CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
à laquelle elle s’était montrée pour la première fois, avait résisté à tous les traitements que l’on emploie d’ordinaire contre cette affection, en dehors bien entendu de toute idée de spécificité.
La localisation des pustules exactement circonscrites aux régions que je viens d’indiquer, leur aspect, des cicatrices profondes laissées par elles, me permirent d’affirmer qu’elles avaient une origine syphilitique. Le père, homme intelligent et très éclairé, nous affirma qu’il n’avait jamais eu la vérole, et l’enfant n’avait eu d’autre nourrice que sa mère. Tout cela faisait hésiter mon confrère, qui, pourtant, frappé de ma conviction, accepta le traitement antisyphilitique que je proposai. En moins de trois semaines, l’ecthyma disparut, non toutefois sans laisser des traces profondes ; il ne s'est pas reproduit jusqu’ici, c’est-à-dire près de 18 mois après le début du traitement.
Cette cure n’avait pourtant pas fait tomber tous les doutes de mon confrère, lorsque la famille s’accrut d’une petite fille, qui au bout de quelques semaines, présentait sur les fesses et sur les cuisses, une syphilide lenticulaire des plus nettes. Cette fois l’hésitation n’était plus permise, il s’agissait bien d’une infection syphilitique par les parents. Le père, interrogé de nouveau et d’une manière pressante, répondit négativement, comme au premier appel fait à ses souvenirs. Or, à quelque temps de là, ayant été mandé dans la maison pour voir la mère dont la poitrine était gravement atteinte, je constatai des plaques muqueuses incontestables autour de l’une des narines, et déterminai ainsi la source du mal.
Avant d’entrer dans l’étude détaillée du diagnostic, je crois devoir vous présenter à son sujet quelques considérations générales qui abrégeront notre lâche et la rendront plus facile.
Je commence par la topographie, car elle joue un rôle considérable dans toute l’histoire clinique de la syphilis héréditaire, surtout lorsqu’il s’agit des manifestations cutanées; le siège d’une éruption étant, dans quelques cas, l’indice le plus certain que l’on ait de sa nature.
La surface tout entière de la peau peut être atteinte, à des degrés divers; mais il en est rarement ainsi, et dans le plus grand nombre des cas, le mal est limité à certains points, toujours les mêmes. Ce sont, par ordre de fréquence : les fesses, les cuisses et les jambes en arrière et un peu en dedans, le pourtour de l’anus, la région sacro-coccygienne, les grandes lèvres et le scrotum, la face, la plante des pieds et la paume des mains. Eu égard à l’intensité relative des lésions, l’ordre est le même que pour la fréquence.
Cette prédilection des syphilides pour certaines parties et la gravité
DIAGNOSTIC
plus grande qu’elles y affectent sont sous la dépendance de deux causes, dont on voit à chaque instant se manifester l’influence dans la pathologie des jeunes enfants. La première est la tendance qu’ont toutes les éruptions, aiguës ou chroniques, fébriles ou non, à se montrer sur les parties habituellement irritées. Or, il est incontestable que les régions dont je viens de vous donner la liste, se trouvent dans de semblables conditions. Voyez, par exemple, ce qui arrive pour la face postérieure des membres inférieurs, surtout chez les petits enfants, même lorsqu’ils sont l’objet de soins assidus. Les urines et les matières fécales les souillent et, partant, les irritent; chez ceux dont les fonctions digestives sont régulières, le contact est peu fréquent ; mais dès qu’un trouble digestif survient, s’il se prolonge, si les garde-robes sont fréquentes, aqueuses, vertes ou constituées par un lait à peine digéré, comme on l’observe si souvent eu pareil cas, les parties du tégument qui subissent ce contact, constamment irritées, deviennent un terrain très favorable à l’éclosion des produits diathésiques.
11 en est de même pour la face, dont certaines parties sont exposées à une irritation habituelle. Cela est de toute évidence pour le limbe buccal et la peau voisine. Lorsque les lèvres, au moment de la succion, s’appliquent sur le sein, le muscle orbiculaire les fronce et y détermine les sillons, au niveau desquels l’épiderme a de la tendance à se fendre, et que, pour cela, l’on peut considérer comme l’origine des fissures labiales, si fréquentes chez les enfants atteints de syphilis héréditaire; vous verrez de quelle importance sont ces fissures au point de vue du diagnostic et de la contagion. Mais ce n’est pas tout, la salive et le lait, en s’écoulant sur la peau voisine, les prédisposent aux éruptions.
La seconde cause est Y âge des sujets. Ce qui précède, en effet, s’applique surtout aux enfants très jeunes et qui teltent encore. Chez ceux qui sont plus âgés, les garde-robes et les urines sont moins fréquentes et les troubles intestinaux plus rares. Cependant les éruptions ont toujours une grande tendance à se montrer sur les parties que je vous ai fait connaître, parce que les inévitables souillures des premiers temps de vie y ont pour ainsi dire fixé la cause provocatrice des éruptions.
Pa rmi les signes caractéristiques d’une maladie ou d’une affection, le faciès tient souvent une place importante. Cette place, quelques observateurs ont voulu la lui donner dans le diagnostic de la syphilis héréditaire, comme le prouvent les descriptions qu’ils nous en ont laissées.
Voici comment en parle Lamauve, dans le supplément au traité de Mahon (p. 452) : « Les enfants vérolés ont l’apparence de petits vieillards; ils sont fiasques, ridés, leur épiderme est macéré, comme pourri; quelquefois il n’en existe point, ou presque point. La tête est sans che-