‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 68 sur 84 · RACEI1TIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

RACEI1TIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE

longtemps disparu, c’est-à-dire à partir des premiers mois de la vie, jusqu’à la 7e année, et peut-être même au delà.

Cette affection, circinée et desquamative, débute par des taches blanches circulaires, où l’épithélium est plus épais que dans le voisinage, se desquamant à leur centre, tandis qu’à la périphérie elles envahissent de nouvelles régions, d’où résultent des croissants ouverts en avant, qui s'étendent et se succèdent sur la langue, comme des ondes sur une surface liquide; apparaissant et cessant d’exister, pour se montrer de nouveau, sans cause appréciable et durant des périodes indéterminées.

Propre à la syphilis héréditaire, dans les conditions que je viens de faire connaître, elle n’est pas sans présenter quelque analogie avec d’autres desquamations de la langue. D’ailleurs, ce n’est pas seulement à la surface de l'organe que le mal existe; le microscope montre dans le corps papillaire des amas de corpuscules lymphoïdes, semblables à ceux que l’on constate au niveau des altérations cutanées et viscérales.

J’aborde maintenant les points véritablement nouveaux de cette étude, c’est-à-dire la description des empreintes laissées par la syphilis héréditaire et qui la rendent aussi incontestable que si elle était là présente en pleine activité. Comme les médailles commémoratives d’événements passés, dont l’effigie et le millésime s’effacent à la longue, mais qui, dans cet état fruste, sont encore visibles pour un oeil exercé, elles peuvent servir à reconstituer l’histoire des anciens troubles morbides, et même à fixer leur date.

Parmi ces stigmates, les cicatrices cutanées tiennent la première place et jouent le principal rôle dans ce diagnostic posthume.

On peut les rencontrer sur les différentes régions du tégument externe; mais, comme les svphilides dont elles sont la trace, elles se groupent en des points que j’appellerai volontiers singuliers , et tirent leur principale valeur de ces localisations.

Sur les lèvres, elles se présentent comme des sillons blancs, à droite et à gauche du lobule, aux commissures, ou sur un plus grand nombre de points. Mais c’est à la partie postérieure et inférieure du tronc, au niveau du sacrum et du coccyx, et sur les membres inférieurs en arrière, notamment sur les fesses et les cuisses, qu’elles sont le plus nombreuses et le plus nettes. Circulaires et de diamètre variable, diversement groupées, rouges, violacées ou d’un blanc nacré, déprimées ou non, plissées et parfois même un peu gaufrées, elles sont souvent entourées d’une zone de pigment. Celles qui succèdent aux gommes ont un aspect particulier et tout à fait caractéristique. Limitéesaux membres inférieurs, toujours rares et éloignées les unes des autres, elles consistent en une dépression infundibuliforme,

violacée surtout au début, au fond de laquelle il y a une petite cicatrice linéaire. Longtemps les tissus mous restent indurés à leur niveau.

Sur les dents (1) les empreintes de la syphilis héréditaire sont beaucoup moins communes que les précédentes, mais infiniment plus solides et tenaces, pouvant garder leur physionomie originelle non seulement durant la vie de l’individu, mais après sa mort, pendant de longs siècles. Nous en avons de nombreux exemples; et l’on peut dire qu’après les documents fournis par les os, il n’en est pas de plus incontestables pour démontrer la très haute antiquité de la syphilis.

Tout ce qui a trait à ces empreintes se présente à nous avec une rigueur mathématique, tant au point de vue des relations qui lient celles des différentes dents, que dans leur chronologie ; si bien que celle d’une dent étant connue, toutes les autres s’ensuivent.

Je rangerai dans cinq catégories ces modifications diverses ; et les désignant sous la dénomination commune d 'atrophie, je les qualifierai de :

Cupuliforme.

Sulciforme.

Cuspidienne.

en Hache.

d’Hutchinson.

La première, de beaucoup la plus fréquente, atteint surtout les incisives de la deuxième dentition. Elle est constituée par de petites dépressions arrondies, superficielles, rarement isolées, presque toujours disposées sur la couronne, en lignes horizontales.

La seconde apparaît sous la forme de sillons parallèles, dans la même région que la précédente.

L'atrophie cuspidienne frappe toutes les dents, mais surtout les premières molaires et les canines permanentes. Par elle, la couronne se trouve divisée en deux parties inégales et très distinctes l’une de l’autre. La plus éloignée de la gencive, amoindrie dans toutes ses dimensions, irrégulière, avec des cuspides acérées, semble enchâssée dans l’autre.

Ces trois modalités atrophiques sont fréquemment réunies sur une même dent.

Elles résultent de modifications pathologiques de l’ivoire et de l’émail.. Ce dernier, toujours aminci, parfois fait complètement défaut.

La carie est la conséquence fréquente de cette absence de l’émail.

(1) M. Parrot avait fait l’année précédente, au congrès de Reims, une communication sur la SYrrnus dentaire. Le procès-verbal de la séance ( Association française pour l'avancement des sciences. Compte rendu de la 9e session. Reims, 1880, p. 926) n'en donne qu’un résumé, rédigé par l’un des secrétaires.

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