‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 73 sur 84 · A M. LE DOCTEUR PAUL RECLUS · texte numérisé non relu

A M. LE DOCTEUR PAUL RECLUS

Mon cher collègue,

Je viens de lire dans la Gazette hebdomadaire votre article sur le Rachitis et la syphilis héréditaire. Laissez-moi vous en féliciter et vous en remercier. Je vous en félicite, parce que je ne crois pas que l’on puisse s’assimiler plus complètement une idée médicale, et l’exposer avec plus d’équité, de méthode et de verve. — Je vous en remercie, parce que vous avez su donner à l’opinion que je professe un vêtement si séduisant, qu'il tentera le regard, fixera l’attention, et me vaudra, j’en suis convaincu, plus d’un adhérent.

Puisque vous avez pris un intérêt si sincère à mes recherches, permetlez-moi de répondre aux objections que vous m’adressez avec tant de courtoisie.

Vous pensez que les sujets soumis plus particulièrement à mon observation, outre qu’ils sont syphilitiques, sont exposés à toutes les causes qui provoquent le rachitis... sont mal vêtus, mal nourris...; ont subi toutes les déchéances organiques? Cela est vrai pour un grand nombre d’entre eux, mais non pour tous; et très fréquemment je montre aux personnes qui suivent ma clinique, des enfants rachitiques à un haut degré et syphilitiques, qui sont gras, de belle apparence, et qui, en dehors de leur maladie héréditaire, présentent tous les attributs d’une santé florissante. Par contre, il entre journellement dans mes salles des sujets, arrivés lentement, sous l’influence des causes indiquées plus haut, au dernier degré de l’émaciation, mais non syphilitiques, et dont le squelette est absolument indemne de rachitis.

Suivant M. Cornil, dites-vous, « le rachitis est rare chez les citadins si

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souvent syphilitiques, mais toujours mieux nourris et mieux vêtus, tandis qu’il est fréquent dans certaines campagnes presque indemnes de syphilis, mais très misérables. » II y aurait beaucoup de choses à dire sur ces citadins bien nourris et bien vêtus, opposés à ces paysans qui le seraient moins bien.

Sans m’y arrêter, je crois pouvoir dire, d’accord avec beaucoup d’auteurs compétents, que le rachitis est un mal de la ville bien plus que de la campagne.

Abordant l’examen des signes sur lesquels je m’appuie pour reconnaître la syphilis héréditaire, actuelle ou éteinte, vous doutez, avec d’autres, de la valeur des taches circinées de la muqueuse linguale et de certaines cicatrices des fesses. Là-dessus j’attends des objections sérieuses. Je n’ignore pas que la langue peut se desquamer sous des influences très diverses; mais la forme desquamative que je considère comme unedépendance de la syphilis héréditaire a des caractères qui lui sont propres et qui la différencient nettement de toutes les autres.

J’arrive à l’atrophie dentaire et à M.Magitot, qui, en toute circonstance, l’attribue à des convulsions, à l’éclampsie de l’enfance. J’ai déjà combattu cette manière de voir; mais avec un homme du crédit de M. Magitot, l’on n’a pas facilement gain de cause; je vous demande donc la permission de reproduire ici, contre sa doctrine, des arguments que je crois irréfutables.

Je ne dirai rien des Kabyles, que je ne connais pas. Je laisserai aussi de côté la fameuse dent de bœuf, ne sachant rien des convulsions du veau; et trouvant, lorsqu’on abat chaque jour à Paris des centaines de bœufs, qu’il serait bien facile (s’il ne s’agissait pas, dans le cas dont argue M. Magitot, d’un simple accident dont la cause nous échappe) de recueillir un grand nombre de dents semblables à celles dont il fait tant de bruit. Je parlerai donc simplement des Parisiens, qui suffiront à ma démonstration.

J’ai fait voir que l’atrophie des dents de lait est loin d’être rare; que lorsque la dentition permanente est atteinte, celle de la première molaire est constante, et que, pour cette dernière, c’est toujours la portion la plus libre de la couronne qui est malade, à savoir celle qui est formée dans les derniers temps de la vie intra-utérine. Si donc la manière de voir de M. Magitot était vraie, il faudrait admettre que, dans les deux ou trois mois de la vie fœtale, les sujets atteints d’atrophie dentaire ont été en proie à un état de mal convulsif. Or, je le demande, quel est le médecin qui, dans l’état actuel de nos connaissances, oserait se faire le champion d’une pareille hypothèse? — Mais ce n’est pas tout, la lésion occupe parfois sur la couronne une hauteur si considérable, qu’il faudrait, pour s'en rendre

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