RACHITIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
un même âge et qui a pour terme une altération identique au rachitis. Or les enfants atteints de la sorte, dans l’immense majorité des cas, présentent des signes incontestables de syphilis héréditaire. Ces lésions osseuses peuvent être rangées sur trois types principaux qui correspondent à trois époques successives de l’enfance; ce sont, par ordre de date : 1° celui des ostéophytes durs; 2° celui de X atrophie y élatini for me; 3° celui du tissu sponyoïde. Le mal ne débute pas nécessairement par la première forme, mais par l’une quelconque d’entre elles, suivant l’âge auquel la syphilis entre en activité.
S’il a passé par trois phases, il retient toujours des formes précédentes quelque chose qui indique le passage de l’une à l’autre. La première forme se rencontre chez les fœtus, et environ jusqu’à deux mois après la naissance; passé cet âge, c’est la deuxième forme; parfois très prématurément, mais, en général, après la première année, c’est le type spongoïde que l’on observe.
Sur les pièces et les dessins que je vous présente, vous voyez nettement les caractères de ces différents types, et les nuances intermédiaires.
La lésion du premier est caractérisée par le développement autour de la diaphyse d’ostéophytes avec fibres osseuses perpendiculaires à cette diaphyse, et les os où elle est le plus marquée, le plus typique et où il faudra toujours la chercher, comme d’ailleurs celle des deux autres, sont le tibia, surtout à la face interne, l’humérus à la partie inférieure et à la face postérieure.
Le type de l’atrophie gélatiniforme est caractérisé par l’apparition, dans certaines parties du tissu spongieux et même de la diaphyse, d’un tissu mou, aqueux, transparent, analogue à de la gelée; il se substitue au tissu de l’os, et peut aboutir au crâne à la perforation des tables et du diploé ; c’est quand il envahit les os des membres qu’on observe ces brisures, qu’il ne faut pas confondre avec les décollements épiphysaires.
Elles déterminent une impotence que j’ai qualifiée de pseudo-paralysie syphilitique et que l’on a si souvent prise pour une paralysie infantile.
A la troisième période apparaît le tissu spongoïde, la médullisalion, la décalcification qui avait commencé dans la précédente, et c’est alors que l’os ne diffère en rien de l’os rachitique.
Les lésions de ces trois périodes sont caractérisées surtout par les ostéoplastes affectant un siège qui est toujours le même et des apparences très voisines les unes des autres. Or ces productions ont une structure identique, étant formées par des espaces médullaires à direction perpendiculaire à l’axe de la diaphyse et séparées par des trabécules où l’on voit non des ostéoplastes, mais des corpuscules spéciaux.
Les deux premiers types se rencontrent toujours sur des syphilitiques.
MEMOIRES ET COMMUNICATIONS
Est-il possible que le troisième ne reconnaisse pas pour origine la syphilis héréditaire, surtout si l’on observe que 90 fois au moins sur 100, dans ce dernier cas, cette maladie peut être démontrée ?
11 resterait 10 cas à expliquer; mais devant l’identité de lésions et l’insuffisance de toute autre explication, il me paraît impossible de ne pas rattacher ces dix cas à la syphilis. D’ailleurs, en bonne pathologie, n’est-il pas naturel d’admettre que dans ces dix cas il a pu exister une lésion interne, ou qu’une syphilide cutanée n’a pas laissé de traces et surtout que le système osseux a été seul atteint. Ce qui donne une grande valeur à cette dernière hypothèse, c’est que dans la syphilis héréditaire, de tous les organes, les os sont le plus fréquemment atteints à la première comme à la dernière période.
Peut-on croire d’ailleurs qu’une altération aussi spéciale, aussi considérable, si nettement confinée dans une certainepériode de la vie infantile que l’est le rachitis, ne reconnaisse pas sans exception une seule et même cause? Peut-on la faire dériver de cette étiologie disparate, compréhensive, contradictoire, qui est encore généralement admise?
A quelles causes, en effet, rapporte-t-on ce mal?
Van Swieten accuse les parents trop jeunes ou trop vieux, oisifs, scrofuleux, phthisiques, etc. M. Jules Guérin, qui d’abord avait incriminé un allaitement trop prolongé, argue aujourd’hui d’un sevrage précoce.
M. Seeman dit qu’il s’agit d’un défaut de confection de l’acide chlorhydrique par l’estomac, d’où résulte un travail chimique incomplet de ce viscère, entraînant une insuffisance d’absorplion des sels de chaux ; mais dans le rachitis il y a autre chose qu’une décalcification simple. Pour Broca et M. Gamba, il suffisait d’un trouble nutritif quelconque dans le premier âge; mais cela n’est pas admissible; j’ai occasion de voir en grand nombre des enfants dont la nutrition est des plus imparfaites et qui ne sont pas rachitiques.
Je ferai la même objection à M. Bouchut, qui fait jouer un rôle prédominant à l’entérite.
J’ajouterai que des enfants gros et gras, appartenant à des familles riches, peuvent être rachitiques, et que beaucoup d’enfants peuvent habiter des endroits obscurs et humides, être insuffisamment vêtus, et ne pas être rachitiques. On comprend que toutes les causes débilitantes peuvent préparer le terrain, mais si bien préparé qu’il soit, s’il n’y a pas de germe, le rachitis n’y poussera pas. Le germe nécessaire, c’est la syphilis héréditaire, et je crois l’avoir démontré à l’aide de preuves tirées de l’anatomie pathologique et de la clinique.
Rachitis et Syphilis héréditaire.
Lettre publiée dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1884, n° 13.