‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 51 sur 84 · LES ÉRUPTIONS CUTANÉES · texte numérisé non relu

LES ÉRUPTIONS CUTANÉES

plètement mêlées l’une à l'autre, la première est violette, tandis que la seconde est franchement rosée.

La couleur n’est pas le seul trait d’union qui existe entre les manifestations cutanées de la syphilis héréditaire. J’aurai l’occasion de vous le dire un peu plus tard, à propos de leur coexistence et de leurs transformations.

Au point de vue morphologique, on peut considérer quatre syphilides principales : la bulleuse, la maculeuse , la syphilide en plaques ou papuleuse et la vésiculo -pustuleuse ou ecthymateuse.

La bulleuse, que l’on désigne généralement sous le nom de pemphiqus syphilitique , est la plus précoce; elle apparaît quelquefois dès les 6e et 7e mois de la vie intra-utérine; mais, d’ordinaire, elle se montre dans les jpurs qui suivent la naissance. Rarement on la voit débuter après la 10e ou la 12e semaine; les cas où l’on dit l’avoir observée plus tardivement me sont suspects.

Son siège est très remarquable, et sur ce point elle diffère notablement de toutes les autres syphilides. C’est, en effet, à la plante des pieds et à la paume des mains qu’elle se montre tout d’abord, et parfois d’une manière exclusive. Chez beaucoup de sujets, elle envahit peu à peu le dos du pied et de la main, la jambe et l’avant-bras. Elle y reste presque toujours limitée; toutefois, il n’est aucun point de la peau qui en soit à l’abri.

Elle consiste en des bulles, c’est-à-dire en un soulèvement de l’épiderme sous lequel s’accumule un liquide louche, qui d’emblée a toutes les apparences du pus. — Ces bulles, dont le diamètre dépasse parfois un centimètre, et qu’entoure une large zone violacée, sont tantôt pleines, tantôt à demi-remplies, auquel cas le liquide s’accumule dans les parties déclives. Il peut même, sur quelques points, faire complètement défaut, lorsque, par une sorte d’avortement de l’éruption, l’épidenne s’est simplement décollé.

L’examen microscopique de la matière liquide y fait constater : des leucocytes, quelques hématies et surtout des débris du corps muqueux de Malpighi, qui forment des flocons blanchâtres, visibles à l’œil nu.

La durée de l’éruption est difficile à déterminer. Elle paraît osciller entre quinze jours et trois semaines. Dans quelques cas, il y a une véritable déhiscence de la bulle, et après l’écoulement du liquide, on constate une ulcération qui dans les cas heureux se cicatrise, mais toujours d’une manière lente. Dans d’autres, la dessiccation de l’exsudât se fait sous l’épiderme, et après la chute de la croûte, la peau se montre peu altérée. Ces heureuses terminaisons sont exceptionnelles ; le plus souvent, les malades succombent rapidement parle fait des affections viscérales concomitantes, ou bien dans un état de cachexie avancée, avec des ulcérations profondes.

DIAGNOSTIC

L’éruption bulleuse que je viens de vous décrire est toujours syphilitique. Le pemphigus simple n’a ni le même siège ni la même apparence; très rare avant les deux premiers mois, c’est surtout dans le cours de la première année qu’il se montre ; il peut atteindre des enfants de 4 ou S ans. Tout à fait exceptionnelles dans les lieux d’élection de !a syphilide, les bulles se développent surtout dans les régions où la peau fait des plis, c’est-à-dire au cou, aux aisselles, aux aines. En général, leur diamètre est considérable, leur contenu séreux, rarement puriforme, et l’on n’y voit pas de débris épithéliaux. Leur guérison se fait sans ulcération, et d’une manière très prompte.

Il sera donc presque toujours très facile de distinguer la syphilide bulleuse du pemphigus simple; cependant je ne dois pas vous laisser ignorer que l’on se trouve parfois en présence de cas très embarrassants. Je vais vous en citer un, que j’ai observé récemment. C’était un nouveauné, d’assez belle apparence, ayant sur toute la peau des bulles, les unes larges, les autres, de beaucoup les plus nombreuses, d’un à deux millimètres de diamètre visibles seulement à la loupe. Sur un assez grand nombre de points, notamment à la paume des mains et à la plante des pieds, où l’on en voyait un petit nombre, leur contenu était louche et puriforme. Après un examen attentif, je restai convaincu qu’il s’agissait d’un pemphigus simple. En effet, l’éruption n’avait certainement pas débuté, comme dans la syphilis, par la plante des pieds et la paume des mains; et les quelques bulles qui étaient là, s’y trouvaient non en vertu d’une localisation primitive et spécifique, mais par le fait de la confluence du mal qui n’avait épargné aucune région du tégument. La peau qui les entourait était blanche ou légèrement rosée et non violette; enfin, malgré la généralisation et l’abondance de l’éruption, l’enfant conserva les apparences de la santé et guérit assez vite; terminaison que rend inadmissible l’hypothèse de la spécificité.

La syphilide maciilensc est habituellement décrite sous le nom de roséole. Je n’ai pas cru devoir suivre cet usage, voulant marquer la différence 'qui sépare cette manifestation syphilitique des adultes de celle des jeunes enfants. Bien qu’elle prédomine sur les points d’élection que je vous ai fait connaître et qu elle finisse par s’y fixer, elle atteint bien souvent toute la surface tégumentaire, et l’on peut dire que cette tendance à la généralisation, du moins au début, est un de ses caractères les plus marquants. — Elle consiste en des taches circulaires qui peuvent atteindre un centimètre et même un centimètre et demi de diamètre; non saillantes au début, mais pouvant le devenir, toujours il est vrai dans de très minimes proportions. D’abord isolées, elles se groupent dans certains points, et les surfaces

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