LE FACIES
veux. Ils ont le corps œdémateux, les glandes lymphatiques sont gonflées, la peau est de couleur livide ou violette ; les poils qui couvrent le corps à l’exception des cheveux, sont plus nombreux et plus longs. » — « Dans plus d’un cas, dit Trousseau ( Clinique médicale ,3e édit., t. III., p. 303), le médecin instruit par une longue habitude diagnostiquera presque à coup sur la syphilis, à la seule vue du visage de l’enfant, et cependant cette coloration ne peut être que grossièrement définie par le discours. Le visage est d’un ton bistre spécial, il semblerait qu’on a passé sur les traits une légère couche de marc de café ou de suie délayée dans une ample quantité d’eau. Ce n’est ni de la pâleur, ni de l’ictère, ni le jaune-paille des autres cachexies. Cette teinte, beaucoup moins foncée, mais de même ton que le masque des accouchées, ne s’étend pas ou s’étend à peine au reste du corps La petite figure souffreteuse de l’enfant, outre la colora-
tion bistrée dont je viens de vous parler, présente encore quelques traits caractéristiques. Les cils ne sont pas développés, ou sont tombés, les paupières sont souvent éraillées, etc., etc. »
J’ose le dire : il n’y a rien à retenir de ces descriptions de Lamauve et de Trousseau. Dans les cas tout à fait exceptionnels, vous rencontrerez sur des avortons quelques-uns des traits qui s’y trouvent; mais, considérés dans leur ensemble, ces tableaux ne répondent pas à la réalité des choses. Les marques de toutes les décrépitudes de la plus jeune enfance y ont été accumulées, mais rien n’y rappelle la syphilis. L’on ne saurait trop se garder de ces exagérations descriptives, particulièrement lorsqu’elles ont trait à la clinique, car des erreurs fréquentes et déplorables peuvent en être la conséquence.
Dans l’espèce, pour n’avoir pas trouvé ce masque hideux sur le visage des petits malades, on a plus d’une fois éloigné toute idée de syphilis, et on l’a méconnue, alors qu’un intérêt capital était attaché à la rectitude du diagnostic.
Je n’hésite pas à l’affirmer : dans l’immense majorité des cas, les enfants atteints de syphilis héréditaire n’ont rien de particulier dans le faciès ; et lorsqu’ils ont dépassé les premiers mois, ils se présentent souvent avec toutes les apparences de la santé la plus parfaite. Si les nouveau-nés syphilitiques sont fréquemment amaigris, c’est l’athrepsie qu’il faut accuser et non la vérole.
En réalité donc, le faciès syphilitique, tel qu’on l’a entendu jusqu’ici, n’existe pas ; toutefois, chez quelques malades, la face est atteinte d’une manière si spéciale et même dans quelques cas si grave, qu’il suffit de la voir pour reconnaître la syphilis. Tel est le cas de certains enfants, très jeunes, plutôt gras que maigres, dont la peau, notamment à la face, est jaune-paille ou maïs clair, comme dans l’anémie, la chlorose ou le cancer.
DIAGNOSTIC
Leurs lèvres sont fissurées, et tout autour on voit des taches jaunâtres ou bistrées, couvertes d’un épiderme épaissi, fendillé et en voie de desquamation. Mais en somme, ce n’est là que l’exagération de ce qui existe sur d’autres parties du corps. La face est atteinte d’une manière plus apparente, voilà tout, et c’est ce qui permet d’en tirer un précieux indice pour le diagnostic.
Chez d’autres sujets, en général un peu plus âgés que ceux dont je viens de vous parler, le tableau change, mais c’est toujours parce que les lésions se sont accumulées à la face que celle-ci frappe l’observateur. Elle prend, comme dans les deux cas que je vous présente, un aspect hideux et repoussant. que seule la vérole est capable de produire. 11 n’y a pour ainsi dire aucun point que le mal n’ait envahi, et la peau est couverte de plaques et de fissures suintantes, d’nlcères profonds, d'où s’échappe une matière ichoreuse, qui coule sur les parties voisines, où elle se dessèche en croûtes jaunâtres ou brunes, qui ne tardent pas à couvrir de grandes surfaces et masquent ainsi les traits du visage qui devient informe. Cet aspect, très saisissant, ne se voit que dans la syphilis héréditaire, mais il est très rare, tout à fait accidentel, et l’on ne saurait le qualifier de faciès syphilitique.
Les altérations de la peau sont, de toutes les manifestations de la syphilis héréditaire, celles qui, durant sa période d’activité, sont le plus utiles au diagnostic. Leur connaissance mérite donc toute notre attention.
Avant de passer à l’étude de chacune d’elles, je dois vous signaler un caractère commun, qui se démentira rarement. 11 consiste en une coloration dont les nuances peuvent varier dans d’assez larges limites, mais qui, fondamentalement, reste la même. Notre langue se prête malaisément à la traduire, sous scs aspects si variés, et les qualifications banales, de cuivrée , de maigre de jambon, adoptées dans la syphiliographie de l’adulte, ne donnent qu’une bien faible idée de ce qui existe réellement, et parfois même sont très éloignées de la vérité. — Je ne chercherai donc pas à entrer dans le détail descriptif des nuances, parfois si diverses, que présentent les productions cutanées de la syphilis héréditaire; mais vous devez retenir que, très généralement, elles ont une teinte violacée, qu’un œil attentif discernera presque toujours, même lorsque d’autres éléments éruptifs contribuent à la masquer. — Elle est une conséquence de la maladie, c’est-à-dire véritablement spécifique, et ne dépend pas de la déclivité des parties comme on pourrait le croire ; car, lorsque les fesses et les cuisses d’un nouveau-né présentent tout à la fois, ce qui n’est pas rare, une syphilide en plaques et de l’érythème athrepsique, bien que ces deux éruptions existent sur les mêmes régions déclives et qu’elles soient coin-