‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 71 sur 84 · RACIIITIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

RACIIITIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE

c’est le tissu spongoïde qui sert de caractéristique ; car, sans lui, il peut y avoir de l’ostéomalacie, mais il n’y a pas de racliitis.

Donc le racliitis est engendré par la syphilis héréditaire.

Est-il surprenant de voir un mal aussi particulier, aussi typique, reconnaître cette cause unique et puissante, au lieu de celles que jusqu’ici on lui a attribuées? Non certes! surtout quand on jette un coup d’œil sur ces dernières.

A la tète des causes prédisposantes, on met l’influence des générateurs.

Si leurs enfants sont rachitiques, c’est qu’ils l’étaient eux-mêmes; ou bien tuberculeux, scrofuleux, épuisés, trop jeunes, ou trop vieux, ivrognes, sanguins ou bilieux; et d’après Van Swieten, mous, oisifs, adonnés aux plaisirs de la table, aimant les plats gras et sucrés, mangeant peu de pain, buvant des vins trop doux, se servant d’eau chaude, épuisés par des maladies chroniques ou par l’amour.

Puis viennent les affections mêmes de l’enfance : la toux, la diarrhée, toutes les fièvres. On fait jouer un rôle considérable aux climats froids et humides, aux habitations basses, imparfaitement aérées et éclairées.

Les causes occasionnelles ne sont pas moins nombreuses. On a surtout accusé l’insuffisance et la mauvaise qualité des aliments. Guersent s’en prenait au lait et aux farineux. M. Jules Guérin, après avoir incriminé l’allaitement trop prolongé, voit au contraire aujourd’hui l’origine du mal dans une alimentation trop annualisée. Trousseau a soutenu cette manière de voir. L’insuffisance des sels calcaires a joué un rôle non moins important que l’alimentation dans cette étiologie ; et M. Seemann pense que, chez les rachitiques, il existe un trouble digestif essentiellement constitué par la production insuffisante d’acide chlorhydrique, d’où l’absorption imparfaite de sels de chaux par le tube digestif. Pour Broca et M. Gamba, le racliitis n’est pas une maladie spéciale, mais bien la conséquence de toutes les causes qui troublent la nutrition pendant la période de croissance du jeune âge. Comme on le voit, tout est invoqué, mêlé, confondu, dans celte étiologie si compréhensive, si disparate, et contradictoire. Et en vérité, rien n’est moins fait pour convaincre de l’efficacité de l’une de ces causes que leur liste aussi longue que banale.

On comprend à la rigueur que la plupart d’entre elles, par leur action débilitante, aient rendu moins active la nutrition des divers tissus, et notamment celle du squelette; mais de là à faire du tissu spongoïde et des ostéophytes, il y a loin. D'ailleurs ne sait-on pas que certains rachitiques sont gros et gras; et par contre, que beaucoup d’enfants malingres, chétifs et en proie à des diathèses consomptives, ne sont jamais atteints de racliitis?

Il y a donc un vide considérable dans l’étiologie classique du racliitis.

Parrot. — Syphilis héréditaire. 17

MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS-

Ce vide, je crois l’avoir comblé en faisant intervenir la syphilis héréditaire et en lui attribuant d’une manière exclusive la genèse de cette altération des os.

Il y a déjà longtemps que cela avait été dit ; tout ne l’a-t-il pas été ? mais à ma connaissance, cela n’avait pas été démontré à l’aide de preuves empruntées à la clinique et à l’anatomie pathologique, comme celles que je viens de présenter au Congrès.

Rachitis et Syphilis héréditaire

Communication faite à la Société de Chirurgie, 1883 (1).

Les lésions du rachitis sont connues depuis longtemps; l’étude des lésions de la syphilis héréditaire est de date plus récente ; je m’y suis adonné depuis un certain temps. Au début, bien que trouvant de grandes analogies entre les lésions de ces deux maladies, comme j’étais imbu des idées régnantes, je me suis efforcé de déterminer des caractères à l’aide desquels on pourrait les différencier.

Mais en dépit d’études prolongées, je n’ai pu y arriver ; j’ai reconnu que ces deux états pathologiques étaient unis par un lien très intime. Si j’avais, pendant longtemps, méconnu cette parenté, c’est que je n’avais pas saisi le fil conducteur. Je n’avais pas encore vu que les lésions sont dans un rapport très étroit avec l’âge des enfants, c’est-à-dire l’âge de la maladie. Imaginez une personne qui, n’ayant vu du blé qu’en herbe, se trouverait en présence d’une tige de blé mûr. Elle ne pourrait croire qu’il s’agit d’une même plante et que la même graine a produit le brin d’herbe et l’épi mur. Au contraire, elle saisira parfaitement cette relation si elle surveille attentivement le champ où la graine a été jetée et où elle a subi toutes ses transformations.

Eh bien ! le rachitis peut être comparé à l’épi mûr, c’est la lésion ultime de la semence syphilitique, mais elle a passé par des intermédiaires, et l’on ne peut établir la relation entre le point de départ et le point d’arrivée qu’en étudiant un grand nombre de malades de différents âges.

Afin de démontrer chez un enfant l’existence de la syphilis héréditaire, il faut trouver des preuves en dehors de l’affirmation des parents ; car ils

(1) A la suite d’une communication de M. Lannelongue ( Note à propos d’une observation de syphilis infantile héréditaire avec rachitisme généralisé. Bull. Soc. chir. 1883, p. 140), M. Parrot avait été invité par la Société de chirurgie à venir exposer ses recherches sur le rachitis et la syphilis héréditaire.

MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS

peuvent ne pas savoir qu’ils ont eu la syphilis ou ne pas vouloir en convenir.

Ce problème, je crois l’avoir résolu à l’aide d’un ensemble de signes tirés soit des accidents actuels, si la syphilis est dans sa période d’activité, soit par les empreintes qu’elle a laissées lorsqu’elle est éteinte.

Les accidents de la période active sont bien connus; je n’énumérerai pas devant vous toutes les variétés de svphilides de la peau ou des muqueuses, ni les diverses affections viscérales.

J’insisterai pourtant sur une sypbilide spéciale de la langue, que j’ai nommée sypbilide desquamative; étudiée par divers observateurs, elle a été bien décrite dans la thèse de M. Bridou, mais je suis le premier qui l’ai rattachée à la syphilis héréditaire.

Quant aux empreintes laissées par le mal, elles ont une importance capitale. 11 y en a de deux sortes. En première ligne, les stigmates de la peau, les cicatrices cutanées. Ces cicatrices sont toujours les mêmes, elles ont toujours la même forme et un siège d’élection, et c’est de leur localisation qu’elles tirent leur principale valeur. C’est à la partie postérieure et inférieure du tronc, au niveau du sacrum et du coccyx, et sur les membres inférieurs en arrière, notamment sur les fesses et les cuisses, qu’elles sont le plus nombreuses et le plus nettes.

En seconde ligne, viennent les traces laissées sur les dents. Plus je vais et plus je suis convaincu que toutes les fois que les dents présentent ces déformations, il s’agit bien de syphilis héréditaire.

On peut ranger les modifications que les dents subissent en cinq variétés. En les désignant sous la dénomination commune d’atrophie, je les qualifierai de : cupuliforme, sulciforme, cuspidienne, en hache, d’Hutchinson.

Cette atrophie peut atteindre toutes les dents, à l’exception des secondes et troisièmes molaires, et des prémolaires permanentes. Elle s’observe sur les mêmes dents, suivant le même ordre, à un âge où la syphilis héréditaire est en activité, et pas à un autre âge, ce qui me suffit pour ne pas admettre l’explication donnée par M. Magitot, qui la fait dériver d’accidents convulsifs.

Ainsi la syphilis héréditaire se révèle d’une part par des éruptions cutanées, une affection desquamative de la langue et des altérations viscérales, de l’autre par des cicatrices cutanées et une atrophie particulière du système dentaire. Voilà pour le diagnostic.

Je passe maintenant à la seconde partie de ma communication.

A partir des derniers mois de la vie intra-utérine, jusqu’à une époque qui n’atteint jamais la deuxième dentition, on trouve une lésion du squelette polymorphe, systématique, topographique, toujours la même pour

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