nombre souvent considérable de ces lamelles, et raréfie l’os diaphysaire lui-même après avoir progressivement usé l’ostéophyte presque en entier.

Pendant que s’opère celte destruction, le périoste produit toujours, il est vrai, de nouvelles couches ostéophytiques ; mais cette néoformation rapide ne s’accompagne que d’une calcification très incomplète, à tel point qu’il est quelquefois possible de pratiquer sur ces os des coupes microscopiques avec le rasoir sans avoir obtenu leur décalcification au moyen des réactifs appropriés.

On comprend combien les fractures doivent êtres faciles sur des os si peu résistants. Ces fractures se consolident par une production exubérante de tissu ostéophytique fortement inédullisé, tissu qui s’accumule surtout dans l’angle ouvert résultant de la flexion de l’os au niveau de la fracture.

Cette troisième période est suivie d’une période de réparation, pendant laquelle le tissu osseux reprend sa structure normale.

L’évolution des lésions osseuses de la syphilis héréditaire qui se déroule dans le cours de ces trois périodes nous fait apercevoir que le rachitisme des auteurs n’est, en somme, que la dernière manifestation d’une altération remontant à la naissance ou même à la vie intra-utérine. D’une part, en effet, l’altération spongoïde n’est en somme qu’une exagération de la chondrocalcose, et, d’autre part, les ostéophytes mous ne sont qu’une médullisation des ostéophytes durs.

Or, nous avons vu que les lésions des deux premières périodes sont incontestablement syphilitiques, parce qu’elles s’accompagnent toujours d’altérations syphilitiques viscérales ou cutanées en cours d’évolution.

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