RACH1TIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
et a pour siège de prédilection le voisinage de l’épiphyse, d’où il pénètre, sous forme de bourgeons, dans la couche chondroïde du cartilage, devenue exubérante. En même temps l’os tout entier a perdu sa dureté, et se laisse aisément couper à l’aide d’un scalpel, ce qui est dù à sa décalcification et au développement anormal de l’élément médullaire. Ces modifications histologiques ont pour conséquences : la tuméfaction des extrémités des os, qui sont comme noueuses, la déviation des surfaces articulaires, la déformation des diaphyses et leur fracture.
Sous des influences qu’il serait actuellement malaisé de déterminer, le mal débute non d’une manière nécessaire par la première forme, mais par l’une quelconque d’entre elles. Il s’y arrête, ou bien, au contraire, il parcourt toutes les étapes ultérieures. Et quand il a atteint sa période ultime, quelle que soit cà ce moment sa violence, quels qu’aient été les désordres accomplis jusque-là, il se manifeste spontanément une tendance vers la guérison, qui peut ne laisser après elle aucune trace des troubles antérieurs, mais qui, d’autres fois, fixe irrémédiablement les déformations qui s’étaient produites.
Toutes les parties du squelette peuvent être atteintes comme les os longs, en même temps, et suivant des modalités identiques. Je ne m’occuperai que du crâne. Il subit l’atrophie gélatiniforme qui, delà région sous-périostique, arrive parfois jusque sous la dure-mère et amène la perforation complète de sa paroi. Plus tard il se couvre d’ostéophytes, qui ont pour siège de prédilection les angles péribregmatiques du frontal et des pariétaux, d’où ils s’étendent souvent aux deux tiers anléro-latéraux de sa surface. Il en résulte habituellement une déformation typique, qui m’a fait qualifier ncitiformes les crânes atteints de la sorte.
Durant la période spongoïde et du ramollissement osseux, tandis que les régions antérieures s’épaississent comme il vient d’être dit, en arrière, les circonvolutions cérébrales usent la paroi et même la perforent. C’est le crâniotabes d’Elsàsser.
Après cette étude morphologique, si l’on aborde celle des détails de structure, on voit que ces lésions sont d’importance très différente ; que l’atrophie gélatiniforme, la décalcification et la médullisation n’occupent que la seconde place, puisqu’elles consistent : la première en une fonte des éléments osseux auxquels se substitue un réseau fibrillaire ; la seconde en la résorption des sels calcaires, et la troisième en la prédominance des parties molles sur les dures; tous phénomènes qui peuvent se produire dans d’autres circonstances pathologiques; — au contraire, que les ostéophytesqui marquent ces différentes périodes et les relient entre elles constituent un fait propre, caractéristique et d’ordre vraiment spécifique. L’on ne trouve plus, dans leur tissu, ainsi que dans l’os normal, des canaux
MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS
de Ilavers courant dans une direction parallèle au grand axe de la diaphyse avec leurs systèmes de lamelles concentriques et leurs ostéoplastes aux canalicules multiples. Ils sont remplacés par de larges espaces, disposés perpendiculairement à l’axe de l’os, occupés par un réseau conjonctif, des vaisseaux et de rares médullocelles, et limités par les trabécules ossiformes, constellées de corpuscules irréguliers, semblables à ceux du tissu conjonctif, avec des angles d’où partent des prolongements fibrillaires qui s’anastomosent et forment ainsi dans cette substance fondamentale morbide un réseau dont la densité va croissant avec les progrès du mal et atteint son maximum dans le tissu spongoïde.
Dans ces productions nouvelles, l’élément anatomique et fondamental est donc toujours le même, aux différentes périodes de l’évolution morbide. Ce qui varie et donne aux ostéophytes des différents types une physionomie particulière, c’est le nombre de ces éléments, c’est la dureté de la substance fondamentale où ils sont enchâssés, c’est la largeur des espaces qui séparent les trabécules; toutes particularités de valeur minime, et qui laissent subsister entre les produits morbides la parenté que nous montre le microscope. Celte parenté, d’ailleurs, se révèle chez certains malades d’une manière saisissante, par la disposition stratigraphique, sur le même os, de couches de types différents, rarement intactes, il est vrai, et dans l’état où elles s’étaient originairement déposées, chacune ayant ses caractères propres, mais retenant quelque chose des précédentes.
Ces altérations osseuses ne diffèrent donc qu’en apparence. En réalité, elles font partie d’un même processus morbide, c’est-à-dire que leur cause est la même; leur physionomie diverse est une question d’âge, voilà tout. Si donc l’on peut découvrir l’origine de l’une d’elles, il faudra l’attribuer aux autres.
Eh bien ! j’affirme, pour l’avoir constaté plusieurs centaines de fois, que les deux premiers types se rencontrent exclusivement chez des sujets présentant dans les viscères ou sur la peau quelque marque incontestable de la syphilis héréditaire. D’où il faut induire que le troisième et dernier type est, lui aussi, sous la dépendance de cette maladie. Mais ce n'est pas tout; chez un nombre considérable d’enfants, d’adolescents et d’adultes, actuellement atteints de l’affection chondro-spongoïde, ou présentant les déformations qui en sont la conséquence, on trouve soit des manifestations actuelles delà syphilis héréditaire, soit les stigmates que j’ai fait connaître.
Si maintenant l’on se reporte aux descriptions classiques du rachitis, l’on voit que cette affection des os de l’enfance ne diffère en rien de la syphilis osseuse arrivée à sa troisième période. Dans l'un et l’autre cas,