III. Les rachitiques peuvent contracter la syphilis
IV. Sur des jeunes animaux on peut produire expérimentalement la lamellisation et la médullisation de la diaphyse ; mais il n’y a jamais le tissu spongoïde et les ostéophytes qui sont la caractéristique du rachitis.
On a décrit sous la dénomination très impropre de rachitis congénital une monstruosité commune à plusieurs espèces animales, et que l’on observe aussi chez l’homme.
Dans le prétendu rachitis congénital, non seulement la couche chondroïde n’est pas exubérante et ne donne pas naissance à du tissu spongoïde (processus qui caractérise le rachitis), mais, comme l’ont démontré les recherches de Lessing, de H. Müller, de M. Urtel, le cartilage est à peu près complètement dépourvu de sa propriété ostéogénique. Le cartilage ne prend donc qu’une part très minime au développement de ces os. C’est pour cela que je désigne cette malformation sous le nom d 'achondroplasie (de a privatif, */ovopoç, cartilage, et uXauaeiv, former); et comme la longueur des os des membres dépend de l’activité formative du cartilage, ces os sont remarquablement courts, tandis qu’ils ont à peu de chose près leur diamètre normal; c’est que le périoste qui préside à l’accroissement périphérique a conservé ses fonctions.
Les os, à la formation desquels le cartilage ne prend aucune part, comme la clavicule, les côtes, ont une longueur normale. D’autres, tels que certains os du crâne, ont des dimensions physiologiques dans toute la région
lre période
2' période,
I Transformation gélatiniforme.
( Ostéophytes demi-durs.
„ , . . I Tissu spongoïde.
3° période ,, . , . ,
t Ostéophytes mou
Ostéophytes mous.
ACHONDROPLASIE.
où primitivement la matrice osseuse était faite de tissu embryonnaire, tandis qu’ils sont comme atrophiés dans la partie où le cartilage a joué le rôle de gangue pour l’évolution.
Par le fait de l’amoindrissement de la région inférieure de l’occipital, de la région pétreuse du temporal et du corps du sphénoïde, la base du crâne est très rétrécie; les orifices sont eux-mêmes moins larges. Les os qui constituent la cavité crânienne ont des dimensions normales, mais ils sont notablement relevés et portés en avant; il en résulte une saillie des régions fronto-bregtna tiques.
11 n’v a, comme vrous le voyez, dans cette malformation rien qui ressemble au rachitis (1).
J’ai consacré de longs développements à l’anatomie pathologique de la syphilis héréditaire, parce que cette étude devait nous donner la caractéristique de la maladie. Nous pouvons maintenant jeter un coup d’œil d’ensemble sur toutes les lésions que je viens de décrire.
Quel que soit l’organe atteint, l’altération primitive, essentielle, porte toujours sur un élément commun, le tissu conjonctif , c’est-à-dire sur la trame de tous les viscères.
Cette altération est caractérisée par une prolifération tantôt diffuse, tantôt localisée, et les nouveaux produits ont une tendance constante à l'organisation. Cela se manifeste depuis les lésions de la peau jusqu’à celles des os.
Ce sont les os qui présentent le type de cette modalité pathologique, qu’il s’agisse des ostéophytes péridiaphysaires ou de transformation gélatiniforme de la moelle. Les os sont d’ailleurs essentiellement formés par une charpente conjonctive; les sels calcaires ne sont là que pour leur donner une résistance nécessaire.
Les lésions osseuses de la syphilis héréditaire sont les lésions les plus constantes. Ce sont quelquefois les premières à apparaître et on les retrouve souvent comme la dernière manifestation de la maladie. Enfin elles peuvent exister seules. Elles étendent leur inüuenee sur la vie entière.
Telle est l’altération prédominante de la charpente conjonctive; les éléments actifs des organes et des viscères ne sont atteints que secondairement. Dans les poumons, les reins, le foie, les testicules, les cellules épithéliales sont tuées mécaniquement pour ainsi dire, empri-
(1) Pour plus de détails voyez la communication intitulée : Sur la malformation achondroplasique et le Dieu Phtah.
Pahkot. — Syphilis héréditaire.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
sonnées et étouffées dans la gangue conjonctive en voie de prolifération.
La syphilisjiéréditaire sa résume donc dans l’hypergénèse du tissu conjonctif dans tout l’organisme ; c’est une panhypersclérose. Les fonctions ne sont atteintes que consécutivement, avec les éléments fonctionnels.
Quant à la gravité de la lésion, elle dépend de l’organe atteint et de l’intensité du processus morbide dans cet organe (1).
(1) Ces idées se trouvent développées dans le mémoire intitulé : Coup d’œil sur la syphilis
héréditaire.