DIX-NEUVIÈME LEÇON
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Traitement.
Le traitement de la syphilis héréditaire ne comprend .à proprement parler que la thérapeutique applicable à l’enfant une fois né.
La prophylaxie, qui a pour but de préserver le fœtus!, ne rentre pas dans le cadre de ces leçons; je ne m’en occuperai donc point, et je vous renvoie aux ouvrages consacrés à la syphilis en général et spécialement aux livres de M. A. Fournier [Syphilis et mariage , 1880), et de M. Diday [Le péril vénérien dans les familles , 1881), où ce sujet est traité avec tous les développements qu’il comporte.
Une première question se pose. Faut-il traiter un enfant né de parents syphilitiques, mais sain en apparence et ne présentant actuellement aucune manifestation de syphilis héréditaire?
D’accord avec la plupart des auteurs, j’attends pour instituer le traitement qu’il y ait des accidents positifs, tels que des svphilides cutanées ou muqueuses. Cependant je commence le traitement, même en l’absence de manifestations extérieures, lorsqu’il existe des troubles gastro-intestinaux tenaces, ne pouvant être attribués à l’athrepsie, et tenant aux altérations syphilitiques de l’appareil digestif. Quant à l’allaitement par une nourrice, je l’autorise tant que l’enfant ne présente aucun signe de syphilis héréditaire, mais à la condition que la surveillance soit incessante.
Lorsque la syphilis est évidente, il faut intervenir sans retard; le danger est imminent. Sans doute certaines manifestations de la syphilis héréditaire peuvent disparaître spontanément, mais le traitement seul peut donner de la sécurité pour l’avenir.
Et c’est au mercure que vous devrez vous adresser; c’est le médicament par excellence de la syphilis héréditaire; ne craignez pas de l’employer, les nouveau-nés et les jeunes enfants le supportent merveilleuse-
Parrot. — Syphilis héréditaire. il
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ment. Vous n’aurez à tenir compte que de l’âge de l’enfant pour la dose, et de son état général pour le mode d’administration.
S’il existe des troubles digestifs et si la cachexie est déjà très prononcée, il est préférable d’employer la médication externe. Cette médication comprend deux moyens principaux, les frictions et les bains.
Les frictions seront faites avec la pommade suivante :
Onguent mercuriel double l gr.
Axonge 2 gr.
On fera chaque jour une ou deux frictions sur les parties latérales du thorax et dans les creux axillaires avec un petit tampon d’ouate recouvert de celte pommade. La dose quotidienne sera de 2 grammes chez les enfants de quinze jours à trois mois (il est rarement nécessaire de commencer le traitement avant le quinzième jour) ; 4 grammes de trois mois à six mois; 6 grammes de six mois à un an.
Les frictions mercurielles déterminent rarement la salivation chez les enfants. D’ailleurs l’effet thérapeutique du mercure est atteint bien avant l’apparition du ptyalisme.
Les bains de sublimé sont à mes yeux un mode d’administration du mercure infidèle et dangereux; je les emploie rarement et je leur préfère de beaucoup les frictions. S’il s’agit d’un nouveau-né, la dose de deutochlorure sera de 2 grammes pour un bain, et suivant l’âge, on la portera à 3, 4 et même 5 grammes. La durée du bain sera de vingt à trente minutes. On n’en donnera pas tous les jours, mais seulement tous les deux ou trois jours.
Quant aux injections sous-cutanées, je les rejette absolument de la thérapeutique infantile.
Si l’état de la peau ne permet point de faire des frictions, vous aurez recours à la médication interne, pourvu qu’il n’y ait pas de troubles digestifs. La liqueur de Van Swieten est la seule préparation mercurielle dont l’usage soit possible chez les enfants. Vous savez que c’est une solution au millième de sublimé corrosif; un gramme de cette solution représente donc un milligramme de deutochlorure de mercure. Vous pourrez en donner 2 grammes aux nouveau-nés, et suivant l’âge vous porterez la dose à 3, 4 et 5 grammes. Vous ferez incorporer cette quantité à 25 ou 30 grammes de sirop de gomme, que l’on fera prendre en quatre fois, immédiatement avant les tétées. Si l’enfant est élevé au biberon, on ajoutera cette préparation au lait, au moment même du repas.
La liqueur de Van Swieten est habituellement bien acceptée et bien
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tolérée par les enfants; elle est très efficace et n’offre aucun danger, car on peut toujours la doser très exactement (1).
L 'hydrargyriim cum creta est très usité en Angleterre et il est recommandé par M. West. Cet auteur en prescrit 5 centigrammes deux fois par jour à six semaines; 8 centigrammes de six semaines à trois mois; 10 centigrammes de trois mois à six mois. Il y ajoute 10 à 15 centigrammes de craie, s’il y a de la diarrhée.
Le traitement local ne devra pas être négligé. Veillez surtout aux soins de propreté; recommandez les bains émollients (de courte durée) et les lavages fréquents. Faites recouvrir les surfaces suintantes de poudres absorbantes. Dans certains cas, il sera utile d’appliquer à leur niveau du glycérolé d’amidon, des pommades à l’oxyde de zinc, au calomel, à l’iodoforme.
Tels sont les préceptes thérapeutiques qui doivent régler votre intervention dans la syphilis héréditaire en pleine activité. La durée du traitement varie suivant les cas; il devra toujours être prolongé un ou deux mois après la disparition des accidents, et il sera repris à la moindre alerte.
Lorsque les enfants ont dépassé l’âge des manifestations cutanées cl des lésions viscérales, lorsque la diathèse semble épuisée ou qu’elle ne se traduit plus que par les altérations osseuses, vous aurez recours à l’iodure de potassium et à l’iode. L’iodure sera donné en solution à la dose de 10, 20, 60 centigrammes par jour, par fractions avant les repas. Pour l’administration interne de l’iode, je vous recommande la mixture suivante :
Teinture d’iode..., 1 g r.
Sirop de gentiane 103 gr.
Une à deux cuillerées à café dans les 24 heures.
Lorsque l’enfant est nourri soit par sa mère, soit par une nourrice syphilitique, soit encore par une chèvre ou une ânesse, peut-il bénéficier d’un traitement que l'on ferait subir à la nourrice ou à l’animal que l’enfant lette ? Il n’est pas douteux que l’iode passe dans le lait. M. Welander a examiné comparativement le lait de la nourrice et l’urine du nourrisson et il y a trouvé de l’iode en quantité proportionnelle. Quant au mercure, si quelques chimistes en contestent la présence dans le lait d’une femme ou d’un animal soumis à un traitement mercuriel, d’autres (Personne, Binz,
(1) Avec un compte-gouttes, ou simplement une petite cuiller.
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Schauenstein, Lewald) l’ont constatée; Klinck Fa démontrée à l’aide de l’électrolyse. Sans doute il ne faut pas se priver de ce moyen indirect de faire pénétrer le mercure dans l’organisme de l’enfant; mais c’est un traitement insuffisant et souvent infidèle; vous ne devrez l’employer que s’il est impossible d’administrer directement le mercure, et vous l’abandonnerez, dès que l’enfant vous paraîtra en état de supporter le véritable traitement bydrargyrique.
Il me reste à vous parler de l’allaitement des nouveau-nés atteints de syphilis héréditaire.
Priver l’enfant de son aliment naturel, le lait de femme, c’est l’exposer à l’athrepsie ; le confier à une nourrice, c’est exposer cette nourrice à la contagion. Quels conseils donner?
11 va sans dire que vous autoriserez la mère à nourrir; mais vous devrez vous opposer de toutes vos forces à l’allaitement par une nourrice mercenaire, cette nourrice fût-elle avertie des dangers qu’elle court. N’acceptez même pas l’allaitement surveillé et l’allaitement avec des bouts de sein, qui n’est qu’un leurre.
Mais que faire lorsque le désir des parents est formel ou lorsque la nourrice est déjà installée dans la maison ? Comment concilier notre devoir et le secret professionnel? Si la nourrice est déjà infectée, le mieux est de la garder (1). Si elle est encore saine, vous voilà aux prises avec des difficultés que vous ne surmonterez qu’à force d’habileté et de sagacité. N’oubliez pas que votre responsabilité est en jeu et qu’une complaisance coupable pourrait avoir pour vous de graves conséquences.
Cette importante question a été envisagée sous toutes ses faces par mon collègue A. Fournier, dans une série de leçons ( Nourrices et nourrissons syphilitiques, 1878) dont je ne puis trop vous recommander la lecture. Cet opuscule est comme un code pratique où vous trouverez une ligne de conduite clairement et sagement indiquée.
Pour ne point exposer l’enfant aux risques de l’allaitement artificiel, on a proposé l’allaitement par une nourrice syphilitique. Pour ma part, je n’hésiterai point à confier à une telle nourrice un nouveau-né manifestement syphilitique, et je regrette que l’on n’attire pas les nourrices infectées dans nos établissements hospitaliers et dans nos nos crèches, comme on le faisaitàla maison de Vaugirard, àla fin duxvm0 siècle.
Enfin, on a recommandé l’allaitement par une chèvre nourrice; M. le docteur Boudard, de Gannat, l’a minutieusement étudié dans tous ses détails.
(1) «Avouer, payer, et, si possible, conserver la nourrice. » dit M. A. Fournier, Nourrices et nourrissons syphilitiques, 1878, p. 46.
TRAITEMENT DE LA SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
J’ai de mon côté expérimenté à l’hospice des Enfants-Assistés l’allaitement direct au pis de l’ânesse ; les résultats que j’ai obtenus sont très satisfaisants (1), et lorsque les circonstances le permettront, je vous engage à y avoir recours.
(1) Voyez dans la seconde partie de ce volume une communication de Parrot à l’Académie de médecine (La Nourricerie de l’hospice des Enfants- Assistés), où il donne une relation intéressante de ses essais.